24.

24.



Il lui avait promis de toujours revenir après l'école.



Ce matin-là, ils étaient dans le tourbus. Comme tous les matins depuis 18 ans, Bill se réveilla à 8h36. Mais comme il avait compris qu'ils avaient fait un gros concert la veille, et qu'il était fatigué, il décida de fermer les yeux et d'attendre 10h36 comme chaque lendemain de concert. Quand ce fut l'heure, il se leva, tira sur le bas de son tee-shirt et rentra dans le salon. Son pull qu'il avait accroché à un cintre à côté de la fenêtre se balançait doucement à cause du roulement du bus, mais il réussit quand même à l'attraper. Il était 10h40 et il alluma la musique ; With Or Without You de U2. Il avait ainsi 4minutes53 pour ouvrir le frigo, prendre le lait dans la porte de droite à gauche du jus d'orange, attraper son bol vert posé dans l'évier, tout poser sur la table et revenir pour prendre le paquet de céréales. Il devait en plus mettre les céréales jusqu'au deux tiers du bol, et mettre du lait sans qu'il n'y en ait plus que les céréales. Et après, c'était le live de Cassis, de the gazettE. Et son frère arrivait après que Kyo ait annoncé qu'il jouait Cassis. Il lui effleurait la main droite en passant, et il s'asseyait en face de lui. Ensuite quand la chanson était finie (et son bol aussi) il le laissait sur la table, et partait dans la salle de bains avec les vêtements qu'il avait posés sur la banquette la veille. Il avait écrit sur un post-it qu'est-ce qu'il fallait faire quand il était dans cette pièce.
-Se déshabiller et mettre le pyjama et le pull à côté de l'évier.
-Se doucher
-Mettre du déodorant
-Mettre les vêtements
-Se laver les dents
-Se démêler les cheveux avec la brosse et le peigne
Et il savait qu'après avoir fait tout ça, il devait prendre son pyjama et son pull, et sortir de la salle d'eau. Il retrouvait Nathalie dans le lounge tout devant. Elle lui disait Bonjour Bill, bien dormi ? Assis-toi, je vais te maquiller. Ferme les yeux s'il te plait. Pendant une demi-heure, Bill se laissait faire et faisait confiance à Nathalie. Il l'aimait bien ; il aimait beaucoup la couleur de ses cheveux. Ça ressemblait à de l'or, mais c'était doux quand il les touchait du bout des doigts. Après que Nathalie l'ait maquillé, il choisissait comment il se coiffait. Il avait un post-it collé sur son petit miroir
-Jour avec concerts ; gonflé mais pas trop.
-Jour sans concerts ; comme tu veux.
C'était son frère qui avait écrit ça. Mais Bill avait rayé le comme tu veux, et dans sa tête il avait collé un post-it. Lisses les jours de pleine lune et les jours de commencement ou de fin. Gonflés les autres jours. Il sortit son agenda de sa poche de jean droite, et il lut qu'aujourd'hui c'était une journée avec concert dans le PO Bercy, 8boulevard de Bercy, 75012 Paris. En dessous, c'était marqué qu'il y'aurait 17 000 personnes. Il poussa un petit cri et frappa dans ses mains. Il était content ; il y aurait plein de monde ce soir. Il se tourna vers Nathalie et lui expliqua en tordant ses mains dans tous les sens que ce soir ils auraient un concert génial, qu'il y'aurait plein de gens qui les aime, et que ce sera super. Il avait un grand sourire, et gigotait un peu partout sur son siège. Nathalie lui sourit, en l'écoutant attentivement. Elle se dit que ce serait plus facile si Tom lui donnait ses médicaments avant que Bill ne regarde dans son carnet pour voir que c'était un jour avec concerts, un jour super. Quand Bill bougeait et piaffait trop, c'était difficile de le coiffer.


« Bill, on est arrivé à L'H. Nous sommes au * rue de la ****, 75*** près de la place V. qui est là-bas, tu vois ? La station de métro ici, c'est O. »
Bill qui était assis près de la fenêtre dans le sens de la route hocha la tête et reprit son observation d'une petite peluche en forme d'ours qu'on avait balancé sur scène la veille. Il la touchait, la sentait, la regardait sous toutes ses coutures. La première fois que Georg avait vu Bill faire ça avec sa peluche préférée, il s'était inquiété. Mais Tom lui avait expliqué ; c'était normal. On ne devait pas le déranger, c'est tout. Sauf pour le prévenir qu'on arrivait dans un endroit nouveau ; si on ne lui disait pas, il restait bloqué dans ce qu'il faisait auparavant. Il n'arrivait plus à sortir de son activité, parce que ce n'était pas prévu ; il était coincé entre deux activités et il paniquait. Finalement, ça finissait en cris et larmes. C'était arrivé une seule fois, quand Tom qui était malade et ne s'était pas levé pendant Cassis, était dans sa couchette 5minutes avant d'arriver. Personne n'avait prévenu Bill, et ils avaient mis une heure avant qu'on le décide à sortir du bus.
Le bus s'arrêta et Bill posa sa peluche sur la table. Il enfila les chaussures que son frère avait choisies pour lui, mit sa veste qui était dans le petit placard. Il la mit seulement parce que son frère lui avait dit qu'on était en hiver, et qu'il faisait très froid dehors. Lui, il ne trouvait pas, mais bon ; il faisait ce que son frère lui disait, c'était maman qui lui avait ordonné d'écouter son jumeau avant qu'ils ne partent jouer dans toute l'Europe. Il s'avança ensuite vers Saki qui lui donna un marqueur noir. Jamais de bleu ; ça portait malheur selon Bill. Et quand les marqueurs noirs ne marchaient plus, et qu'ils ne restaient que des bleus, ils ne signaient pas. Saki lui demanda ensuite d'attendre 5minutes pour que tout le monde soit près, et il sortit son portable pour chronométrer le temps. Pendant ce temps, Saki fit activer tout le monde et vérifia par-dessus l'épaule de Bill les minutes réglementaires. À 5minutes piles, il demanda aux vigiles de sortir du bus, et Bill lui lança un grand sourire. Saki sourit aussi ; il se dit que pour rien au monde il dépasserait ou raccourcirait les 5minutes réglementaires. Quand Bill voyait le temps changer et se sentait bloquer entre deux séquences d'activités, c'était dur de le faire bouger pour continuer la journée.


Bill signa 9 autographes d'un côté de la file, et 9 de l'autre puisqu'on était le 9 mars. Heureusement qu'il n y avait pas beaucoup de filles ce jour-là devant l'hôtel se dit le manager ; parce que sinon ils allaient êtres démasqués, et après tout ce que les journaux avaient dit sur eux depuis le début, on allait pas en rajouter une couche.
Parce que ce que le grand public ne savait pas, c'était la maladie de Bill. Celle qui le rendait hyperactif, et le rendait agité les jours sans concerts parce qu'il n'avait pas pu se défouler. Celle qui le rendait associable avec les personnes qu'il ne connaissait pas, et qui le rendait nerveux quand ils se rendaient dans un endroit qu'il n'avait jamais vu. Celle qui déterminait où devait se trouver chaque objet, et s'ils étaient déplacés, elle le faisait crier et pleurer. Celle qui le coinçait dans un endroit sombre et indéterminé qui lui faisait peur quand le cours du temps était changé de quelques secondes. Celle qui faisait qu'il retenait tous les détails, aussi microscopiques soient-ils, de chaque situation. Celle qui le faisait collectionner compulsivement, tous les ours en peluche puisque ça lui rappelait son dessin animé préféré 'Gummi Bear'. Celle qui l'enfermait dans une bulle à lui, différente de toutes les autres qui existent, et qu'il n'arriverait jamais à percer. Non, le public ne savait pas que Bill était autiste, et que tous les jours, c'était un combat pour qu'il se sente bien...


[...]



La maladie avait été diagnotisé peu avant 3 ans. Tandis que son frère jumeau allait jouer avec d'autres enfants dans le bac à sable, il restait accroupi sous un arbre à marmonner tout seul. Et quand son frère semblait trop s'amuser avec un autre petit garçon, il s'énervait très fort, se roulait par terre et pleurait toutes les larmes de son corps. C'était au bout de la troisième crise comme ça que la maîtresse de Bill avait demandé à sa maman de l'emmener voir un spécialiste qui avait donc diagnotisé une forme d'autisme chez le petit garçon. Pour sa maman, tout s'expliquait soudain. Sa manie de ne manger que des aliments orange et rouge, son obsession à tout ranger alors qu'il n'avait que deux ans, ses crises pour des raisons futiles, et ces longs moments qu'il passait à regarder certains objets.
On avait examiné Tom, et il en avait résulté qu'il n'était absolument pas atteint ; une chance sachant que lorsqu'un jumeau est malade, son double a entre 80% et 90% de probabilité d'être touché lui aussi.
Bill avait donc été placé dans un centre spécialisé, mais le premier jour, il avait eu peur de ce nouvel endroit, et il n'avait pas voulu rentrer. On lui avait expliqué ce qui allait se passer, et il avait fini par accepter de rentrer dans ce grand bâtiment coloré que si Tom venait avec lui. L'éducatrice et sa maman s'étaient regardées désespérées ; on ne pouvait pas aller contre sa volonté. Bill était donc resté à la maison durant les trois années de maternelle, ainsi que Tom. Leur mère avait fait l'éducation de Tom, et une éducatrice venait tous les jours pour que Bill fasse aussi son éducation. C'était plus laborieux.


Quand ils ont eu l'âge de rentrer au CP, il fut décidé que Tom y aille. Sans Bill. Tom qui était d'un naturel curieux avait très envie d'aller à l'école, qu'il n'avait vu que quelques jours quand il était encore tout petit. Mais on lui avait expliqué que son frère était malade, et qu'il comprenait les choses différemment des autres et que c'est pour ça qu'il voulait toujours manger des choses orange à table, même si le bruit de la machine qui râpait les carottes lui faisait peur. Et il avait compris que Bill voulait que son frère soit tout le temps avec lui. Il ne voulait pas le laisser tout seul, parce que sinon il allait crier et pleurer, et ça faisait soupirer sa maman. Mais sa maman lui avait dit que ce n'était pas important, il fallait qu'il aille à l'école. Tom était obligé ; alors un soir, il avait expliqué à Bill qu'il allait partir pendant toute une matinée et une après-midi mais qu'il reviendrait toujours après l'école. Toujours. Comme c'était Tom qui lui avait expliqué ça, Bill avait acquiescé, et quand Tom était parti un matin, avec un beau cartable Franklin sur le dos, il n'avait rien dit, il n'avait pas pleuré, il n'avait pas crié. Il avait attendu son frère toute la journée, et quand il était revenu, il s'était senti mieux. Il allait enfin pouvoir jouer aux gummi bear avec lui.
Et puis ils avaient grandi. Bill prenait des médicaments, s'habillait comme les garçons dans les clips qu'il regardait pendant 47minutes le matin après avoir mangé ses corn flakes au lait. Tom allait au lycée, et avait expliqué à son frère que c'était normal s'il rentrait plus tard ; il avait plus de cours. Même si ce n'était pas toujours vrai ; il restait longtemps dans la rue avec ses amis et sa copine du moment. Mais il n'allait pas le dire à Bill, où il allait crier. Et comme ça faisait longtemps qu'il n'avait pas fait de crises, il évitait les sujets tabous.
Quand Bill était énervé, Tom prenait sa guitare et il allait dans leur chambre. Tom jouait et Bill calait sa voix sur la mélodie. Il aimait beaucoup chanter longtemps comme ça. Il faisait le vide dans sa tête, et il se sentait plus proche de son frère. Il avait peur du contact des autres, alors il souriait beaucoup, il parlait beaucoup et très fort, et il chantait avec son frère. C'était bien.


Un soir, leur mère les avait entendus et avait proposé à Tom de se présenter comme guitariste dans un petit bar pour jouer. Il avait accepté cette idée avec joie, pensant qu'il allait jouer avec Bill qui chanterait avec lui. Il avait rapidement déchanté, ce n'était pas possible à Bill de le faire sortir de la maison pendant plus de deux heures, surtout pour qu'ils jouent devant des personnes inconnues. Mais Bill était tombé sur la feuille des auditions, et il avait demandé à Tom s'il ne voulait pas jouer. Finalement, d'un commun accord, ils avaient décidé de se présenter.
Alors Bill avait passé beaucoup d'heures chez sa psychologue qui lui avait expliqué ce qu'il allait se passer.
Il avait demandé à sa maman de le maquiller comme les garçons dans la télé. Il avait crié quand sa maman avait le petit pinceau de sa paupière, mais son frère avait accouru et il s'était laissé faire finalement.
Tout était prévu depuis des semaines et des semaines, et Bill n'avait pas fait de crises de panique sur scène comme le craignaient sa mère et son frère. Au contraire. Il était dans sa bulle comme toujours. Mais dans sa bulle devant une dizaine de personnes inconnues. Depuis, tous les vendredi soirs, ils jouaient dans ce petit bar. Ça faisait sortir Bill et Tom était heureux. Un soir, ils avaient rencontré deux jeunes garçons ; Georg et Gustav. Bill s'était enfermé dans la voiture, parce que ce soir-là, il y avait trop de monde dans le bar. Sa maman n'arrivait pas à l'en faire sortir, et Tom était en train de tout débrancher sur la scène. Georg et Gustav étaient arrivés et l'avait complimenté sur sa prestation à lui et à son frère. Ils trouvaient d'ailleurs que Bill avait une présence incroyable sur scène. Tom s'était mordu la lèvre, et il avait bafouillé quelques mots. Gustav avait alors émis l'hypothèse d'un groupe ; ils étaient respectivement batteur et bassiste. Les yeux de Tom avait brillé un instant. Et puis il s'était souvenu de son frère quand il avait vu les gestes affolés de sa mère qui tournait autour de la voiture. Il avait donné son numéro aux deux garçons, et il était sorti rapidement.
La semaine d'après, les deux garçons étaient là. Ils avaient souri à Bill qui avait souri aussi ; c'était son éducatrice Gretchen qui lui avait dit qu'il fallait sourire aux personnes qui lui souriaient. Il ne comprenait pas pourquoi, mais il le faisait. Quand ils étaient descendus de scène, Gustav avait tapé dans le dos de Bill pour le féliciter. Il s'était figé, et Tom qui était derrière lui commençait à paniquer. Il ne pouvait pas prévoir la réaction de son frère ; ces derniers temps, il faisait beaucoup de progrès, son éducatrice le faisait sortir, et il arrivait à être un petit plus sociable. Il ne comprenait pas toujours les faits et gestes des personnes autour de lui, mais il apprenait à être sociable, comme eux.
Bill avait reculé d'un pas, et avait serré le coude de Tom très fort. Et puis Tom qui avait fermé les yeux pour ne pas voir ça avait soudainement entendu un petit merci sortir d'entre les lèvres de son frère. Il en aurait hurlé de joie. Il avait serré la main de son frère, et ils étaient sortis doucement dehors pour parler plus à l'aise. Bill se tenait un peu en retrait, et il broyait la main de son frère. Mais au moins, il ne pleurait pas, ne criait pas. Et quand Gustav et Georg leur avaient proposé de se revoir, et que Tom avait dit oui, Bill avait souri et hoché la tête. C'était Gretchen qui lui avait appris ; ça faisait bien.


La suite vous la connaissait. Ils ont répété dans le garage des jumeaux. Gustav et Georg trouvaient les textes de Bill magnifiques ; ils étaient spéciaux, originaux et on semblait partir dans un autre monde. Dans le monde de Bill, qui était peuplé de gummi bear, de peur, de sa maman, d'incompréhension, de Gretchen, de Tom, et de visages sans expressions. Les deux garçons avaient appris la maladie de Bill et avaient décidé que ça ne changer rien ; Bill restait Bill. Et puis ils l'aimaient bien.
Ils avaient joué une fois de plus dans le petit bar, et un homme était venu parler à Bill. Celui-ci avait souri comme Gretchen lui avait dit de faire quand un inconnu lui parlait, et il était parti chercher Tom. Sa maman était arrivé, et il s'était enfermé dans la voiture parce que l'homme avait les cheveux roux ; les personnes avec les cheveux roux lui faisaient peur. Et puis ensuite, tout s'était accéléré. L'homme aux cheveux roux a eu les cheveux noirs, et il l'aimait bien parce qu'il souriait beaucoup à Bill ; ça voulait dire qu'il était gentil. Sa maman et Tom avaient beaucoup parlé, et quand Gustav avait demandé à Bill si ça lui ferait plaisir de chanter devant plus de monde ; il n'avait pas compris la question. Il avait appelé Gretchen ; elle lui avait expliqué ce que ça voulait dire, et que les gens en général étaient très contents si on leur demandait ça. Il avait alors dit qu'il était content, et hop, il s'appelait Tokio Hotel. Ils avaient vu son frère et ses amis dansaient en hurlant et souriant. Il avait ouvert son carnet d'émotion et avait compris que ça voulait dire qu'ils étaient heureux. Et comme il ne voulait que son frère ait la bouche triste parce qu'il était accroupi dans un coin de la cuisine comme à chaque fois qu'il ne comprenait pas, il avait dansé aussi.
Ils étaient ensuite devenus connus, Tom avait expliqué beaucoup de choses à Bill, Gretchen l'avait beaucoup aidé, et il arrivait à sourire et à parler quand la caméra passait devant lui. Tom lui avait dit que c'était ce qu'il fallait faire. Malgré quelques petits contretemps, il était arrivé à faire bonne figure, et le monsieur aux cheveux noirs souriait beaucoup. Alors il souriait aussi. Leur emploi du temps était aménagé sur celui de Bill pour qu'il s'habitue petit à petit à toutes ces nouvelles choses. Au début, Gretchen l'accompagnait partout, et puis quand il eut tout compris, il n'eut plus besoin d'elle. Et Tom s'était dit que son frère faisait vraiment beaucoup de progrès.


[...]

Tom avait commandé pour Bill des carottes râpées et des abricots parce que Bill se comportait bien depuis quelques temps. Il ne paniquait plus quand il arrivait dans une nouvelle chambre d'hôtel, et ne courait plus dans tous les sens quand il restait un instant seul dans la salle de concert pendant les répétitions. Il avait appris à ne pas compter toutes les nouvelles choses qui passaient devant lui ; il le faisait juste les soirs de jours sans concerts parce que tout se mélangeait dans sa tête et qu'il avait besoin de savoir ce qui se passait. Alors il comptait les choses par la fenêtre du tourbus, et ensuite ça allait mieux et il pouvait aller se coucher à 23h36.


Quand les carottes râpes et les abricots arrivèrent, Bill était assis en tailleur devant un épisode Gummi Bear. Il chantait le générique, et faisait les dialogues en même temps que les personnages ; il avait vu tous les épisodes et les connaissait tous par c½ur. Tom déposa la nourriture sur la table de nuit, et s'allongea dans le lit. Il était fatigué depuis quelque temps. Il voyageait beaucoup et il s'inquiétait un peu pour son frère. Certes, il ne faisait plus de crise de panique en ce moment, mais il avait peur que cela se déclenche encore une fois. Il reviendrait bientôt à la maison pour quelques semaines, et il savait que ça allait encore perturber la routine et l'équilibre de Bill. Il s'était habitué à changer d'endroits chaque jour, et à faire les mêmes choses à des endroits différents. Maintenant Tom avait peur du retour à la vie normale, à une routine qui ne correspondrait plus à celle de Bill. En réfléchissant à toutes ces choses, il s'endormit pendant que son frère se trémoussait au bout du lit en chantant à haute voix le générique du dessin animé.


[...]


La tournée était finie, et Tom avait du expliqué à Bill qu'ils devaient retourner à la maison. Bill avait paniqué et il avait regardé cinq épisodes de Gummi Bear pour ne pas crier et pleurer. C'était Gretchen qui lui avait dit de faire ça quand tout se mélangeait dans sa tête. D'ailleurs Tom avait appelé Gretchen pour qu'elle essaye de parler à Bill et de lui faire comprendre qu'ils devaient rentrer. Ils repartiraient bientôt. Mais ça Bill ne le comprenait pas ; il voulait encore des jours avec concerts. Revenir à la normale, ça ne voulait rien dire pour Bill. Gretchen était venue à Köln le plus vite possible pour expliquer à Bill ce qui allait se passer. Il serra la main de Tom à la fin, parce qu'il ne comprenait pas. Mais il vit que son frère souriait quand Gretchen parlait ; Tom était content de ce qu'elle disait. Donc c'était bien. Donc il devait le faire, ça allait bien se passer, on lui avait dit.
Alors ils étaient chez eux maintenant. Tom dormait dans sa chambre, et Bill regardait encore des épisodes de Gummi Bear sur sa télé, comme d'habitude à partir de 17h36. À 19h15, Tom descendit les escaliers. Il avait une casquette verte et une petite tache jaune sur son tee-shirt blanc. Il s'assit en face de Bill et lui expliqua qu'il allait voir des amis ce soir. Bill hocha la tête et ne dit rien parce que Tom souriait. Mais quand il entendit le bruit de la voiture (ce qui voulait dire que Tom partait) il appela Gretchen pour savoir ce que Tom allait vraiment faire. Gretchen lui dit que c'était normal à 18ans d'aller voir ses amis pour parler, rigoler et passer du bon temps. Bill ne comprenait pas ce que ça voulait dire, mais il se dit que son frère allait avoir le sourire, donc que c'était une bonne chose. Il dit au revoir à Gretchen, regarda encore quelques minutes Gummi Bear, et à 19h36 sa maman l'appela à table. À 20h36, il alla prendre son bain, et à 20h56 il alla dans sa chambre pour aller regarder ses peluches en forme d'ours. Ensuite il écrivit un texte, et à 23h36 il alla se coucher. C'est le téléphone qui le réveilla.


Il était 4h10, et Bill pensa que cette heure n'était pas belle ; il n'y avait pas un seul multiple de 6. Il entendit des pas dans le couloir, dans les escaliers. Il entendit sa maman parler à quelqu'un et il eu peur parce qu'il ne savait pas qui c'était. Et puis il se souvint comment marchait le téléphone, et il se rendormit à 4h16.
Le lendemain, quand il se réveilla à 8h36, Bill accomplit comme d'habitude ses différentes tâches. Tom ne vint pas, mais il ne s'inquiéta pas ; quand ils étaient à la maison, Tom ne venait jamais le matin pour lui effleurer la main droite. Il était 11h57 quand sa maman rentra à la maison. Ce n'était pas une jolie heure. Sa maman s'approcha de lui, et lui dit quelque chose qu'il ne comprit pas. Tom est mort, sa voiture est tombée dans un ravin. Il appela Gretchen et lui demanda ce que ça voulait dire. Elle demanda à parler à sa maman. Il tendit le téléphone à sa maman, et partit s'accroupir dans un coin de la cuisine parce que sa maman troublait ses séquences d'activités qu'il faisait. Ça n'allait pas. Il ne savait pas combien de temps après, Gretchen arriva à la maison. Elle alla le voir dans la cuisine. Bill remarqua que son visage était tout blanc et qu'elle avait les yeux rouges, mais il ne savait pas ce que ça voulait dire. Il sortit son carnet d'émotion de sa poche et il lut que ça voulait dire que la personne n'allait pas bien, et qu'elle avait pleuré. C'était marqué aussi qu'il fallait prendre la main de cette personne. Il prit la main de Gretchen et attendit ; il ne savait plus quoi faire ensuite. Elle lui sourit, et Bill se dit qu'elle devait être contente. Mais après Gretchen lui expliqua que Tom n'allait plus jamais revenir, qu'il ne le reverrait plus jamais. Bill ne comprit pas et il dit à Gretchen que Tom lui avait promis de toujours revenir après l'école. Ils étaient à la maison, donc Tom était à l'école, donc il reviendrait. Toujours.


Mais Tom n'est jamais revenu. Bill s'est roulé par terre dans l'église quand il a su que son jumeau ne viendrait pas avec lui dans cet endroit qu'il ne connaissait pas et qui était trop sombre. On lui avait dit qu'il ne reverrait jamais le tourbus, et il n'avait pas compris pourquoi. Finalement, sa maman lui avait dit que son frère était sous la terre, qu'il ne bougeait plus, qu'il ne respirait plus. Bill en avait conclu que son frère était dans une bulle lui aussi. Comme lui ; c'était Gretchen qui lui avait expliqué qu'il était dans une bulle dans laquelle les autres personnes ne pouvaient pas rentrer.
Sa maman lui avait montré là où Tom était, mais il n'avait pas vu son frère. Il s'était assis sur une pierre grise et il avait passé la journée à attendre. Son frère n'était jamais venu.
Alors tous les jours un jeune garçon aux cheveux noirs se rend au cimetière pour espérer voir son frère. Tom lui avait promis de toujours revenir après l'école.




# Posté le jeudi 22 mai 2008 11:55

23. (jeposte,jeposte,vousaimezçahein?;)) (photo:Cassie)

23. (jeposte,jeposte,vousaimezçahein?;)) (photo:Cassie)
Non, vraiment, il ne l'aimait pas. Il ne la détestait pas au point de la vouloir disparaître (il en était incapable) mais il ne l'avait jamais aimé et il ne pourrait jamais l'aimer lui semblait-il.
Et ne croyez pas que Gustav était un de ces garçons qui se croient supérieurs aux autres et qui jugent à première vue. Non, Gustav n'était pas méchant et méprisant. C'étaient les autres qui l'étaient et peut-être l'était elle aussi...

Non, la première fois qu'il ne l'avait vu en fait, il devait être en sixième. Elle sortait du collège à midi (elle était externe), et on lui avait dit q'elle mettait beaucoup de fond de teint à cause de sa maladie. Il n'avait pas compris et avait simplement haussé les épaules ; il ne la connaissait pas, et non il ne compatissait pas. On ne compatie pas pour une chose qu'on ignore, ou sinon on ne compatie pas vraiment. Il garde juste le souvenir d'une jeune fille de dos, un peu maigre, avec de longs cheveux bruns qui brillaient au soleil, et un sac comme tout le monde en avait mais d'une couleur marron qu'il n'aimait pas.
Après, il l'avait oublié. Il ne l'avait jamais recroisé au collège et d'ailleurs, ce n'est pas comme s'il cherchait à croiser du monde dans les longs couloirs des bâtiments rouge brique ou dans la grande cour en béton. Non, Gustav il était plutôt du genre à rester dans les escaliers pendant la cantine et à s'enfermer dans les toilettes pendant les récréations. Et quand la cloche annonçant la fin de la journée sonnait, il se sentait pousser des ailes et il courrait le plus vite possible, son sac ballotant sur son dos, jusqu'à chez lui où il poussait enfin un grand soupir de soulagement. Non vraiment, Gustav n'était pas un mec hautain et sur de lui comme tous les autres lui semblait-il. Il était carrément mal dans sa peau, en réalité.
Il évitait le plus possible les contacts au collège, pour qu'on l'oublie et qu'on le laisse tranquille. Transparent. Mais y avait quand même toujours quelqu'un pour venir l'embêter. Méchamment. Alors soit c'était les grands de troisième qui se moquaient de sa petite taille, soit c'était ces filles dans sa classe qui ressemblaient à des pétasses, et qui le traitaient de nain, de boutonneux, et sa qualité de SAF (Sans Amis Fixes).
Et non, Gustav n'était pas tout seul en plus. Il avait des amis. Sa s½ur en première ; sa meilleure amie. Et puis sa batterie ; celle qui le faisait sentir plus grand et plus fort pendant quelques heures, et c'était déjà formidable. Et puis il y avait aussi Georg, ce garçon qu'il avait rencontré à l'école de musique un jour, qui joutait de la basse, et avec qui il passait ses fins d'après-midi, ses week-ends, et ses vacances. Quand ils n'étaient pas fourrés avec les deux petits jumeaux Tom et Bill. Eux deux, c'étaient de véritables piles électriques et des petits démons aussi quand ils s'y mettaient. Ils souriaient beaucoup, ils sentaient la joie de vivre à plein nez, et pourtant on ne les aimait pas vraiment dans leur école.
Non, Gustav n'avait même pas de quoi être critiqué. Certes, il n'avait aucune confiance en lui, et il finissait par croire tout ce qu'on lui disait (moche, boutonneux, gros, inutile & tout le reste) mais ce n'est pas un argument attaquable.

Et puis, c'était la rentrée de quatrième. Il rentrait dans la cour des grands, et il était toujours le plus petit de sa classe. Mais il s'était fait un ami, ou du moins il avait une connaissance ; quelqu'un qui ne le rejetait pas systématiquement et qui ne se servait pas de lui. C'était déjà beaucoup. Il s'appelait Juri, il était blond comme lui, il faisait de la batterie aussi (ils s'étaient rencontrés à l'école de musique), ses meilleurs amis habitaient Hambourg, et il faisait trois têtes de plus que Gustav. Et par chance, cette année-là, ils se retrouvèrent dans la même classe. Autrement Gustav ne connaissait personne, sauf ces deux filles qui l'avaient toujours asticotés, humiliés, insultés, et j'en passe et des meilleures. Et il y avait Marie aussi. Quand il l'avait vu rentrer dans la classe, et qu'elle s'était assise à côté de lui le premier jour, il n'avait pas vraiment fait attention. Il avait juste trouvé que ses cheveux bruns qui brillaient étaient très beaux, et quand il avait baissé a tête, il avait remarqué qu'elle portait des Converses© rose saumon.
Le lendemain, à la première heure de cours, il remarqua immédiatement que Marie était la meilleure amie de Marina, la fille qui l'insultait gratuitement depuis le premier jour de la sixième. Alors, il avait rangé Marie dans la même case qu'elle ; il n'aimait pas compartimenter le monde, mais il avait appris à se méfier des autres, aussi malheureux soit-il.
Très vite après, il s'était demandé pourquoi elle n'assistait pas au cours de sport. Juri, qui avait toujours une oreille qui traînait par là, lui apprit très vite que Marie était malade. Gustav avait aussitôt fait le rapprochement avec les longs cheveux bruns qui brillaient et le sac marron moche. Juri lui indiqua en plus que Marie était atteinte d'une leucémie, une malade du sang. Apparemment c'était mortel ; il ne savait pas très bien, ça ne l'intéressait pas, il ne voulait pas s'informer. Au fond de lui, ça lui faisait peur, mais il ne l'aurait jamais avoué.
Et puis l'année se déroulait, trop doucement au goût de Gustav qui regardait les minutes passer sur l'horloge au-dessus des portes de classe. Il marchait vite et la tête baissée dans les couloirs, il voyait Georg et les jumeaux dès qu'ils pouvaient pour s'échauffer avec des reprises et composer de plus en plus, il s'habillait en noir dans des vêtements larges pour se fondre dans la masse, et il rêvait d'une carrière à la Metallica.
Et puis il y avait toujours Marie, Marina et les autres, ceux qui pouffaient sur son passage ou d'autres. En cours d'histoire, quand il était assis devant Marie et Marina, elles plantaient leurs stylos dans son dos, et quand il se retournait, elles feignait l'indifférence et Marina l'insultait un peu plus. Et puis, ça ne l'atteignait même plus disait-il, toutes ces piques et insultes ; il avait appris à se construire une carapace et il continuait son bonhomme de chemin.

On devait être au mois de février, il ne se souvient plus très bien maintenant, et Marie ne vint pas en cours pendant une semaine. Il lui semblait que Marina était plus calme et qu'elle avait d'autres soucis en tête pour oublier de lui tapoter sur la tête en le traitant une nouvelle fois de nain. En effet, quand Marie revint un mardi après-midi pour une heure d'anglais, elle semblait plus pâle que d'ordinaire et Marina se jeta dans ses bras en pleurant. Gustav apprit de Juri qu'elle avait eu un rhume et que c'était dangereux pour elle.
Le lendemain, Marie ne vint pas en cous et la semaine suivante, leur professeur d'allemand leur apprit que Marie ne s'était pas remise de son rhume et qu'elle entrait en chambre stérile. Gustav imaginait une grande chambre où tout était blanc, où il fallait porter des lunettes, une charlotte et une blouse pour pouvoir parler à travers une vitre à une Marie aussi blanche que les draps, assise dans un lit où on ne voyait finalement que ses yeux et ses cheveux. Le tirant de ses rêveries, Mme Schloß invita les élèves à lui envoyer des mails et proposait une collecte d'argent pour lui offrir un cadeau dès qu'elle reviendrait.
Le lendemain, Marina aborda presque agressivement Gustav devant la salle de français, pour lui demander l'argent. Il ne comprit même pas tout de suite de quoi elle parlait ; cette histoire de collecte lui était complètement sortie de la tête. Et puis, il avait vu tous les regards des amies de Marina, penchées sur lui. Il secoua négativement la tête, presque affolé quand il comprit de quoi il s'agissait et réussit à bafouiller qu'il n'avait pas l'argent sur lui, et qu'il le rapportait demain.
Le soir en rentrant, il demanda à sa mère s'il était obligé de donner de l'argent pour Marie. Tu sais Maman, cette fille, je ne l'aime pas, et elle ne m'aime pas non plus. Elle m'embête comme les autres ; j'ai pas envie de lui faire de cadeau. Sa mère lui dit qu'il n'était pas obligé de faire la charité (puisque que c'était bien ça) mais finit par lui donner quand même un euro, pour l'empêcher de tourner en rond dans le salon en angoissant sur la manière dont il allait dire à Marina qu'il ne voulait pas donner d'argent.
D'ailleurs le jour d'après, tout le monde était au courant de cette histoire autour de Gustav, Marie et Marina. Il se fit tout petit durant la matinée, mais à la cantine, une amie commune à Marie et Lisa, Carolina, hurla qu'il pouvait bien donner un euro, qu'est-ce que c'était alors que Marie pouvait elle mourir ! Il n'avait rien dit, avait ignoré cette fille, et avait attrapé ses couverts.
Plus tard, en discutant de cette histoire avec Georg, et il faut bien le dire ; il l'admirait, il avait fait le mec blasé et avait haussé les épaules ; elle va pas mourir, attends ! C'était juste pour me faire peur.
Mais pendant toute la journée, ça avait continué. Les chuchotements dans son dos pendant les cours, et les insultes qu'ils réussissaient à discerner. Enculé, salaud, c'est pas possible d'être aussi méchant et sans c½ur, qu'un pauvre con, aucune conscience. Il avait fait le sourd, jusqu'à ce que Marina hurle dans le gymnase devant tous les autres qu'il était égoïste et autres. Elle s'était ensuite accrochée au bras de Juri, et elle minaudait. Il est gentil lui, pas comme toi. Je l'aime bien, toi non. Comme si ça lui faisait quelque chose. Il ne l'aimait pas non plus cette fille ; non elle, il la détestait. Parce qu'elle avait monté tout le monde contre lui, et que ça lui tordait le ventre de savoir qu'on le prenait pour un garçon sans c½ur, égoïste, qui se fichait totalement du monde. Non, il ne s'en fichait pas ; il s'en prenait plein la gueule tous les jours. On n'a pas l'habitude de voir quelqu'un remercier son bourreau, si ?
Finalement, à la dernière heure de la journée, Lisa était venu lui demander sans aucune intention particulière (et c'était une première) s'il donnait quelque chose ou non. T'es pas obligé, tu fais comme tu veux. Il avait bafouillé, et avait donné deux pièces de cinquante centimes avant de sortir presque en courant de la classe. Il avait tellement honte, il se sentait tellement lâche. Il cédait à la facilité, et s'en voulait. Et puis en mettant, il faisait un geste non ? Quoi qu'il en soit, les paroles de Carolina résonnaient dans sa tête.

Deux mois plus tard, on revit Marie au collège. Elle n'arrivait plus à marcher correctement, et se tenait au mur et aux tables pour se tenir debout. Elle avait beaucoup maigri et ses jambes ne la portaient plus.
Mais elle était là, et tout le monde s'en réjouissait. Et la place d'ordinaire vide à côté de Gustav en cours d'anglais avait été retrouvé par son occupante. Et non, Gustav n'était pas spécialement heureux de la revoir. Il avait peur que de sa voix fatiguée, il entende des reproches par rapport à cette histoire de cadeau, d'argent dont elle avait forcément entendu parler. Mais elle se contenta de rester silencieuse, et de l'ignorer sauf pour lui demander son effaceur avec un sourire timide. Le pire, c'est qu'elle était gentille dans le fond...

Et puis la semaine d'après, elle retourna en chambre stérile. Gustav voyait Marine qui s'arrêtait un peu de jacasser et se baisser des yeux tristes sur sa feuille blanche de en contrôle d'histoire.
Mais entre temps, le beau temps était arrivé, et c'était les dernières semaines de l'année scolaire. Il n'était plus obligé de se coltiner les affreux manteaux que sa mère lui donnait, et avait le sourire quand il sortait du collège et qu'il voyait Georg appuyé nonchalamment contre la grille.
Et enfin, cette année s'était finie. Il avait séché le dernier jour de cours, et il avait invité Georg et les jumeaux à rester dormir. Ils avaient regardé des films toute l'après-midi, et ils avaient finis la soirée, allongés à même le sol à s'inventer des destins de star de rock.
Quand ils rentrèrent chez eux le lendemain, Gustav se connecta sur MSN et surfa un peu sur le net (pour être courant des dernières nouvelles en matière de hard rock). Et au moment où le nouveau clip de Metallica se finissait, une fille de sa classe qui ne lui parlait que pour être sûre des devoirs engagea la conversation. T'es au courant ? De quoi. Pour Marie. Quoi ? Elle est décédée ce matin.

BAM. Dans ta gueule. Tu t'y attendais pas, hein ?

Il se déconnecta et il descendit dans la cave pour jouer de la batterie. Se défouler.
Marie est morte, c'est de ma faute.
L'histoire de l'argent, et toutes les piques de Marie lui revenait en tête. Il n'arrivait pas à lui en vouloir.
C'est de ma faute.
Les paroles de Carolina résonnaient dans sa tête, et couvraient le bruit qu'il faisait en tapant sur sa batterie.
C'est de ma faute, putin...

Il assista à l'enterrement dans la petite église à côté de la maison de jumeaux. Il s'assit au dernier banc, tout seul, au fond de cette église qu'il trouvait moche. Il ne pleura pas, et n'eut aucun signe d'émotion pendant toute la cérémonie. Même quand le cercueil entra par la lourde porte en bois. Même quand la mère de Marie commença son discours avant de s'écrouler sur l'estrade. Il avait juste les mains qui tremblaient, et les yeux rouges quand il passa devant le cercueil à la fin de la cérémonie.
Elle est morte, et c'est de ma faute...


Cet été-là, tout le monde est d'accord pour dire que Gustav a énormément grandi. Physiquement et moralement. Il s'est assagi, et il parle encore moins qu'avant.
C'est de ma faute.
Et puis le temps s'est accéléré. Il n'a pas vu l'année de troisième se dérouler, et en moins de deux, il s'est retrouvé au lycée. Deux mois après son entrée en seconde, il était connu dans l'Allemagne entière, et sa nouvelle vie commençait. Il jouait de la batterie tous les soirs, la renommé de Tokio Hotel ne faisait que grandir. Ils conquirent toute l'Europe, et il s'attaquait aux USA. Ils étaient heureux, et du temps s'était écoulé.

Mais hier, j'ai vu Gustav déposer des fleurs sur sa tombe. Il a allumé une cigarette, et je l'ai entendu discuter avec le marbre gris recouvert de toujours plus fleurs que les autres tombes, même 5 ans après.
Pourtant, il ne l'aimait pas...







À Marie Cousin _ 1992-2006
Décédée suite à une tentative de greffe de moelle osseuse pour essayer de guérir sa leucémie.



(Cette histoire c'est la mienne. Malheureusement. Gustav c'est moi, à l'époque (àquelquesdétailsprès; j'avaismameilleureamie). Vous allez me demander pourquoi il s'en voulait. Je vous dirais que je savais pas...)
# Posté le vendredi 09 mai 2008 13:38
Modifié le vendredi 09 mai 2008 13:53

22.

-Je peux m'asseoir ici ?
-Je ne vois pas pourquoi vous ne le ferez pas.
Elle s'allume une cigarette.
-Je vous vois tous les jours ici.
-Effectivement. J'écris un livre.
-Ah.
-Alors j'observe les gens qui viennent sur cette terrasse de café tous les jours pour m'en servir dans mon livre. Je vous vois tous les jours.
-Effectivement.
Elle tente un sourire qui ressemble à une grimace.
-Pourquoi vous ne savez pas sourire ?
-Parce que la vie ne m'a jamais appris à sourire.
-Ah. Elle vous a appris quoi la vie ?
Elle jete sa cigarette par terre et finit son café.
-La vie, elle a arrêté de me donner des leçons ; je suis un cas désespéré.
-C'est embêtant.
-Je ne vous le ferai pas dire.
Elle s'allume une nouvelle cigarette.
-Je suis dans votre livre ?
-Je parle, en effet, d'une jeune femme avec de longs cheveux noirs qui cachent son visage blanc. Elle fume beaucoup, et elle garde toujours son manteau, même quand il y a du soleil et qu'il fait bon. Elle boit des crèmes et je ne l'ai jamais vu parler avec quelqu'un.
-Sauf aujourd'hui.
-Hein ?
-Oui, je suis encore là aujourd'hui, mais je parle avec quelqu'un. Vous en l'occurrence.
-Effectivement.
-Vous dîtes beaucoup effectivement.
-Effectivement.
Il sourit et elle tire sur sa cigarette.
-Et pourquoi vous venez me parler ?
-Parce que j'ai besoin de renseignement sur vous pour pouvoir continuer mon livre.
-C'est un livre sur quoi ?
-Sur les gens. Sur la vie. Et un peu de vous.
-Ah.
-Vous êtes une personne très intéressante à écrire.
-Ce n'est dont que pour un but lucratif que vous venez me parler ?
-En quelque sorte.
-Très bien.
Elle écrasa sa cigarette sur les pavés.
-Que voulez-vous savoir ?
-Qui vous êtes.
-Non.
Elle touilla sa cuillère dans sa tasse vide.
-Non ?
-Je ne vous dirais pas qui je suis, comment je m'appelle et où j'habite.
-Très bien.
Elle releva des yeux curieux.
-Racontez-moi votre vie.
-À partir de quand ?
-À partir de là où vous pensez que c'est intéressant.
-Ma maman et mon papa s'aimaient. Et j'avais un petit frère blond. Blond comme les blés et avec un sourire de soleil.
-Je peux vous enregistrer ?
-Si vous voulez.
Elle alluma une nouvelle cigarette.
-J'avais des jolies robes rouges, vertes et bleues. Et mon papa avait une voiture grise. Mon papa est mort.
-Je suis désolée.
-Ça ne sert à rien. Mon papa est mort il y a 10 ans. Comme ma maman.
-Vous avez quel âge ?
-Vingt-sept ans demain.
-Joyeux anniversaire en avance.
-Merci.
Elle tira sur sa cigarette.
-Mon petit frère est mort dans la voiture grise quand il avait 10 ans. Mon papa et ma maman ne se sont plus jamais aimés et ils sont partis.
-Où ça ?
-Très loin.
-Et vous ?
-Quoi moi ?
-Qu'est-ce que vous êtes devenu ?
-Bah je suis resté ! Je suis resté dans ma maison, et mes parents n'étaient plus là. C'est à partir de ce jour-là que la vie a arrêté de me donner des leçons de sourire.
-C'est là que vous avez commencé à fumer ?
-Je fumais déjà un peu avant. J'avais quatorze, quinze ans peut-être. Ça ne vous dérange pas la fumée j'espère ?
-Absolument pas.
Elle hocha la tête.
-Et après ?
-Vous êtes sûr que vous voulez parler de moi dans votre livre ? Ce n'est pas très marrant ma vie, vous savez.
-Non, je ne suis pas sûr. Mais j'aime bien vous écoutez parler.
-Vous continuez quand même d'enregistrer ?
-Je n'ai jamais enregistré.
-Ah.
Un garçon passe et elle demande un grand crème.
-Et après ?
-Après, j'ai perdu mon copain et mes amis. Il paraît que quand on ne sourit pas, on perd tout.
-Vous avez tout perdu ?
-Non, pas tout à fait. J'ai gagné de l'argent. Tous les mois, trois mille euros de mes parents. Pour me dire qu'ils m'aimaient.
-Ah bon ?
-Non. Mais je me suis toujours forcée à croire ça.
-Ah.
Son crème arrive, elle y met un sucre.
-Après, j'ai commencé à me droguer.
Elle boit une gorgée du liquide chaud.
-Vous ne dîtes rien ?
-Je peux dire quoi ?
-Rien. Taisez-vous.
Elle alluma une nouvelle cigarette.
-Donc je disais, j'ai commencé à me droguer. J'allais à des fêtes glauques, et je me réveillais souvent le matin sur le parquet crade, des mecs louches sur moi.
-Vous étiez aussi seule que ça ?
-Oui. Transparente. De toute façon, je n'allais plus en cours, et je passais mes journées chez moi ou dans ces fêtes glauques comme je disais.
Elle avale une nouvelle gorgée de son crème.
-Et après ?
-Bah, j'ai continué. Et puis un jour, une fille a débarqué chez moi. Je ne la connaissais absolument pas, et elle ne m'a pas dit un mot. Je ne me souviens plus de son visage...
-Elle a fait quoi ?
-Oh ! Elle a jeté toute ma came aux chiottes, elle a ouvert les volets, et m'a ordonné de ne plus jamais aller à ces fêtes. Elle est repartie.
-Vous l'avez revue ?
-Non jamais.
-Et vous ?
-Moi ? Je l'ai écouté. Je suis allé voir mon petit frère au cimetière, et je suis retournée au lycée.
-Ça s'est passé comment ?
-Vous croyez que c'est redevenu comme avant ?
Il hoche la tête et elle jette sa cigarette.
-Vous êtes fous.
-Pourquoi ?
-Parce qu'on ne revient pas sur le passé, et avant c'était du passé. Je me suis retrouvé toute seule, parce que je n'étais pas fréquentable. Et j'ai travaillé. J'ai eu mon bac, avec mention.
-C'est bien.
-C'est bien quand vous avez des parents qui vous félicitent.
Un garçon passe et elle commande un espresso pour lui.
-Ça m'ennuie de ne pas vous voir boire.
-Merci.
-De rien.
-Et ensuite ?
-J'ai trouvé un boulot, j'ai fait des études de lettres.
-Vous avez revu vos parents ?
-Trois fois en dix ans. J'ai enchaîné les petits boulots.
-Et ?
-Et bah c'est tout. Mon dernier contrat s'est terminé, mes parents étaient morts, je suis partie et je suis là, à cette terrasse de ce café.
-Vous habitiez où avant ?
-Là où tout est gris et triste.
-Dans le Nord ?
-Là où mon petit frère est mort, et où mes parents m'ont abandonné.
Elle allume encore une cigarette.
-Et maintenant ?
-Je viens tous les jours ici.
-C'est tout ?
-C'est tout.
Il finit d'une traite son espresso.
-Et vous faîtes quoi ici, tous les jours, à cette table ?
-J'attends.
-Vous attendez quoi ?
-Je savais pas.
-Vous savez maintenant ?
Elle retente de sourire.
-Vous souriez mieux que tout à l'heure.
-C'est grâce à vous.
-Ah bon ?
-Oui.
-Vous attendiez quoi ?
-Que quelqu'un vienne me parler et m'apprenne à sourire
-Oh.
-Oui, comme vous dîtes.
Elle finit sa cigarette.
-Vous allez faire quoi maintenant ?
-Attendre que votre livre sorte, ça m'apprendra à sourire encore une fois.
Elle finit son crème.
-Vous voulez que je vous apprenne à sourire encore plus ? Et même à rire ?
-Vous en seriez capable ?
-Je sais pas. Mais j'ai envie d'essayer. Vous êtes belle quand vous souriez, j'aimerais vous voir rire.
-Fais moi rire s'il te plait...
# Posté le dimanche 04 mai 2008 16:36

21.

Sucreries amères (&étoilées)


Chocolat. Des tonnes de chocolat. Partout. Des miettes de chocolat dispersées entre les feuilles raturées, les stylos qui ne marchent même plus, entre les tasses de thé et de café vides depuis longtemps, entre les cendres de cigarette et les bouteilles d'alcool pas toujours vides. Du chocolat partout dans ce bordel humain. Dans son bordel à lui. De la musique s'échappe de la chaîne hi-fi posée sur deux piles de livres et de magazines. Des mélodies de piano lentes, et des voix nasillardes par dessus qui donnent envie de pleurer. Et du chocolat, son chocolat parmi tout ça. Du blanc, du noir, au lait, avec des noisettes ou de la praline. Sous toutes ses formes ; des vieux pots de glace chocolat pépites de chocolat, des papiers de tablettes, des sacs vides de macarons, et des papiers brillants. Une casserole vide qui a contenu du chocolat chaud dans l'évier par-dessus des assiettes encore pleine de chocolat fondu.
Et lui, il est là, au milieu du salon, emmitouflé dans des dizaines de couvertures sombres. Il finit lentement un cookie au chocolat, les yeux fermés pour apprécier sa dernière bouchée. Il augmente le volume de la musique, et s'enfonce un peu plus dans ses cousins marron, dans ses couvertures sombres, dans son canapé noir. Ses cheveux noirs tombent sur ses yeux, et cachent son visage. Il tâtonne la table basse et attrape son paquet de cigarettes au chocolat.
Du chocolat partout. Considéré comme une source de réconfort par les filles en chagrin d'amour, considéré comme une source de fer pour les médecins qui veulent faire croire à leurs patientes qu'elles n'ont pas pris 10 kilos après les fêtes. Source de conflit quand on empêche son petit garçon de monter sur l'évier pour attraper un carré de chocolat dans le placard. Source de rire quand ce même petit garçon fini sa mousse au chocolat les babines recouvertes de cette sucrerie. Source de plaisir infini quand on se délecte d'un simple petit carré la nuit à trois heures du matin, pour se réconforter du cauchemar qu'on vient de faire.
Il aime le chocolat. Il en mange tout le temps. Et non, il n'est même pas obèse ; se nourrir de chocolat ne l'a jamais fait grossir. Se nourrir tout court n'a jamais réussi à le faire grossir et grandir correctement. Il est trop grand, et trop maigre. Son corps ressemble à une grande baguette flexible, qui risque de s'envoler au moindre coup de vent. Ses côtes ressortent au-dessus de son ventre plat, ses pommettes sont creuses, et ses poignets pointus ; la nourriture ne dure jamais plus de vingt-quatre heures dans son ventre. Et tout le délicieux chocolat qu'il ingurgite pour sa quantité importante en sucre, finit dans le cuvette des toilettes, quand il tousse, pleure et crache son organisme dans les égouts. C'est devenu tellement habituel. Et il continue de manger sa friandise préférée juste pour ne pas cracher de la bile. Juste pour qu'on ne retrouve pas un squelette dans son appartement sombre.

Il pousse la porte d'un coup d'épaule et laisse tomber ses sacs sur le canapé ; des barres chocolatées, et du chocolat en poudre tombent sur le plancher. Il envoie valser ses chaussures, enlève sa stupide casquette noire, et s'affale entre tous ses coussins. Il attrape une couverture, et un petit ½uf de Pâques qui vient de tomber par terre. Il sourit en défaisant le papier brillant ; nous sommes le week-end de Pâques. C'est le meilleur moment de l'année (avec Noël). Tous les beaux chocolats dans leurs beaux papiers colorés sont dans la superette en bas de chez lui. Il jette le papier sur la table, et casse l'½uf en plusieurs petits morceaux. Il regarde longtemps sa main blanche qui contient les petits éclats de bonheur avant d'en choisir un et de le glisser entre ses lèvres. Il laisse le morceau fondre sa langue, avant de mâcher les derniers petits morceaux et de tout avaler. Sa langue a un goût sucré et... Il a envie de vomir. Il lâche précipitamment le chocolat qui s'éclate en plus petits morceaux sur le sol foncé, et se dépêche de foncer vers les toilettes, sa couverture enroulée maladroitement autour de lui. Il tombe à genoux devant la cuvette blanche, et son corps se contracte, avant que tout son estomac se vide. Il tremble, et des larmes coulent sur ses joues faisant couler le crayon qui entourait ses yeux chocolat. Il tousse un peu, et s'assoit à côté des toilettes après avoir tiré la chasse d'eau. Il a encore le gout sucré du chocolat au fond de sa gorge ; c'est désagréable.

Encore une fois, il est affalé dans son canapé. Il ne sait pas l'heure ; déconnecté du temps, de l'espace. Il n'a rien mangé depuis deux jours ; peut-être plus, peut-être moins. Il a poussé tout le chocolat dans un coin de la cuisine à côté de la gazinière en panne. Il boit du thé, du café avec du sucre, pour ne pas s'évanouir. Il a ouvert les fenêtres pour faire sortir l'odeur du chocolat de son petit appartement, et il a jeté ses cigarettes dans le vide ordure, avant de tout mettre sans dessus dessous pour trouver un vieux paquet de Malboro. Il est enfoui encore une fois entre ses couvertures ; il a froid. L'air passe par les volets, par les rideaux, et depuis qu'il a arrêté de payer le gaz, les radiateurs ne marchent plus. Il enfonce sa tête dans l'amas de couvertures et de coussins, avant que ses yeux ne se mettent à le piquer méchamment. Il s'empresse de chercher son paquet de cigarettes, et il tombe sur un petit sachet de cigarettes à rouler. Le paquet est à l'autre bout de la pièce. Il attrape le sachet, et ses mains tremblent quand il effrite le tabac. Il se concentre pour ne pas penser à autre chose. Il pose le filtre sur le fin papier, il pose le tabac, et presse la cigarette entre ses doigts fins. Il humecte ses lèvres, et colle enfin le petit papier avant de l'allumer fébrilement. Quand il expire une première taffe, de grosses larmes coulent sur ses joues. Il lui manque des framboises.

Il a besoin de sucre naturel, il a besoin de soleil dans sa gorge quand il croquera dans un fruit rouge. Il a besoin de couleurs autres que celles des papiers de chocolat. Il a besoin de soleil, de vie ; il veut des framboises.
Il a besoin de lui. Il a besoin de son soleil, il a besoin de sa couleur, de sa chaleur. Il a besoin de son rire, de son sourire, de ses bras chaleureux. Il a besoin de son amour en couleur. Il a envie que ce soit comme avant, quand il plongeait son visage à lui dans son bol de chocolat et qu'il le regardait mettre une framboise à chaque bout de doigts consciencieusement pour mieux les manger. Il a envie de le voir revenir de l'épicerie avec son chocolat pour lui, et ses framboises pour lui. Il a envie de partager son chocolat aux framboises. Il a envie qu'il lui mette un bout de gâteau framboise chocolat dans sa bouche. Il a envie de ses baisers à la framboise. Il veut son frère à la framboise, il veut sa vie, il veut son soleil. Il a besoin de son amour...

Il a ouvert ses volets, et a nettoyé son petit appartement. Il a enfermé toute trace de chocolat dans sa grosse boîte. Il a nettoyé le sol chocolaté, sa table saupoudrée de chocolat, ses assiettes encore crémeuses de chocolat. Il a tout nettoyé, et son appartement sent les fleurs ; un début de soleil, celui qui annonce les framboises. Il a rangé son chocolat et ses souvenirs ; quand un jour, tout s'est déroulé trop vite, et que les framboises sont parties. Qu'il avait crié un peu trop fort, et qu'il s'était effondré sur le canapé ; il ne croyait plus en eux. Le chocolat et la framboise ne vont pas ensemble il lui avait dit, ça n'a aucun sens. Il lui a sangloté qu'ils n'avaient rien en commun, qu'ils n'avaient rien à faire ensemble, que c'était impossible. Juste parce qu'il n'arrivait plus à se souvenir quel goût avait la framboise, juste parce qu'il avait l'impression que son soleil ne le réchauffait plus assez, juste parce qu'il lui manquait. Il avait bouché ses oreilles quand il avait tenté de lui expliquer le pourquoi du comment, et il l'avait repoussé quand il avait tenté de le rassurer. Casse-toi. Alors son soleil, sa vie, son amour s'était redressé brusquement. Ses yeux étaient devenus noirs, ils brillaient beaucoup. Il avait attrapé son sac, et la porte s'était fermé. Depuis que son soleil était parti, il avait tout le temps froid, son appartement était triste et sale, et il n'ouvrait plus ses volets. Les framboises étaient parties, et il s'était noyé dans son chocolat.

Il cherche dans son armoire un tee-shirt un peu coloré, pour aller avec cette belle journée ensoleillé. Il ne trouve que du noir, du marron, du gris. Et puis il tombe sur un tee-shirt rouge framboise ; c'était son préféré avant. Il soupire un peu et l'enfile malgré tout. Il aimerait faire bonne figure, et ne pas paraître pour un zombie comme d'habitude. Il coiffe ses longs cheveux noirs, se maquille les yeux, et enfile une jolie veste noire sur son teeshirt. Il enfonce tout de même sa casquette sur ses yeux. Il essaye de se sourire devant la glace ; ça ressemble à une grimace. Au bout de plusieurs minutes, ça ressemble plus à un sourire. Il n'a tplus tellement l'habitude.
Il attrape un sac, ses clés, et il sort de chez lui. Un frisson le parcourt quand il aperçoit la rue bondée ; d'habitude il sort à l'heure du dîner quand il n y a presque plus personne dans les rues, pas un jour de marché. Il a peur, et son ventre se tord un peu. Il se demande si c'est une bonne chose de sortir maintenant. Il se sent mal dans son tee-shirt rouge et il a envie de se décomposer sur place. Et puis la porte du hall s'ouvre, et son voisin la lui tient en souriant. Il se décide à bouger ses jambes et passe devant lui en murmurant un petit merci. Sa voix est éraillée ; il n'a pas parlé depuis trois jours. Le soleil lui tape dans l'½il et pendant quelque seconde, il est aveuglé. Il n'ose plus bouger, les personnes tourbillonnent vite autour de lui. Pour un peu, il se maudirait d'habiter à la capitale. Et puis, il reprend son souffle et avance d'abord lentement entre les rues qu'il connaît bien. Il marche de plus en plus rapidement, et quand il arrive devant chez la petite épicerie, il a la tête haute, et ses yeux brillent un peu. Il s'arrête devant la devanture du magasin, et il papillonnent des yeux quand il aperçoit les belles framboises rouges à travers la vitrine. Elles sont bien grosses, bien rouges, et elles brillent un peu. Il pousse doucement la porte et un petit gling qui résonne dans la boutique vide avertit le patron de sa présence. Celui-ci relève la tête, et fronce un peu les sourcils quand il voit le jeune homme s'avançer vers lui. Puis il semble le reconnaître, et lui sourit gentiment. Il esquisse alors une grimace qui est censée ressembler à un sourire quand le patron l'interpelle. Bill, ça faisait longtemps, ça va ? Oui, oui. Je te sers quoi ? Deux barquettes de framboise. Les yeux de l'homme brillent un instant, et quand il se penche un sourire est agrafé sur ses lèvres. Il pèse les framboises, et lui demande l'argent. Alors qu'il farfouille dans son porte-monnaie, il entend la porte ouvrir. Il ne relève pas tout de suite la tête cherchant une petite pièce. Je te sers ton chocolat comme d'habitude, Tom ? Il relève la tête et regarde le mur en face de lui, immobile. C'est impossible. Tom ? Il ferme les yeux quelques secondes, et lentement, il pose une dernière pièce sur le comptoir. Le patron lui fait un sourire complice auquel il n'essaye même pas de répondre. Tu ne veux pas de belles framboises ? Non, je n'ai pas très envie, enfin... Tu comprends... Il voit le patron sourire à l'homme qui se trouve derrière lui, et mécaniquement, il attrape son sac que lui tend l'homme devant lui. Il essaye de prendre contenance, et il dit merci. Il range son porte-monnaie dans son sac, et il entend que la boutique est redevenue silencieuse. Il n'a pas très envie de se retourner, il est mort de peur. Le patron le regarde et lui sourit. Il ferme les yeux, et il entend des pas se rapprocher lentement de lui. Bill ? Il lâche toute ses affaires sur le sol ; son sac de framboise, son sac à lui, sa casquette. Des larmes coulent bruyamment sur son visage et il se jette sur la personne derrière lui, faisant tomber à son tour son sac de chocolat. Oh Tom, oh mon dieu. Il n'a jamais été aussi heureux de sentir deux bras chauds serrer son corps, il n'a jamais été aussi heureux de sentir cette odeur de framboise. Il vient de retrouver son soleil, sa vie, son amour. Et leur baiser de retrouvailles a juste un goût salé de larmes étoilées.




(J'aurais voulu que les personnages ne soient pas les jumeaux Kaulitz, mais j'en avais besoin pour écrire cette histoire que je me suis du de poster sur un forum parce que j'avais besoin que quelqu'un le lise. Qu'elle le lise pour se souvenir de nous avant, & pour qu'elle se rende compte. Ça a marché, on s'est reparlé.
Mais au jour d'aujourd'hui, ce texte n'a aucune valeur & ne veut rien dire. Je vous le poste quand même; j'ai aimé l'écrire.)
# Posté le samedi 03 mai 2008 07:42

"Je veux dire, tu seras une vraie écrivain, une vraie artiste à part entière, dont la musique de la plume sur le papier fera danser les mots jusqu'à l'esprit du lecteur, recréant ainsi ton univers."


*



Merci de croire en moi... :') Pour une fois, les mots m'échappent.





EDIT:

J'ai découvert les livres, & le plaisir de lire alors que je ne savais même pas lire. J'ai appris par coeur un livre de lapin&deloup, & je le racontais à mes peluches à quatre ans. & puis j'inventais des histoires de petit canard, & j'passais des heures dans ma chambre à dévorer tous mes livres, alors que je ne savais pas lire. Ensuite, je suis rentrée à l'école primaire, &en décembre; je savais lire. & c'était trop bien.
Alors j'me suis mise à tout dévorer; j'ai plus de 200livres dans ma bibliothèque & j'en suis fière. Au fils des années, ils se sont ammassés, j'en ai donné & jeté quelqu'uns pour en aquérir de nouveaux. Je passais mon temps à lire; du fantastique aux comédies, tout y passait. Je voulais être bibliothécaire, & je jouais à la libraire.
&puis, ça date d'il n y a pas si longtemps (environdeuxans), j'écrivais un peu. Pas des histoires, non; ma vie. J'étalais mes peines de coeurs & mes joies, & j'avais envie que ce soit joli. Ensuite, c'était les histoires d'amours, que je m'inventais dans la tête pour m'endormir le soir. J'étais l'héroine, & evidemment les membres du groupe dont j'étais (jesuis) fan étaient dedans. Un jour, cette histoire s'est concrétisé; sur mon écran d'ordinateur, sur un blog avec plus de 5000visites par mois, & 10 000 même à un certain moment. J'aimais ça, vraiment. Écrire en rentrant des cours une histoire que je ne vivrais jamais. & puis ensuite écrire des histoires pour les autres, & d'autres sans queue ni tête, juste parce que une idée m'était venue. & puis en même temps, je continuais à lire. Mais plus tous ces livres qui encombraient ma bibliothèque, non; des histoires comme les miennes. & dieu sait que j'ai passé du temps devant mon ordinateur, juste pour quelques mots écrits par une fille un peu comme moi.
& un jour, j'ai décidé que d'écrire des histoires avec mes 'étoiles' préférées n'étaient pas gratifiants, & je doutais de mon amour encore pour eux. J'ai laissé tomber, même eux à une période. Pour me raccrocher encore un peu plus après; enfin... Mais pendant ce temps, dans ma tête tous les jours j'avais des nouvelles idées d'histoires que j'essayais de refrener. Alors j'écrivais des lettres, ça m'occupait. Mais le besoin de raconter encore des tas de choses m'occupait l'esprit. Alors j'ai continué, avec plus ou moins de difficultés. Des histoires courtes, prises sur le fait comme ça. & d'autres histoires avec mes 'étoiles' parce qu'ils étaient de bons personnages & que je les suis encore (malheur de moi).
& puis, & puis... il est une heure du mat', & si j'y pense dans quelques jours, je publierais un texte avec une de mes 'étoiles' (mais j'en parle tellement peu dans ce texte).
Mais en fait, si j'écris ce soir (cematin?) c'est juste pour vous dire que j'ai recommencé à lire ces secrets en papiers. Que j'admire ceux qui réussissent à vendre ces pages de papiers qui délivrent un odeur si particulière. Que je m'inspire de ces personnes qui ont tout réussi à mes yeux & que j'aimerais tellement en devenir une, être tels ces personnes qui me donnent les larmes aux yeux à cause de la justesse de leurs mots.
Alors que je ne retiens même pas le nom de tous ces auteurs en plus...

Tous les livres d'Anna Gavalda, surtout Ensemble c'est tout, qui est tout corné, tout plié, tout abimé à l'intérieur & à l'extérieur tellement je l'ai lu. Amélie Nothomb dont j'aime l'univers psychédélique (Biographie de la faim nottament). & le dernier livre en date; 525 pages de poésie & mes larmes & mes mains qui tremblent à la fin. L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafòn. Demain, ce sera Flaubert & ensuite le dernier livre d'Anna Gavalda.
& si vous saviez, il y en a tellement : )
# Posté le samedi 19 avril 2008 11:57
Modifié le vendredi 02 mai 2008 19:08