Bang bang, my baby shot me down
"-Comment tu décrirais ton frère, Bill ?
-Tom ? C'est..."
*
-Qu'est-ce que tu fous ?
Il lui attrapa le poignet alors qu'il sortait du tabac du coin, trois paquets de Lucky dans les mains.
-Putain, lâche-moi Georg !
Il le lâcha et regarda son cadet ranger ses paquets dans ses poches de pantalons.
-T'as fini le paquet que t'as acheté hier ?
Tom haussa les épaules et remonta sa capuche sur sa tête.
-Je rentre, tu viens ?
Georg le suivit, enfonçant ses mains dans ses poches. Il faisait un peu froid, en ce soir d'octobre.
-Il est où Bill ?
De nouveau, Tom haussa les épaules. Ils étaient arrivés devant la maison du dreadé.
-On se voit samedi, pour la repet ?
-Chez Gustav ?
-Tu veux aller où toi sinon chez Gustav ? J'te rappelle que la dernière fois qu'on a répété chez toi, les voisins ont appelés les flics.
-Je sais.
Tom sourit, et serra la main à son ami.
-A plus.
-Ouais.
-Et tache de pas tout fumer trop vite, dit-il en désignant d'un mouvement de tête la poche de Tom.
Celui-ci rit un peu, et rentra chez lui.
*
-Maman ! Gordon ! Scotty ! J'suis rentré ! Tom ?!
Bill claqua la porte, et Tom enfoncé dans le canapé entendit les claquements de ses santiags sur le parquet.
-Ils sont pas là.
-Je sais.
-Alors pourquoi tu cries quand même ?
-Je sais pas.
Pourquoi t'as crié mon nom en dernier surtout. Tom s'alluma une nouvelle clope alors que Bill jeta son sac en bas des escaliers et sa veste sur le fauteuil.
-Dis-moi, ça pue la clope ici, fit-il remarquer fronçant le nez. Il jeta un coup d'½il à son jumeau ; il était affalé entre les coussins du canapé, les pieds sur la table basse, recouvert d'une grosse couette. Il y avait un cendrier presque plein sur ses genoux.
-Depuis quand tu fumes autant ? demanda Bill en s'asseyant sur le canapé, et en prenant une cigarette qui dépassait du paquet ouvert.
-J'me faisais chier.
Bill allumait sa cigarette.
-C'était bien ce soir ? Vous avez fait quoi ?, murmura Tom.
-On a regardé un film con, et on a mangé des pizzas immangeables. Mais bon, tu connais Andy.
Bah nan, justement.
-... Et puis, on a bien ri. Ça été toi ?
On dirait que j'ai passé une bonne soirée ?
-Tranquille.
-Ouais, t'as rien foutu quoi !, rit gentiment Bill.
-Ouais, voilà. J'ai rien foutu, dit Tom, peut-être plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Je vais me coucher. Bonne nuit.
Il emporta le paquet de cigarettes presque vide avec lui.
*
-Maman, je vais manger avec des potes au grec. T'aurais pas cinq euros ?
-Va chercher mon sac à main dans le salon s'il te plait, Tom.
Elle posa l'assiette sur l'égouttoir, et s'essuya les mains sur le torchon rouge et blanc.
-Tiens.
Elle ouvrit son sac à main, et en sortit son porte monnaie.
-T'y vas avec qui ?
-Les gens habituels, tu sais bien.
Elle lui tendit un billet de cinq euros.
-Ton frère ne vient pas avec toi ?
-Il a rendez-vous avec Andy, c'était prévu depuis longtemps, tu sais. Merci.
Il fourra le billet dans sa poche, et remonta sa capuche sur sa tête.
-Ok.
Elle sourit à son fils tandis qu'il quittait la cuisine en lui souriant.
-Amuse-toi bien, et tiens moi au courant de quand tu rentres !
La porte d'entrée claqua, et elle sourit doucement en regardant la photo de son petit Tom qu'elle gardait dans son porte-monnaie, avec une photo de Bill aussi.
*
Il entra dans le tabac et demanda un paquet de Lucky Strike, s'il vous plait. Son portable sonna dans sa poche.
-Tom, t'es où ?
-J'arrive.
-T'es où, t'arrives quand ?
-Dans cinq minutes, arrête de t'inquiéter Gus' !
-J'm'inquiète pas, mais j'ai faim, et j'aime pas trop faire la queue dehors pour un putain de grec alors que t'es même pas là !
Il entendit dans le brouhaha derrière la voix de Gustav, la voix de Loic ; putain fait chier, il est toujours en retard celui-là.
Il posa le billet de cinq euros que lui avait donné sa mère sur le comptoir du tabac.
-Commandez, moi j'ai pas faim de toute manière. Je vous rejoins tout de suite.
Il raccrocha sans dire un mot de plus, remercia d'un signe de tête le vendeur, et sortit du tabac. Il arracha le papier plastique autour du paquet, l'ouvrit, et arracha de nouveau le petit papier métallisé avant de sortir une cigarette et de la porter à ses lèvres. Il sortit un petit briquet violet de sa poche, et s'alluma sans plus tarder sa clope.
Putain, la première bouffée. La meilleure.
-Depuis quand tu fumes autant ?
Il sursauta tellement, qu'il faillit en lâcher sa clope.
-Putain, Bill, préviens quand t'arrives comme ça !
Il reporta la clope à sa bouche, et tira une longue taffe.
-Tu devrais pas être avec Andy ?
-Il est au grec avec les autres. Georg m'a appelé.
-Pourquoi t'es là toi ?
Bill s'adossa à l'arbre le plus proche, et croisa les bras.
-Quand Georg a commencé à t'insulter de tous les noms, avec une pointe d'inquiétude dans la voix, j'me doutais bien que tu serais en train de dépenser ton fric pour bouffer dans un paquet de clope.
À ce moment Tom se dit que c'était vraiment une plaie d'avoir un jumeau.
-Je sais je suis une plaie, sourit Bill.
Merde.
Tom sourit aussi. Avant de tirer sur sa cigarette.
-Je disais donc, cher jumeau, depuis quand tu fumes autant ?
-Je sais pas.
Tom s'assit sur un banc, celui éclairé par les lampadaires près de l'arbre là où Bill était appuyé.
-Je veux pas que tu me fasses la morale. Tu fumes aussi, alors qu'en plus, toi t'es un chanteur.
-C'est toi qui me fait la morale, moi j'ai encore rien dit.
Tom haussa les épaules, et finit sa clope. Il écrasa le mégot incandescent contre un bout du banc et lança le filtre dans le caniveau.
-Qu'est-ce que tu vas me dire alors ?
-Rien.
Il s'assit à côté de Tom.
-Georg m'a dit que Cindy t'avait largué.
On entendait seulement le ronronnement lointain des voitures.
-Pourquoi tu me l'as pas dit ?
Le lampadaire à côté de l'arbre clignotait désagréablement.
-C'est moi qui l'ait largué, elle m'a trompé. Avec ce con de Hugo en plus.
Tom coinça une clope dans sa bouche, et la flamme de son briquet tremblotait en même temps que sa main. Il expira la première bouffée.
-Pourquoi tu me l'as pas dit ?
-J'viens d'me faire tromper Bill. J'suis comme une pauvre con qui lutte comme une vieille merde à essayer de faire sourire sa mère, qui essaye d'avoir son bac S alors que putain, j'en ai rien à foutre des maths ! comme une vieille merde ouais... Et comme si c'était pas suffisamment humiliant, j'ai un jumeau qui réussit tout dans sa vie, qui est populaire, qui fait sourire tout le monde et qui est heureux. Comme une vieille merde, tu comprends ?
Il regarda droit devant lui, sans oser tourner la tête vers son frère. Il tirait compulsivement sur sa clope, et il avait une chanson de merde dans la tête. bang bang, my baby shot me down.
-Tu te rappelles de ce jour, dans le parc ? On parlait de tout et de rien avec les autres, et je sais plus pourquoi, ils se sont soudainement mis à parler de nous, de notre gémellité. Andy nous a demandé à chacun de se décrire. Tu te rappelles de ce que je t'ai dit ?
-C'était il y a quatre ans, Bill.
-Je le pense toujours.
Bill se rapprocha de son frère, et mit sa main fine et manucurée dans celle, rugueuse de son frère, et la serra fort. Tom baissa le regard vers leurs deux mains entrelacées et sourit un peu. Bill vit ce sourire et tira sur le bras de son frère pour le relever de ce banc.
-Viens, on va manger. Et je te paye ton grec.
Tom sourit doucement, et serra la main de son frère.
-Et par pitié, réduis ta consommation de clope, t'as une haleine de chacal !
-Ah bah merci !, répondit Tom amusé. Merci, murmura-t-il.
Bill lui sourit, et ils partirent comme ça, collés l'un contre l'autre pour qu'on ne voit pas leurs mains liées.
*
"Tom ? C'est moi, juste moi. Ou non. Je suis lui. C'est ça, je suis lui. Nous deux c'est la même."
(le titre, c'est la chanson bang bang de nancy sinatra. ou le generique de killbill. ou une magnifique chanson.
& ce truc est bizarre, sans grand interet. mais putain, j'avais tellement envie de cloper >< je crois que ça se ressent nn'
d'ailleurs, à propos, félicitez moi j'n'ai pas fumé depuis samedi dernier uu' <3)