something in the way

Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.


Harmonie du soir - Charles Baudelaire


something in the way
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# Posté le samedi 08 novembre 2008 17:11

Modifié le jeudi 13 novembre 2008 16:24

39. (ce blog ne recommence pas non)

39. (ce blog ne recommence pas non)
Euh. Ce blog est toujours en pause. C'était juste comme ça. Un challenge avec moi même aussi, pour voir si y avait vraiment plus rien. Enfin bon. Ce texte n'est pas un de mes meilleurs, & vous m'en excuserez d'avance. Je n'ai pas écrit sérieusement depuis le mois de juin, alors voilà.
& non, je ne réecrirais plus. Sauf quelque petits textes comme ça, quand l'envie m'en prendra (& encore). Je n'ai pas de talent particulier. J'aimais écrire, & ça s'arrête là. Vous savez, en cours, j'étudie Voltaire, Diderot, j'ai lu Simone de Beauvoir et Zola, je dois lire Kerouac et Flaubert, alors moi à côté, ça ne veut rien dire, ça ne voudra jamais rien dire. Je ne suis pas un maitre des mots, une magicienne, je ne suis pas incroyablement douée pour écrire, & c'est comme ça. Il y a des gens doués pour écrire, qui ont ça dans le sang,& les autres qui sont doués pour analyser les textes de ces gens là. Je travaile beaucoup pour faire partie de cette deuxieme catégorie, pour pouvoir rêver encore un peu plus que je ne le fais maintenant quand je lis des pages jaunatres et cornées.
Enfin. Je vous le poste, parce que j'avais dit que je reposterais quoique j'écrive. Enjoy : )

titre ; The Passenger - Iggy Pop (avec un changement de temps)



We'll saw the stars that shine so bright



*




Elle s'assit sur un des bancs à l'ombre des arbres. Vous savez ces arbres enfermés dans une cage pour qu'on ne grave pas dessus M+S=<3. Elle ramena ses jambes sous elles, et serra son sac sur son ventre. Le banc en pierre était froid sous ses fesses, et en regardant jouer les enfants dans le petit parc en face, elle se demanda qu'est-ce qu'elle faisait ici en fait. Le café dans sa main refroidissait, et elle savait que si elle ne le buvait pas rapidement, ce serait dégueulasse ce goût de mousse d'air au lait, et ce mélange pourtant savoureux à l'origine de cacao et de café. Mais en réalité, elle oublia ce gobelet en carton dans sa main.
Dans l'autre main, elle tenait un bouquin. Un bouquin tout abîmé, qui était beaucoup plus vieux qu'elle. Un de ces bouquins dont les pages ne sont même plus jaunâtres, mais marronatres et qui sentent bon le vieux, la poussière et les générations passées qui ont lu et relu ce bouquin. Un classique en somme ; qui parle de la guerre, de l'évolution des m½urs, d'une adolescente qui n'est pas ce qu'on attend d'elle, et d'histoires d'amour sur un banc en pierre à l'ombre d'arbres, comme sur lequel elle est assise. Sauf que peut-être à l'époque, il n'y avait pas le ronronnement des voitures en bruit de fond, les gosses sur le vieux manège n'avaient pas de baskets Superman, et surtout, il n y avait pas de groupe de rock, et de fans. Ça change tout.


Elle vit une femme, sûrement une maman, en face d'elle qui s'allumait une clope. Elle soupira, rangea son livre dans son sac, et apercevant une poubelle plus loin, elle y jeta son cappuccino à 4,20¤. Et puis elle sortit de ce parc, et en se dirigeant vers l'une des plus jolies rues de la capitale, le bruit des voitures lui revint de plus en plus fort. Le calme du vent dans les arbres, des enfants jouant dans le toboggan n'était plus. Elle se précipita dans la bouche de métro, en bousculant une dame qui avait trop de bagues, et puis le métro arrivait justement.
Et trois correspondances plus loin, quand elle se retrouva sur le quai, elle hésita à sortir. Oh, juste trois secondes, pour décider si elle n'avait que ça à faire (oui) ou si elle devait plutôt améliorer sa culture générale en décidant de reprendre le métro jusqu'à Montmartre (par exemple) qu'elle n'avait jamais vu. Elle n'avait que ça à faire, et sa culture pouvait bien attendre. Alors elle remonta lentement les marches, et le vent lui soufflait dans les cheveux.


Elle mit quelque temps à se retrouver. Et Dieu sait pourtant le nombre de fois qu'elle était venue ici, le nombre d'heures qu'elle a passé ici. Elle jeta des coups d'oeils nerveusement autour d'elle, sans vraiment oser regarder réellement le décor. Y'avait le Macdo derrière elle, la grosse fontaine en face d'elle, le site de renseignement à gauche, le café sur la droite avec ses magnifiques chaises. Et devant elle, cette longue allée bordée d'arbres. Elle avait un peu mal au ventre, et les nerfs en pelote, mais elle traversa tout de même la place, et s'avança dans l'allée.
C'étaient des flashs dans la tête. Cette photo, ce sourire, cette attente pour un bout de papier, ces jeux de cartes, toutes ces filles, ce beau mec, cette embrouille avec le vigile, et cette chanson. Elle sourit pour elle-même et se trouva stupide de sourire ainsi, entre les feuilles qui s'envolaient autour d'elle, avec personne d'autre. C'était peut-être ça le souci d'ailleurs, le fait qu'il n'y ait personne d'autre avec elle, comme elle, pour faire semblant de rire, pour déranger ce silence perturbant et se rappeler avec elle des moments clés. Il n'y avait plus personne de manière générale. Tant pis. Elle enfonça ses mains dans ses poches, et son menton dans son écharpe. Et doucement elle releva les yeux du bout de ses chaussures et c'était ce bâtiment rouge qui se dressait devant elle. Le petit avion tout en haut, le grand écran sur lequel rien n'était affiché en ce moment, ces grandes barrières devant elle, ces ponts ça et là, et cette grande immensité grise derrière les barrières, là où on court pour passer ces portes bleues. Son corps trembla, elle sourit, et sa respiration se coupa. Elle se demandait ce qu'elle foutait ici, et puis elle se s'éloigna sur le côté droit et s'assit sur une des dalles grises. Juste une ; ne pas dépasser. Elle se resserra sur elle-même, enfonçant sa tête entre ses bras, et elle se souvint.


Elle ne pouvait plus faire que ça ; se souvenir. Puisqu'il n'y avait plus rien d'autre. Il fut un temps où les papillons avaient élus totalement domicile dans son ventre, et où ses écouteurs étaient greffés à ses oreilles pour que surtout les ailes des papillons continuent à la faire vibrer. Elle était jeune à l'époque, une des plus jeunes sûrement qui passait pour ce qu'elle appelait maintenant une groupie ; un maquillage grossier, des mitaines en résilles achetées juste pour l'occasion, des vêtements noirs et rouges pour être comme les autres. Elle était la plus jeune à l'époque, avant d'être une des plus vieilles aujourd'hui. Elle avait la chance de pouvoir dire que, elle, elle les avaient vu au jour de la première fois, ici, en France. Et elle faisait la moue en regardant les petites filles cachées derrière leurs mèches de cheveux gras, trop maquillés, habillés comme les autres ; en oubliant qu'elle avait fait partie de ces filles qui crient comme des gorets, qui idolâtrent un des jumeaux (si ce n'est pas les deux) et qui font comme si elles étaient des victimes. Elle aimait encore à se faire croire qu'elle était un peu une victime, qu'elle avait grandie trop vite, et que d'une certaine manière, c'était grâce à eux qu'elle était encore en vie.
Oh et puis non, c'est tellement stupide. Être en vie, à cause de quatre jeune garçons, pas beaucoup plus vieux qu'elle (elle avait exactement un an, cinq mois, et quatre jour de différence avec les deux plus jeunes), qui ne la connaissait pas, qui s'en foutait pas mal de la connaître, et qui faisait seulement de la musique. Oui, mais... Oui mais quoi ? Ce n'est pas même pas une révolution musicale ce qu'ils font ces quatre gamins ! Elle le savait très bien qu'ils n'avaient pas inventé la poudre ces mecs, et d'ailleurs elle ne comprenait toujours pas son engouement, et celui des autres, pour ce groupe. Elle ne se souvenait plus, je crois, comment tout ça avait commencé. C'est trop bizarre de tomber amoureuse de la musique. C'est impossible. C'est totalement cliché de se dire que la musique d'un groupe de pop/rock puisse lui sauver la vie. Alors elle préfère se dire qu'ils n'ont que réussi à lui donner une perspective d'avenir (aussi minuscule soit-elle bien entendu), quelques jours ou mois de perdition seulement entre chaque vente de billets de concert, et que si son corps n'a aucune séquelle de son mal être, c'est grâce à tous les autres ; ces personnes autour d'elle. Et finalement, peut-être que c'est vrai, et qu'ils n'y sont pour rien ces quatre mecs dans sa survie à elle, qu'elle ne le doit qu'à ses proches, ou même à elle d'ailleurs.
Peut-être que c'est juste tous ces moments qui ont réussi à la garder en vie. Ces rencontres, ces larmes, ces rires, ces attentes, ces voyages, ce fric, ce stress, ces sourires, ces engueulades, ces mensonges. Cette vie quoi, qu'en fait, ils ont réussi à créer en faisant de la musique.
Oui, c'était ça ; c'était de la musique dont elle était tombée amoureuse, mais c'était la vie de cette musique qui l'avait sauvé de la mort.


Elle regardait encore le petit avion sur le bâtiment, quand elle se rappela tout d'un coup qu'elle avait une cigarette dans sa trousse. Elle fouilla dans son sac, et certes la cigarette était un peu tordue et froissée, mais cela ne l'empêchait de la happer entre ses lèvres, et de l'allumer malgré le vent.
La fumée de cigarette dans les yeux, elle se souvint encore. Du stress, et de la pluie surtout.
Et y avait cette chanson qui tournait dans sa tête. Et les paroles aux bouts de ses lèvres. C'était sa chanson préférée. Wenn dieser tag der letzte ist. Celle du tout début, avec sa voix de gamin, et ce talent surtout en bruit de fond. Elle fredonna l'air quelques instants et puis...
Et puis, les papillons dans le ventre sont partis depuis tellement longtemps, vous savez. Les frissons, les sourires, les larmes (de joie ou de peine) sont partis. Quand elle allume son iPod, son ordinateur, quand elle met son vieux CD dans son vieux poste, c'est pas les sensations, l'amour qui coule dans ses veines, c'est les souvenirs.
Elle n'est plus capable que de se souvenir.
Ce sont des flashs de couleurs, des moments si précieux, des détails qui ne servent à rien, et des trous noirs aussi quand les sentiments l'aveuglaient trop en même temps que les spots plus ou moins sophistiqués. Il n'y avait que des souvenirs dorénavant ; un pour chaque chanson (ou presque). Sa meilleure amie, les posters sur les murs de sa chambre avant, sa fanfic, le parfum de son ancienne amie, son sweat mouillé après deux heures sous la pluie, des larmes, des heures sous la couette à apprendre les paroles, une image sur un écran géant, le blablatage de son amie d'enfance, ses je t'aime, ses mains crispés sur un morceau de tissu, son bracelet sur scène, sa presque mort et celles des autres parfois, ses rencontres, un fou rire avec un ami, le divorce de ses parents, la mort d'un ami d'une amie, le froid à six heures du matin, ses tickets de train et les confettis de la fin.
Ils ne restaient que des souvenirs maintenant, après trois ans d'existence de Tokio Hotel. Et je crois que c'est pour ça qu'elle pleurait, la cigarette à la main, assise sur le bitume gris devant une salle de concert parisienne.
Parce qu'il ne lui restait plus rien d'un bout de sa vie.



*


Fin

# Posté le dimanche 12 octobre 2008 06:28

a song to say goodbye

a song to say goodbye


je vous sers de la merde en boite définitivement. ces bouts d'histoire ne veulent rien dire, n'ont aucun sens, aucune signification. ne veulent (presque) rien dire pour moi. ce sont que des vieux textes que je retrouve au fur & à mesure.
vous savez, j'ai plein d'histoires dans la tête, mais ça ne veut pas sortir. les mots y viennent pas. ou alors c'est creux; vide de sens, de message. ça me touche 5secondes, & je serais incapable de vous toucher avec. parce que le peu que j'ai écrit depuis 3-4mois, ça ne sort même pas du coeur. ça sort pas tout court. c'est juste quelques mots comme ça, que je m'échine à ce qu'ils soient jolis. mais... osons le dire ; ça me fait chier d'en chier pour un texte dont je ne suis même pas contente. pas du tout contente. (& le pire, c'est que je poste quand même ==')

la rentrée, c'est dans une semaine. première L, & pour une fois depuis deuxans, je vais bosser ; pour de vrai.
J'ai envie d'arrêter ce blog, d'arrêter de me prendre la tête pour quelque chose que j'adore. d'arrêter de me demander pourquoi j'arrive plus à faire ça, alors que c'est un truc qui a toujours été là ; je parle d'inspiration. parce qu'en fait c'est ça. les idées dans la tête, & les doigts au dessus du clavier sans le toucher. & la page blanche de word. (puisque je n'arrive pas à écrire sur papier ; les idées vont plus vite que ma main)
panne d'inspiration, panne de mots ; ce que j'aime par dessus tout faire, j'arrive même plus à le faire ; & ça me flingue. j'en pleurerais de rage en osant écrire (par contre) ces quelques mots. surtout pour vous dire (genre je parle à deux personnes) jusqu'à nouvel ordre, ce blog est arrêté. PAUSE. (ou fin)

on y croit pas. je n'y crois plus. plus du tout. oubliez tout ça, laissez tomber.
j'arrête d'écrire parce que je n'y arrive pas. c'est une bonne raison, quoique vous disiez de toute manière.

# Posté le mardi 26 août 2008 16:41

38.

38.



J'te déteste. T'as tout fait foiré. Connard.

Je t'aimais, OH OUI, je t'aimais. Je t'aimais trop justement. Tu étais toujours trop loin alors que tu passais tes journées à mes côtés. J'étais jaloux quand tu serrais la main de quelqu'un d'autre. Et quand tu passais deux minutes sans moi, je m'inquiétais, t'imaginant déjà mort. J'étais juste complètement accro à toi. T'étais ma drogue, t'étais ma vie, mon c½ur. T'étais ma raison de vivre. Rends toi compte, t'étais ce pourquoi je restais encore sur cette putain de terre. La seule personne qui m'empêchait de sauter par la fenêtre, qui séchait mes larmes avec un seul sourire. Tu étais ma raison, putain. C'était juste pitoyable, j'étais juste pitoyable. J'étais pendu à tes pieds, je pouvais tout faire pour toi. Traverser les mers, les océans, te ramener la lune et les étoiles. Et tellement d'autres choses dont tu n'en a jamais eu rien à faire. J'étais à tes pieds, et tu me regardais de haut. Et moi j'étais heureux, OH OUI, pauvre con que je suis, j'étais aveugle. Tu me faisais sourire, tu me faisais rire, tu étais ma raison. J'étais heureux et c'est tout.
Mais tu sais, ça marche plus tout ça. C'est fini. FINI tu m'entends ? Nous deux, ce n'est plus rien. Je jette tout au feu. Nos photos, mes lettres, tes cadeaux. Mes sentiments qui brûlent rapidement. Regarde la fumée qui s'envole entre les nuages. REGARDE putain. C'est nous qui s'envole là. Regarde les cendres grises sur tes chaussures, c'est tout ce qui reste de nous. Des cendres qui se dispersent déjà dans le vent. Tu ne regarde même pas, tu n'en as rien à foutre. Tu n'en a jamais eu rien à foutre de moi et de nous. Un objet, quelque chose pour arriver enfin à tes fins. Sans moi, tu n'aurais jamais réussi, hein ? Et moi j'étais pourtant tellement fier. Tout le monde te connaissait, j'étais tellement fier de te présenter. J'avais le sourire aux lèvres et les étoiles dans les yeux quand je parlais de toi. Tu étais ma raison, putain... MERDE ! Ma vie, c'était toi. Mais tu m'as tourné le dos. La foule m'a happé, je t'ai perdu. Et je ne me sens même plus capable d'hurler ton nom à travers la foule. Tu ne regarderas plus jamais en arrière, tu es parti loin déjà. Tu ne reviendras plus jamais, tu es bien entouré maintenant. Alors moi je te regarde marcher, loin devant. Je te regarde, et les larmes dégoulinent sur mes joues. Je te déteste ; je me sens si faible à cet instant. Mon estomac se comprime ; tu m'as tout enlevé en partant. T'as un bout de mon c½ur, un bout de ma vie, un bout de mon âme au fond de ta poche. Tu ne le sais même pas, t'en a rien à foutre. T'es tellement égoïste, TU TE RENDS COMPTE DE RIEN, bordel. Tu te rendais même plus compte de mes faux sourires à la fin, tu te rendais même plus compte de mes larmes, de mes silences. Tu jubilais tout seul dans ton coin avec tes rêves enfin exaucés. Je te voyais rire et parler avec d'autres, je te voyais dans les bras d'autres. Et j'me sentais comme une merde à côté. J'te regardais rire et tournoyer de joie. J'me ramassais sur moi même. Et je fumais pour combler le manque que t'as crée en partant. T'as rien compris en plus, tu comprends plus de toute manière. Tu fais comme si de rien n'était, tu fais comme si le monde était beau, rose et tout. Mais PUTAIN, regarde- moi ! Regarde- moi, je suis en larmes et en sang, je suis effondré sur la moquette mais tu ris encore à côté. Je te tuerais... J'te tuerais et moi ensuite. Pour ne plus entendre ton rire qui me fait si mal, pour enterrer tout ça, et oublier putain, tout oublier... Oublier tes mots, tes promesses qui n'ont jamais été que des illusions. Pour oublier tes gestes, tes caresses qui résonnent faux désormais dans ma tête. Tout était faux, dis-le-moi. Je ne mourrai que deux secondes plus tôt ; aucune différence. Tout oublier. Oublier que je t'aimais. Oublier que tu ne m'as jamais aimé. Oublier que nous deux c'est fini. Oublier tout, oublier ma vie puisque tu l'as prise... Oublier que je t'aime encore. Et essayer de continuer...

Merci pour les cadeaux. Adieu.

[...]


Il enfila sa veste, et laissa une enveloppe sur la table de la cuisine. Il ramassa son sac sur une des chaises et l'accrocha à son épaule. Il se dirigea vers la porte d'entrée et l'ouvrit doucement. Sans un regard en arrière, il la ferma tout aussi silencieusement. Il descendit ensuite rapidement les trois étages. Partir le plus vite possible d'ici, partir loin, loin très loin. Pour ne plus jamais revenir. Tourner la page dans un autre endroit et oublier, juste oublier. Il se dirigea vers la gare et grimpa rapidement dans le premier train. Quand il arriva à la capitale, il prit le premier métro pour une des grandes gares nationales. Il composta son billet, et s'engouffra dans son train.
Il appuya sa tête contre la fenêtre, et regarda les rails. Son ventre se compressait, il avait mal au c½ur. Mais il fallait être fort ; tout allait bien se passer, non ?
Non. Il ferma les yeux, et ses membres commencèrent à se crisper. Il se releva trop vivement, manquant de tomber par terre, pour retourner sur le quai et fumer une cigarette. Il descendit deux marches, et il sentit le train s'ébranler sous ses pieds. Croyez-moi ou non, il s'est effondré en sanglots dans les escaliers.


[...]


Les années ont passé, le temps s'est écoulé. Lentement, sûrement. Il a ouvert une maison d'hôtes dans le pays qu'il aimait tant. Ici, il fait beau et chaud. Tous les matins quand il ouvre sa fenêtre, il voit la plage dorée et la mer azure. C'est beau.
Il va bien. Il va mieux. Il a un peu oublié, et il se persuade de ne plus l'aimer du tout. Même si 10ans après, il n'a toujours personne à aimer de nouveau. Mais il va mieux.
Il a changé. Ses cheveux ont une teinte plus naturelle et sont coupés un petit plus court. Il a troqué ses teeshirt à tête de mort contre des chemises sobres, plus classes, plus larges. Et ses pantalons sont moins moulants. Il a arrêté le fond de teint, le fard à paupières et le mascara. Et maintenant il se rase tous les jours... Il a grandi, il a muri. Il a vieilli. Il a essayé d'avancer et d'oublier.

Aujourd'hui, il accueille un nouveau client. C'est son secrétaire qui a pris le nom, et il n'a pas encore regardé l'agenda quand la sonnette retentit. Il lisse sa chemise blanche, et ramène ses cheveux bruns en arrière avant d'ouvrir la porte.
-Quoi ? Non.
-Bill ?
-Non...
Il referme déjà la porte.
-Nan, attends ! On doit parler !
-Dégage, j'ai rien à dire.
Sa voix tremble, il a les larmes aux yeux et la fureur monte dans sa gorge.
-Va-t-en !
-Non !
Il n'arrive plus à retenir la porte et elle claque contre le mur derrière elle.
-Je ne veux pas te parler.
-Mais...
-Bienvenue chez moi, affirme-t-il avec un sourire commercial sur les lèvres. Je vais vous montrer votre chambre.
-Bill, arrête.
Il attrape cependant les valises sans se soucier de l'homme qui lui parle, immobile sur le seuil d'entrée. Il commence lentement l'ascension des escaliers.
-Suivez-moi s'il vous plait.
Il ouvre la porte d'une des chambres et pose les valises dans l'entrée. Il laisse ensuite l'autre homme rentrer.
-J'espère que ça vous plaira, dit-il en se retournant.
-Bill !
L'autre homme qu'il fait semblant de ne pas connaître lui agrippe le bras.
-Lâche-moi.
-Non ! Faut qu'on parle. J'ai besoin d'explications, Bill...
Il se retourne brusquement, faisant lâcher la main sur son bras.
-Mon petit mot ne t'as pas suffi ? T'as toujours pas compris ? T'es CON à ce point-là ou quoi ? T'as pas compris que tu m'as détruis ? Que tu m'as laissé tout seul et que tu t'en ai même pas rendu compte ? T'as pas compris que t'etais PARTI ! J'ai lâché l'affaire, j'suis pas aussi con que t'as cru... J't'ai laissé, vu que t'en avais plus rien à foutre de moi...
Il se tait et se rend compte que ses poings sont crispés ; ses ongles s'enfoncent légèrement dans sa paume. Il recule d'un pas, et regarde un instant l'homme devant lui. Ses longues dreads blondes sont lâchés dans le dos, seules quelques une sont noués nonchalamment. Il porte une large chemise sur un jean brut, à coupe droite. Et il a toujours ce piercing à la lèvre qui brille à la lumière.
-J'avais marqué Adieu à la fin...
-T'avais marqué que m'aimais encore aussi...
-Je suis désolé Tom... Non...

[...]

Le temps a passé. Encore. Mais l'eau ne coule plus sous les ponts.
Ils se retrouvent dans une église. Enterrement, mariage ; c'est la même. Ils ont des poches sous les yeux, et la mine blafarde. Ça fait pas beaucoup dormir de savoir que l'on va revoir son frère, son ex, et également la personne qu'on aime ou qu'on déteste le plus.
Enterrement. Une grande tante qu'ils ne connaissaient pas. Mais ils se retrouvent quand même au premier rang, l'un à côté de l'autre.
La cérémonie est affreuse. Leurs costumes de location les démangent, le micro est branché trop fort, et ils tapotent tout les deux du pied le sol en pierre de l'église. Partir, putain. Partir, et ne plus jamais le revoir. Ou si; encore.
La cérémonie se finit au bout d'une heure, et ils sortent silencieusement, la tête baissée. Ils montent chacun dans les voitures collectives pour aller à la petite réception, et ils ont tous les deux envie de partir loin d'ici. Mais non.
La réception se passe gentiment. Ils s'évitent dans le salon de leur mère, et ils boivent tous les deux du champagne. D'ailleurs Bill semble en boire un peu trop. Peut-être même beaucoup trop. Il se retrouve avachi sur le canapé à murmurer des choses incompréhensibles. Et puis il est tard, et les invités commencent à rentrer chez eux. La maison devient silencieuse, les lumières s'éteignent, et Tom s'assoit sur un des fauteuils. Bill est toujours dans un coin du canapé, la tête baissée sur sa coupe de champagne à moitié vide. Il chantonne discrètement et ne semble pas s'être rendu compte que la maison est vide.
-Bill ?
Il sursaute sur son canapé, et plisse des yeux pour voir qui lui a parlé. Il aperçoit son frère, et se recroqueville sur son canapé, en reprenant sa chansonnette.
-Bill... S'il te plait. J'aimerais bien qu'on discute. Ça fait 12 ans qu'on ne s'est pas parlé sérieusement.
-Faux. 13 ans. Tu ne me parlais plus.
Silence de la part de Tom. Il ne comprend plus rien. Il regarde son frère faire tourner le champagne dans sa coupe, et il se demande si Bill est vraiment bourré.
-Comment ça ?
-Tu ne me parlais plus, tu ne me regardais plus. Tu ne me disais plus je t'aime, tu ne passais même pas cinq minutes avec moi. Tu passais ton temps avec les autres, tes amis comme tu les appelais. Tu passais des heures avec eux sans me prévenir. Et quand tu rentrais à la maison, tu ne me prévenais même pas.
Nouveau silence.
Bill se relève doucement, et marche jusqu'au buffet. Il marche droit, et semble être parfaitement sobre. Il attrape une tomate cerise qu'il met dans sa bouche, et se ressert un verre de vin.
-T'en veux ?
Tom est surpris. Bill était en train de lui faire des reproches, et il lui propose maintenant un verre de vin. Il acquiesce mécaniquement, et quelques secondes plus tard, Bill lui tend son verre. Il murmure un petit merci, et goute à l'alcool. Il est un peu chaud, mais il a un bon gout de fruits rouge.
-Tu t'étais éloigné de moi.
-Hein ?
Tom sursaute, ne s'attendant pas à ce que son frère reprenne la parole.
-Tu t'étais éloigné de moi. On n'avait presque aucun contact. Je t'avais déjà reproché ça, mais t'en as jamais vraiment tenu compte. Je t'avais demandé d'être un tout petit plus présent, juste ça. Tu sais, à cette époque, si j'étais encore en vie, c'était pour toi.
Bill avale une gorgée de vin, et ricane.
-J'étais tellement pitoyable à l'époque. Je t'aimais tellement. J'ai commencé à être jaloux et possessif. Mais en même temps, je fermais ma gueule. J'avais rien à dire ; tu faisais ta vie. Mais à la fin, tu te rendais plus compte de rien. Finalement, c 'est peut-être de ma faute ? J'aurais peut-être dû te dire avant ce que je pensais, je sais pas. Tu m'as laissé tout seul... J'ai alors douté sur tout ; toi, ton amour, tes paroles. Tout. Je ne te faisais plus confiance. Et moi, ça me bouffait, parce que j't'aimais quand même. Tu ne faisais plus attention à moi, mais je t'aimais. Alors j'ai rassemblé le peu de dignité qu'il me restait, et je suis parti. Je suis parti pour ne plus être aussi con, pour t'oublier, pour essayer d'avancer.
Silence. Tom finit son verre de vin, et Bill le regarde baisser la tête. Il se passe la main sur le visage, et finit son verre également.
-Tu sais, je t'aimais vraiment moi, murmure Tom.
-Peut-être. Surement. Je sais pas Tom. Je savais pas à l'époque ce que tu pensais de moi. J'ai eu l'impression d'être un objet, d'être un simple passe temps. Ça peut-être tellement amusant de baiser son frère après tout.
-J'ai jamais pensé ça ! Je t'ai toujours aimé tu sais... Et j'peux même pas te reprocher quelque chose, parce que... Je sais pas, c'est tellement compliqué Bill. Quand tu es parti, le matin, quand j'ai lu ta lettre, j'ai cru que j'allais mourir sur le coup. J'ai même pas essayé de te retrouver. Tu m'avais fait comprendre que c'était fini... Alors j'me suis enfermé dans le noir, chez moi, et c'est tout. Quand on s'est revu, il y'a deux ans, c'était parce que maman m'avait forcé à sortir et à prendre des vacances ; elle s'inquiétait trop de ne jamais me voir sortir de l'appart'.
Silence. Les deux hommes se regardent et essayant de lire dans les yeux l'un de l'autre. Du regret, c'est tout. Ils regrettent.
Tom se lève réajuste sa veste de costard.
-Tu sais Bill, je suis réellement désolé de t'avoir sembler si distant. Je suis désolé de t'avoir à ce point abîmer, et je regrette beaucoup. Si je n'avais pas changé, si j'avais fait plus attention, on serait sûrement encore ensemble aujourd'hui.
-Peut-être.
-Tant pis. C'est fini, hein ? sourit tristement Tom.
Bill hoche la tête, et se lève à son tour. Il rassemble ses quelques affaires sous les yeux attentifs de son frère.
-On fait quoi maintenant ? demande soudainement Bill.
-J'te raccompagne à la gare, et on se revoit à Noël comme deux frères normaux ?
-De puis quand on est normaux tous les deux, hein?
Sourire. Un vrai sourire depuis 12ans.
-Très bien, à Noël. Faut que je te trouve un cadeau maintenant...
Rires. C'est bon de se retrouver.
Alors peut-être que Bill aime encore Tom, peut-être qu'il lui en veut encore. Peut-être que Tom a toujours aussi mal à cause du départ de Bill, peut-être que lui aussi il l'aime encore. Peut-être.
Mais personne ne le saura, et Tom raccompagne Bill à la gare dans un silence agréable. Et sur le quai de la gare, ils se serrent dans leurs bras.
-À plus, p'tit frère.
-Ouais, à bientôt.


(ouais, un vieux texte encore. j'suis désolée)

# Posté le mardi 26 août 2008 16:16

37.

37.


Ils s'étaient détruits. À coups de haches, de couteaux, de ciseaux, à coups de marteaux. À coups de poêle il y a longtemps. Ils s'étaient détruits, en se balançant des bombes sur la gueule, en se cachant pour détruire encore plus l'autre en face, par surprise. À coups d'armes meurtrières.
Ils s'étaient détruits. À coups de mots. À coups de mots surtout. Un coup de je te déteste, et l'autre fondait en larmes, vaincu. Un coup de je ne t'aime plus, et c'est l'autre qui s'effondrait à genoux sur la moquette, immobile sous le choc, vaincu à son tour.
Ils s'étaient détruits. À coups d'amour. Oui, l'amour tue, dévaste tout sur son passage, et ne laisse que peu de survivants. Ou alors vous lisez trop de contes de fées où le prince et la princesse vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. D'abord dans la vraie vie, ce sont deux hommes. Et en plus, ils sont frères. Jumeaux. Mais ça se voit pas, et on s'en fout. Ils sont frères et sont des hommes. Et ils s'aiment. POINT.
Ils s'aiment à en crever. Oui, à en crever, vous avez bien lu. Je n'aime pas jouer sur les mots. Ils s'aiment trop, tellement, qu'ils vont bientôt mourir. Parce qu'il n y a qu'un pas entre l'amour et la haine. Et ce pas, ils l'ont franchi depuis bien longtemps. Il y a des années de cela qu'ils ne s'embrassent plus dans un coin sombre d'un couloir avant un photoshooting. Ou dans les toilettes des loges des salles de concert.
Ah oui, j'avais oublié. Ils sont connus dans le monde entier ; ils font de la musique avec deux potes à eux. Ce sont des stars, des jumeaux, et ils s'aiment. Ou se détestent. Il y a deux ans, ça allait encore. Ils se cachaient pour faire leurs petites affaires, et ça passait. Mais le proverbe pour vivre heureux vivons cachés ne leur a pas plu. Des disputes sans queue ni tête ont explosé entre eux, étonnant les plus proches d'eux ; ils étaient si fusionnels dans leur relation fraternelle. Et dans leur relation amoureuse, mais ça personne ne le savait...
Des disputes ont éclaté, et ils se bouffaient le nez à chaque fois qu'ils se croisaient. Tellement fort, tellement méchamment. L'un tombait et l'autre repartait fièrement. L'un reprenait la bataille et en sortait victorieux, tandis que l'autre s'enfonçait six pieds sous terre. La tension montait, et finalement il n y avait pas de victoires. Que des défaites pour eux qui attaquaient la personne la plus chère au monde.
Ils ne se souvenaient même plus de comment ça avait commencé cette histoire de je te deteste, moi non plus. Ils s'aimaient, se détestaient, ne se supportaient plus, et se battaient contre eux-mêmes pour ne pas courir dans les bras de l'autre. Ils ont appris à s'ignorer, à s'insulter, à attaquer, et à combattre. Ils ont appris à s'éloigner. Pour avoir moins mal... Oui c'est ça. Pour avoir moins mal, pour dissiper les soupçons qui couraient sur eux. Enterrer cette histoire d'amour impossible, et devenir deux parfaits inconnus insuportables pour moins souffrir.
Mais ils s'aiment à en crever. Et ils sont déjà mort tous les deux. Mais ce soir, ils vont revivre.
Ils ont couru dans les bras l'un de l'autre, tout à l'heure, dans le couloir noir de l'hôtel. Ils se sont rentrés dedans, se sont emboîtés et ont finit la nuit dans un lit humide, dans une chambre qui faisait résonner leurs gémissements. Et comme une première nuit, ils se sont aimés, ils se sont cachés. Une première nuit, ils ont arrêté de se détester, ils ont stoppé les hostilités pour faire l'amour. Une première nuit, ils se sont aimé tout ce le temps qu'ils avaient perdu, et maintenant, ils dorment l'un dans les bras de l'autre. Mais les rideaux ne sont pas fermés, et le monde a commencé à se réveiller. Avec sa haine, son intolérance. Parce qu'ils sont des hommes, qu'ils sont des frères. Le soleil s'est levé, et a attiré ses rayons sur leurs peaux nues. Ils ont frissonné, ont ouvert les yeux, et ont regardé, horrifié le monde qui recommençait sous leurs pieds. Ils l'avaient oubliés... Ils avaient oublié que la nuit n'était pas éternelle comme dans la chanson, ils avaient oublié qu'il allait recommencer à se détester dès que le jour se lèvera.
Ils se sont regardés, et se sont embrassés.
Ils s'aiment à en crever.
Alors ils vont crever aujourd'hui. Ils se rhabillent, se jettent un dernier regard. Le plus vieux caresse les joues de l'autre qui joue avec ses cheveux. On doit mourir. Maintenant. Ils se regardent, les yeux pleins d'amour, une dernière fois. Et ils ouvrent la porte, et en sortent sans se regarder. Ils sont morts ; ils ont recommencé à se détester. À se faire la guerre. Leurs yeux sont redevenus noirs, et leurs lèvres ne veulent plus s'étirer en un sourire franc. Ils se détestent encore. Toujours. Jusqu'à la prochaine fois, où ils pourront s'aimer de nouveau, une nuit comme ça, piochée par hasard.
Ils ressusciteront une prochaine fois...


(écrit y a vraiment longtemps. mais je ressors les vieux textes parce que je suis pas capable de faire quelque chose de nouveau. les histoires elles restent dans ma tête. j'ai que les images, pas les mots.)

# Posté le samedi 23 août 2008 10:05