hallelujah


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(photo:ingrid betancourt, libérée cette nuit)


hallelujah
# Posté le jeudi 03 juillet 2008 09:41
Modifié le samedi 02 août 2008 18:18

Sidération. État de sidération. C'est Anouk qui le lui avait appris, ce mot. Quand la douleur est telle que le cerveau renonce, pour un temps, à faire son boulot de transmetteur. Cette hébétude entre le drame et les hurlements.

Elle remonta les genoux, cala la couette sous son menton, et plaça la paume de sa main contre sa bouche. Pour étouffer son sourire. Elle relut trois fois la même phrase, et son sourire s'agrandit. Elle se serait mordu les joues pour ne pas faire éclater la banane sur ses joues. Pauvre conne qu'elle pensait. N'empêche. Elle corna la page du bas, et continua à faire courir ses yeux sur les lignes noires. Elle se laissait ré-entrainer par l'histoire, laissant à la page précédente son sourire. Et elle continuait, continuait de lire avidement, de dévorer, de s'empiffrer de ce délice de mots, de phrases comme elle faisait depuis maintenant trois nuits de suite. Dont elle pensait depuis maintenant trois jours de suites. À peine si elle n'en faisait pas des insomnies de ce livre. De cette histoire. Ou justement non. À peine si elle n'en faisait pas des insomnies de cette vie. Parce que c'était ça en fait. Entre les lignes d'encre noires, les feuilles de ce papier jaunâtre, de ces coins de pages écornés, de ces mots soulignés, et de son putain de sourire étouffé ; c'était la vie qu'elle était en train de dévorer.



La consolante
p. 537
ligne16
-Putain...



(j'ai besoin d'un autre livre pour vendredi, pour l'hôtel & paris.)
# Posté le mercredi 18 juin 2008 20:12

31.

31.


Bang bang, my baby shot me down




"-Comment tu décrirais ton frère, Bill ?
-Tom ? C'est..."


*


-Qu'est-ce que tu fous ?
Il lui attrapa le poignet alors qu'il sortait du tabac du coin, trois paquets de Lucky dans les mains.
-Putain, lâche-moi Georg !
Il le lâcha et regarda son cadet ranger ses paquets dans ses poches de pantalons.
-T'as fini le paquet que t'as acheté hier ?
Tom haussa les épaules et remonta sa capuche sur sa tête.
-Je rentre, tu viens ?
Georg le suivit, enfonçant ses mains dans ses poches. Il faisait un peu froid, en ce soir d'octobre.
-Il est où Bill ?
De nouveau, Tom haussa les épaules. Ils étaient arrivés devant la maison du dreadé.
-On se voit samedi, pour la repet ?
-Chez Gustav ?
-Tu veux aller où toi sinon chez Gustav ? J'te rappelle que la dernière fois qu'on a répété chez toi, les voisins ont appelés les flics.
-Je sais.
Tom sourit, et serra la main à son ami.
-A plus.
-Ouais.
-Et tache de pas tout fumer trop vite, dit-il en désignant d'un mouvement de tête la poche de Tom.
Celui-ci rit un peu, et rentra chez lui.

*

-Maman ! Gordon ! Scotty ! J'suis rentré ! Tom ?!
Bill claqua la porte, et Tom enfoncé dans le canapé entendit les claquements de ses santiags sur le parquet.
-Ils sont pas là.
-Je sais.
-Alors pourquoi tu cries quand même ?
-Je sais pas.
Pourquoi t'as crié mon nom en dernier surtout. Tom s'alluma une nouvelle clope alors que Bill jeta son sac en bas des escaliers et sa veste sur le fauteuil.
-Dis-moi, ça pue la clope ici, fit-il remarquer fronçant le nez. Il jeta un coup d'½il à son jumeau ; il était affalé entre les coussins du canapé, les pieds sur la table basse, recouvert d'une grosse couette. Il y avait un cendrier presque plein sur ses genoux.
-Depuis quand tu fumes autant ? demanda Bill en s'asseyant sur le canapé, et en prenant une cigarette qui dépassait du paquet ouvert.
-J'me faisais chier.
Bill allumait sa cigarette.
-C'était bien ce soir ? Vous avez fait quoi ?, murmura Tom.
-On a regardé un film con, et on a mangé des pizzas immangeables. Mais bon, tu connais Andy.
Bah nan, justement.
-... Et puis, on a bien ri. Ça été toi ?
On dirait que j'ai passé une bonne soirée ?
-Tranquille.
-Ouais, t'as rien foutu quoi !, rit gentiment Bill.
-Ouais, voilà. J'ai rien foutu, dit Tom, peut-être plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Je vais me coucher. Bonne nuit.
Il emporta le paquet de cigarettes presque vide avec lui.

*

-Maman, je vais manger avec des potes au grec. T'aurais pas cinq euros ?
-Va chercher mon sac à main dans le salon s'il te plait, Tom.
Elle posa l'assiette sur l'égouttoir, et s'essuya les mains sur le torchon rouge et blanc.
-Tiens.
Elle ouvrit son sac à main, et en sortit son porte monnaie.
-T'y vas avec qui ?
-Les gens habituels, tu sais bien.
Elle lui tendit un billet de cinq euros.
-Ton frère ne vient pas avec toi ?
-Il a rendez-vous avec Andy, c'était prévu depuis longtemps, tu sais. Merci.
Il fourra le billet dans sa poche, et remonta sa capuche sur sa tête.
-Ok.
Elle sourit à son fils tandis qu'il quittait la cuisine en lui souriant.
-Amuse-toi bien, et tiens moi au courant de quand tu rentres !
La porte d'entrée claqua, et elle sourit doucement en regardant la photo de son petit Tom qu'elle gardait dans son porte-monnaie, avec une photo de Bill aussi.

*

Il entra dans le tabac et demanda un paquet de Lucky Strike, s'il vous plait. Son portable sonna dans sa poche.
-Tom, t'es où ?
-J'arrive.
-T'es où, t'arrives quand ?
-Dans cinq minutes, arrête de t'inquiéter Gus' !
-J'm'inquiète pas, mais j'ai faim, et j'aime pas trop faire la queue dehors pour un putain de grec alors que t'es même pas là !
Il entendit dans le brouhaha derrière la voix de Gustav, la voix de Loic ; putain fait chier, il est toujours en retard celui-là.
Il posa le billet de cinq euros que lui avait donné sa mère sur le comptoir du tabac.
-Commandez, moi j'ai pas faim de toute manière. Je vous rejoins tout de suite.
Il raccrocha sans dire un mot de plus, remercia d'un signe de tête le vendeur, et sortit du tabac. Il arracha le papier plastique autour du paquet, l'ouvrit, et arracha de nouveau le petit papier métallisé avant de sortir une cigarette et de la porter à ses lèvres. Il sortit un petit briquet violet de sa poche, et s'alluma sans plus tarder sa clope.
Putain, la première bouffée. La meilleure.
-Depuis quand tu fumes autant ?
Il sursauta tellement, qu'il faillit en lâcher sa clope.
-Putain, Bill, préviens quand t'arrives comme ça !
Il reporta la clope à sa bouche, et tira une longue taffe.
-Tu devrais pas être avec Andy ?
-Il est au grec avec les autres. Georg m'a appelé.
-Pourquoi t'es là toi ?
Bill s'adossa à l'arbre le plus proche, et croisa les bras.
-Quand Georg a commencé à t'insulter de tous les noms, avec une pointe d'inquiétude dans la voix, j'me doutais bien que tu serais en train de dépenser ton fric pour bouffer dans un paquet de clope.
À ce moment Tom se dit que c'était vraiment une plaie d'avoir un jumeau.
-Je sais je suis une plaie, sourit Bill.
Merde.
Tom sourit aussi. Avant de tirer sur sa cigarette.
-Je disais donc, cher jumeau, depuis quand tu fumes autant ?
-Je sais pas.
Tom s'assit sur un banc, celui éclairé par les lampadaires près de l'arbre là où Bill était appuyé.
-Je veux pas que tu me fasses la morale. Tu fumes aussi, alors qu'en plus, toi t'es un chanteur.
-C'est toi qui me fait la morale, moi j'ai encore rien dit.
Tom haussa les épaules, et finit sa clope. Il écrasa le mégot incandescent contre un bout du banc et lança le filtre dans le caniveau.
-Qu'est-ce que tu vas me dire alors ?
-Rien.
Il s'assit à côté de Tom.
-Georg m'a dit que Cindy t'avait largué.
On entendait seulement le ronronnement lointain des voitures.
-Pourquoi tu me l'as pas dit ?
Le lampadaire à côté de l'arbre clignotait désagréablement.
-C'est moi qui l'ait largué, elle m'a trompé. Avec ce con de Hugo en plus.
Tom coinça une clope dans sa bouche, et la flamme de son briquet tremblotait en même temps que sa main. Il expira la première bouffée.
-Pourquoi tu me l'as pas dit ?
-J'viens d'me faire tromper Bill. J'suis comme une pauvre con qui lutte comme une vieille merde à essayer de faire sourire sa mère, qui essaye d'avoir son bac S alors que putain, j'en ai rien à foutre des maths ! comme une vieille merde ouais... Et comme si c'était pas suffisamment humiliant, j'ai un jumeau qui réussit tout dans sa vie, qui est populaire, qui fait sourire tout le monde et qui est heureux. Comme une vieille merde, tu comprends ?
Il regarda droit devant lui, sans oser tourner la tête vers son frère. Il tirait compulsivement sur sa clope, et il avait une chanson de merde dans la tête. bang bang, my baby shot me down.
-Tu te rappelles de ce jour, dans le parc ? On parlait de tout et de rien avec les autres, et je sais plus pourquoi, ils se sont soudainement mis à parler de nous, de notre gémellité. Andy nous a demandé à chacun de se décrire. Tu te rappelles de ce que je t'ai dit ?
-C'était il y a quatre ans, Bill.
-Je le pense toujours.
Bill se rapprocha de son frère, et mit sa main fine et manucurée dans celle, rugueuse de son frère, et la serra fort. Tom baissa le regard vers leurs deux mains entrelacées et sourit un peu. Bill vit ce sourire et tira sur le bras de son frère pour le relever de ce banc.
-Viens, on va manger. Et je te paye ton grec.
Tom sourit doucement, et serra la main de son frère.
-Et par pitié, réduis ta consommation de clope, t'as une haleine de chacal !
-Ah bah merci !, répondit Tom amusé. Merci, murmura-t-il.
Bill lui sourit, et ils partirent comme ça, collés l'un contre l'autre pour qu'on ne voit pas leurs mains liées.

*


"Tom ? C'est moi, juste moi. Ou non. Je suis lui. C'est ça, je suis lui. Nous deux c'est la même."





(le titre, c'est la chanson bang bang de nancy sinatra. ou le generique de killbill. ou une magnifique chanson.
& ce truc est bizarre, sans grand interet. mais putain, j'avais tellement envie de cloper >< je crois que ça se ressent nn'
d'ailleurs, à propos, félicitez moi j'n'ai pas fumé depuis samedi dernier uu' <3)
# Posté le mercredi 18 juin 2008 16:54

30.

30.


Par amour



*

À tous ces gens qui vivent par amour, à tous ceux qui se perdent par amour,
à tous ces coeurs qui tiennent par amour, à toutes ces femmes qui restent par amour,
à tous ces hommes qui se cachent par amour, à toutes ces vies gâchées par amour,
à tous ces gens qui crèvent par amour & à tous ceux qui survivent par amour...

*



Il était amoureux. Ouais, fou amoureux même. Et il en avait tellement rêvé, si vous saviez. Quand il se couchait le soir, il pensait à ce que c'était le frisson de l'amour, les papillons dans le ventre au premier regard et toutes ces choses qu'on lit dans les livres. Il avait désiré le coup de foudre, et il a dit bonjour à la tempête... Mas c'était beau, oh oui. Il se retrouvait pour la première fois au pays des merveilles. Il lui avait ouvert son c½ur plutôt que de s'ouvrir les veines, vous comprenez... Il était tellement petit, Bill, et Tom, était tellement grand, tellement tendre. Vous comprenez, hein ? Et pourquoi devrait-il se justifier, hein ? Après tout l'amour ne s'explique pas. Ni même le sang que l'on retrouvera chez lui...


Vous vous rappelez au début ? Il avait débarqué, seul, sur un quai de gare. Il faisait nuit, il faisait froid et il n y avait que le clignotement des lampadaires qui l'illuminait. Il venait d'ici, de là-bas, et il allait nulle part. Il clignait de ses grands yeux marron cerclés du noir de ses cernes, et de son maquillage charbonneux qui avait coulé. À cause des larmes, peut-être. C'était peut-être la raison de son départ, qui sait ? Et Tom est arrivé. Il était sur le quai de la gare, à attendre on ne sait quoi. Il fumait sa cigarette, et il a vu Bill, dans l'ombre des lampadaires. Il l'a vu qu'il était frêle, qu'il était vraiment dans la merde, et surtout qu'il était pommé. Alors il s'est approché, il a posé une main sur son coude, et il lui a dit « T'es trop mignon vient, je t'emmène » À cet instant, c'était devenu son mentor. Il l'a emmené chez lui, dans son petit appartement. Il lui a fait boire un chocolat trop chaud qui les a fait sourire, il l'a serré dans ses bras en embrassant ses cheveux ébène, et il l'a couché sur son lit, avec plein de couvertures. Et puis il s'est couché à ses côtés, il lui a pris la main, et il lui dit « Désormais tout ira bien Bill ». Il avait tort les gens, a pensé Bill à cet instant, l'espoir existe encore.
Alors il a laissé l'innocence transpercer son c½ur, et il a recommencé à sourire. Il était l'évidence de Tom, il était son âme s½ur. C'était devenu fusionnel entre eux, vous comprenez. Ils se souriaient, ils s'aimaient, ils se suffisaient. Qu'importe que ce soit deux hommes. Rien ni personne ne peut juger les gens qui s'aiment. Ni leurs désirs, ni même la folie qui les traîne, vous comprenez ?
Alors Bill tournait sur lui-même, en embarquant Tom avec lui, et ils finissaient mort de rire sur le lit, à s'embrasser doucement. Elle était loin, hein, cette solitude dans le wagon ? Ils ont pris perpette dans leur lagon, dans leur prison dorée. Ensemble, c'était le paradis sur terre. Ils ont même retrouvé leurs sourires, brûlées, dans la petite cuillère du chocolat...


Et puis, ils ont continué, vous croyez quoi ?! Ils voulaient pas laisser le temps les démolir, ils avaient retrouvé le sourire, ils étaient redevenus solides, vous comprenez. Ils s'étaient reconstruits, et ils avaient continué la vie là où ils l'avaient laissé, les emmerde en moins Ils étaient deux enfants perdus contre le monde, et ils sont devenus deux amoureux contre le monde. Bill connaissait les papillons dans le ventre, et les frissons de l'amour. Oublié le temps où il nageait dans l'ambulance, et déambulait parmi les gens, rêvant d'une vie moins chiante. Il avait grandi avec Tom, et c'était dit, il mourrait avec lui. Après tout, c'était le seul à lui voir redonné la vie, son visage angélique avait enfin retrouvé sa lumière. Et pareil pour Tom, ce qui concernait l'un concernait l'autre... Fusionnel j'ai dit plus haut...
Bill l'aimait tellement, vous comprenez ? Petit garçon sage deviendra-t-il un meurtrier ? Après tout, pour les beaux yeux de Tom, plus rien n'était impossible. C'était l'amour du vice, l'amour du risque. Bill ne savait pas très bien ce que faisait Tom pour gagner sa vie, mais après tout, il s'en foutait tellement. Tous les matins, Tom se levait aux aurores, et il lui disait « Mon ange, je m'en juste nous chercher de l'or. Tu sais, le monde s'acharne à faire de nous des incapables. Regarde- moi, tu es mon ange, je ferais tout pour qu'on se barre... »


Alors Bill souriait un peu plus. Tom lui avait expliqué sa vie, son ancienne vie. Et Bill était devenu sa raison, il était devenu sa seule héroïne, vous comprenez ? Il avait serré Tom contre son c½ur, et ils allaient s'en sortir, sans égoïsme, vous savez. L'un pour l'autre, ils disaient adieu à l'enfer. Adieu aux rêves éphémères qui coulaient dans ses veines. Ils s'étaient promis, un matin, dans le lit encore froissé que bientôt ce serait une vie sans poison ni artifice ; de l'amour, de l'eau fraîche et des rires sans acide. Vous comprenez ?
Ils étaient beaux, si vous saviez... Ils étaient ensemble et bien debout dans ce monde qui crève. Et je crois que pour l'instant ça les suffisait d'être ensemble.


Mais vous savez, il y a des choses que la vie n'explique pas. Il y a des êtres que la mort te prend et ne te rend pas.
Y avait cette voiture, cette vitesse, et Tom sur le pare-brise.
Au volant, une triste femme en crise, vous comprenez. Elle aussi avait trouvé l'homme de sa vie, mais elle l'a retrouvée dans son lit avec sa meilleure amie, vous comprenez ? Alors dans sa voiture, elle a cru pouvoir oublier ; oublier de freiner, et elle a fauché Tom.
Quand Bill a su, il s'est effondré sur la moquette de leur appart', et le téléphone a fait un vol plané dans la pièce. Son corps se soulevait de sanglots, mais il ne pouvait pas, il ne voulait pas se relever. Il a essayé de se rassurer. Tu le retrouveras au paradis, il t'attendra. Mais Bill a perdu son issue, le seul remède à ses blessures. Tout le monde sait que sans Tom ce sera dur. Lui il sait que ce sera impossible. Il s'est relevé lentement, il a fouillé dans la commode à côté de la télé. Dans sa tête, ça criait. S'il te plait ne fait pas ça par amour. Il repensa au lagon, il repensa à leurs rêves. Pourquoi tient-il ce canon si proche de ses lèvres ?


BANG !


Par amour, c'est tout c'qu'il a su dire.
Par amour, rien n'est impossible, vous comprenez...
Par amour...




(Un osteokiohotelien, écrit à la va vite. Sur les paroles de la chanson de Diam's - Par Amour. Ou une chanson à qui je peux dire merci. Enfin.)
# Posté le lundi 16 juin 2008 18:38

29.

29.



Y'avait cette fille, assise sur un banc en bois, usé par la pluie, le soleil, et toutes ces fesses qui s'étaient posées sur lui. Elle était assise sur ce banc, comme tous les jours. Elle avait son portable rose dans les mains qu'elle faisait tourner, sans prêter attention aux personnes qui passaient devant elle. Elle s'asseyait toujours sur un coin du banc, comme si elle était prête à bondir à n'importe quel moment. Ses pieds battaient la mesure d'une musique imaginaire, et tous les jours, elle attendait sur banc. À cinq heures précises (c'était son portable qui lui donnait l'heure), elle relevait la tête, et elle le voyait courir à travers le parking pour la rejoindre. Son sac en bandoulière battait un peu contre ses genoux et ses cheveux un peu longs se baladaient vivement sur son visage. Mais elle le trouvait encore plus beau comme ça. Même s'il était toujours en retard, tous les jours, à cinq heures, elle relevait la tête, et elle le voyait plus ou moins loin. Et à cinq heure une, elle fondait dans ses bras, et il posait ses lèvres sur les siennes.
Qu'il pleuve, qu'il vente, que le soleil tape trop fort ou qu'ils neigent des cochons, ils étaient tous les jours là, debout à côté de ce banc mité, à se donner tout l'amour du monde qu'ils avaient chacun dans leurs c½urs.
Mais hier, à cinq heures une il n'était pas là. À cinq heures deux, non plus. Et à cinq heures trois, elle s'est mise à pleurer sur ce putain de banc moisi.




Y avait aussi ce vieux qui tous les jours prenait sa voiture grise. Toujours aux mêmes heures, le matin ou en fin d'après-midi, quand il y avait les mamans et les papas dans les rues avec leurs bambins sur le chemin de l'école. Lui, il était dans sa vieille voiture grise, et il parcourait lentement les quartiers autour des écoles. Il s'arrêtait aux passages piétons pour laisser passer les mamans pressées, ou les gamins rigolards. Et il souriait quand on lui adressait un merci, ou un signe de la main, parce qu'il s'était arrêté devant trois lignes blanches. Il parcourait la ville lentement, au fond d'un siège en cuir qui sentait comme toute sa vie, et il attendait de s'arrêter le long d'un trottoir pour qu'on lui montre un seul instant de sympathie, d'amour, de joie dans sa journée. Il se levait le matin pour voir un sourire d'une jolie fille habillée en noir (qu'il voyait tous les matins d'ailleurs) ou pour apercevoir de derrière son tableau de bord le signe de main d'un homme d'affaire souriant. Il se levait pour ça, il se couchait pour être plus vite le lendemain.
Et faut croire que ça lui suffisait.
Mais hier, à 7h45, la jeune fille en noir n'a même pas eu a relever le menton de son écharpe pour saluer la voiture grise du vieux.




Y'avait ce jeune homme qui se tordait les doigts dans les coulisses des plus grandes salles mondiales. Il sentait, avant même le début du show, son maquillage se défaire à cause de la chaleur que dégageait la foule derrière les rideaux, et à cause de son trac à lui. Il vérifiait sans cesse son micro, ses oreillettes, et il tournait en rond entre les rideaux en regardant ses chaussures derniers cris. Il apercevait son frère de l'autre côté de la scène, en train d'enfiler sa guitare en bandoulière, et il attendait un petit sourire de sa part. Un de ces sourires qui allait lui faire comprendre que encore une fois, ce soir, ce serait le meilleur concert de sa vie. Le guitariste souriait doucement ce qui faisait briller son piercing à la lumière des spots et il entendait ensuite les coups sur la grosse caisse multiplié par dix. Il apercevait les deux autres membres de son groupe courir se placer sur scène et surtout il entendait les cris de toutes ces filles, là dans ces salles de plus de 10 000 personnes. Il sentait son sang parcourir son corps entier, et il approchait le micro de sa bouche avant de se précipiter sur la scène gigantesque en chantant tout ce qu'il pouvait.
Ils étaient doués, et adulés dans le monde entier ; et dieu qu'ils aimaient ça la scène...
Mais hier soir, son frère n'a pas souri, et il a eu du mal à ne pas pleurer à la fin du concert. Aujourd'hui, ils n'existent plus et ce soir la salle ne se remplira pas pour eux.




& dans l'histoire, y avait une fille. Une fille qui appliquait la théorie de l'optimisme aveugle. Alors elle s'habillait avec des couleurs aveuglantes pour oublier le noir de son c½ur. Elle riait, souriait, chantait, sautait pour oublier qu'elle avait juste envie de dormir jusqu'à l'infini. C'était cette fille qui souriait en fumant sa clope à l'arrêt de bus, qui cachait ses poignets sous des tonnes de bracelets multicolores, et qui pleurait de rire quand elle tombait dans les escaliers.
Mais hier soir, cette fille s'est noyée dans ses larmes, ses poignets rouges dans son cou, la brûlure de son c½ur caché sous les monceaux de chair.






(un vieux truc que je viens de retrouver, & d'écrire le dernier paragraphe. c'est pas magnifique tant pis. ce blog est un dépotoir de texte à faire caca par terre, mais osef x) faudra que je vous poste un ostokiohotelien. pour le fun)
# Posté le dimanche 15 juin 2008 17:12