"Je veux dire, tu seras une vraie écrivain, une vraie artiste à part entière, dont la musique de la plume sur le papier fera danser les mots jusqu'à l'esprit du lecteur, recréant ainsi ton univers."


*



Merci de croire en moi... :') Pour une fois, les mots m'échappent.





EDIT:

J'ai découvert les livres, & le plaisir de lire alors que je ne savais même pas lire. J'ai appris par coeur un livre de lapin&deloup, & je le racontais à mes peluches à quatre ans. & puis j'inventais des histoires de petit canard, & j'passais des heures dans ma chambre à dévorer tous mes livres, alors que je ne savais pas lire. Ensuite, je suis rentrée à l'école primaire, &en décembre; je savais lire. & c'était trop bien.
Alors j'me suis mise à tout dévorer; j'ai plus de 200livres dans ma bibliothèque & j'en suis fière. Au fils des années, ils se sont ammassés, j'en ai donné & jeté quelqu'uns pour en aquérir de nouveaux. Je passais mon temps à lire; du fantastique aux comédies, tout y passait. Je voulais être bibliothécaire, & je jouais à la libraire.
&puis, ça date d'il n y a pas si longtemps (environdeuxans), j'écrivais un peu. Pas des histoires, non; ma vie. J'étalais mes peines de coeurs & mes joies, & j'avais envie que ce soit joli. Ensuite, c'était les histoires d'amours, que je m'inventais dans la tête pour m'endormir le soir. J'étais l'héroine, & evidemment les membres du groupe dont j'étais (jesuis) fan étaient dedans. Un jour, cette histoire s'est concrétisé; sur mon écran d'ordinateur, sur un blog avec plus de 5000visites par mois, & 10 000 même à un certain moment. J'aimais ça, vraiment. Écrire en rentrant des cours une histoire que je ne vivrais jamais. & puis ensuite écrire des histoires pour les autres, & d'autres sans queue ni tête, juste parce que une idée m'était venue. & puis en même temps, je continuais à lire. Mais plus tous ces livres qui encombraient ma bibliothèque, non; des histoires comme les miennes. & dieu sait que j'ai passé du temps devant mon ordinateur, juste pour quelques mots écrits par une fille un peu comme moi.
& un jour, j'ai décidé que d'écrire des histoires avec mes 'étoiles' préférées n'étaient pas gratifiants, & je doutais de mon amour encore pour eux. J'ai laissé tomber, même eux à une période. Pour me raccrocher encore un peu plus après; enfin... Mais pendant ce temps, dans ma tête tous les jours j'avais des nouvelles idées d'histoires que j'essayais de refrener. Alors j'écrivais des lettres, ça m'occupait. Mais le besoin de raconter encore des tas de choses m'occupait l'esprit. Alors j'ai continué, avec plus ou moins de difficultés. Des histoires courtes, prises sur le fait comme ça. & d'autres histoires avec mes 'étoiles' parce qu'ils étaient de bons personnages & que je les suis encore (malheur de moi).
& puis, & puis... il est une heure du mat', & si j'y pense dans quelques jours, je publierais un texte avec une de mes 'étoiles' (mais j'en parle tellement peu dans ce texte).
Mais en fait, si j'écris ce soir (cematin?) c'est juste pour vous dire que j'ai recommencé à lire ces secrets en papiers. Que j'admire ceux qui réussissent à vendre ces pages de papiers qui délivrent un odeur si particulière. Que je m'inspire de ces personnes qui ont tout réussi à mes yeux & que j'aimerais tellement en devenir une, être tels ces personnes qui me donnent les larmes aux yeux à cause de la justesse de leurs mots.
Alors que je ne retiens même pas le nom de tous ces auteurs en plus...

Tous les livres d'Anna Gavalda, surtout Ensemble c'est tout, qui est tout corné, tout plié, tout abimé à l'intérieur & à l'extérieur tellement je l'ai lu. Amélie Nothomb dont j'aime l'univers psychédélique (Biographie de la faim nottament). & le dernier livre en date; 525 pages de poésie & mes larmes & mes mains qui tremblent à la fin. L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafòn. Demain, ce sera Flaubert & ensuite le dernier livre d'Anna Gavalda.
& si vous saviez, il y en a tellement : )

# Posté le samedi 19 avril 2008 11:57

Modifié le vendredi 02 mai 2008 19:08

20.

Le soleil brillait quand il est rentré dans le bus. On était au début du mois d'avril, et le soleil recommençait à faire son apparition, réchauffant les amoureux dans les parcs, découvrant les épaules et redonnant le sourire à toutes les âmes en peines. Mais quand il est rentré dans le bus, je crois qu'il était mort de froid. Il portait un bonnet en dessous des deux capuches de ses gilets. Il avait plongé ses mains gantées de mitaines dans ses poches, et il gardait son nez caché dans son écharpe. On ne voyait pas tellement ses yeux quand il s'est assis au fond du bus presque vide. Il a trituré quelque chose dans sa poche, et je crois l'avoir entendu soupirer. Il a relevé la tête et a regardé devant lui. Son visage fin est apparu, éclairé par un rayon de soleil qui passait par là. Il avait le teint pâle, très pâle. Et ses yeux noirs étaient injectés de sang. On avait l'impression qu'il n'avait pas dormi depuis des semaines. Au début, j'ai cru qu'il était malade. J'ai regardé ses gestes tremblants quand il a fouillé dans son sac pour rechercher son piercing à l'arcade, caché par des longues mèches de cheveux noirs, qu'il a remis pourtant adroitement, malgré les chaos du bus. J'ai regardé ses gestes fébriles quand il lissait nerveusement les plis de son treillis, et puis j'ai remarqué la façon qu'il avait d'ouvrir et de refermer le clapet de son portable. Comme s'il attendait le coup de fil de quelqu'un d'important. Comme si sa vie dépendait de cet appel –puisqu'il y allait en avoir un.
Et puis il y avait des embouteillages, et je le voyais agitait nerveusement sa jambe droite. Il a sorti des écouteurs de sa poche, et il a sorti un autre portable. J'ai haussé les sourcils sans rien dire. Il a enclenché sa musique, un seul écouteur dans ses oreilles. Sa jambe s'est mise à battre le rythme de la chanson, et j'ai cru deviné des riffs de guitare et de la batterie. J'ai souri dans les plis de mon écharpe, et j'ai moi-même augmenté le son de mon mp3. Je me suis calée un peu plus dans le fond de mon fauteuil, essayant de perdre mon attention pour ce jeune homme en face de moi. J'ai regardé les paysages défiler à l'envers à travers la vitre, et j'ai recommencé à écailler mon vernis, les mains dans la large poche de mon sweat. Mon regard est alors revenu se poser sur l'homme en face de moi. Il avait enfoui, comme moi, son menton, sa bouche et son nez dans son écharpe. On n'apercevait que ses yeux sans expression, encadrés de mèches rebelles brunes qui dépassaient de sous son bonnet. Et puis, tout d'un coup, je l'ai vu s'agiter. Il a regardé brusquement l'heure sur son portable, et a fouillé à l'intérieur de son sac. Il avait les mains tremblantes, et j'ai pu voir ses ongles rongés crispés sur les coutures de son sac. Il a farfouillé un instant, et puis il a sorti un paquet de cigarettes, et un briquet. Il a ouvert la petite boîte, et en a sorti un petit sachet marron. J'ai souri pour moi-même, quand il a éclaté consciencieusement une de ses cigarettes et de mettre le tabac sans sa main. Il a ouvert son petit sachet, et l'a mélangé au tabac, avant de sortir une feuille et un filtre de son paquet de cigarettes qu'il a jeté dans son sac. Il a mélangé les deux substances, a étalé son papier filtre dans son autre main, et hop, il a mis le mélange au milieu de la feuille. Il a placé un filtre au bout, a enroulé le papier avant d'humecter avec attention toute la longueur. Il a alors tapé sur le filtre pour tasser le tout, et a enroulé le bout de papier au bout. À ce moment, il a relevé la tête et il m'a souri. Un sourire vicieux, derrière un sourire fatigué. Je me devais de ne rien dire à ce qui venait de se passer ; je ne devais pas dire que l'homme en face de moi était un camé, un dealeur. Qu'il avait deux portables ; un pour le boulot, un pour sa mère. Que s'il avait enlevé son piercing auparavant, c'était juste pour ne pas se le faire arracher pendant un deal qui aurait pu mal tourné. Que si sa peau était si blanche, ses joues si creusées, ses cernes si marquées et ses yeux si rouges, c'était juste à cause de ses joints –et autres. Et que s'il avait si froid, et que ses gestes étaient si tremblants, c'était juste à cause du manque. J'ai hoché la tête pour lui montrer que j'avais compris, et c'était le terminus, alors je me suis levée. J'ai regardé par terre, en cachant mes mains dans ma poche, en cachant mon visage sous ma capuche et dans mon écharpe, et je suis montée dans le premier train pour Paris. J'ai oublié ce jeune homme que je venais de voir, j'ai oublié ce qu'il s'était passé. J'ai failli m'endormir dans le train. Et quand il est arrivé à Gare du Nord et que je me suis levée, j'ai cru que j'allais tombé dans les pommes. J'ai juré pour la forme, et je me suis dépêchée de monter dans un métro. Quand je suis sortie à la bonne station, je suis restée immobile, sans savoir réellement où aller. J'étais au milieu du quai, les gens passaient à toute vitesse autour de moi. Et les portes du métro se sont refermées, et je me suis effondrée par terre, le visage humide entre mes mains. Ma capuche a glissé et mes cheveux noirs se sont étalés dans mon dos. Je sentais mon corps maigre trembler sous mes couches de vêtements, et mes yeux qui se fermaient pour mieux pleurer semblaient ne plus jamais vouloir se rouvrir.
Je ne sais pas combien de temps je suis restée comme ça. Les métros ne passaient plus, et la gare était vide. Mes larmes se sont arrêtées, et j'ai fini par ouvrir mon sac, pour chercher fébrilement une cigarette. Là, assise, au milieu d'un quai de métro, sous la lumière blafarde des néons, je fumais. Et puis, j'ai cherché mon portable, et je l'ai appelé. La seule personne qui pouvait me sauver encore. Il m'a dit qu'il se trouvait à deux rues de la station de métro. J'ai raccroché, j'ai jeté ma cigarette sur les rails et j'ai remonté doucement les marches de la station. Dehors, le soleil commençait à se coucher, et les cheveux des gens brillaient d'un éclat doré. J'ai souri un petit peu, et je me suis dépêchée de trouver la rue qu'il m'avait indiquée. Mes genoux tremblaient, mes mains aussi. L'adrénaline commençait à affluer dans mon sang ; pressée de retrouver ce moment de bonheur intense dans mon sang. Paradoxe ; j'ai tellement besoin de ce truc qui me fait crever... Camée. J'ai trouvé la petite rue, et je suis rentrée dedans doucement. Il faisait presque noir. J'ai allumé mon portable, et je l'ai rappelé, comme il me l'avait demandé. J'ai entendu un portable vibrer à côté de moi. Je me suis retournée doucement, et j'ai vu des mains gantées de mitaines sortir de poches de gilet pour me tendre un paquet marrônatre entouré de film plastique. J'ai sorti les billets de ma poche, et l'échange s'est fait en silence. Pendant qu'il recomptait tous ses billets, j'ai relevé la tête. Et son visage pâle, encadré de longues mèches brunes s'est éclairé. Il m'a fait un doux sourire, avant de me tendre la main et de me faire sortir de la ruelle, pour qu'on regarde tous les deux le coucher de soleil, un joint dans la main.

(àpartirdunehistoirevraie ; dumecquejevoistoujoursdanslebuslesoir. misàpartcemec,cesdeuxcapuches, sesdeuxportables, &sonpiercing,yariendevrai)

# Posté le jeudi 27 mars 2008 17:44

Modifié le samedi 03 mai 2008 07:43

19.

J'ai compris que l'être Humain ne fait rien d'autre que saigner


Alors il continue de frapper en se répétant cette phrase dans la tête. On ne fait que saigner, je ne fais que saigner. La sueur qui perlait à la racine de ses cheveux glisse doucement sur son front, et une goutte tombe sur ses cils le faisant cligner les yeux. La goutte continue son chemin sur sa joue le chatouillant désagréablement. Il s'empresse d'enlever cette goutte qui ressemble à une larme ; il n'est pas une fillette. Il ne pleure pas, jamais. Il ne dit jamais qu'il a mal, que ça brûle à l'intérieur. Mais l'Homme ne fait rien d'autre que saigner. Alors il continue de frapper dans ce putin de sac. Des bandages recouvrent à peine ses mains, et ça tire un peu sur ses jointures. Ses épaules lui font mal, et ses avant-bras aussi. Il sent encore la peau de son genou qui tire quand il est tombé tout à l'heure sur la piste dehors sous la pluie. Son tee-shirt qu'il a jeté par terre est mouillé d'eau de pluie et de sueur. Il est en nage. Mais je crois qu'il ne s'en rend même pas compte. Je crois qu'il ne se rend compte de rien. La sueur dégouline sur son visage crispé, et le sac valse devant lui quand il frappe dedans. Ses bras se plient et se déplient rapidement dans un mouvement saccadé ; pas de jolies arabesques, c'est une chorégraphie violente. Ses poings volent et rencontrent ce lourd sac. Un coup et puis encore un autre. Ses mains lui font mal, mais il ne peut plus s'arrêter. Ses doigts sont crispés, il ne peut plus les décoller de sa paume. Il ne peut plus arrêter de frapper, de frapper. Encore et encore. Il ne peut pas arrêter l'accès de violence qui glisse dans son sang et lui monte à la tête. Tout est rouge et noir. Rouge de sang, noir de mal. Et son monde à lui est gribouillé de stylo noir, cachant le soleil et même les lumières artificielles de la scène. C'est le chaos. Mais c'est sa vie. Il frappe encore et encore, pour essayer d'évacuer toute cette putin de violence qui s'installe dans son corps. Tout faire sortir, jusqu'à en vomir, jusqu'à en saigner. Jusqu'à en crever. Enlever le mal, pour relever la tête et oser regarder son petit frère dans les yeux. Lui dire que tout va bien, qu'il peut continuer à sourire innocemment. Les yeux dans les yeux. Crois moi, je ne fais rien de mal. Laisser son petit frère sourire face au soleil, et s'éloigner doucement pour se perdre dans les bras des putes, dans la fumée de la came et dans les vapeurs d'alcool. Faire croire à son frère que la vie est belle, et que s'il semble fatigué c'est parce qu'il travaille trop.
Il crispe encore plus son visage et enfonce ses dents dans sa lèvre inférieure. Il a mal au ventre ; il a ces putins de n½uds à l'estomac, ceux qui l'empêchent de manger correctement. Ces putins de n½uds que personne n'arrivera jamais à défaire.
Cupidon est enfermé dans un bidon d'essence. Il croit même plus en l'amour. Ça n'existe pas de rencontrer une jolie fille qui l'aimerait pour ce qu'il est et pas pour ce qu'il paraît. Ça n'existe plus, il est trop vieux, c'est déjà passé tout ça. Même Cupidon est enfermé dans un bidon d'essence. C'est lui qui a jeté l'allumette dans le bidon et qui a fait explosé ce putin d'amour...
Alors évidemment, il est toujours dans ce gymnase vide, puisqu'il est trois heures du matin. Et il est toujours là en train de frapper comme un forcené, comme si sa vie tenait au fait qu'il tape de toutes ses forces contre ce sac qui ne lui a rien fait. La lueur de la lune fait briller la sueur dans sa nuque, et le sang qui éclabousse sur son torse nu. Une violente douleur lui parcourt les bras, et il tombe à genoux sur le parquet. Ses jointures sont ensanglantées, et il ne peut presque plus bouger les doigts ; il fera comment demain soir ? Il regarde le sang goûter le long de ses doigts jusqu'à ses coudes pour tomber en de petits ronds écarlates sur le sol. J'ai compris que l'être Humain ne fait rien d'autre que saigner.
Et il s'est roulé en boule par terre, le corps secoué de sanglots pour la première fois.

Le lendemain matin, son petit frère lui demandera où il a passé la nuit. Il mentira comme d'habitude. Lui dira qu'il était avec une jeune fille qui vient juste de partir. Son frère hochera la tête pendant qu'il cachera ses mains derrière son dos.
Et il ne saura jamais que son frère était là hier soir, dans le gymnase. Comme les autres soirs. Et qu'il a vu son grand frère péter les plombs pour la première fois. Il aura juste laissé de la pommade sur le meuble de la salle de bain.

19.

# Posté le vendredi 14 mars 2008 12:59

HS (Photo: Une BlackDevil que j'avais échangée contre une LuckyStrike)

HS (Photo: Une BlackDevil que j'avais échangée contre une LuckyStrike)
J'avais un joli texte dans ma tête que j'aurais aimé vous faire partager. Ça vous aurait changé du suicide, des larmes, des désillusions, et de l'absence de soleil qui hante tous mes textes. Ça vous aurait changé, ça m'aurait changé. Et hier soir, dans mon lit, je souriais bêtement en esquissant les premières lignes d'un bonheur.
Ça commençait bêtement : Alors c'est ça le bonheur? Et puis ça continuait doucement. Avec plein de verbes à l'infinitif pour argumenter, parce que ça rend plus joli. Les exemples s'amoncellaient, se rangeaient correctement, joliment en esquissant de jolies arabesques, et finissaient pas s'entasser tellement il y'en avait, se cognaient un peu partout et s'entrechoquaient bruyemment. Mais ça restait joli, doux, sucré, et j'avais envie de me réfugier dans les bras d'un garçon que j'aimerais beaucoup pour que ce bonheur devienne ma réalité. Mais j'suis toute seule dans mon lit, dans ma vie. Y'a des personnes comme ça, qui arrivent, se présentent, me plaisent et me font sourire. On rit, on aime, on se fait des promesses, on espère. Mais les personnes comme ça, elles arrivent pour mieux repartir. Et je continue de fumer, tandis que les rires résonnent autour de moi, sans m'atteindre. Je fume pour combler un manque qui me bouffe l'estomac. Je fume, et tout ce que j'arrive à faire, c'est à me tuer un peu plus à chaque taffe. 7minutes de vie en moins, et je n'arrive même plus à regretter. Le texte tout joli qui ne demandait qu'à vivre sous mes doigts me semble quelque chose d'insurmontable aujourd'hui. Entrevoir le bonheur est quelque chose d'insurmontable aujourd'hui. On verra demain. Ah non pas demain; demain je visite ma nouvelle maison. Ma deuxième maison quoi. Ça ira mieux, oui. Quand? Donnez moi une réponse s'il vous plait. J'ai de l'espoir, oui. J'essaye de le garder le plus près possible de mon coeur, il essaye de me convaincre le plus possible. Mais il glisse entre mes mains, s'échappe, s'envole, et j'ai peur un jour de refermer ma main sur de la fumée.


Excusez-moi, c'est assez pitoyable.

# Posté le mardi 04 mars 2008 16:48

18. (Photo: Ma main)

Mais ses mains sont abîmées. Des vieilles mains. Toute ridées, toute fripées. Toute tachées de larmes de vie, et de sourires de mort. Toute usées de la vie.
Ses yeux me sourient encore un peu ; sa bouche refuse de s'étirer. Elle refuse de se transformer en un sourire qui pourtant lui va si bien.
Oui, mais le masque elle l'a détruit depuis longtemps. Oui, le masque souriant, celui-là. Celui que tout le monde a. Sur le visage en ce moment même, ou dans un tiroir, caché sous des torrents salés. Elle l'a détruit depuis un bout de temps. Brûlé, écorché vif. Et ses mains gardent la trace de cette destruction. Brûlées, écorchées vives.

[...]

Hier, elle m'a dit qu'elle en avait marre. Et qu'elle était fatiguée. Très fatiguée.
Je n'ai pas répondu, et j'ai posé ma tête sur mon épaule. J'ai fermé les yeux, et je me suis demandé comment ça ferait si elle s'endormait un jour. Si elle piquait un petit somme comme ça. Mais qui durerait plus longtemps que votre sieste habituelle du dimanche après-midi. Qui durerait toute sa vie. Toute ma vie. Et que je n'aurais plus aucun contact avec elle. Juste avec la pierre en marbre gris qui recouvrerait son petit corps meurtri.
J'ai attrapé sa main abîmée entre mes doigts blancs, et j'ai serré fort. Je te tiens, je ne veux pas te laisser partir. Une goutte d'eau salée est tombée sur une de ses nombreuses cicatrices, et ça l'a brûlée, ça lui a fait mal. BAM, un poignard dans le c½ur. Un de plus qui se fiche dans ce petit muscle fragile. Elle a courbé la nuque, a rentré sa tête entre ses épaules, et je l'ai sentie se rétracter, comme pour se faire oublier. Se faire oublier, et dormir toute une vie. J'ai serré un peu plus sa main griffée entre mes longs doigts. Et j'ai murmuré dans son oreille que ça se passerait bien. Elle ne me croit plus depuis longtemps.

[...]

« Comment j'ai pu écrire ça ? La vie est belle, c'est tellement stupide. »
Souvenirs oubliés, souvenirs enfouis. Souvenirs douloureux d'une époque où le soleil brillait vraiment, où les oiseaux chantaient pour nous, et où le ciel n'était jamais gris.
« Un jour, t'as été heureuse. Demain aussi. »
« Demain, je ne serais plus là. »

[...]

Pas précipités. Couloirs blancs. Bousculades. Et puis, un cri, un seul.
Aujourd'hui, on est demain. Et elle n'est plus là. Il ne reste que sa main abîmée qui pend lamentablement sur le côté du lit. Sa main ridée, fripée, tachées, usées. Sa main sanguinolente, sa main trop blanche.
Aujourd'hui, elle n'est plus. Et le soleil ne brillera plus jamais, les oiseaux se taisent à jamais, et mon ciel sera toujours gris.
Elle n'y a jamais cru...



18. (Photo: Ma main)

# Posté le samedi 16 février 2008 14:02