17. (Photo: Par ma fenêtre, recemment)

Ce matin, ce sont les rayons du soleil qui m'ont réveillé. J'ai ouvert ma fenêtre, et c'est un air chaud que j'ai respiré. Plus de froid non. Le vent ne soufflait plus, chassant ses gros nuages blancs de part et d'autre de la voûte céleste. J'entendais les oiseaux chanter, comme pour saluer le soleil. Pour me saluer moi.
J'ai souri et je suis descendu dans mon jardin. J'ai remarqué que des petites marguerites poussaient sur ma pelouse. Et de la fumée sortait de ma bouche juste parce que je fumais.
Il est sorti après moi, et le soleil brillait dans ses cheveux. Dans ses grands yeux bleus aussi. Il m'a regardé, m'a souri, et m'a embrassé. Là comme ça, un matin. C'était le premier baiser, oui. Avec un goût de fleurs, de soleil, de ciel bleu. Un goût de joie, que j'aimerais ne jamais oublier. Il m'a souri encore une fois, et il s'est assis à côté de moi, face au soleil. J'ai soupiré de contentement un peu, et je me suis assise à côté de lui. Sans briser le silence qui nous allait si bien à ce moment.

Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés là, immobiles et silencieux. À un moment, je me suis levée pour aller chercher une tasse de café, et quand je suis revenue, je l'ai vu là, assis dans l'herbe un peu humide, le soleil qui brillait dans ses cheveux un peu ébouriffés, je me suis dis que j'étais de nouveau heureuse.








J'avais perdue l'inspiration. En même temps que je me perds un peu plus dans ma fumée, dans mes idées noires, dans mon ciel nuageux. J'ai décidée que je n'avais plus faim, et j'avais froid tout le temps.
Jusqu'à ce matin. Il fait beau dehors. J'me sens mieux l'instant d'une après-midi.


17. (Photo: Par ma fenêtre, recemment)

# Posté le samedi 09 février 2008 07:51

Modifié le samedi 09 février 2008 08:05

16.

16.


« Vous êtes décidée Madame ? »
« Mademoiselle, mademoiselle... » Insista-t-elle.
« Mademoiselle, pardon... Vous êtes sûre ? »
« Oui. »
« Le père est au courant ? »
« Je ne sais pas qui est le père. On peut y aller maintenant ? »

L'infirmière hocha la tête gravement, et lui de demanda de la suivre. Elle parcourut alors des couloirs tous aussi blancs les uns que les autres, et elle toussa un peu.
Elle rentra ensuite dans une petite salle, que l'infirmière referma derrière elle.

[...]

Elle marchait rapidement dans les rues parisiennes, rabattant sa capuche sur sa tête pour que les passants voient ses yeux trop brillants. Elle sourit une nano seconde. Mon dieu, ça ressemblait tellement au début de Hell. Vous savez ce film de jeunesse dorée ? La même. Une fête, de l'alcool, de la coke, des mecs, et puis hop, un avortement. La même...
Sauf qu'elle a eu 28 ans la semaine dernière.

[...]

Elle poussa la porte de son studio en toussant dans son écharpe, et alla s'asseoir sur un fauteuil. Hop, une cigarette pour calmer le tremblement de ses mains. Sa tête lui tournait, et elle avait mal, là au milieu, juste à côté du c½ur. Elle soupira, et enfouit son visage dans un coussin. C'était la fin, hein ?

[...]

« Tu fumes trop. » rigola son cousin alors qu'elle sortait pour la dixième fois dans le jardin pour fumer sa dixième cigarette en quatre heures.
« T'as raison » dit-elle en esquissant un petit sourire.
« Alors, sinon ça va ? Tu me feras voir ton appartement à New York ? »
« Bien sûr, tu viens quand tu veux »
sourit-elle.
Elle le trouvait émouvant, touchant son petit cousin d'à peine vingt ans qui la regardait comme si elle était la meilleure au monde. Il lui réchauffait un peu le c½ur...
« Amélie, Nico, vous rentrez, on va manger le dessert ! » cria sa tante depuis le salon.
Ils se sourirent, et elle jeta sa cigarette dans la poubelle.
« Ah ma chérie, tiens prends ton assiette. »
« Merci. »

Elle attrapa sa cuillère et regarda un instant sa famille autour d'elle. Ses deux cousins, son petit frère et sa copine, sa tata. Et des amis à la famille qu'elle n'avait jamais vu, mais qui la complimentaient sur son succès sans arrêt. Ça faisait plaisir à sa tante, elle était fière, alors elle avait laissée faire. Pour une fois qu'elle pouvait rendre quelqu'un fier...
Elle but un peu de champagne et elle se mit à tousser bruyamment. Son frère lui tapa dans le dos, mais elle du se lever de table, sa serviette contre sa bouche pour calmer sa quinte de toux dans la cuisine. Elle respira enfin, mais c'est comme si un poignard était enfoncé dans sa poitrine.
Elle ôta la serviette de devant sa bouche, et elle y vit quelques gouttes de sang.

[...]

« Madame F. ? »
« Mademoiselle, bordel, mademoiselle »
murmura-t-elle en se dirigeant vers le cabinet du médecin.
Elle s'assit dans un fauteuil en cuir abîmé, et sourit faiblement à l'homme aux cheveux grisonnants devant elle. Il lui rendit son sourire.
« Très bien Madame. »
« Mademoiselle s'il vous plait. »
« Pardon mademoiselle. Votre médecin général vous a envoyé ici. Pour des... Quintes de toux ? »
« C'est ça. »
« Vous fumez ? »
« Oui. »
« Depuis ? »
« Ça va faire 14 ans le mois prochain. »
« Très bien, nous allons faire des radios, et vous reviendrez me voir dans une semaine. «

Elle hocha la tête en déboutonnant son chemisier.

[...]

« Madame, je... »
« Mademoiselle, s'il vous plait. »
« Pardon... Mademoiselle »
recommença le médecin.
Il était assis derrière son immense bureau en bois sombre, et il semblait un peu gêné. Un peu triste aussi. Elle trouvait qu'il faisait un très bon personnage à se tortiller les mains dans tous les sens, et ne même pas oser lever la tête pour la regarder. Ses cheveux grisonnants clairsemés sur son crâne étaient un peu ébouriffés. On aurait dit un fou.
« Dîtes-moi s'il vous plait, j'aimerais juste en être sûre. »
« Mademoiselle, vous êtes atteinte d'un cancer des poumons. Je suis désolé. »

Un silence suivit sa phrase. Elle le regarda dans les yeux, et sourit doucement.
« Il me reste combien de temps ? »
« Vous n'êtes à la limite de la phase terminale, mais il est encore temps de réagir.»

Il releva la tête et appuya son menton sur ses mains. Il regarda fixement sa patiente. Il la trouvait jolie, avec ses longs cheveux noirs qui lui tombaient dans son dos, et ses grands yeux marron. Il se la serait bien faite s'il n'était pas marié et père de trois enfants. Enfin...
« Sans traitement, il vous reste 6 mois à vivre. Mais regardez (...) »
Il continua de parler, mais elle ne l'écoutait plus. Elle allait mourir dans six mois. Et même avec des traitements. Elle savait que les traitements ne guérissaient pas toujours les cancéreux Elle savait que même après tous les traitements possibles et inimaginables, il ne lui resterait qu'un sursis de 10 ans à peine.
« J'ai besoin de réfléchir. » l'interrompit-elle.
« Très bien, je... »
Elle avait déjà claqué la porte derrière elle.

[...]

Elle rassembla ses dernières affaires dans son sac et referma la porte de l'armoire. Déposant son sac devant la porte d'entrée, elle se retourna et regarda son petit studio. Une dernière fois. Elle regarda les murs abîmés et peints de toutes les couleurs. Avec encore quelques souvenirs de jeunesse accrochés aux murs. Elle rentra dans la cuisine, et regarda les placards encore remplis. Elle donnait l'impression qu'elle allait revenir, hein ?
Elle soupira, et attrapa son sac en bandoulière. Elle ferma la porte, les yeux fermés. Au revoir. Adieu premier petit appartement.

[...]

Elle regarda autour d'elle, et décida de s'engager dans la rue d'en face. Son souffle se bloqua, putin elle y était. Elle n'était pas venu là depuis 10 ans. Elle gara sa voiture, et marcha jusqu'à l'entrée. Oh mon dieu, il était encore debout ce vieux bâtiment. Ce vieux lycée, cette vieille école, qui était aujourd'hui complètement désaffecté.
Mon dieu, tellement de souvenirs. Elle frissonna et resserra son manteau autour de sa gorge. Elle chercha son paquet de cigarettes dans sa poche. C'est ici même qu'elle a fumé la première.

[...]

« Taxi ! » cria-t-elle en sortant de l'aéroport. De retour à New York. Ça faisait du bien. Elle posa ses lunettes de soleil sur le nez. Il était 23 heures certes, mais ici, elle était connue, et reconnue dans la rue. Pas l'envie de signer des autographes ce soir.
Elle donna son adresse au chauffeur et posa sa tête contre la vitre mouillée. Mon dieu, c'était tellement cliché. Elle sourit, et regarda la ville défiler sous ses yeux. Une dernière fois. Elle allait mourir demain.

[...]

Une autre tasse de café, et encore une cigarette.
Une dernière cigarette.
Elle s'accouda à la rambarde du balcon, et regarda le vide se déployait sous se pieds. 30 étages en dessous. C'est beau, tellement beau d'habiter tout en haut d'un gratte-ciel. Elle pouvait voir le soleil se lever avant tout le monde.
Elle sourit un peu, mais une larme coula sur sa joue. Elle le savait depuis tellement longtemps qu'elle allait un jour crever comme ça. Suicidaire un jour, suicidaire toujours.
Elle regarda le ciel se dégager et repensa à avant. À toutes ses années derrière elle. Une carrière de journaliste reconnu, puis d'écrivaine. Puis dans le monde de la musique, elle a commencé à s'occuper de quelques petits groupes. Qui étaient devenus internationaux. Elle repensa à ses petits gamins, ces petits génies musicaux qui lui rappelaient tellement sa jeunesse d'avant, quand c'était elle la fan.
A 28 ans, elle avait exaucé de nombreux rêves. Elle avait rencontré ses idoles, et était devenue ce qu'elle avait toujours voulu être. Elle avait réussi à faire le bonheur des uns et des autres. À mener la vie qu'elle avait toujours voulu vivre.
Elle toussa encore un peu.
Oui, mais voilà, elle était malade. Malade à en crever. À 16 ans, elle le savait déjà qu'elle serait malade comme ça... Elle le savait qu'elle allait mourir jeune juste à cause de cette putin de cigarette.
Une dernière cigarette.
Elle jeta son mégot qui tournoya dans les airs avant de se poser on ne sait où sur le bitume, c'était trop bas. Elle posa sa tasse sur la petite table, sur une enveloppe cachetée.
Elle enjamba la rambarde, et se tint juste un instant juste un instant de ses longs doigts fins à la barrière gelée. Elle ouvrit la bouche et hurla, hurla, hurla à s'en péter les cordes vocales. Des larmes coulèrent sur ses joues et ses doigts lâchèrent enfin la barrière. Vole, vole, comme un oiseau dans le ciel. Vole, vole et deviens comme un ange.








14 janvier 2008.


Je brûle en enfer à cette heure-ci, et je n'ai qu'un seul souhait avant de sombrer dans de terribles souffrances ; soyez heureux.
Je dédis ma vie –comme je dédis mes livres- à tous les gens qui m'ont connu, qui m'ont croisé, qui m'ont aimé, ou qui m'ont oublié. Je dédis ma vie à toutes ces personnes qui ont fait de moi ce que j'étais. Un regard, un sourire, un visage, un rire, une conversation. J'aurais dû écrire un livre sur vous. J'aurais dû vous rendre hommage une dernière fois...
Mais le temps file à tout de vitesse –tout le monde le sait- et après avoir couru quelque temps à ses côtés, j'ai fini par m'essouffler –j'ai toujours été nulle en sport, vous le savez. Je me suis essoufflé, les poumons noircis, et mon corps brisé.

Je suis atteinte, ou j'étais atteinte d'un cancer des poumons, à la limite de la phase terminale. 6 mois à vivre.
Je préfère me tuer, me crever –voler- plutôt que de mourir enchaînés à des centaines de machines qui me répètent que l'heure est proche. Je préfère ma liberté matinale que ma mort en retard. Ma liberté... Freiheit je sais plus quoi. Comme avant, tu te souviens ?

Je dédis ces dernières années à tous mes lecteurs. À ces gens qui m'ont suivis, qui ont cru en moi. À ces gens qui ont su m'apprécier, et me rendre meilleure, à ces gens qui m'ont permis de faire de ma vie tout ce dont j'avais toujours rêvé. J'adresse un signe de courage et d'amour à tous ces visages inconnus qui m'ont pourtant tellement apporté.
Et je dédis mon premier succès à ces personnes qui m'ont suivi il y'a des années de cela, quand j'étais encore une gamine avec des rêves et des espérances de gamines. Mais ces personnes qui se reconnaîtront à qui j'adresse mes larmes de joies, c'est grâce à vous que j'ai réussi.
Merci.

Je dédis mon amour à mes amis qui ont été ma plus grande famille. Depuis le jour où j'ai compris ce que c'était l'amitié jusqu'à précisément ce matin. Je leur dédis mes sourires, mes fou rires, mon apprentissage de la vie. Je garde en mémoire tous ces moments qui m'ont construite, détruite, qui m'ont fait avancer. Je dédis mon amour même aux amis oubliés, ceux dont je ne me souviens plus le nom, et les autres aussi, les plus importants, les vitaux, ceux qu'on oublie jamais. Chaque instant avec vous m'ont construite, et m'ont permis de ne pas partir plus tôt. Merci de tout mon c½ur –mort-, je vous dois ma survie avant ma vie. Merci.

Je dédis mon corps à tous les gens qui m'ont donné autant de plaisir. Plaisir charnel, plaisir sexuel, n'ayons pas peur des mots. Je vous dédis mon corps, et son souvenir humide et gémissant.

Je dédis tout, oui tout, à ma famille. Ma vie, mon succès, mon amour, mon corps, et toutes ces petites choses futiles qui m'échappent. Je leur dédis mes larmes amères, mes déceptions, mon poignard dans le noir. Je dédis ma souffrance et mon mal-être à ma famille, ainsi que ma vie. Merci de m'avoir crée, procrée, éduquée. Merci de m'avoir donner la vie, de m'avoir soutenu. Merci de m'avoir soutenu, merci d'avoir écouté ce que j'osais vous dire. Merci d'avoir empoigné ce poignard dans ma poitrine au plus tôt, je me souviendrais de vous. Un crime passionne, j'appellerais ça. Merci pour ce sang et ces sourires.


J'aurais voulu remercier la Vie et puis la Mort.
J'ai réussi à survivre dans ce monde de fou, parmi des gens déglingués qui criaient plutôt que de chanter, parmi des fous qui préféraient mordre que caresser. J'ai réussi, et vous aussi si vous êtes encore là, à survivre, et à vivre –peu être un peu- et peut-être à exister dans les c½urs de certains. J'ai réussi –je crois- à trouver ma place, à me débarrasser de certains complexes et à sourire juste parce que le soleil se lever.
J'ai réussi à mourir aussi, et je ne regretterais que vous, pas la Vie. J'ai caressé du bout des doigts le corps frêle de la Mort, sans pour autant qu'elle m'enlace. J'ai réussi à la toucher, la caresser, jouer avec elle, sans tout perdre avec la Vie. Oui, mais elle a envoyé sur Terre mon meilleur ami, et a joué de ma naïveté ; une fumée par là, une fumée par-ci et je me suis laissé emporter par ce parfum délicieux. Parfum de la Mort, elle s'était cachée la traître. Elle m'a prit la main, et je l'ai suivi docilement.
Aussi nombreux que vous êtes, ne jouer jamais avec la Mort. Enlevez ce couteau de votre bras, regardez en face de vous, respirer, ça va aller. N'approchez pas une cigarette de votre bouche, sa fumée enjoliveuse a bousillé ma voix, et a tué la Vie. N'oscillez pas, faîtes un choix clair et définitif entre Vie et Mort. N'hésitez pas. La Mort est toujours la plus fort.


Je me suis envolée, et la chute aura sûrement été douloureuse. Je vous en conjure, ne mouillez pas trop vos mouchoirs. Souriez, je vais mieux. J'espère que le Diable sera clément avec moi. Et me laissera quelques jours de libres pour aller toquer à la porte du Paradis ; j'ai des gens à voir et à serrer dans mes bras. Gardez un souvenir, un petit, de moi dans votre mémoire, dans le tiroir secret que nous avons tous. Essayez de ne pas trop m'oublier, ou je brûlerais à jamais lors dans les flammes maléfiques de l'Enfer.


J'aurais une dernière volonté.
Partagez ma fortune équitablement entre ma famille et mes amis, les vrais, ceux qui le savent et vous le montreront.
Reversez ensuite mes revenus à une ½uvre caritative. Je n'ai jamais pu sauver le monde, et je ne le pourrais jamais, mais si on peut aider un peu les choses. Je n'ai jamais pu changer la face du monde, mais si je ne peux aider que serait-ce qu'une seule personne sur Terre, vous croyez que je pourrais passer quelques jours au Paradis de temps en temps ?

Vous êtes des grands enfants, vous n'avez pas besoin de moi, je ne suis pas très utile. La génération future, ne se souviendra jamais de mon nom, et ce n'est pas bien grave. Je vous demande juste une faveur, une dernière, n'oubliez pas de changer les fleurs de temps en temps sur ma tombe. J'aime les amaryllis.


Amélie F.

# Posté le vendredi 11 janvier 2008 15:23

15. (Photo: Fumée de ma cigarette un soir)

J'ai rêvé que tu me détestais. Que tu me haïssais. Que tu ne voulais plus jamais me voir.

J'ai rêvé que tu me laissais tout seul dans ce long tunnel sans lumière. Ta chaleur me quittait, ta douce main jetait la mienne, et je n'avais plus que pour seul souvenir ton rire qui résonnait, ne s'arrêtant jamais.
J'ai rêvé d'un monde ensanglanté, incendié, peuplé de cris et de larmes. Un monde où le ciel est noir, et où je suis seul parmi des créatures décharnées. Un monde sans toi. J'ai rêvé de l'enfer.
J'ai rêvé que je tombais brusquement dans un trou sans fin, et que par habitude, je tendais la main pour que tu me retiennes. Mais j'ai attendu longtemps, et je n'ai jamais senti ta présence autour de moi pour me rassurer. J'ai attendu en hurlant, tombant un peu plus dans ce puit sans fin.
J'ai rêvé d'une église en deuil, où les murs étaient recouverts de noir. Des visages flous dans la salle, et un cercueil où je me voyais immobile à l'intérieur. J'entendais les sanglots d'inconnus autour de moi, et puis toi, rayonnant, tout devant qui tenait un mouchoir sec devant tes yeux étoilés.
J'ai rêvé de la terre, du bois pourri, des insectes et de moi étouffant sous une lourde pierre recouverte de fleurs fanées.
J'ai rêvé que tu me détestais. Que tu me haïssais même. Que tu ne voulais plus jamais me voir. J'ai rêvé que tu me tuais.

Et puis je me suis réveillé en pleurs dans mon lit défait. J'ai cherché ta chaleur à côté de moi, tes bras accueillants et réconfortants, ton odeur familière. Et je n'ai trouvé qu'un bout de papier chiffonné sur l'oreiller. Je te déteste.


[...]


Mon monde qui s'écroule en 2 secondes chrono. Le temps de lire ces trois mots, et d'assimiler.
Tu es parti. Loin. Sans moi.
Mes larmes ne se sont jamais arrêtées. Mon corps n'a jamais cessé de trembler. Et je ne sais pas combien de temps je suis resté allongé ici, le visage enfoui dans ton oreiller, qui n'a plus ton odeur.
Je me suis laissé emporter avec mon torrent de larmes dans mes souvenirs qui me semblaient si réels pendant quelques instants. Je me suis rappelé tes rêves, les miens. Les nôtres. Une vie commune, une douleur commune, un bonheur commun. Mais t'as tout oublié en partant. Un avenir commun, dans un havre de paix qu'on aurait construit. Une vie loin, loin des malheurs et pleine de sourires et d'étoiles. T'as préféré construire ça tout seul, me laissant aux proies à moi-même. Tu savais pourtant, tu savais le danger que je cours tout seul. Tu me tue, ton absence me tue, mon amour me tue. Regarde mon c½ur saignant.


[...]


« Réponds. Réponds. »

J'ai imploré le combiné du téléphone, j'ai supplié seul dans le noir que tu décroches pour que je puisse entendre encore une fois ta voix. Tu est absent, et ce n'est que le répondeur à défaut. Tu as disparu de la circulation, personne ne t'a vu, personne ne t'as entendu. T'as disparu. Toute trace vivante de toi a disparu, et je me demande encore si tu n'as jamais existé, si je ne suis pas schizophrène. Si tu n'es pas le simple fruit de mon imagination, si tu n'es pas qu'un mensonge. Qu'une belle entourloupe que je me suis créée.
Mais tes vêtements qui puent ton odeur enivrante, tes cheveux de jais dans notre ancien lit, ces trois mots écrits de ta main sur ce bout de papier qui se déchire peu à peu me rappellent que tu as bel et bien existé. Que tu as bel et bien partagé ma vie. Que tu es bel et bien parti.
Et je m'étonne que les couleurs des photos ne se soient pas encore trop usées à force de les regarder.


[...]


L'alcool coule en même temps que mon sang. Je ne vois plus rien au travers du brouillard de monoxyde de carbone. Mes yeux papillonnent et ma vue se brouille.
Une larme coule encore sur ma joue blanche et je m'imagine que c'est la douce caresse de ta main. Mais la douleur sur mon bras me rappelle que tu n'es pas là, que tu n'es plus là, que tu as disparu. J'ai cherché, partout, loin. Je t'ai cherché, mais t'as disparu. C'est comme si tu étais mort. Mais c'est moi qui a le c½ur qui ralentit. Tes mots m'ont assassiné et c'est une lente agonie.
Je t'ai cherché tu sais. J'ai laissé des messages, je suis allé voir partout, tout le monde. Tu ne veux plus de moi, tu ne m'aimes plus.
Une autre larme coule sur ma joue. Tu ne m'aimes plus. On s'était dit pour toujours pourtant ! Bordel, on avait dit toujours. Tu me l'as tellement murmuré pendant nos nuits que tu m'aimais...

« Je t'aime. »
« Comment ? »
« Aussi fort que c'est possible. Aussi fort que l'impossible même. Je t'aime comme c'est pas permis. »
« On devrait nous mettre en prison. »
« On devrait nous enfermer jusqu'à la fin de l'univers ensemble. Jusqu'à ce qu'on meure. Jusqu'à la fin de tout. »
« Tu m'aimerais encore après la fin de tout ? »
« Même dans des milliards de siècles, quand on ne sera que poussière au milieu des étoiles, je t'aimerais encore. »
« Vraiment ? »
« Vraiment. »


J'y ai cru à tous tes putins de mensonges. J'y ai cru, j'me suis laissé avoir. Tu m'as laissé tomber, et tu m'as tué. Tu peux être fier de toi.
Demain, tu liras dans le journal que je suis mort, dans une flaque d'alcool ensanglanté, tes trois petits mots dans la main droite et une dernière lettre d'amour à mes pieds. Une dernière déclaration, comme tu le faisais si bien. Un dernier espoir pour que tu te souviennes encore un peu de moi. Encore.
Je t'aime encore.
Mes yeux se ferment. Tu m'as tué.
Je te deteste.







<< J'aurais aimé t'aimer comme on aime le soleil. Te dire que le monde est beau. Que c'est beau d'aimer.
J'aurais aimer t'écrire le plus beau des poèmes. Et construire un empire juste pour ton sourire.
Devenir le soleil pour sécher tes sanglots. Et faire battre le ciel pour un futur plus beau.
Mais c'est plus fort que moi, tu vois je n'y peux rien
Ce monde n'est pas pour moi.
Ce monde n'est pas le mien. >>

Saez - Je veux que l'on baise sur ma tombe

15. (Photo: Fumée de ma cigarette un soir)

# Posté le dimanche 06 janvier 2008 12:58

Modifié le samedi 16 février 2008 14:09

14.

Je regarde nos reflets pâles dans la vitre, tandis que le paysage continue d'avancer. On est jolis, je crois, là, tous les deux. À se regarder l'un l'autre dans cette vitre sale et abîmée.
On est jolis, on est attendrissant. Peut-être.
Mais tu sais, ce n'est qu'un reflet. Qu'un reflet effacé à cause de la lumière, de la vitesse, à cause des gens qui ont laissés leurs traces. Un reflet qui va disparaître, je crois. Bientôt ? Ou dans 100 ans ? Je ne saurais te répondre. Mais un jour, je serais toute seule assise à cette place, et je ne verrais que mon reflet transparent.
Qui disparaîtra peu après, je te le garantis. Autant notre reflet a le pouvoir d'être éternel. Autant le mien n'est qu'éphémère.
Je souris doucement et pose ma tête sur ton épaule. Chut. Regardes nous encore un peu, et ne brise pas le charme. S'il te plait. J'aimerais que tu ne fermes jamais les yeux.



14.

# Posté le samedi 22 décembre 2007 15:55

13. (Vidéo: Ich Bin Da-Tokio Hotel)




Rien à faire ici. Mais j'aime beaucoup ce que j'ai réussis à faire.


Quand Tom était petit, c'était un petit garçon très joyeux, très vif. Il se différenciait de son frère par son sourire à tout bout de champs, par ses blagues vaseuses qui sous-entendaient une joie de vivre plus qu'immense et par son enthousiasme débordant.
Quand Tom était petit, c'était un garçon heureux. Le plus heureux de tous les petits garçons peut-être. Il avait sa maman, son papa, et son jumeau qu'il aimait plus que tout et ça lui suffisait.
Après, je ne me souviens plus comment sa bonne humeur à commencer à se dégrader. Il est vrai que le divorce de ses parents l'avait beaucoup affecté ; c'est d'ailleurs peut-être lui qui en a le plus souffert. Il n'avait plus sa famille idéale, et un autre homme venait remplacer Papa. Oui, effectivement, il avait réussi à l'accepter, à vivre avec, et peut-être, sûrement, à l'aimer. Mais les cris, les pleurs, les menaces, tout ça, l'avaient fortement troublé. À partir de ce moment-là, il était devenu un semblant plus sage, plus réfléchi. Plus triste j'aurais dit. Personne n'a rien vu, persuadé que ça tenait au fait que Tom grandissait.
Mais plus il grandissait, plus il semblait réfléchi, posé, sage Oui, peut-être. Mais moi j'y ai jamais cru. À chaque événement, il semblait que Tom prenait un peu plus sur lui. Joyeux ou malheureux, chaque instant semblait l'atteindre directement, lui ; comme s'il ingurgitait tout sans jamais de retour. Ainsi les apparences ont faussé les sentiments. Et personne n'a jamais su.
Tom était, avant, un garçon joyeux. Mais avant, c'était il y a bien longtemps. Il était devenu un garçon plus triste, plus malheureux, plus désespéré. Et les années passant, ce sentiment s'accroissait à l'intérieur de sa tête. Les émotions devenaient de plus en plus fortes, de plus en plus intenses. Des émotions qui vous brûlent, qui vous font mal. Mais on peut croire qu'il s'était habitué à la douleur, puisqu'il a continué à vivre malgré tout.
Mais malgré quoi me demanderiez-vous ? Si seulement lui, il avait réussi à mettre des mots dessus. Il n'y a jamais eu de raisons précises, je crois bien. C'était une accumulation de choses, disons ça comme ça. Et puis les déceptions (peut-être) futiles s'ensuivant au fil de sa petite enfance, l'adolescence est ensuite arrivé. Or chacun sait que l'adolescence est un passage difficile de la vie. Mais pour combien il sera semé d'embûches inécartables ? Pour combien il sera dur, tellement dur d'apercevoir la fin, d'apercevoir la petite lumière au fond du tunnel noir qui vous annonce que tout est fini ? Pour combien ce passage de la vie est le pire ? Pour Tom, ce fut une adolescence de genre là.
Seulement, personne, oui, personne ne s'est rendu compte dans quoi s'était engouffré Tom. Lui, le petit garçon heureux, était devenu un adolescent, osons le dire, pire que malheureux. Mal dans sa peau, mal dans sa tête, en plus des problèmes qui lui tombaient un peu plus chaque jour dessus. Mais personne ne l'a su. Son entourage l'a vu changer, l'a vu grandir, l'a vu s'affirmer, l'a vu se la jouer les gros durs. Mais personne, non, personne n'a vu cet ado qui mettait des poings de désespoir dans le mur des toilettes. Personne ne l'a vu s'effondrer en larmes sur le sol de sa chambre. Personne n'a vu ses longues nuits sans sommeil. Personne.
Et son jumeau me diriez-vous ? Les jumeaux n'ont-ils pas une connexion unique entre eux ? Je vous répondrais que normalement oui. Mais pas eux. Ou du moins, elle n'a pas duré. La détresse de Tom grandissant, c'est comme s'il avait coupé tout les ponts avec Bill. Et il s'est construit une carapace. Oui c'est ça, une carapace au monde extérieur, un bouclier pour qu'on ne voit pas ce qu'il était vraiment. Un faible. Oui Tom était faible, mais personne ne l'a jamais su.
Jusqu'à ce jour. Jusqu'à ce que à bout de forces, il tombe. Dans tous les sens du terme.
C'était une belle nuit de décembre ; fraîche certes, mais on voyait distinctement les étoiles. Joli prétexte, hein ? Il était monté sur le toit de l'immeuble voisin pour admirer les étoiles. Oui, pour admirer ce petit coin de ciel noir, et espérer se retrouver là-haut, tout là-haut. Il était monté sur le rebord du toit, et en admirant encore les étoiles des larmes avaient frayé leur chemin jusqu'à ses joues. Il faisait froid, et de la buée s' échappait d'entre ses lèvres gercées. Les larmes coulaient dans son cou, et mouillaient son tee-shirt. Je crois qu'il n'a jamais autant pleuré de sa vie ce soir-là. Et puis, il a regardé droit devant lui, et a avancé un pied dans le vide. Et un cri a retenti, il a sursauté, et s'est reculé instinctivement. Putain d'instinct de survie. Il ne pouvait même pas tout laisser tomber tranquillement...
Tout laisser tomber, se laisser tomber, et finir en une masse de chair et d'os contre le béton, l'esprit inexistant. Putain d'instinct de survie. Tom n'a jamais su qui lui avait sauvé la vie. Non, qui lui avait sauvé la mort plutôt. Il s'est écroulé inconscient sur le toit quelques minutes après.
Et un séjour à l'hôpital, un ! Avec sa mère qui pleure, son père qui a le visage crispé, et son frère qui l'embrasse et lui demande pourquoi.
Pourquoi ? C'était une bonne question, mais ça, Tom n'a jamais su y répondre. Il a souri à tout le monde, a accepté la visite d'un psy, et a juré qu'il ne recommencerait jamais, qu'il serait heureux désormais. Le psychologue n'a jamais rien su décelé ; Tom ne lui parlait jamais, lui demandant juste de dire à sa mère que ça allait de mieux en mieux. Ce qu'il a fait. Secret professionnel, il ne pouvait rien faire avec Tom. Il a fini par annuler les séances.
Et Tom s'est reformé une nouvelle carapace et a continué son petit bonhomme de chemin. Avec sa famille, et son frère, surtout son frère sur son dos. À ne pas le quitter des yeux, à ne pas le lâcher d'une semelle. À demander toujours si ça allait, et à trop s'inquiéter quand Tom se coupait accidentellement (cette fois) le doigt en épluchant des pommes de terres.
Alors Tom a souri de plus belle, a ri encore plus, et a vécu encore, beaucoup, longtemps. J'ai oublié d'ajouter faussement après chaque verbe.
Faussement, pour tromper tout le monde. Tom est un très bon acteur, et sa vie à lui c'est son plus grand rôle. Un rôle triste cependant. Ou non. Il a revêtu son costume de scène, s'est armé de son plus beau masque à sourire, et a fait comme si la vie était belle. Mais derrière ce stupide déguisement, c'était tout brûlé, tout vide, tout mort. Il n'était pas tombé ce soir-là. Du moins pas son enveloppe charnelle. Son âme si. Une mort cérébrale on peut appeler ça. Une mort tout court je dirais moi.
Mais Tom souriait, riait, dansait, jouait, chantait, et hop un petit saut de joie, et un éclat de rire, sers-moi dans tes bras, la vie est belle, je vais être une star du rock. C'était plutôt sers-moi dans tes bras, je vais me noyer.
Mais personne n'a jamais rien su. Tout le monde n'a vu que du feu. Personne n'a cherché à savoir pourquoi Tom portait des bracelets en mousse, pourquoi ses vêtements étaient aussi larges. On n'a vu que son sourire éclatant acheté à trois francs six sous dans la boutique d'à côté, et ses yeux pétillants de la même marque. Je n'ai moi-même rien décelé au début. J'ai vu ce beau jeune homme, avec son style si spécial, et son sourire. Son sourire, ses yeux, oui, Tom était beau.
Et puis le temps passait, et Tom souriait toujours. Quand j'y repense, je ne sais même pas d'où lui venait cette force. Paradoxe : Tom était faible, mais possédait une force incroyable pour nous masquer cette faiblesse. Il entraînait tout le monde dans ses mensonges et nous mettait des ½illères à tous.
Carpe Diem.
Alors personne n'a rien dit quand il a commencé à boire, à fumer, et à traîner dans des endroits mal famés. De toute façon, personne ne pouvait rien contre lui, célèbre guitariste. Un mot de travers et vous passiez trois ans derrière les barreaux. Il avait du pouvoir et savait en faire un bon usage. Un bon usage pour lui. Mais mauvais usage que de se détruire encore un peu plus.
Il était têtu Tom. Il était résigné, il était blasé. Et complètement perdu et désespéré. Et il avait peur. Il avait peur de faire couler les autres en s'accrochant à eux. Alors il prenait, il se servait, et il jetait. Sans c½ur criaient certaines. Non. Il y avait juste trop de choses dans son c½ur pour contenir encore un petit peu d'amour. Il ne lui en restait que pour son frère. De la fierté, de l'espoir, et de l'amour pour son frère. Je crois bien que c'est ça qui l'a aidé. Et que jusqu'au bout, il s'est soucié de son petit frère qui tournoyait sous l'½il avide des caméras.
Le temps avait passé, et la gloire lui a soudainement explosé à la face. Les flashs lui ont crevés les yeux, les cordes lui ont coupés les doigts, et les cris l'ont rendu sourds. Un poids de plus s'est écrasé sur ses épaules, lui qui portait déjà le monde. Il s'est un petit plus caché, un petit peu plus coupé. Il est resté un petit plus éveillé, il a pleuré un petit peu plus. Il s'est un petit peu plus amoché. Après tout c'était dur de faire encore plus.
Mais il a continué. Un pied l'un devant l'autre, le sourire automatique, et les yeux qui brillent d'étoiles en plastique. C'est bon, je suis le meilleur acteur de la terre.
Votre chanson préféré ? Que répondre ? Vais-je être démasqué ? Tom a répondu Spring Nicht, et n'a rien ajouté. Son frère ne l'a même pas regardé, préférant éviter son regard blessé. Et le soir, il n'a rien dit du tout, et a juste laissé Tom se glisser dans son lit et se serrer contre lui.
J'avais envie d'écrire depuis longtemps une chanson sur le suicide. Je ne comprends pas que quelqu'un puisse être triste au point de vouloir en finir. Ce n'est pas la solution.

Ce jour-là son frère lui a fait son plus beau sourire auquel il a répondu; son frère était beau quand il souriait. Alors ce soir-là, il n'a pas approché le ciseau de son avant-bras et le soir d'après non plus. Mais ça n'a duré qu'un temps. Et tout a recommencé. Cercle vicieux.
On n'a plus reparlé de cette chanson, et Tom a encore continué à sourire. Il le fallait bien. Pour redonner espoir à toutes les jeunes filles, qui elles n'y croyaient plus. Il n'arriverait sûrement pas à sauver sa vie, mais s'il pouvait en sauver d'autres... Il a continué. Soyez fiers de lui, il mérite tous nos hommages.
Et puis, il a fêté ses dix-huit ans, et a acheté une voiture. Il semblait si fier, si heureux. Sa première voiture, c'était important !
Sa dernière aussi. Le lendemain matin, son frère s'est réveillé en sursaut, en tâtant le matelas vide à côté de lui. Son portable a vibré sous son oreiller, et on lui a annoncé que Tom s'était jeté dans un ravin.
Il n'a pas réussi à continuer sur la route. Et il a préféré dévier et tomber. Tout laisser tomber.

C'était inattendu.


# Posté le dimanche 16 décembre 2007 06:10