Il lui avait promis de toujours revenir après l'école.
Ce matin-là, ils étaient dans le tourbus. Comme tous les matins depuis 18 ans, Bill se réveilla à 8h36. Mais comme il avait compris qu'ils avaient fait un gros concert la veille, et qu'il était fatigué, il décida de fermer les yeux et d'attendre 10h36 comme chaque lendemain de concert. Quand ce fut l'heure, il se leva, tira sur le bas de son tee-shirt et rentra dans le salon. Son pull qu'il avait accroché à un cintre à côté de la fenêtre se balançait doucement à cause du roulement du bus, mais il réussit quand même à l'attraper. Il était 10h40 et il alluma la musique ; With Or Without You de U2. Il avait ainsi 4minutes53 pour ouvrir le frigo, prendre le lait dans la porte de droite à gauche du jus d'orange, attraper son bol vert posé dans l'évier, tout poser sur la table et revenir pour prendre le paquet de céréales. Il devait en plus mettre les céréales jusqu'au deux tiers du bol, et mettre du lait sans qu'il n'y en ait plus que les céréales. Et après, c'était le live de Cassis, de the gazettE. Et son frère arrivait après que Kyo ait annoncé qu'il jouait Cassis. Il lui effleurait la main droite en passant, et il s'asseyait en face de lui. Ensuite quand la chanson était finie (et son bol aussi) il le laissait sur la table, et partait dans la salle de bains avec les vêtements qu'il avait posés sur la banquette la veille. Il avait écrit sur un post-it qu'est-ce qu'il fallait faire quand il était dans cette pièce.
-Se déshabiller et mettre le pyjama et le pull à côté de l'évier.
-Se doucher
-Mettre du déodorant
-Mettre les vêtements
-Se laver les dents
-Se démêler les cheveux avec la brosse et le peigne
Et il savait qu'après avoir fait tout ça, il devait prendre son pyjama et son pull, et sortir de la salle d'eau. Il retrouvait Nathalie dans le lounge tout devant. Elle lui disait Bonjour Bill, bien dormi ? Assis-toi, je vais te maquiller. Ferme les yeux s'il te plait. Pendant une demi-heure, Bill se laissait faire et faisait confiance à Nathalie. Il l'aimait bien ; il aimait beaucoup la couleur de ses cheveux. Ça ressemblait à de l'or, mais c'était doux quand il les touchait du bout des doigts. Après que Nathalie l'ait maquillé, il choisissait comment il se coiffait. Il avait un post-it collé sur son petit miroir
-Jour avec concerts ; gonflé mais pas trop.
-Jour sans concerts ; comme tu veux.
C'était son frère qui avait écrit ça. Mais Bill avait rayé le comme tu veux, et dans sa tête il avait collé un post-it. Lisses les jours de pleine lune et les jours de commencement ou de fin. Gonflés les autres jours. Il sortit son agenda de sa poche de jean droite, et il lut qu'aujourd'hui c'était une journée avec concert dans le PO Bercy, 8boulevard de Bercy, 75012 Paris. En dessous, c'était marqué qu'il y'aurait 17 000 personnes. Il poussa un petit cri et frappa dans ses mains. Il était content ; il y aurait plein de monde ce soir. Il se tourna vers Nathalie et lui expliqua en tordant ses mains dans tous les sens que ce soir ils auraient un concert génial, qu'il y'aurait plein de gens qui les aime, et que ce sera super. Il avait un grand sourire, et gigotait un peu partout sur son siège. Nathalie lui sourit, en l'écoutant attentivement. Elle se dit que ce serait plus facile si Tom lui donnait ses médicaments avant que Bill ne regarde dans son carnet pour voir que c'était un jour avec concerts, un jour super. Quand Bill bougeait et piaffait trop, c'était difficile de le coiffer.
« Bill, on est arrivé à L'H. Nous sommes au * rue de la ****, 75*** près de la place V. qui est là-bas, tu vois ? La station de métro ici, c'est O. »
Bill qui était assis près de la fenêtre dans le sens de la route hocha la tête et reprit son observation d'une petite peluche en forme d'ours qu'on avait balancé sur scène la veille. Il la touchait, la sentait, la regardait sous toutes ses coutures. La première fois que Georg avait vu Bill faire ça avec sa peluche préférée, il s'était inquiété. Mais Tom lui avait expliqué ; c'était normal. On ne devait pas le déranger, c'est tout. Sauf pour le prévenir qu'on arrivait dans un endroit nouveau ; si on ne lui disait pas, il restait bloqué dans ce qu'il faisait auparavant. Il n'arrivait plus à sortir de son activité, parce que ce n'était pas prévu ; il était coincé entre deux activités et il paniquait. Finalement, ça finissait en cris et larmes. C'était arrivé une seule fois, quand Tom qui était malade et ne s'était pas levé pendant Cassis, était dans sa couchette 5minutes avant d'arriver. Personne n'avait prévenu Bill, et ils avaient mis une heure avant qu'on le décide à sortir du bus.
Le bus s'arrêta et Bill posa sa peluche sur la table. Il enfila les chaussures que son frère avait choisies pour lui, mit sa veste qui était dans le petit placard. Il la mit seulement parce que son frère lui avait dit qu'on était en hiver, et qu'il faisait très froid dehors. Lui, il ne trouvait pas, mais bon ; il faisait ce que son frère lui disait, c'était maman qui lui avait ordonné d'écouter son jumeau avant qu'ils ne partent jouer dans toute l'Europe. Il s'avança ensuite vers Saki qui lui donna un marqueur noir. Jamais de bleu ; ça portait malheur selon Bill. Et quand les marqueurs noirs ne marchaient plus, et qu'ils ne restaient que des bleus, ils ne signaient pas. Saki lui demanda ensuite d'attendre 5minutes pour que tout le monde soit près, et il sortit son portable pour chronométrer le temps. Pendant ce temps, Saki fit activer tout le monde et vérifia par-dessus l'épaule de Bill les minutes réglementaires. À 5minutes piles, il demanda aux vigiles de sortir du bus, et Bill lui lança un grand sourire. Saki sourit aussi ; il se dit que pour rien au monde il dépasserait ou raccourcirait les 5minutes réglementaires. Quand Bill voyait le temps changer et se sentait bloquer entre deux séquences d'activités, c'était dur de le faire bouger pour continuer la journée.
Bill signa 9 autographes d'un côté de la file, et 9 de l'autre puisqu'on était le 9 mars. Heureusement qu'il n y avait pas beaucoup de filles ce jour-là devant l'hôtel se dit le manager ; parce que sinon ils allaient êtres démasqués, et après tout ce que les journaux avaient dit sur eux depuis le début, on allait pas en rajouter une couche.
Parce que ce que le grand public ne savait pas, c'était la maladie de Bill. Celle qui le rendait hyperactif, et le rendait agité les jours sans concerts parce qu'il n'avait pas pu se défouler. Celle qui le rendait associable avec les personnes qu'il ne connaissait pas, et qui le rendait nerveux quand ils se rendaient dans un endroit qu'il n'avait jamais vu. Celle qui déterminait où devait se trouver chaque objet, et s'ils étaient déplacés, elle le faisait crier et pleurer. Celle qui le coinçait dans un endroit sombre et indéterminé qui lui faisait peur quand le cours du temps était changé de quelques secondes. Celle qui faisait qu'il retenait tous les détails, aussi microscopiques soient-ils, de chaque situation. Celle qui le faisait collectionner compulsivement, tous les ours en peluche puisque ça lui rappelait son dessin animé préféré 'Gummi Bear'. Celle qui l'enfermait dans une bulle à lui, différente de toutes les autres qui existent, et qu'il n'arriverait jamais à percer. Non, le public ne savait pas que Bill était autiste, et que tous les jours, c'était un combat pour qu'il se sente bien...
[...]
La maladie avait été diagnotisé peu avant 3 ans. Tandis que son frère jumeau allait jouer avec d'autres enfants dans le bac à sable, il restait accroupi sous un arbre à marmonner tout seul. Et quand son frère semblait trop s'amuser avec un autre petit garçon, il s'énervait très fort, se roulait par terre et pleurait toutes les larmes de son corps. C'était au bout de la troisième crise comme ça que la maîtresse de Bill avait demandé à sa maman de l'emmener voir un spécialiste qui avait donc diagnotisé une forme d'autisme chez le petit garçon. Pour sa maman, tout s'expliquait soudain. Sa manie de ne manger que des aliments orange et rouge, son obsession à tout ranger alors qu'il n'avait que deux ans, ses crises pour des raisons futiles, et ces longs moments qu'il passait à regarder certains objets.
On avait examiné Tom, et il en avait résulté qu'il n'était absolument pas atteint ; une chance sachant que lorsqu'un jumeau est malade, son double a entre 80% et 90% de probabilité d'être touché lui aussi.
Bill avait donc été placé dans un centre spécialisé, mais le premier jour, il avait eu peur de ce nouvel endroit, et il n'avait pas voulu rentrer. On lui avait expliqué ce qui allait se passer, et il avait fini par accepter de rentrer dans ce grand bâtiment coloré que si Tom venait avec lui. L'éducatrice et sa maman s'étaient regardées désespérées ; on ne pouvait pas aller contre sa volonté. Bill était donc resté à la maison durant les trois années de maternelle, ainsi que Tom. Leur mère avait fait l'éducation de Tom, et une éducatrice venait tous les jours pour que Bill fasse aussi son éducation. C'était plus laborieux.
Quand ils ont eu l'âge de rentrer au CP, il fut décidé que Tom y aille. Sans Bill. Tom qui était d'un naturel curieux avait très envie d'aller à l'école, qu'il n'avait vu que quelques jours quand il était encore tout petit. Mais on lui avait expliqué que son frère était malade, et qu'il comprenait les choses différemment des autres et que c'est pour ça qu'il voulait toujours manger des choses orange à table, même si le bruit de la machine qui râpait les carottes lui faisait peur. Et il avait compris que Bill voulait que son frère soit tout le temps avec lui. Il ne voulait pas le laisser tout seul, parce que sinon il allait crier et pleurer, et ça faisait soupirer sa maman. Mais sa maman lui avait dit que ce n'était pas important, il fallait qu'il aille à l'école. Tom était obligé ; alors un soir, il avait expliqué à Bill qu'il allait partir pendant toute une matinée et une après-midi mais qu'il reviendrait toujours après l'école. Toujours. Comme c'était Tom qui lui avait expliqué ça, Bill avait acquiescé, et quand Tom était parti un matin, avec un beau cartable Franklin sur le dos, il n'avait rien dit, il n'avait pas pleuré, il n'avait pas crié. Il avait attendu son frère toute la journée, et quand il était revenu, il s'était senti mieux. Il allait enfin pouvoir jouer aux gummi bear avec lui.
Et puis ils avaient grandi. Bill prenait des médicaments, s'habillait comme les garçons dans les clips qu'il regardait pendant 47minutes le matin après avoir mangé ses corn flakes au lait. Tom allait au lycée, et avait expliqué à son frère que c'était normal s'il rentrait plus tard ; il avait plus de cours. Même si ce n'était pas toujours vrai ; il restait longtemps dans la rue avec ses amis et sa copine du moment. Mais il n'allait pas le dire à Bill, où il allait crier. Et comme ça faisait longtemps qu'il n'avait pas fait de crises, il évitait les sujets tabous.
Quand Bill était énervé, Tom prenait sa guitare et il allait dans leur chambre. Tom jouait et Bill calait sa voix sur la mélodie. Il aimait beaucoup chanter longtemps comme ça. Il faisait le vide dans sa tête, et il se sentait plus proche de son frère. Il avait peur du contact des autres, alors il souriait beaucoup, il parlait beaucoup et très fort, et il chantait avec son frère. C'était bien.
Un soir, leur mère les avait entendus et avait proposé à Tom de se présenter comme guitariste dans un petit bar pour jouer. Il avait accepté cette idée avec joie, pensant qu'il allait jouer avec Bill qui chanterait avec lui. Il avait rapidement déchanté, ce n'était pas possible à Bill de le faire sortir de la maison pendant plus de deux heures, surtout pour qu'ils jouent devant des personnes inconnues. Mais Bill était tombé sur la feuille des auditions, et il avait demandé à Tom s'il ne voulait pas jouer. Finalement, d'un commun accord, ils avaient décidé de se présenter.
Alors Bill avait passé beaucoup d'heures chez sa psychologue qui lui avait expliqué ce qu'il allait se passer.
Il avait demandé à sa maman de le maquiller comme les garçons dans la télé. Il avait crié quand sa maman avait le petit pinceau de sa paupière, mais son frère avait accouru et il s'était laissé faire finalement.
Tout était prévu depuis des semaines et des semaines, et Bill n'avait pas fait de crises de panique sur scène comme le craignaient sa mère et son frère. Au contraire. Il était dans sa bulle comme toujours. Mais dans sa bulle devant une dizaine de personnes inconnues. Depuis, tous les vendredi soirs, ils jouaient dans ce petit bar. Ça faisait sortir Bill et Tom était heureux. Un soir, ils avaient rencontré deux jeunes garçons ; Georg et Gustav. Bill s'était enfermé dans la voiture, parce que ce soir-là, il y avait trop de monde dans le bar. Sa maman n'arrivait pas à l'en faire sortir, et Tom était en train de tout débrancher sur la scène. Georg et Gustav étaient arrivés et l'avait complimenté sur sa prestation à lui et à son frère. Ils trouvaient d'ailleurs que Bill avait une présence incroyable sur scène. Tom s'était mordu la lèvre, et il avait bafouillé quelques mots. Gustav avait alors émis l'hypothèse d'un groupe ; ils étaient respectivement batteur et bassiste. Les yeux de Tom avait brillé un instant. Et puis il s'était souvenu de son frère quand il avait vu les gestes affolés de sa mère qui tournait autour de la voiture. Il avait donné son numéro aux deux garçons, et il était sorti rapidement.
La semaine d'après, les deux garçons étaient là. Ils avaient souri à Bill qui avait souri aussi ; c'était son éducatrice Gretchen qui lui avait dit qu'il fallait sourire aux personnes qui lui souriaient. Il ne comprenait pas pourquoi, mais il le faisait. Quand ils étaient descendus de scène, Gustav avait tapé dans le dos de Bill pour le féliciter. Il s'était figé, et Tom qui était derrière lui commençait à paniquer. Il ne pouvait pas prévoir la réaction de son frère ; ces derniers temps, il faisait beaucoup de progrès, son éducatrice le faisait sortir, et il arrivait à être un petit plus sociable. Il ne comprenait pas toujours les faits et gestes des personnes autour de lui, mais il apprenait à être sociable, comme eux.
Bill avait reculé d'un pas, et avait serré le coude de Tom très fort. Et puis Tom qui avait fermé les yeux pour ne pas voir ça avait soudainement entendu un petit merci sortir d'entre les lèvres de son frère. Il en aurait hurlé de joie. Il avait serré la main de son frère, et ils étaient sortis doucement dehors pour parler plus à l'aise. Bill se tenait un peu en retrait, et il broyait la main de son frère. Mais au moins, il ne pleurait pas, ne criait pas. Et quand Gustav et Georg leur avaient proposé de se revoir, et que Tom avait dit oui, Bill avait souri et hoché la tête. C'était Gretchen qui lui avait appris ; ça faisait bien.
La suite vous la connaissait. Ils ont répété dans le garage des jumeaux. Gustav et Georg trouvaient les textes de Bill magnifiques ; ils étaient spéciaux, originaux et on semblait partir dans un autre monde. Dans le monde de Bill, qui était peuplé de gummi bear, de peur, de sa maman, d'incompréhension, de Gretchen, de Tom, et de visages sans expressions. Les deux garçons avaient appris la maladie de Bill et avaient décidé que ça ne changer rien ; Bill restait Bill. Et puis ils l'aimaient bien.
Ils avaient joué une fois de plus dans le petit bar, et un homme était venu parler à Bill. Celui-ci avait souri comme Gretchen lui avait dit de faire quand un inconnu lui parlait, et il était parti chercher Tom. Sa maman était arrivé, et il s'était enfermé dans la voiture parce que l'homme avait les cheveux roux ; les personnes avec les cheveux roux lui faisaient peur. Et puis ensuite, tout s'était accéléré. L'homme aux cheveux roux a eu les cheveux noirs, et il l'aimait bien parce qu'il souriait beaucoup à Bill ; ça voulait dire qu'il était gentil. Sa maman et Tom avaient beaucoup parlé, et quand Gustav avait demandé à Bill si ça lui ferait plaisir de chanter devant plus de monde ; il n'avait pas compris la question. Il avait appelé Gretchen ; elle lui avait expliqué ce que ça voulait dire, et que les gens en général étaient très contents si on leur demandait ça. Il avait alors dit qu'il était content, et hop, il s'appelait Tokio Hotel. Ils avaient vu son frère et ses amis dansaient en hurlant et souriant. Il avait ouvert son carnet d'émotion et avait compris que ça voulait dire qu'ils étaient heureux. Et comme il ne voulait que son frère ait la bouche triste parce qu'il était accroupi dans un coin de la cuisine comme à chaque fois qu'il ne comprenait pas, il avait dansé aussi.
Ils étaient ensuite devenus connus, Tom avait expliqué beaucoup de choses à Bill, Gretchen l'avait beaucoup aidé, et il arrivait à sourire et à parler quand la caméra passait devant lui. Tom lui avait dit que c'était ce qu'il fallait faire. Malgré quelques petits contretemps, il était arrivé à faire bonne figure, et le monsieur aux cheveux noirs souriait beaucoup. Alors il souriait aussi. Leur emploi du temps était aménagé sur celui de Bill pour qu'il s'habitue petit à petit à toutes ces nouvelles choses. Au début, Gretchen l'accompagnait partout, et puis quand il eut tout compris, il n'eut plus besoin d'elle. Et Tom s'était dit que son frère faisait vraiment beaucoup de progrès.
[...]
Tom avait commandé pour Bill des carottes râpées et des abricots parce que Bill se comportait bien depuis quelques temps. Il ne paniquait plus quand il arrivait dans une nouvelle chambre d'hôtel, et ne courait plus dans tous les sens quand il restait un instant seul dans la salle de concert pendant les répétitions. Il avait appris à ne pas compter toutes les nouvelles choses qui passaient devant lui ; il le faisait juste les soirs de jours sans concerts parce que tout se mélangeait dans sa tête et qu'il avait besoin de savoir ce qui se passait. Alors il comptait les choses par la fenêtre du tourbus, et ensuite ça allait mieux et il pouvait aller se coucher à 23h36.
Quand les carottes râpes et les abricots arrivèrent, Bill était assis en tailleur devant un épisode Gummi Bear. Il chantait le générique, et faisait les dialogues en même temps que les personnages ; il avait vu tous les épisodes et les connaissait tous par c½ur. Tom déposa la nourriture sur la table de nuit, et s'allongea dans le lit. Il était fatigué depuis quelque temps. Il voyageait beaucoup et il s'inquiétait un peu pour son frère. Certes, il ne faisait plus de crise de panique en ce moment, mais il avait peur que cela se déclenche encore une fois. Il reviendrait bientôt à la maison pour quelques semaines, et il savait que ça allait encore perturber la routine et l'équilibre de Bill. Il s'était habitué à changer d'endroits chaque jour, et à faire les mêmes choses à des endroits différents. Maintenant Tom avait peur du retour à la vie normale, à une routine qui ne correspondrait plus à celle de Bill. En réfléchissant à toutes ces choses, il s'endormit pendant que son frère se trémoussait au bout du lit en chantant à haute voix le générique du dessin animé.
[...]
La tournée était finie, et Tom avait du expliqué à Bill qu'ils devaient retourner à la maison. Bill avait paniqué et il avait regardé cinq épisodes de Gummi Bear pour ne pas crier et pleurer. C'était Gretchen qui lui avait dit de faire ça quand tout se mélangeait dans sa tête. D'ailleurs Tom avait appelé Gretchen pour qu'elle essaye de parler à Bill et de lui faire comprendre qu'ils devaient rentrer. Ils repartiraient bientôt. Mais ça Bill ne le comprenait pas ; il voulait encore des jours avec concerts. Revenir à la normale, ça ne voulait rien dire pour Bill. Gretchen était venue à Köln le plus vite possible pour expliquer à Bill ce qui allait se passer. Il serra la main de Tom à la fin, parce qu'il ne comprenait pas. Mais il vit que son frère souriait quand Gretchen parlait ; Tom était content de ce qu'elle disait. Donc c'était bien. Donc il devait le faire, ça allait bien se passer, on lui avait dit.
Alors ils étaient chez eux maintenant. Tom dormait dans sa chambre, et Bill regardait encore des épisodes de Gummi Bear sur sa télé, comme d'habitude à partir de 17h36. À 19h15, Tom descendit les escaliers. Il avait une casquette verte et une petite tache jaune sur son tee-shirt blanc. Il s'assit en face de Bill et lui expliqua qu'il allait voir des amis ce soir. Bill hocha la tête et ne dit rien parce que Tom souriait. Mais quand il entendit le bruit de la voiture (ce qui voulait dire que Tom partait) il appela Gretchen pour savoir ce que Tom allait vraiment faire. Gretchen lui dit que c'était normal à 18ans d'aller voir ses amis pour parler, rigoler et passer du bon temps. Bill ne comprenait pas ce que ça voulait dire, mais il se dit que son frère allait avoir le sourire, donc que c'était une bonne chose. Il dit au revoir à Gretchen, regarda encore quelques minutes Gummi Bear, et à 19h36 sa maman l'appela à table. À 20h36, il alla prendre son bain, et à 20h56 il alla dans sa chambre pour aller regarder ses peluches en forme d'ours. Ensuite il écrivit un texte, et à 23h36 il alla se coucher. C'est le téléphone qui le réveilla.
Il était 4h10, et Bill pensa que cette heure n'était pas belle ; il n'y avait pas un seul multiple de 6. Il entendit des pas dans le couloir, dans les escaliers. Il entendit sa maman parler à quelqu'un et il eu peur parce qu'il ne savait pas qui c'était. Et puis il se souvint comment marchait le téléphone, et il se rendormit à 4h16.
Le lendemain, quand il se réveilla à 8h36, Bill accomplit comme d'habitude ses différentes tâches. Tom ne vint pas, mais il ne s'inquiéta pas ; quand ils étaient à la maison, Tom ne venait jamais le matin pour lui effleurer la main droite. Il était 11h57 quand sa maman rentra à la maison. Ce n'était pas une jolie heure. Sa maman s'approcha de lui, et lui dit quelque chose qu'il ne comprit pas. Tom est mort, sa voiture est tombée dans un ravin. Il appela Gretchen et lui demanda ce que ça voulait dire. Elle demanda à parler à sa maman. Il tendit le téléphone à sa maman, et partit s'accroupir dans un coin de la cuisine parce que sa maman troublait ses séquences d'activités qu'il faisait. Ça n'allait pas. Il ne savait pas combien de temps après, Gretchen arriva à la maison. Elle alla le voir dans la cuisine. Bill remarqua que son visage était tout blanc et qu'elle avait les yeux rouges, mais il ne savait pas ce que ça voulait dire. Il sortit son carnet d'émotion de sa poche et il lut que ça voulait dire que la personne n'allait pas bien, et qu'elle avait pleuré. C'était marqué aussi qu'il fallait prendre la main de cette personne. Il prit la main de Gretchen et attendit ; il ne savait plus quoi faire ensuite. Elle lui sourit, et Bill se dit qu'elle devait être contente. Mais après Gretchen lui expliqua que Tom n'allait plus jamais revenir, qu'il ne le reverrait plus jamais. Bill ne comprit pas et il dit à Gretchen que Tom lui avait promis de toujours revenir après l'école. Ils étaient à la maison, donc Tom était à l'école, donc il reviendrait. Toujours.
Mais Tom n'est jamais revenu. Bill s'est roulé par terre dans l'église quand il a su que son jumeau ne viendrait pas avec lui dans cet endroit qu'il ne connaissait pas et qui était trop sombre. On lui avait dit qu'il ne reverrait jamais le tourbus, et il n'avait pas compris pourquoi. Finalement, sa maman lui avait dit que son frère était sous la terre, qu'il ne bougeait plus, qu'il ne respirait plus. Bill en avait conclu que son frère était dans une bulle lui aussi. Comme lui ; c'était Gretchen qui lui avait expliqué qu'il était dans une bulle dans laquelle les autres personnes ne pouvaient pas rentrer.
Sa maman lui avait montré là où Tom était, mais il n'avait pas vu son frère. Il s'était assis sur une pierre grise et il avait passé la journée à attendre. Son frère n'était jamais venu.
Alors tous les jours un jeune garçon aux cheveux noirs se rend au cimetière pour espérer voir son frère. Tom lui avait promis de toujours revenir après l'école.