Ils s'étaient détruits. À coups de mots. À coups de mots surtout. Un coup de je te déteste, et l'autre fondait en larmes, vaincu. Un coup de je ne t'aime plus, et c'est l'autre qui s'effondrait à genoux sur la moquette, immobile sous le choc, vaincu à son tour.
Ils s'étaient détruits. À coups d'amour. Oui, l'amour tue, dévaste tout sur son passage, et ne laisse que peu de survivants. Ou alors vous lisez trop de contes de fées où le prince et la princesse vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. D'abord dans la vraie vie, ce sont deux hommes. Et en plus, ils sont frères. Jumeaux. Mais ça se voit pas, et on s'en fout. Ils sont frères et sont des hommes. Et ils s'aiment. POINT.
Ils s'aiment à en crever. Oui, à en crever, vous avez bien lu. Je n'aime pas jouer sur les mots. Ils s'aiment trop, tellement, qu'ils vont bientôt mourir. Parce qu'il n y a qu'un pas entre l'amour et la haine. Et ce pas, ils l'ont franchi depuis bien longtemps. Il y a des années de cela qu'ils ne s'embrassent plus dans un coin sombre d'un couloir avant un photoshooting. Ou dans les toilettes des loges des salles de concert.
Ah oui, j'avais oublié. Ils sont connus dans le monde entier ; ils font de la musique avec deux potes à eux. Ce sont des stars, des jumeaux, et ils s'aiment. Ou se détestent. Il y a deux ans, ça allait encore. Ils se cachaient pour faire leurs petites affaires, et ça passait. Mais le proverbe pour vivre heureux vivons cachés ne leur a pas plu. Des disputes sans queue ni tête ont explosé entre eux, étonnant les plus proches d'eux ; ils étaient si fusionnels dans leur relation fraternelle. Et dans leur relation amoureuse, mais ça personne ne le savait...
Des disputes ont éclaté, et ils se bouffaient le nez à chaque fois qu'ils se croisaient. Tellement fort, tellement méchamment. L'un tombait et l'autre repartait fièrement. L'un reprenait la bataille et en sortait victorieux, tandis que l'autre s'enfonçait six pieds sous terre. La tension montait, et finalement il n y avait pas de victoires. Que des défaites pour eux qui attaquaient la personne la plus chère au monde.
Ils ne se souvenaient même plus de comment ça avait commencé cette histoire de je te deteste, moi non plus. Ils s'aimaient, se détestaient, ne se supportaient plus, et se battaient contre eux-mêmes pour ne pas courir dans les bras de l'autre. Ils ont appris à s'ignorer, à s'insulter, à attaquer, et à combattre. Ils ont appris à s'éloigner. Pour avoir moins mal... Oui c'est ça. Pour avoir moins mal, pour dissiper les soupçons qui couraient sur eux. Enterrer cette histoire d'amour impossible, et devenir deux parfaits inconnus insuportables pour moins souffrir.
Mais ils s'aiment à en crever. Et ils sont déjà mort tous les deux. Mais ce soir, ils vont revivre.
Ils ont couru dans les bras l'un de l'autre, tout à l'heure, dans le couloir noir de l'hôtel. Ils se sont rentrés dedans, se sont emboîtés et ont finit la nuit dans un lit humide, dans une chambre qui faisait résonner leurs gémissements. Et comme une première nuit, ils se sont aimés, ils se sont cachés. Une première nuit, ils ont arrêté de se détester, ils ont stoppé les hostilités pour faire l'amour. Une première nuit, ils se sont aimé tout ce le temps qu'ils avaient perdu, et maintenant, ils dorment l'un dans les bras de l'autre. Mais les rideaux ne sont pas fermés, et le monde a commencé à se réveiller. Avec sa haine, son intolérance. Parce qu'ils sont des hommes, qu'ils sont des frères. Le soleil s'est levé, et a attiré ses rayons sur leurs peaux nues. Ils ont frissonné, ont ouvert les yeux, et ont regardé, horrifié le monde qui recommençait sous leurs pieds. Ils l'avaient oubliés... Ils avaient oublié que la nuit n'était pas éternelle comme dans la chanson, ils avaient oublié qu'il allait recommencer à se détester dès que le jour se lèvera.
Ils se sont regardés, et se sont embrassés.
Ils s'aiment à en crever.
Alors ils vont crever aujourd'hui. Ils se rhabillent, se jettent un dernier regard. Le plus vieux caresse les joues de l'autre qui joue avec ses cheveux. On doit mourir. Maintenant. Ils se regardent, les yeux pleins d'amour, une dernière fois. Et ils ouvrent la porte, et en sortent sans se regarder. Ils sont morts ; ils ont recommencé à se détester. À se faire la guerre. Leurs yeux sont redevenus noirs, et leurs lèvres ne veulent plus s'étirer en un sourire franc. Ils se détestent encore. Toujours. Jusqu'à la prochaine fois, où ils pourront s'aimer de nouveau, une nuit comme ça, piochée par hasard.
Ils ressusciteront une prochaine fois...
(écrit y a vraiment longtemps. mais je ressors les vieux textes parce que je suis pas capable de faire quelque chose de nouveau. les histoires elles restent dans ma tête. j'ai que les images, pas les mots.)

