« Vous êtes décidée Madame ? »
« Mademoiselle, mademoiselle... » Insista-t-elle.
« Mademoiselle, pardon... Vous êtes sûre ? »
« Oui. »
« Le père est au courant ? »
« Je ne sais pas qui est le père. On peut y aller maintenant ? »L'infirmière hocha la tête gravement, et lui de demanda de la suivre. Elle parcourut alors des couloirs tous aussi blancs les uns que les autres, et elle toussa un peu.
Elle rentra ensuite dans une petite salle, que l'infirmière referma derrière elle.
[...]
Elle marchait rapidement dans les rues parisiennes, rabattant sa capuche sur sa tête pour que les passants voient ses yeux trop brillants. Elle sourit une nano seconde. Mon dieu, ça ressemblait tellement au début de Hell. Vous savez ce film de jeunesse dorée ? La même. Une fête, de l'alcool, de la coke, des mecs, et puis hop, un avortement. La même...
Sauf qu'elle a eu 28 ans la semaine dernière.
[...]
Elle poussa la porte de son studio en toussant dans son écharpe, et alla s'asseoir sur un fauteuil. Hop, une cigarette pour calmer le tremblement de ses mains. Sa tête lui tournait, et elle avait mal, là au milieu, juste à côté du c½ur. Elle soupira, et enfouit son visage dans un coussin. C'était la fin, hein ?
[...]
« Tu fumes trop. » rigola son cousin alors qu'elle sortait pour la dixième fois dans le jardin pour fumer sa dixième cigarette en quatre heures.
« T'as raison » dit-elle en esquissant un petit sourire.
« Alors, sinon ça va ? Tu me feras voir ton appartement à New York ? »
« Bien sûr, tu viens quand tu veux » sourit-elle.
Elle le trouvait émouvant, touchant son petit cousin d'à peine vingt ans qui la regardait comme si elle était la meilleure au monde. Il lui réchauffait un peu le c½ur...
« Amélie, Nico, vous rentrez, on va manger le dessert ! » cria sa tante depuis le salon.
Ils se sourirent, et elle jeta sa cigarette dans la poubelle.
« Ah ma chérie, tiens prends ton assiette. »
« Merci. »Elle attrapa sa cuillère et regarda un instant sa famille autour d'elle. Ses deux cousins, son petit frère et sa copine, sa tata. Et des amis à la famille qu'elle n'avait jamais vu, mais qui la complimentaient sur son succès sans arrêt. Ça faisait plaisir à sa tante, elle était fière, alors elle avait laissée faire. Pour une fois qu'elle pouvait rendre quelqu'un fier...
Elle but un peu de champagne et elle se mit à tousser bruyamment. Son frère lui tapa dans le dos, mais elle du se lever de table, sa serviette contre sa bouche pour calmer sa quinte de toux dans la cuisine. Elle respira enfin, mais c'est comme si un poignard était enfoncé dans sa poitrine.
Elle ôta la serviette de devant sa bouche, et elle y vit quelques gouttes de sang.
[...]
« Madame F. ? »
« Mademoiselle, bordel, mademoiselle » murmura-t-elle en se dirigeant vers le cabinet du médecin.
Elle s'assit dans un fauteuil en cuir abîmé, et sourit faiblement à l'homme aux cheveux grisonnants devant elle. Il lui rendit son sourire.
« Très bien Madame. »
« Mademoiselle s'il vous plait. »
« Pardon mademoiselle. Votre médecin général vous a envoyé ici. Pour des... Quintes de toux ? »
« C'est ça. »
« Vous fumez ? »
« Oui. »
« Depuis ? »
« Ça va faire 14 ans le mois prochain. »
« Très bien, nous allons faire des radios, et vous reviendrez me voir dans une semaine. « Elle hocha la tête en déboutonnant son chemisier.
[...]
« Madame, je... »
« Mademoiselle, s'il vous plait. »
« Pardon... Mademoiselle » recommença le médecin.
Il était assis derrière son immense bureau en bois sombre, et il semblait un peu gêné. Un peu triste aussi. Elle trouvait qu'il faisait un très bon personnage à se tortiller les mains dans tous les sens, et ne même pas oser lever la tête pour la regarder. Ses cheveux grisonnants clairsemés sur son crâne étaient un peu ébouriffés. On aurait dit un fou.
« Dîtes-moi s'il vous plait, j'aimerais juste en être sûre. »
« Mademoiselle, vous êtes atteinte d'un cancer des poumons. Je suis désolé. »Un silence suivit sa phrase. Elle le regarda dans les yeux, et sourit doucement.
« Il me reste combien de temps ? »
« Vous n'êtes à la limite de la phase terminale, mais il est encore temps de réagir.»Il releva la tête et appuya son menton sur ses mains. Il regarda fixement sa patiente. Il la trouvait jolie, avec ses longs cheveux noirs qui lui tombaient dans son dos, et ses grands yeux marron. Il se la serait bien faite s'il n'était pas marié et père de trois enfants. Enfin...
« Sans traitement, il vous reste 6 mois à vivre. Mais regardez (...) »Il continua de parler, mais elle ne l'écoutait plus. Elle allait mourir dans six mois. Et même avec des traitements. Elle savait que les traitements ne guérissaient pas toujours les cancéreux Elle savait que même après tous les traitements possibles et inimaginables, il ne lui resterait qu'un sursis de 10 ans à peine.
« J'ai besoin de réfléchir. » l'interrompit-elle.
« Très bien, je... »Elle avait déjà claqué la porte derrière elle.
[...]
Elle rassembla ses dernières affaires dans son sac et referma la porte de l'armoire. Déposant son sac devant la porte d'entrée, elle se retourna et regarda son petit studio. Une dernière fois. Elle regarda les murs abîmés et peints de toutes les couleurs. Avec encore quelques souvenirs de jeunesse accrochés aux murs. Elle rentra dans la cuisine, et regarda les placards encore remplis. Elle donnait l'impression qu'elle allait revenir, hein ?
Elle soupira, et attrapa son sac en bandoulière. Elle ferma la porte, les yeux fermés. Au revoir. Adieu premier petit appartement.
[...]
Elle regarda autour d'elle, et décida de s'engager dans la rue d'en face. Son souffle se bloqua, putin elle y était. Elle n'était pas venu là depuis 10 ans. Elle gara sa voiture, et marcha jusqu'à l'entrée. Oh mon dieu, il était encore debout ce vieux bâtiment. Ce vieux lycée, cette vieille école, qui était aujourd'hui complètement désaffecté.
Mon dieu, tellement de souvenirs. Elle frissonna et resserra son manteau autour de sa gorge. Elle chercha son paquet de cigarettes dans sa poche. C'est ici même qu'elle a fumé la première.
[...]
« Taxi ! » cria-t-elle en sortant de l'aéroport. De retour à New York. Ça faisait du bien. Elle posa ses lunettes de soleil sur le nez. Il était 23 heures certes, mais ici, elle était connue, et reconnue dans la rue. Pas l'envie de signer des autographes ce soir.
Elle donna son adresse au chauffeur et posa sa tête contre la vitre mouillée. Mon dieu, c'était tellement cliché. Elle sourit, et regarda la ville défiler sous ses yeux. Une dernière fois. Elle allait mourir demain.
[...]
Une autre tasse de café, et encore une cigarette.
Une dernière cigarette. Elle s'accouda à la rambarde du balcon, et regarda le vide se déployait sous se pieds. 30 étages en dessous. C'est beau, tellement beau d'habiter tout en haut d'un gratte-ciel. Elle pouvait voir le soleil se lever avant tout le monde.
Elle sourit un peu, mais une larme coula sur sa joue. Elle le savait depuis tellement longtemps qu'elle allait un jour crever comme ça. Suicidaire un jour, suicidaire toujours.
Elle regarda le ciel se dégager et repensa à avant. À toutes ses années derrière elle. Une carrière de journaliste reconnu, puis d'écrivaine. Puis dans le monde de la musique, elle a commencé à s'occuper de quelques petits groupes. Qui étaient devenus internationaux. Elle repensa à ses petits gamins, ces petits génies musicaux qui lui rappelaient tellement sa jeunesse d'avant, quand c'était elle la fan.
A 28 ans, elle avait exaucé de nombreux rêves. Elle avait rencontré ses idoles, et était devenue ce qu'elle avait toujours voulu être. Elle avait réussi à faire le bonheur des uns et des autres. À mener la vie qu'elle avait toujours voulu vivre.
Elle toussa encore un peu.
Oui, mais voilà, elle était malade. Malade à en crever. À 16 ans, elle le savait déjà qu'elle serait malade comme ça... Elle le savait qu'elle allait mourir jeune juste à cause de cette putin de cigarette.
Une dernière cigarette.Elle jeta son mégot qui tournoya dans les airs avant de se poser on ne sait où sur le bitume, c'était trop bas. Elle posa sa tasse sur la petite table, sur une enveloppe cachetée.
Elle enjamba la rambarde, et se tint juste un instant juste un instant de ses longs doigts fins à la barrière gelée. Elle ouvrit la bouche et hurla, hurla, hurla à s'en péter les cordes vocales. Des larmes coulèrent sur ses joues et ses doigts lâchèrent enfin la barrière. Vole, vole, comme un oiseau dans le ciel. Vole, vole et deviens comme un ange.
14 janvier 2008.Je brûle en enfer à cette heure-ci, et je n'ai qu'un seul souhait avant de sombrer dans de terribles souffrances ; soyez heureux.
Je dédis ma vie –comme je dédis mes livres- à tous les gens qui m'ont connu, qui m'ont croisé, qui m'ont aimé, ou qui m'ont oublié. Je dédis ma vie à toutes ces personnes qui ont fait de moi ce que j'étais. Un regard, un sourire, un visage, un rire, une conversation. J'aurais dû écrire un livre sur vous. J'aurais dû vous rendre hommage une dernière fois...
Mais le temps file à tout de vitesse –tout le monde le sait- et après avoir couru quelque temps à ses côtés, j'ai fini par m'essouffler –j'ai toujours été nulle en sport, vous le savez. Je me suis essoufflé, les poumons noircis, et mon corps brisé.
Je suis atteinte, ou j'étais atteinte d'un cancer des poumons, à la limite de la phase terminale. 6 mois à vivre.
Je préfère me tuer, me crever –voler- plutôt que de mourir enchaînés à des centaines de machines qui me répètent que l'heure est proche. Je préfère ma liberté matinale que ma mort en retard. Ma liberté... Freiheit je sais plus quoi. Comme avant, tu te souviens ?
Je dédis ces dernières années à tous mes lecteurs. À ces gens qui m'ont suivis, qui ont cru en moi. À ces gens qui ont su m'apprécier, et me rendre meilleure, à ces gens qui m'ont permis de faire de ma vie tout ce dont j'avais toujours rêvé. J'adresse un signe de courage et d'amour à tous ces visages inconnus qui m'ont pourtant tellement apporté.
Et je dédis mon premier succès à ces personnes qui m'ont suivi il y'a des années de cela, quand j'étais encore une gamine avec des rêves et des espérances de gamines. Mais ces personnes qui se reconnaîtront à qui j'adresse mes larmes de joies, c'est grâce à vous que j'ai réussi.
Merci.
Je dédis mon amour à mes amis qui ont été ma plus grande famille. Depuis le jour où j'ai compris ce que c'était l'amitié jusqu'à précisément ce matin. Je leur dédis mes sourires, mes fou rires, mon apprentissage de la vie. Je garde en mémoire tous ces moments qui m'ont construite, détruite, qui m'ont fait avancer. Je dédis mon amour même aux amis oubliés, ceux dont je ne me souviens plus le nom, et les autres aussi, les plus importants, les vitaux, ceux qu'on oublie jamais. Chaque instant avec vous m'ont construite, et m'ont permis de ne pas partir plus tôt. Merci de tout mon c½ur –mort-, je vous dois ma survie avant ma vie. Merci.
Je dédis mon corps à tous les gens qui m'ont donné autant de plaisir. Plaisir charnel, plaisir sexuel, n'ayons pas peur des mots. Je vous dédis mon corps, et son souvenir humide et gémissant.
Je dédis tout, oui tout, à ma famille. Ma vie, mon succès, mon amour, mon corps, et toutes ces petites choses futiles qui m'échappent. Je leur dédis mes larmes amères, mes déceptions, mon poignard dans le noir. Je dédis ma souffrance et mon mal-être à ma famille, ainsi que ma vie. Merci de m'avoir crée, procrée, éduquée. Merci de m'avoir donner la vie, de m'avoir soutenu. Merci de m'avoir soutenu, merci d'avoir écouté ce que j'osais vous dire. Merci d'avoir empoigné ce poignard dans ma poitrine au plus tôt, je me souviendrais de vous. Un crime passionne, j'appellerais ça. Merci pour ce sang et ces sourires.
J'aurais voulu remercier la Vie et puis la Mort.
J'ai réussi à survivre dans ce monde de fou, parmi des gens déglingués qui criaient plutôt que de chanter, parmi des fous qui préféraient mordre que caresser. J'ai réussi, et vous aussi si vous êtes encore là, à survivre, et à vivre –peu être un peu- et peut-être à exister dans les c½urs de certains. J'ai réussi –je crois- à trouver ma place, à me débarrasser de certains complexes et à sourire juste parce que le soleil se lever.
J'ai réussi à mourir aussi, et je ne regretterais que vous, pas la Vie. J'ai caressé du bout des doigts le corps frêle de la Mort, sans pour autant qu'elle m'enlace. J'ai réussi à la toucher, la caresser, jouer avec elle, sans tout perdre avec la Vie. Oui, mais elle a envoyé sur Terre mon meilleur ami, et a joué de ma naïveté ; une fumée par là, une fumée par-ci et je me suis laissé emporter par ce parfum délicieux. Parfum de la Mort, elle s'était cachée la traître. Elle m'a prit la main, et je l'ai suivi docilement.
Aussi nombreux que vous êtes, ne jouer jamais avec la Mort. Enlevez ce couteau de votre bras, regardez en face de vous, respirer, ça va aller. N'approchez pas une cigarette de votre bouche, sa fumée enjoliveuse a bousillé ma voix, et a tué la Vie. N'oscillez pas, faîtes un choix clair et définitif entre Vie et Mort. N'hésitez pas. La Mort est toujours la plus fort.
Je me suis envolée, et la chute aura sûrement été douloureuse. Je vous en conjure, ne mouillez pas trop vos mouchoirs. Souriez, je vais mieux. J'espère que le Diable sera clément avec moi. Et me laissera quelques jours de libres pour aller toquer à la porte du Paradis ; j'ai des gens à voir et à serrer dans mes bras. Gardez un souvenir, un petit, de moi dans votre mémoire, dans le tiroir secret que nous avons tous. Essayez de ne pas trop m'oublier, ou je brûlerais à jamais lors dans les flammes maléfiques de l'Enfer.
J'aurais une dernière volonté.
Partagez ma fortune équitablement entre ma famille et mes amis, les vrais, ceux qui le savent et vous le montreront.
Reversez ensuite mes revenus à une ½uvre caritative. Je n'ai jamais pu sauver le monde, et je ne le pourrais jamais, mais si on peut aider un peu les choses. Je n'ai jamais pu changer la face du monde, mais si je ne peux aider que serait-ce qu'une seule personne sur Terre, vous croyez que je pourrais passer quelques jours au Paradis de temps en temps ?
Vous êtes des grands enfants, vous n'avez pas besoin de moi, je ne suis pas très utile. La génération future, ne se souviendra jamais de mon nom, et ce n'est pas bien grave. Je vous demande juste une faveur, une dernière, n'oubliez pas de changer les fleurs de temps en temps sur ma tombe. J'aime les amaryllis.
Amélie F.