36.

36.


Au début, quand on s'est connue, on était encore que des gamines. Je mettais le sable dans le seau, et elle tapait dessus quand je les renversais. On jouait à la maman et au papa avec les autres, et il y avait jamais de papa ; il était toujours mort. Comme dans la vraie vie.
On était encore que des gamines ouais. Le temps passait lentement, enfin, on ne se rendait pas bien compte je crois. On avait quatre, cinq, sept ans. On trichait ensemble pendant les dictées, le cahier sur les genoux alors qu'on savait la leçon. Quand il pleuvait, on courait dans la cour, et on finissait forcément par marcher dans une flaque. Et elle se mettait à pleurer parce que sa maman allait la gronder. Alors moi, je la serrais dans mes bras, parce qu'à sept ans, on ne fait qu'imiter sa maman qui nous fait un bisou quand on se fait mal. Et puis, on mangeait des Fraises Tagadas dans sa chambre, en les cachant dans nos mains, parce que sa maman n'avait pas dit oui.
On a grandi ensuite, on avait huit, neuf, dix ans. On mettait les vêtements que nos mamans choisissaient, et elle venait dormir chez moi le samedi soir. On pouffait dans le noir jusqu'à 22h30, avant de s'endormir doucement. On était que des gamines. Des petites filles innocentes qui aiment leurs mamans (enfin je crois), qui trouve les garçons stupides, et dessinent des jolies maisons, avec un joli jardin. Et plus tard, on aura deux enfants (un garçon et une fille) et notre mari ce sera Guillaume ou Lucas. Je préférais Clément en fait...
Et puis, on est rentré au collège. C'était sa mère qui nous avait laissé devant la grande grille de l'école –pardon, du collège-, et pendant tout le trajet, elle m'avait serré la main. On regardait le paysage défiler, et j'imaginais une musique en fond sonore (comme dans les films que ma mère regarde). Et c'était le collège. La continuation de nous.
Elle était ma meilleure amie. On se connaissait depuis la maternelle ; une histoire de bac à sable tout ça finalement. On passait nos journées ensemble, et même nos vacances. Et il n y avait que nous, seulement nous. Les autres filles, elles étaient gentilles, mais elles étaient seulement de passage. C'était elle la plus importante. Ma meilleure amie voilà.
Et y a eu la sixième, la cinquième. J'étais mal dans ma peau, et elle a eu ses règles avant moi. Alors oui, j'étais jalouse. Moi j'étais grosse et blanche, et elle maigre et bronzée. Un jour, elle m'a avoué qu'elle n'avait jamais aimé que ses os de hanches ressortent, et qu'elle aurait tout donné pour avoir mes seins. Si seulement, je l'avais su avant. Peut-être que je ne me serais pas habillé en noir toute une année et plus encore. Pour cacher les formes ils disaient dans les magasines féminins qu'on piquait à nos mères. On s'allongeait sur sa moquette beige, et on passait nos après-midi à discuter des autres filles de la classe, des garçons –oh ! juste un peu-, et de plus tard. On devait être en quatrième, je crois, et elle m'a demandé si plus tard on serait toujours amies. J'étais adossé contre ma commode, et je sentais la poignée me rentrer dans le dos. Je tournais les pages d'un magasine qui traînait par terre, et je me suis arrêté en plein geste, tellement surprise de sa question. Je ne m'étais jamais demandé si plus tard, on serait toujours amies. Pour moi, c'était tellement naturel ; je n'imaginais pas ma vie sans elle. J'ai lâché mon magasine et je savais pas quoi lui dire. Je n'osais pas sûrement. Mais tant pis ; je me suis approché, j'ai essayé de faire un regard tout doux, de lui dire je t'aime dans les yeux, mais ça ne suffisait pas. J'ai serré ses deux mains entre les miennes, et je lui ai dit ; je te promets qu'on sera toujours amies. Jusqu'au cercueil. Je t'aime. J'avais marmonné les derniers mots – à l'époque, ça se disait pas-, mais elle a très bien entendu. J'ai vu ses yeux brillants, et elle m'a serré dans ses bras. Dans mes cheveux, je l'ai entendu murmurer ; je te le promets aussi. Jusqu'au cercueil.
Après ? Après, tout est allé trop vite. On avait treize et on commençait déjà à se rendre compte que la vie, elle était pas toute jolie comme on croyait naïvement. Y avait les garçons, notre nouveau corps, et puis je me rendais compte que ce n'était absolument pas normal de ne pas avoir de père, et encore moins ne rien savoir sur lui. Alors, on s'est mise à pleurer, de temps en temps. Je me suis mis à écrire un journal –dont elle n'avait le droit de lire que certaines pages- et elle a commencé à jouer de la guitare. On était toujours inséparables, et on nous demandait souvent si on était des s½urs. Dans ses cas là, on se regardait en souriant, et je voyais les étoiles dans ses yeux. On aurait aimé...
Ensuite, on a continué ensemble. Le meilleur, comme le pire. Surtout le pire. Ma tentative de suicide avec les médicaments de ma mère et les cicatrices de couteaux sur ses poignets. La cigarette qu'on a commencé un soir d'été. La bière aussi. La vodka ensuite. On a connu le lycée, et on était plus innocentes. Plus du tout. On restait un peu moins ensemble, parce qu'on était moins gamines. On nous invitait à des fêtes de débauchés, et on aimait ça. On a toujours aimé ça, cette sensation d'ivresse dans le sang, et les mains baladeuses des garçons sur nos seins. Et y a eu l'amour aussi. Y avait ce grand garçon, avec ces grands yeux bleus. Il avait toujours un keffieh autour du cou, et il voulait se faire tatouer l'avant-bras. Il était beau, et ses yeux brillaient quand il m'appelait doucement pour que j'aille l'embrasser. Mais on s'était promis aussi ; un mec ne nous séparera jamais.
Mais voilà. On a eu notre bac, et on est parti en vacances avec des potes. On a fumé, on a bu, on s'est fait percer, on a couché, on a bronzé et elle faisait une école de commerce, et moi une prépa de lettres. Moi à Lyon puisque Jérôme y allait, et elle sur Paris. Je me souviendrais de ce jour où j'ai pris le train. Elle m'avait aidé à mettre les valises et tout ça dans les filets à bagages. Je la voyais silencieuse, elle qui parlait tout le temps. Sur le quai de la gare, c'était comme dans les films. Je voyais les larmes dans ses yeux, et je me suis jeté dans ses bras en sanglotant. Et je suis partie. À Lyon, à Barcelone, à Londres, en Hongrie, en Russie, à Athènes, à Amsterdam. Et deux ans se sont passé, avec des bisous et quelques mots chopés sur le quai d'une gare, ou au verso d'une carte postale.
Quand on s'est revue, je suis allée chez elle, dans son petit studio sur Paris. Sa mère m'avait donné son adresse. À cette époque, on ne communiquait plus trop. Les sms et les voyages c'est pas compatible. Mais il s'était passé tellement de choses et j'avais envie de partager ma visite de l'Europe un petit peu avec elle –je l'avais partagé avec Jérôme et puis Louis, et ensuite Kévin et toute seule. Surtout toute seule. Alors j'ai sonné à sa porte, et quand elle m'a ouvert, elle a hurlé. Elle s'est jeté sur moi et on a finit par terre sur le petit palier qui grinçait. J'ai passé deux jours chez elle, sans presque dormir, à rattraper deux ans derrière nous.
Et je suis repartie. Je ne me souviens plus où. Je suis partie cinq ans. Ce fut les cinq pires années de ma vie, je crois. La première année, on se voyait régulièrement. La deuxième, un peu moins. La troisième, une fois dans l'an. Et les deux dernières années, plus rien. Rien, rien, rien. Et des fois, je me réveillais au tout petit matin. J'enfilais un peignoir et je partais fumer sur le balcon. Je regardais la ville sous mes pieds et je m'imaginais qu'elle était ce petit point là tout en bas. Mais ce n'était jamais elle. Et il y avait toujours un mec –différent- pour m'attraper par les hanches et me dire de lâcher cette clope en riant. Ce que je n'ai jamais fait.
Et puis, j'ai cru qu'elle m'avait oublié, et je me suis dit que je devrais en faire autant. Les promesses ont une date de péremption.
Mais hier mon téléphone a sonné, et c'était elle. Tu viens me chercher demain ; on part.


(écrit y a longtemps. je voulais faire une longue suite, mais j'ai plus d'idée. so.)
# Posté le lundi 18 août 2008 15:24

35.

35.


« Depêche-toi ! Il commence à pleuvoir ! »

Elle trépigne déjà dehors, devant le petit magasin, tandis que de petites gouttes d'eau tombent déjà dans ses longs cheveux.

« Voilà ! » crit l'autre.

Elles se sourient, et sans un mot, se mettent à courir. Pourquoi ? Ma foi, elles non plus ne le savent pas. Courir pour le plaisir de courir. Pour sentir le vent dans leurs oreilles, sentir leur jambes se dérober et finalement faire comme si elles volaient.
Mais la pluie les a rattrapés ; il pleut des grosses gouttes, le ciel est noir comme s'il faisait nuit, et là-bas, on le voit s'éclaircir par petits coups. Tendez l'oreille, là, comme ça. Là-bas, c'est l'orage, c'est la tempête.
Et les rues se vident d'un coup. On rentre les chaises sur les terrasses des bars, on se hâte d'aller chercher ses enfants au centre aéré, on ferme ses fenêtres.
Mais tu les vois, elles, courir sous la pluie ? Sans parapluie, évidemment. Une casquette kaki tout élimée par-dessus des boucles blondes, une capuche qui ne cache que la moitié de la tête. Et puis finalement on s'en fout. Leurs cheveux détachés volent autour d'elles, et c'est beau vu des nuages, j'en suis sûre.

La plus vieille, celle avec les longs cheveux noirs s'engouffre sous un petit porche. Elle jette son sac par terre, son sweat.

« J'ai chaud ! »

Elle enlève ses chaussures, ses chaussettes. L'autre en fait de même. Et puis elle farfouille dans son sac, et en sort un paquet de cigarettes. En attrape une, la glisse entre ses lèvres. Et la flamme du briquet éclaire les taches de rousseurs de son nez. Elle pousse un soupir de contentement, et regarde son amie, la clope à la bouche elle aussi. Elles se sourient.
C'est beau l'amitié, vous savez.

Et alors, elle se met à tourner sur elle-même. Ses cheveux s'envolent, son pantalon se gonfle, et finalement, on ne voit d'elle que ce petit point rouge de nicotine. Ce petit point rouge qui la rend visible, qui l'empêche de s'effacer, de s'éteindre, elle.

« Donne-moi la bouteille. »

L'autre, assise sur le bitume chaud lui tend la bouteille transparente après avaler une grosse gorgée.

« J'ai déjà la tête qui tourne. » dit-elle en riant.
« T'as pas mangé depuis hier, je te signale. »

Elle hoche la tête, et tire une nouvelle fois sur le filtre de sa cigarette.
Au-dessus de la pluie, la lumière diminue encore plus, et elle aperçoit les fenêtres des immeubles qui s'allument peu à peu. C'est vrai qu'elle n'a pas mangé et que la vodka à jeun, ce n'est pas une bonne idée. Mais peu importe. Ça ne changera pas de d'habitude.
Pauvre petite adolescente...

Elle ouvre la deuxième bouteille. Et jette sa cigarette.
« J'ai chaud. »
« Moi aussi. »

Celle avec les longs cheveux jette sa cigarette sous la pluie, et enlève son petit débardeur marron.

« Je vais prendre une douche »
Et elle rit, elle rit ! Là, sous la pluie, en soutien-gorge, une bouteille de vodka dans les mains, les cheveux plaqués sur sa tête.
L'autre rit elle aussi, et puis d'un accord silencieux elles se mettent à chanter. Une chanson de leurs enfances du temps où tout était facile, je crois. Où l'on souriait sans être ivre. Où l'on était heureux sans être défoncé.

« Hakuna Matata, mais quelle phrase magnifique. Hakuna Matata, quel chant fantastique. »

Et les voilà qui dansent sous la pluie, à moitié nues, en buvant à grandes rasades le liquide transparent. Elles sont trempées, elles sont ivres, elles sont maigres. Le lourd maquillage noir coule et brûle leurs yeux. Mais qu'est-ce qu'on s'en fout.
Elles chantent, crient et l'orage couvrent leurs voix. Elles ne s'entendent plus sous ce vacarme, et crient plus fort. Elles lâchent les bouteilles qui finissent en de milliers de petits morceaux de gouttes solides, là, un peu plus bas.
Et elles continuent de chanter, se trompant dans les paroles, amenant de nouvelles chansons, de nouveaux airs. Et elles rient, elles rient ! Si voyez comme elles sont heureuses. Petites fourmis qui dansent l'arrivée de la pluie. Petites filles qui essayent d'être grande.

Elles se prennent par la taille, et complètement ivres, elles entament une valse. Sur une musique imaginaire, elles se prennent pour des princesses, pour des jolies filles avec un monde à leurs pieds, pour des héritières belles et sans souci.
Mais l'alcool a son effet euphorisant, et son effet dévastateur.

« Anna, je crois que j'ai l'alcool triste. »

Elles titubent, et s'accrochent l'une à l'autre pour ne pas tomber sur le bitume sale, et trempé. L'orage gronde, et elles sursautent.

« Serre-moi, serre-moi. »
« Serre-moi encore, serre-moi »
« Jusqu'à étouffer de toi. »

Et s'accrocher l'une à l'autre comme s'il n y avait qu'elles. Comme s'il ne restait qu'elles. Deux petites fourmis perdues dans le monde, l'univers. Perdues sur cette putain de terre.

« Tu crois qu'on va mourir ? »
« Arrête de raconter des conneries. »

Elle sourit, mais leurs voix sont empreintes de sanglots.

« Embrasse-moi, au lieu de raconter des conneries. »

Et là, sous la pluie. Y a deux filles qui s'embrassent comme si le ciel aller leurs tomber dessus. Comme si la terre aller s'ouvrir sous leurs pieds. Comme si l'univers allait exploser là maintenant tout de suite.
Ne pars pas maintenant, je dois te dire quelque chose. Quoi ? Je t'aime tu sais.
Embrasse-moi dessus bord, viens mon ange retracer le ciel.
Moi aussi.

C'est beau l'amour, vous savez.





(ça m'a prit comme ça. je sais pas.
texte en partie véridique, sauf que je ne suis pas maigre & que je n'embrasse pas mes amies.)
# Posté le dimanche 17 août 2008 12:44

34.

34.


Tokio Hotel n'existe plus. La musique s'est arrêtée, le monde ne danse plus. Les mots qui parlaient d'amour, de mort, de tristesse et d'espoir n'ont plus aucun sens. Les guitares sont débranchées, le micro est cassé, la batterie à terre. Les rêves de musique se sont envolés ; ils ne restent que les cauchemars de gloire.

Dans un monde où les journalistes sont milliardaires, où les télés sont à chaque coin de rue et ne s'éteignent jamais, où l'on vit à travers une caméra, un écran. Dans un monde où la vie privée n'existe plus, il y avait eux.
Ils étaient là quand même. Eux, qui te parlent d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Quand ils n'étaient à l'époque que des images, des icônes, que des dieux. À une époque où les stars étaient si nombreuses qu'on ne savait donner de la tête. Une époque où c'étaient des gens différents et tellement inaccessibles. Ils te parlent d'une époque où l'on rêvait encore d'eux.

*

« Et on parle de nouveau de Bill Kaulitz. Quelques photos le centre commercial X de Los Angeles où il semble hésiter entre deux sortes de pâtes avant de se décider pour... »

Il attrapa sa carte bancaire à l'autre bout de la table basse en essayant d'oublier la télé qui débitait ses anneries, et traça quelques lignes bien droites de coke sur la plaque vitrée. Un billet roulé, une narine bouchée. Et il se demande pourquoi en 2023, on a pas trouvé d'autre came plus efficace que ça.

« Bill ? »
« Hum... »
« T'es prêt ? »

Tom rentra dans la pièce et s'arrêta devant la table basse. Il regarda la dernière ligne de poudre blanche et s'agenouilla, lui aussi devant la table basse. Billet roulé, narine bouchée. Quand il se redressa, il aperçu son reflet dans le verre poli. 34ans, et un visage détruit ; des yeux enfoncés dans leurs orbites, les os de ses joues prêt à perforer sa peau, des lèvres blanches, sèches et ensanglantés, des cheveux blonds presque gris mais encore longs qui partaient par poignées. Il ferma les paupières et les rouvrit sur le visage fermé de son frère. Un visage aussi détruit que le sien, peut-être plus. Ses cheveux fillasses qu'il teignait toujours en noir mettait l'accent sur la pâleur maladive de sa peau. De leurs peaux.

« On revient sur les titres de cette édition ; la mort de Gustav Schaffer d'une overdose d'héroïne. Il a été retrouvé mort ce matin dans sa baignoire. L'enterrement aura lieu demain matin, au funérarium de Los Angeles, 550 Flower St. Et également la naissance de... »

Bill se recroquevilla dans un coin du canapé, ramenant ses longues jambes sous son menton et cachant son visage de ses longs doigts abîmés. Tom resta immobile, silencieux, accroupi en face de lui.
De toute façon, tu veux dire quoi, hein ?

*

On ne sait pas très bien quand est-ce que Tokio Hotel s'est arrêté. Personne ne souvient vraiment est-ce que la musique s'est arrêté. Les gens ne s'y intéressent plus. On se souvient juste du jour où les jumeaux se sont naturalisés américains, de la première rehab de Gustav, des photos de la nouvelle villa de Georg sur son île privée.
Mais de la fin des rêves de musiques, personne ne s'en souvient. Même pas eux.

Et puis le monde a éclaté. On vit derrière un écran, on aime une photo, on écoute de la synthèse, les sentiments sont formatés, et le choix de toute une vie peut se décider grâce à la touche ENTER.
Ils avaient appuyé sur ENTER, mais aujourd'hui Gustav a été effacé.

Demain, on appuiera sur SUPPRIMER.
Les jumeaux > Overdose.
Georg > Pendaison.
Après-demain, quelqu'un d'autre appuiera sur ENTER, à leurs places.

Tu comprends, ils n'intéressent plus, ils ne vendent plus. Ils sont trop fades, trop communs, trop vieux aussi. Le public en veut à la Britney Spears, l'idole de tous les enfants aujourd'hui. Et les petits de Jonas Brothers sont tellement prometteurs ; Kevin est déjà mort de chagrin comme Elvis Presley.

*

« Tom ? Embrasse-moi. S'il te plait. Dis-moi que tu m'aimes. En vrai. Cris-le moi, chuchote-le moi, montre-le moi. «
« Tomi ? Fais-moi l'amour. S'il te plait. »
« Tom ? Donne-moi la main. Serre la. Je m'en vais.
-Où ça ?
-Là-haut. Tu viens ? »
« -Tom ? T'es mort ?
-Non.
-Ah.
-Et toi ?
-Oui.
-C'est bien ?
-Ça manque de toi. »
« Tom ? Tu viens ? S'il te plait... »

Attends Bill, attends... Il arrive...





(écrit cet été, applaudissez-moi XD j'avais oublié. bon uu' c'est hypra space, & j'en suis totalement consciente XD c'est de la merde quoi ==' mais bon : ) enjoy les enfants )
# Posté le samedi 16 août 2008 17:21

33.

33.
musique



-Monsieur Kaulitz! Assez de mensonges...
-Mais je vous ai dit la vérité ! Je n'ai pas tué mon frère !
-Ah oui ? Racontez-nous comment ça s'est passé ce soir là.
-Vous savez quand vous rencontrez quelqu'un, et que là, vous savez que c'est la bonne personne. Celle qu'on attend tous, celle qui vous rend heureux avec juste un sourire. Je l'avais rencontré...
Mais je n'ai pas su saisir ma chance...




La musique tournait tandis que je rentrais dans sa chambre. Il m'attendait là, sur le lit, un grand sourire aux lèvres. Ses yeux brillaient, et je ne l'avais jamais vu aussi beau. Sauf quand je lui faisais l'amour.
J'ai retiré ma main de derrière mon dos, et il a mis les siennes devant sa bouche.
« Oh Tom, elles sont magnifiques ! » a-t-il murmuré, avant de se lever, et d'attraper le bouquet de lis.
Il les a reniflés, et quand il a relevé la tête, j'ai cru mourir de bonheur devant tant de beauté. Il s'est approché de moi, et j'ai senti son souffle sur ma joue.
« Merci » a-t-il murmuré.
Et il m'a embrassé.
Vous savez, la terre aurait pu s'arrêter de tourner à ce moment-là, je ne l'aurais même pas remarqué. J'étais devenu aveugle et sourd avec lui. J'étais même devenu bête. Il me faisait tourner la tête, et me rendait carrément stupide.
Tellement stupide que j'avais oublié de fermer la porte, et que quand il nous a vu, tous les deux, il est rentré dans une colère noire.
« Tom ! Bill ! »
Nous avons sursauté, et instinctivement je me suis écarté de lui.
« Tom, ne me dit pas que c'est vrai ! Mon fils ! »
Je ne savais plus quoi dire, et j'ai baissé la tête, comme honteux. Il s'est approché de moi, et m'a attrapé les épaules.
« Tom, ne me dit pas que tu... tu es devenu PD ! Ne me dit pas que tu... fréquentes... lui ! »
Lui... Lui, mon amour. Celui qui me rendait heureux, qui m'envoyait la tête dans les étoiles. Lui, mon ange. Celui qui me faisait sourire, qui me faisait me lever le matin. Lui, mon frère jumeau. Celui que j'aimais plus que tout.
« Je... »
Ma voix est restée bloquée dans ma gorge. Déjà des larmes menaçaient de couler sur mes joues. Mon dieu, mes pensées étaient horribles. Je pensais à Bill, mon amour, ma vie. Et à mon père, que je savais déçu de mon comportement. Pas déçu par Bill, non. Par moi. Il m'avait toujours préféré à Bill, parce que j'étais le plus masculin, le plus ambitieux, le plus tout ce que vous voulez... J'était juste le plus parfait à ses yeux.
Et je pensais à l'amour de mon frère d'un côté, et à la déception de mon père de l'autre.
« Tom ! »
Il a hurlé encore une fois, et sa main est partie toute seule.
« Tom ! » Cette fois-ci, ce fut Bill qui hurla, en lâchant le bouquet de fleurs sur le lit.
« Ne l'approche surtout pas ! » a de nouveau crié mon père.
Je me tenais la joue, et regardais d'un ½il perdu les deux hommes qui régentaient ma vie. L'un par la force. L'autre par l'amour.
Des larmes commençaient à couler sur les joues diaphanes de mon frère, qui me regardait, sans comprendre que je ne défende même pas notre amour. Il se reculait progressivement de moi, en secouant la tête.
Mais mon corps ne répondait plus, mon cerveau était comme déconnecté. Je ne faisais que voir. Passif.
Et puis, mon père a de nouveau hurlé que je ne le reverrais plus jamais, qu'il fallait que je m'éloigne de lui, et qu'il m'emmenait loin, loin. Il a attrapé mon poignet, et m'a tiré hors de la chambre. Tout a été très vite, et je n'ai pas eu le temps de réagir, de dire quelque chose à Bill. La dernière fois que j'ai vu mon frère vivant, il tombait à genoux sur la moquette de sa chambre, les mains sur le visage...




-La dernière fois ?
-Vous voyez, je n'ai pas su saisir ma chance. Si j'avais osé contredire encore une fois mon père, je vivrais heureux avec Bill en cet instant...





Mon père m'a jeté dans la voiture, avant d'y rentrer à son tour. Il a appuyé sur l'accélérateur, et il a roulé. Longtemps. Je n'ai jamais su où il avait voulu m'emmener. Il n'a pas desserré les mâchoires pendant tout ce temps. Moi, je regardais la voiture avaler les kilomètres de bitumes, sans réagir. Et je me souviens qu'une goutte d'eau est tombée sur le pare-brise. Et c'est comme si on m'avait tiré une balle dans le coeur. J'ai hurlé. Mon père a sursauté, à fait dévier la voiture, et il s'est arrêté sur le bas-côté de l'autoroute. Il n'a pas eu le temps de me hurler dessus, que j'étais déjà sorti de la voiture, et que je courais comme un dératé en sens inverse, sous la pluie. Je ne me souviens plus exactement combien de temps j'ai couru. Mais je ne sais pas comment j'ai fait pour courir aussi longtemps, sans m'effondrer, sous la pluie.
D'ailleurs, il pleuvait toujours quand je suis arrivée devant notre maison. Les lumières étaient allumées, et de l'extérieur, j'entendais toujours la musique tourner. Je suis rentré en courant dans la maison en hurlant le nom de mon frère. Il n'a pas répondu, et j'ai supposé que c'était à cause de la musique qu'il ne m'avait pas entendu. Mais quand je suis rentré dans sa chambre, j'ai compris.
Il était là, allongé sur son lit. Notre lit, aurais-je pu dire. Il était là, les yeux ouverts, face aux plafonds. Un filet de sang au coin de ses lèvres. Le bouquet de lis, tombé par terre, était taché de petites taches rouges. Et il tenait un pistolet dans sa main gauche.
« Regarde, Bill, je suis revenu... Regarde, je suis là, maintenant. T'inquiète pas, je le laisserais pas nous séparer, regarde je suis là... »
Mais j'avais saisi ma chance trop tard...
Et j'ai explosé en sanglots sur son corps sans vie.






(un vieux truc (novembre quand même ==') mais faut croire que je suis coincée, j'arrive plus du tout à écrire en ce moment. enfin... j'en aurais sûrement d'autre trucs, du même genre à poster. pour alimenter encor eun peu ce blog, hein : ))
# Posté le samedi 16 août 2008 15:52

32.

32.

La musique résonnait dans la petite pièce du studio. Une petite ritournelle qui semblait venir de loin, comme un chant perdu au milieu des rues. Ce n'était que la radio qui déconnait, coincé entre deux stations, le volume au plus bas. Une petite ritournelle, près tellement près, et tellement loin. La petite ritournelle qu'on n'entendait même pas, coincée entre les grésillements affreux qui ressemblaient à une pâle imitation du bruit des vagues s'écrasant sur les falaises. La petite ritournelle qui n'en était pas une. Quelques notes de guitares, peut-être un piano. C'était lent, tellement lent, putain... Et puis, il y avait cette voix par-dessus. Interrompue par les grésillements horribles, comme le bruit d'une ampoule qui s'éteint ; entre les mots, les phrases qu'on ne discernait qu'en tendant l'oreille. Alors elle n'entendait pas. Roulée en boule, sur le matelas, contre le radiateur, elle ne devait pas entendre cette voix d'homme ou de femme, peut importe. Son visage caché derrière ses longs cheveux noirs et filasses et emmêlés, ses bras nus et rouges qui entouraient ses genoux, ses longs doigts abîmés et tellement squelettiques qui agrippait le tissu de sa jupe, et puis ses omoplates qui montaient comme deux pics dans son dos, semblant vouloir crever sa peau si fine. Ça ressemblait à des moignons d'ailes. Peut-être que c'était un ange, déchu. Ou peut-être une folle à lier. Elle se balançait d'avant en arrière, en marmonnant peut-être quelques trucs étranges. Elle pleurait peut-être aussi.
Et puis, y avait toujours la petite ritournelle qui résonnait dans la petite pièce du studio. Et elle hurla. Balança les dizaines de feuilles éparpillés sur son lit dans l'autre coin de la petite pièce. Elle renversa la petite table, et la radio tomba par terre. L'air devint soudainement vide, glacé ; la petite ritournelle qui n'en était pas une avait cessé de réchauffer l'atmosphère. Qui plus est, elle ouvrit la fenêtre. Un air glacé transporta les feuilles dans toute la petite pièce, et ça ressemblait à des grands oiseaux blancs qui planaient silencieusement, paisiblement au-dessus de la pièce devastée. Pendant ce temps, elle était montée sur le rebord de la minuscule fenêtre, et elle s'élança, haut. Mais il ne lui reste que des moignons d'ailes, et elle tombe. De si haut.
Les oiseaux blancs se sont posés sur le parquet, et se transforment en de simples feuilles. L'ange, dix mètres plus bas, redevient une jeune fille. Une simple jeune fille.
C'est le monde qui est fou.



jespère que vous passez de bonnes vacances : )
écrit à la va vite. non, ça va pas là. tant pis pour moi.
désolée déjà pour les fautes, j'ai peur de me relire & d'appuyer nerveusement sur la touche éffacer.
# Posté le samedi 02 août 2008 18:12