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48.

48.
photo d'elle. la fille qui voulait avoir la tête coupée pour avoir moins mal, & qui a la plus belle expo photo du lycée, même si elle le sait pas.



La vie est jolie avec toi de l'autre côté de l'objectif.



Bill a toujours vu la vie à travers un appareil photo.

En maternelle, c'était un petit garçon mignon comme tout. Blond comme les blés, il souriait à sa maîtresse, jouait au chat dans la cour de l'école et faisait tout ce que peut faire un petit garçon. Il n'empêche que les maîtresses disaient souvent à sa maman que c'était un petit garçon rêveur, et qu'il était un peu dans son monde. Simone aimait regarder son fils de quatre ans, allongé dans l'herbe, regardant les nuages. Alors oui, Bill était le genre de garçon un peu tête en l'air, qui semblait un peu sur une autre planète. Mais juste un peu.
Et puis pendant les vacances avant de rentrer en primaire, il demanda à son papa si lui aussi il pouvait prendre des photos du château qu'ils visitaient. Jörg lui avait alors prêté l'appareil, sans oublier de resserrer la dragonne autour du petit poignet de son fils. C'était un vieil appareil, avec une pellicule, sans zoom, et de premier prix en plus. Mais quand deux mois plus tard, Jörg développa les photos, il n'avait jamais rien vu de tel. Bill avait photographié certains détails des murs du château, les gens de la visite guidée, et surtout le parc depuis la terrasse, mais d'une façon sublime. Il y avait une lumière incroyable, les photos étaient presque toutes bien cadrées. Pour un enfant de cinq ans, il n'en revenait pas.
Le lendemain, il acheta le premier appareil photo de Bill.

À partir de ce moment, quand on demandait à Bill ce qu'il voulait faire plus tard, il souriait doucement, avant de presque murmurer 'photographe'. À chaque sortie qu'il faisait, il avait son petit appareil autour de son cou, et sûrement qu'à chaque chose qu'il voyait, il pensait à la photo qu'il pourrait prendre. Comme si la vie était plus belle sur le papier brillant, derrière l'objectif qu'à travers ses yeux.

Bill grandi donc à travers la lentille de son petit argentique. Sans se soucier des autres. Il se renferma dans son monde en noir et blanc, avec flash, et instant de la vie pris sur le fait. Le vrai monde ne semblait pas important, et les maîtresses convoquaient ses parents pour leur signaler que Bill ne semblait pas avoir beaucoup d'amis, qu'il restait souvent tout seul dans la cour en observant les autres jouer. Bill était dans un autre monde.




Bill remit son sac à dos et sortit rapidement de la salle de classe. Sans un mot, sans un regard autour de lui, il traversa le campus universitaire, et monta dans le bus qui arrivait justement. Il ferma sa doudoune noire, et resta debout, au milieu du vehicule. Il regardait par la vitre le monde qui allait trop vite quand il entendit deux filles pouffer au fond du bus. Son ventre se resserra quand il se rendit compte que c'était de lui dont les filles se moquaient. Feignant de n'avoir pas vu, alors qu'il sentait déjà ses mains devenir moites, il retourna son regard vers la vitre. La nuit tombait rapidement au mois de novembre, et la vitre lui renvoya son reflet. Il se regarda quelques instants, et il se dit qu'il ne pourrait jamais bien se photographier ; il était trop moche pour figurer sur du papier brillant à grain de haute qualité. Ses cheveux blonds, fins étaient coupés très court sur son front, et ne cachait pas du tout son visage rond qui portait encore les cicatrices de son acné, malgré ses vingt et un ans. Il avait cette espèce de doudoune noire qui le faisait encore plus gros qu'il ne l'était, sur un jean trop large, informe qui tombait sur des baskets achetés au magasin de sport à côté de chez lui. Depuis qu'il avait compris que la vie c'était la photo, il avait complètement tout lâché ce qui le tenait à la vie réelle. Il n'avait jamais été à la mode, n'écoutait pas la radio, ne regardait que très peu la télé, n'utilisait pas Internet, et ne se souciait pas du tout de son apparence. Il s'était laissé aller, mangeant ce qu'il voulait, allant chez le coiffeur tous les six mois pour que ses cheveux ne le gênent pas pour prendre des photos en tombant devant ses yeux. Avec l'âge, il avait grandi, et grossi, ses cheveux blonds étaient ternes, sa peau était blanche de ne pas voir le soleil comme il préférait l'obscurité des chambres noires, et il avait passé une adolescence de merde, parce que les mecs se foutaient de gueule, les filles ne le trouvaient pas beau. Il était moche, c'était tout. Et il essayait de se persuader qu'il n'en avait rien à foutre de ce que disaient les autres ; être moche derrière l'objectif, c'était pas grave.




Il faisait nuit noire quand il sortit du laboratoire de photographie de l'université. Il avait tiré de très bonnes photos dans la chambre noire, il était assez content de lui. Il rangea son appareil photo tout neuf (un canon EOS 1D) qu'il avait eu comme cadeau d'anniversaire l'année passée, dans son énorme vieux sac à dos qu'il se traînait depuis le collège, qui lui faisait courber la nuque et que sa mère trouvait ridicule. Il traversa rapidement le campus universitaire ; il était tard et ses parents l'attendaient pour manger à la maison. Quand soudain, deux mecs surgirent de l'ombre du bâtiment, et Bill sursauta. Leurs visages étaient masqués par leurs casquettes, et ça lui faisait un peu peur ; il accéléra le pas. Mais un des gars lui barra le chemin :
« Alors on se dépêche de rentrer chez maman ? »
« Je... »
Bill ne savait pas quoi dire, et il enfonça un peu plus les mains dans ses poches. Il songea qu'il aurait aimé avoir de la répartie, mais il savait de toute façon comment cette histoire allait finir s'il se mettait à répondre. Il hocha la tête, et recommença à marcher, honteux de sa soumission Les deux mecs le suivirent.
« On travaille tard dis donc ! Faudrait pas que tu redoubles c'est vrai, sinon maman te gronderait. »
Il ne répondit pas, et accéléra un peu le pas. Ces mecs puaient la vinasse.
« Bah alors on a perdu sa langue ? »
Et l'un des deux gars l'agrippa par le bras.
« Lâchez-moi ! » dit alors Bill
Il sentait que sa voix tremblait, et il savait que les mecs l'avaient senti aussi.
« N'ai pas peur » chuchota presque l'un des gars. « On va pas te faire du mal. »
Derrière lui, il entendit le bruit d'un couteau suisse qu'on ouvre, et tandis que l'un lui tenait les bras, l'autre fit tomber son sac de ses épaules avant d'appuyer le couteau sous sa gorge. Bill n'eut pas le temps de réagir, de bouger, de crier. Il avait une main sur sa bouche, un couteau sur sa pomme d'Adam, et ses jambes tremblaient trop.
« Voyons ce que t'as d'intéressant dans ton sac, gamin »
L'autre ouvrit la fermeture éclair, et vida le sac à l'envers. L'appareil photo tomba sur le bitume et rebondit. Bill se débattit alors, mais il sentit le couteau s'enfonçait un peu plus sur sa gorge, et la lame froide lui faisait mal.
« Toi, tu bouges ou tu verras ce qu'on fait à des mecs comme toi... » lui chuchota-t-on à l'oreille.
L'autre mec fouilla dans ses affaires étendues par terre, déchira les feuilles de cours, et les photos, mit le porte-monnaie de Bill dans la poche de son blouson, et en arriva enfin à l'appareil photo.
« Mais ça doit coûter cher ça dit moi » dit il avec un sourire presque carnassier tandis qu'il tenait l'appareil entre ses mains. « C'est qui qui te l'a donné ? Ta maman ? Oh comme c'est mignon ! »
Bill gémit un peu, et l'autre dit :
« Tiens il a une langue maintenant ? Lukas laisse le s'exprimer. »
Pendant ce temps, il avait enlevé l'appareil de son étui.
« S'il-s'il vous plait, tou-touchez pas à mon appa-pareil photo... S'il vous plait. »
« Ah bon et sinon ? »
Bill sentait la sueur froide coulait le long de son dos, la lame dans son cou, et le souffle alcoolisé de l'autre dans son oreille. Ses jambes soutenaient difficilement son poids.
« Sinon je... »
Non, il n'avait pas parlé ? Mais comment il avait pu seulement dire ça, il voulait sa propre mort ou quoi ?
« Sinon quoi ? » Les deux mecs rigolèrent. « Sinon tu vas le dire à ta maman ? »
Il regarda Bill et jeta l'appareil de toutes ses forces contre le bitume. Bill eut un mouvement réflexe vers l'avant, comme pour le récupérer, mais le mec le tenait trop fort. Il vit l'appareil rebondir plusieurs fois sur le sol, et quelques pièces de plastique s'en détachèrent.
« Tu vois, des mecs comme toi, on en bouffe tous les jours. T'es une victime, t'en as la tête. Regarde-moi ça... » Il regarda de haut en bas Bill qui avait les larmes aux yeux ; son corps lui faisaient mal d'être à ce point tendu de peur. « Tu te regardes jamais dans la glace gros tas ? Nan, mais regardez-moi ça, il pleurniche! »
Les deux gars ricanèrent grassement, et Bill fut jeté en avant. Il tomba durement sur le bitume, et l'un deux gars lui mit un coup de pied au ventre.
« Tu vois, les mecs comme toi, on en bouffe tous les jours... Tu fais pitié... »
Et ils se barrèrent en ricanant, laissant derrière eux un Bill pleurnichant, recroquevillé sur le goudron sale.




Quand il rentra enfin chez lui, sa mère l'engueula pour l'heure.
« C'est à cette heure que tu rentres ? Bill ! Tu savais qu'on t'attendait pour manger, t'étais où ? Encore fourré dans ta chambre noire, non, mais... »
Elle s'arrêta de crier quand elle vit les yeux rougis de son fils, son air débraillé, et l'appareil photo en miettes au creux de ses mains.
« Mon dieu ! »
Simone se précipita sur son fils, et posa une main sur sa joue.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé, mon chéri ? »
Bill baissa la tête, honteux de s'être fait agressé de la sorte, et de décevoir sa mère (il en était sûr).
« Je... rien... »
Il se dégagea de la main de sa mère, posa l'appareil précautionneusement sur la table du salon, et enleva son manteau.
« Bill ! C'est quoi cette marque sur ton cou ! » cria presque son père alors qu'il sortait de la cuisine.
« Hein ? »
Il se regarda dans la baie vitrée du salon, et il avait une grosse ligne rouge qui barrait sa pomme d'Adam en deux.
« Putain » chuchota-t-il alors qu'il passait ses doigts sur la marque douloureuse.
« Bill, qu'est-ce qu'il t'es arrivé. » demanda sa mère, doucement. On sentait l'inquiétude dans sa voix.
« Rien, maman, rien.» Il repensa à ce que les mecs avaient dit à propos de sa mère. Il s'assit sur le canapé, et ses mains tremblaient quand il prit l'appareil entre ses mains pour essayer de d'y remettre les bouts de plastique qui ne se recollerait jamais. L'objectif était tordu.
« Bill... » chuchota son père.
Et puis, là, au milieu du salon, Bill lâcha l'appareil photo cassé sur la table, et se mit à sangloter lourdement, en tremblant.





Le lendemain matin, en sortant de la douche, il fit une chose qu'il ne faisait plus depuis longtemps. Il repensa aux mots du mec, et essuya la buée sur le miroir derrière la porte.
Il était grand, et ses bourrelets autour de son ventre, de ses hanches, de ses bras et de ses cuisses étaient en trop. Il le savait en plus qu'il avait normalement un métabolisme qui aurait dû faire de lui un grand garçon maigre. Au lieu de ça, pendant son adolescence, il s'était empiffré de jolis gâteaux colorés au lieu de faire du sport avec ses copains. Il était gros, moche. Sale. Il avait envie d'arracher avec ses mains les monceaux de graisse rose qui l'écrasaient au sol.
Il passa de la crème sur le bleu qu'il avait au ventre, et s'habilla comme d'habitude ; avec des vêtements grands, larges et sombres. Comme pour faire croire au monde qu'il n'était qu'une énorme ombre cachée des yeux de tous.

Décidément, ça ne pouvait plus continuer comme ça, pensa-t-il quand il se regarda une nouvelle fois dans le miroir.




« Ça va mon chéri ? » demanda gentiment sa mère, en lui tendant une brioche.
Il s'assit à la table de la cuisine, et se servit un grand bol de chocolat.
« Maman, Papa ? »
« Oui ? » sourit Jörg.
« Je... » Comment est-ce qu'il allait formuler ça, putain. « Je voudrais vous demander quelque chose. »
« Bien sûr » Le ton de sa mère était rassurant.
« Je voudrais... Je veux changer » À ces mots, il releva la tête, comme pour assumer pleinement son choix et affronter le regard de ses parents. « J'en ai marre... de moi. Enfin, je veux dire, de ce à quoi je ressemble. Je ressemble à rien justement. » Bill souriait nerveusement. « Faut que ça change, vous... vous croyez pas ? »
« Tout ce que tu voudras mon chéri. » Sa mère l'embrassa en souriant.
« Bon... Alors Bill, on fait quoi ? » demanda Jörg.
« Je sais... Je sais pas si j'y arriverais tout seul. » grimaça-t-il. Il demandait trop à ses parents sûrement.
« C'est-à-dire ? Tu voudrais qu'il y ait quelqu'un qui t'aide ? Qui soit une espèce de... guide, et te montre quoi faire ? » demanda son père.
« Ouais, c'est ça... » dit-t-il doucement. « Mais je comprendrais si c'est trop cher, si vous pensez que c'est ridicule ou je-»
« Chut, calme toi Bill » sourit sa mère. « Je vois très bien de quoi tu parles, et ce que tu demandes, et tu sais mon chéri, on est en moyen de t'offrir ça. La fille d'une amie a eu un espèce d'entraîneur, de coach personnel pour changer du tout au tout, et d'après ce que Karen m'a dit, dans cette agence, ils sont très efficaces ! Je les appellerai demain matin si tu veux, ok ? »
Simone sourit à son mari, pendant que Bill, souriant, hocha la tête.




Une semaine plus tard, quand on sonna à la porte, Bill était seul dans la maison à trier ses photos dans plusieurs albums. Comme il savait que la maison était vide, il se sentit obligé d'aller voir qui était la porte. Il posa précautionneusement l'album sur son bureau et descendit rapidement les escaliers pour aller ouvrir.
« Bonjour. Je pense que vous êtes Bill Kaulitz, non ? »
Devant lui se tenait un jeune homme de son âge ou peut-être plus vieux. Il faisait la taille de Bill, portait un baggy, un tee-shirt et une veste trop grands pour lui. Il avait de longues dreads blondes attachées en queue de cheval, avec une casquette enfoncé jusque sur ses sourcils, et un sac sur le dos.
« Euh... oui. »
Bill fronça les sourcils se demandant qui était ce garçon et pourquoi il était là. Il n'attendait jamais personne.
Le jeune homme lui tendit la main et se présenta :
« Je m'appelle Tom Trümper. »
Bill lui serra la main sans cesser de se demander qui il était.
« Je suis votre coach personnel. Vos parents ont fait appel à moi. »
C'était donc lui ?! Bill ne s'attendait nullement à quelqu'un comme Tom ; plutôt à un homme d'âge mûr, qui ne passait pas pour un adolescent.
« Je peux rentrer ? »
« Oh, oui, bien sûr. »
Bill s'écarta et fit rentrer Tom dans son salon.
« Vos parents ne sont pas là ? »
« Non, je euh... Ils sont sortis. »
« Très bien. »
Tom déposa son sac à côté du canapé, en regardant autour de lui.
« C'est joli chez vous. »
« Merci » répondit Bill, les bras ballants à côté de la table basse. Et puis il se souvint de ses bonnes manières :
« Je peux vous offrir quelque chose ? »
« Un café je veux bien. »
Bill hocha et entra dans la cuisine. Il trouvait ce mec un peu bizarre, et il ne ressemblait pas du tout à un coach personnel. Qu'importe, il prépara deux cafés, et rejoignit Tom dans le salon qui regardait les photos sur le buffet. Il lui tendit sa tasse, et proposa de s'asseoir sur le canapé.
« Très bien, alors vous êtes donc Bill Kaulitz ? »
Bill hocha la tête pendant que Tom farfouillait dans son sac à dos pour en sortir une pochette en carton dont il en sortit quelques feuilles.
« 21 ans, c'est bien ça ? Vous êtes... étudiant à l'université de Berlin. Section photographie. »
Tom releva la tête, et Bill hocha de nouveau la tête.
« Dîtes-moi pourquoi vous avez fait appel à nos services ? »
« Euh et bien... » Bill bafouilla et reprit : « Je... euh. Souhaiterais changer en fait. Je veux dire, je ne me suis jamais accepté, je suis assez complexé et euh... »
« Vous souhaiteriez changer du tout au tout ? »
Pour la première fois, Tom lui sourit et Bill remarqua son piercing à la lèvre qui scintillait à la lumière.
« C'est ça... »





Le programme de remise en forme de Bill fut la première chose que Tom mit en place. C'était simple, et efficace se doutait Bill quand il passait devant la grande feuille collée sur le frigo, sur son armoire, son miroir et même son agenda. En tout cas, il ne pouvait pas s'empêcher de grimacer en relisant la feuille.
Réveil à 6h30 (et Tom l'attendait en jogging devant la maison tous les matins à 6h45)
Petit-déjeuner à 8h00. (jus d'orange, café, biscotte +confitures, un yaourt)
Déjeuner (L'heure était selon ses cours à l'université. Mais il avait l'obligation -et pas sa mère, lui- de se faire un sandwich viande+crudités sans ajouts de sauce ou autres, avec un fruit en dessert)
Il avait droit à manger une seule pomme ou un autre fruit dans l'après-midi en guise de goûter, et le soir, il mangeait à 20 heures d'une soupe, ou alors d'une salade ; en tout cas des légumes, sans protéines ni sucre lents.
Il ne pouvait s'empêcher de grimacer à chaque fois qu'il relisait cette feuille, vraiment. En même temps, à cause du jogging le matin et des courbatures que ç a endurait, il grimaçait tout le temps...




Le mois de décembre arriva rapidement, et les vacances avec. Bill courait tous les jours, mangeait correctement (Tom l'avait forcé à jeté toutes les plaques de chocolat qui traînaient dans le vide ordure) et ses cheveux avaient légèrement poussés.
Aujourd'hui, on était le premier dimanche des vacances, et Bill avait prévu de dormir jusqu'à au moins midi. D'habitude le dimanche, Tom venait chercher Bill en voiture, et il l'emmenait au centre de sport à côté. De huit heures du matin à midi, il était obligé de monter sur toutes les machines possibles et inimaginables, de faire des tonnes de pompes, d'abdos et encore d'autres trucs aussi chiants. Mais aujourd'hui, on était en vacances. Il allait passer quelques jours à ne rien faire chez lui, juste à dormir, avant de partir comme tous les Noël chez ses grands parents pendant quelques jours. Cette idée le réjouissait totalement, largement plus qu'à l'habitude. Tom ne sera pas là, il ne courrait pas pendant une semaine, et il pourrait se gaver de stollen à la pomme et au rhum, de bretzels de toute sorte, de Christbrot, et de la maison d'Hansel & Gretel en pâte d'amande et fruits confits que ses tantes adorent fabriquer. Non, vraiment, une très bonne semaine s'annonçait.
Bill rêvait de gâteaux et de sucreries de Noël quand soudain on appuya sur l'interrupteur, et la lumière forte le réveilla en sursaut.
« Putain, c'est quoi ce délire ! Maman, on est en vacances ! »
« Dommage, ta mère n'est pas là. Et c'est juste les vacances en ce qui concerne les cours, pas moi. »
Bill ouvrit finalement les yeux et se redressa dans son lit. Et comme tous les matins depuis trois mois, il y avait Tom en jogging devant lui, les poings sur les hanches.
« Oh nan.. » souffla Bill avant de retomber sur le matelas, les mains sur les yeux.
« Allez, hop hop hop ! On va courir ! »
« Tom ? »
« Oui ? »
« Tu sais qu'il est genre huit heures du matin, qu'on est le premier dimanche des vacances, et que c'est Noël dans dix jours ? »
Bill tutoyait Tom depuis pas mal de temps déjà. Ils avaient presque le même âge, et à force des vacheries que Tom lui faisait (comme lui faire taper des sprints dans le parc alors qu'il y avait de la neige et du verglas partout, ou le faire courir après une carotte dans la rue un dimanche matin parce qu'il était mort de faim mais qu'il ne voulait plus rien faire) c'était devenu normal.
« Oui et alors ? »
« Qu'est-ce que tu fous là alors ! » cria Bill. « T'es pas bien toi, moi je cours pas aujourd'hui ! J'ai des courbatures partout, je suis méga crevé, je... Nan, il est hors de question que je cours aujourd'hui. Hors de question tu m'entends ! » Et Bill se ré enfouit sous sa couette.
Tom poussa un soupir blasé. Ce n'était pas la première fois que Bill lui faisait une scène comme ça, pour ne pas aller courir ou pour pouvoir manger un bout de chocolat. Sous ses aspects timides, et complexés, Bill savait très bien s'énerver et hurler quand il le voulait, et dieu qu'il était têtu. Tom releva ses manches, tira les rideaux, et ouvrit la fenêtre. Un souffle glacé traversa la chambre, et il entendit Bill remuer sous sa couette. Couette que Tom tira d'un coup, découvrant un grand garçon en caleçon, recroquevillé sur lui-même qui hurla :
« Mais t'es dingue ! C'est la première fois que tu me fais un coup comme ça ! Et la dernière, je te préviens ; je n'irais pas courir. » s'énerva Bill en enfilant un sweet qui traînait sur le dossier de sa chaise.
« Très bien. »
Tom lui sourit en fermant la fenêtre, et Bill resta éberlué au milieu du lit, les yeux comme des soucoupes.
« J'avoue qu'avec vingt centimètres de neige dehors, j'ai pas trop la foi de t'accompagner courir. » grimaça Tom dans une moue si adorable que Bill aurait envie de photographier s'il n'était pas autant dans le brouillard. « Et je crois qu'on doit faire d'autres choses aujourd'hui. File à la douche, et rejoins-moi à la cuisine. »
Sans ajouter un mot, Bill se leva vers la salle de bains. Dix minutes plus tard, quand il fut bien réveillé, sous le jet brûlant, il se demanda ce que pouvait bien signifier le autres choses.




En descendant les escaliers pour rejoindre Tom dans la cuisine, il sentit une odeur qu'il n'avait pas sentie depuis des lustres ; des gaufres !
Il se précipita dans la cuisine, et c'était bel et bien des gaufres qui étaient posées sur la table. Tom s'était apparemment rhabillé normalement, et se servait une tasse de café dos à Bill. Il se dit qu'il n'avait pas vu son coach comme ça depuis trois mois maintenant, lors de leur première rencontre.
« Des gaufres ! Alors tu fais un écart à ta déontologie ? »
Tom sursauta et se retourna sur Bill qui grignotait du bout des dents sa gaufre (nature, il n'avais pas osé rajouter quelque chose dessus pour reprendre tous les kilos qu'il avait perdu). Il le regarda savourer sa première gaufre depuis trois mois, et se dit qu'il avait déjà bien changé. Ce n'était plus ce grand garçon tout rond qui baissait la tête en marchant qui lui faisait face comme celui du début. Il avait perdu beaucoup de poids ; douze kilos ! en trois mois, et il pesait maintenant soixante-deux kilos. C'était largement idéal pour un homme d'un mètre quatre-vingt, mais malgré la mauvaise volonté de Bill à aller courir le matin, il avait décidé qu'il pouvait encore perdre du poids, sa lourdeur le gênant plus qu'autre chose maintenant ; en réalité il avait un métabolisme qui le faisait très grand et très mince. Et puis il avait décidé de changer du tout au tout, non ?
Tom sourit en repensant aux trois derniers mois.
« Euh... Tom ? C'est quoi ces autres choses à quoi tu pensais pour aujourd'hui ? »
Tom posa sa tasse de café sur la table, et s'assit lui aussi. Il leva les yeux vers Bill qui le regardait de ses grandes pupilles chocolat.
« Alors. En fait, je voulais t'en parler que demain, et te faire la surprise. Mais bon, j'ai vraiment pas envie de courir dans le froid aujourd'hui, et ta mère m'a dit que tu n'aimais pas les surprises de ce genre alors bon. »
Bill commençait à avoir un peu peur des idées de son coach, et notamment de ses surprises. La dernière qu'il lui avait fait, c'était de lui offrir un pèse-personne qui parlait et lui disait tous les matins qu'il pouvait mieux faire. Il y avait même un petit écran avec des yeux mécontents. (Quoique depuis deux semaines, c'était un sourire qui s'affichait.)
« Je sais que tu pars tous les ans chez tes grands parents pour Noël vers... Nuremberg, c'est bien ça ? » Bill hocha la tête. « Bon alors, en fait, cette année, j'aimerais que tu viennes avec moi, à partir de demain et pendant une semaine dans les Vosges. Je... Euh, en fait si tu veux pas, t'es pas obligé de venir. Mais je me disais que ça serait bien. Tu pourras faire du ski, et tu sais que c'est très bon pour les cuisses ! Et puis, en même temps, ça pourrait être sympa, et euh... T'en dis quoi ? »
Bill resta immobile quelques instants et puis finalement il sauta de sa chaise en écartant les bras vers le ciel :
« YEAAAAAAH ! Je vais faire du skiiiiiiii ! »
Tom sursauta, et puis éclata de rire quand il vit Bill danser.
« C'est ok alors ? »
« Carrément ! »




Lundi matin. Aujourd'hui Tom n'eut pas besoin de traîner Bill dehors ; quand il arriva devant sa maison, il l'attendait déjà dehors assis sur une petite valise rouge, l'appareil photo autour du coup, l'objectif collé contre les yeux. Malgré son impatience à partir au ski, il ne vit pas Tom, trop occupé à prendre des photos du lever du soleil. Il était cinq heures du matin, et ils avaient un train dans une heure.
Finalement, il sauta dans la voiture de Tom, et continua à prendre des photos tout le long du trajet, sans se préoccuper de Tom, qui faisait exprès de ne pas rouler trop vite pour de meilleures photos, et pour regarder le jeune homme concentré. Ils arrivèrent à la dernière minute à la gare, et se dépêchèrent de sauter dans le train, juste avant qu'il ne démarre.
« On l'a eu de justesse ! » dit Tom pendant qu'il cherchait leurs places dans le wagon bondé. « C'est là. T'es à la fenêtre. »
Il laissa passer Bill, qui rangea précieusement son appareil photo dans la besace que sa mère avait fini par lui acheter.
« T'as quel niveau en ski ? » demanda Tom.
Bill grimaça : « Euh... J'ai fait que deux fois du ski dans ma vie. C'est grave ? »
La moue qu'il faisait était décidément trop mignonne et Tom rigola.
« Non, c'est pas grave. Je t'apprendrais, c'est simple. Puis si t'es vraiment nul, on fera de la luge, tant pis pour tes quelques kilos encore à perdre ! » finit-il en pinçant les côtes de Bill qui couina.
« Et on reste une semaine? On va faire que du ski en huit jours? Ou euh... »
« Oui, t'auras le temps de faire des photos, ne t'inquiète pas ! » sourit Tom. « Je vais pas te coller pendant huit jours non-stop ! »




Ils s'étaient tous les deux endormis dans le train qui traversait l'Allemagne entière, et ils ne se réveillèrent qu'au terminus à Freiburg. Sans un mot, ils récupérèrent leurs valises, et montèrent dans un car qui les mènerait directement dans le village où Tom avait loué un chalet. C'était un petit village tout ce qu'il y a de plus pittoresque, avec des petites maisons en bois, le toit recouvert de neige et d'où pendaient des stalactites. Bill s'arrêta trop souvent pour prendre des photos, et malgré les cris de Tom, ils mirent une demi-heure au lieu de dix minutes pour monter au chalet.
« C'est là, rentre. » souffla Tom en ouvrant la porte.
Il régnait une chaleur douillette dans le chalet, sûrement préparé par les propriétaires qui habitaient à quelques mètres. La porte d'entrée donnait directement sur le salon qu'occupait un large canapé rouge, une table du même bois que les murs, et quelques chaises dispersées par-ci par-là. Le chalet n'était pas décoré de manière extravertie, au contraire. Tout était au minimum, mais assemblé d'une manière très chaleureuse et confortable. Bill soupira de contentement en s'affalant dans le canapé qui était posé devant une cheminée et déclara :
« J'adore cet endroit. Merci de m'avoir emmené ici, vraiment. » Sourit-il à Tom qui s'était écroulé à côté de lui.
« De rien » sourit-il aussi.
Pendant quelques instants, ils baignèrent dans une atmosphère silencieuse, mais agréable, trop hypnotisés par les flammes de la cheminée pour parler. Et puis finalement Bill gigota et décida qu'il fallait ranger au plus vite les affaires, manger quelque chose (il était midi et demi) et partir faire du ski. Tom le regarda s'agiter en souriant sans lui-même bouger du canapé.
« Tu joues de la guitare ? » s'exclama soudainement Bill.
Tom tourna la tête ; Bill tenait la housse d'une guitare et la regardait comme une poule regarderait un couteau.
« Euh oui. » sourit Tom.
« Mais... Pourquoi j'ai pas vu cette guitare depuis qu'on est parti, c'est-à-dire, depuis... sept heures et demi ? » demanda Bill un air d'incompréhension sur le visage.
« Peut-être parce que depuis cinq heures du matin, soit tu dors, soit tu prends des photos » rigola franchement Tom devant l'air béat de Bill.
Bill grogna et finit par ranger toutes les affaires, avant de traîner Tom dehors.
« Mais on a pas encore mangé ! » cria Tom. « J'ai faim moi ! »
« Bah moi aussi. » sourit Bill. « On n'a qu'à manger dans ces petites cabanes au milieu des montagnes. »
C'est comme ça qu'ils se retrouvèrent assis dans la neige parce qu'il n'y avait plus de place sur les tables à manger des frites en barquettes recouvertes de ketchup.




« Bon, c'est simple. Tu rentres les genoux vers l'intérieur, et tu te laisses glisser. Pour te diriger, tu n'as qu'à remettre tes genoux en parallèles et tourner les genoux en même temps que le bassin. Ça ira comme ça ? »
« Euh oui. »
Bill acquiesça, enleva les bâtons qu'il avait fichés dans la neige, pencha son corps en avant. Et il ferma les yeux.
Tom du haut de la pente regarda Bill glisser doucement, tout droit, et il sourit, fier que son élève ait compris du premier coup comment on skiait.
Il se lança sur la piste, quand il entendit soudain Bill hurler, et le vit descendre la piste à toute allure. Tom grimaça quand il vit que Bill tomba tout d'un coup face contre terre, les bras enfoncés jusqu'aux épaules dans la neige. Il accéléra et s'arrêta tout près de Bill. Il paniquait un peu ; il n'allait pas perdre Bill maintenant, alors qu'il ne lui restait que cinq petits kilos à perdre.
« Bill, Bill ! Putin, ça va ? » demanda-t-il en dégageant les bras puis la tête de Bill.
Celui-ci était mort de rire.
« J'adore le ski, c'est trop fun ! »




Quand ils rentrèrent le soir au chalet, ils étaient exténués, et avaient des courbatures partout.
Pendant que Bill enlevait ses chaussures de ski, et ses trois paires de chaussettes il demande :
« On mange quoi ce soir ? »
Tom de la cuisine lui répondit ;
« Une tarte aux oignons. Avec un peu de fromage dedans. »
Du salon, Bill entendit le sourire dans la voix de Tom. Il faisait tout pour lui faire plaisir décidément, comme pour se faire pardonner d'avoir été un gros méchant pas beau qui le réveillait à 6h45 tous les matins. Il laissa ses affaires de ski devant le canapé, et se leva difficilement vers la salle de bains.
Il ferma la porte à clé, et se déshabilla lentement avant de rentrer dans la douche. Il resta un long moment sous l'eau brûlante, avant de se décider à sortir, vu la rougeur de sa peau. Il se sécha rapidement, et se pesa : soixante-deux kilos. Il sourit ; un kilo en moins. C'était vraiment génial d'avoir ce métabolisme qui lui permettait de maigrir aussi rapidement.
Il se mit du déodorant, et passa de la crème hydratante sur les zones de sa peau qu'il trouvait trop sèches. Et puis, il enleva la buée du miroir contre la porte de la salle de bains.
Il n'avait pas fait ça depuis des lustres ; et peut-être qu'il ne se reconnut pas tout de suite. Il avait totalement fondu en fait.
Il enleva la serviette autour de sa taille, et se regarda plus attentivement. Il avait le ventre plat aujourd'hui, ses cuisses et ses mollets avaient une forme normale, ses poignets étaient tout maigrichons même. Il sourit à visage qui avait perdu ses rondeurs d'enfance, et ces cicatrices de boutons grâce aux crèmes que lui avait recommandé Tom. Le grand air, le soleil et le froid lui avaient donné un teint légèrement hâlé, et des pommettes roses; il ne savait même pas qu'il pouvait prendre des couleurs. Il avait l'air plus vieux, et ses cheveux blond châtain qui avaient poussé depuis trois mois tombaient sur son front et dans sa nuque. Il se sourit encore plus, et finit se sécher en se regardant dans le miroir. Il avait considérablement changé.
Tom toqua soudainement à la porte, et il sursauta.
« On mange, dépêche toi. »
Il jeta la serviette sur le radiateur, enfila un vieux jogging trop grand, et un sweat sur son tee shirt XXL. Il se regarda de nouveau dans la glace ; dans ces vêtements trop larges, on voyait vraiment qu'il avait perdu du poids. Il sourit encore une fois, et sortit enfin de la salle de bains.
« J'ai faim ! » cria-t-il avant de se mettre à table, en face de Tom.
« Heureux de l'entendre » dit Tom en riant. Il lui servit une part de tarte, et s'assit à son tour.
Bill coupa un bout de ce qu'il avait dans son assiette et soupira de contentement dès la première bouchée.
« Hmmm... C'est exquis ! » Il remit une autre fourchette dans sa bouche, et la bouche pleine il demanda : « T'as appris où à cuisiner, putain, c'est trop bon ! »
« C'est ma mère. » Tom sourit. « Elle m'a appris à faire des gâteaux, et d'autres trucs tout simple. Après j'expérimente. »
« Et bah moi, je dis chapeau ! Et merci à ta maman ! » Ils se sourirent. « Moi je sais juste faire des pâtes, et de la vinaigrette ! Je suis très nul, mais alors vraiment très nul devant les fourneaux, malgré les efforts de ma mère. Heureusement que t'es là pour me nourrir, sinon je mourrais de faim à cet instant ! »
Ils rirent, et le reste du dîner se termina comme ça ; avec des rires et des sourires à chaque bouchée.
Quand ils eurent débarrassé et fait la vaisselle, ils s'avachirent comme à leur arrivé sur le canapé rouge. Bill reprit son appareil photo posé sur la table du salon, et regarda les nombreuses photos qu'il avait prises depuis le matin.
« Content de tes photos ? » demanda Tom.
« Assez. » sourit Bill en relevant la tête. « Et heureusement que j'ai pris plusieurs cartes mémoires, parce que j'en ai tellement ! Même si je sais que je vais en jeter pas mal en revenant à la maison. »
« Tu fais de la photo depuis combien de temps en fait ? Je devine que ça date d'il y a déjà longtemps, mais bon... »
« C'est une bonne question » sourit Bill en ramenant ses jambes sous lui. « En réalité, je crois que j'ai toujours eu un appareil photo dans les mains. Mon premier, je devais avoir cinq ans, je crois. Les maîtresses se sont toujours plaintes à mes parents que je ne m'intégrais pas à la classe, et que j'étais trop rêveur. »
« Et tu es toujours comme ça maintenant ! Le nombre de fois qu'il faut te décrocher de ton nuage et de faire redescendre sur terre. Tu vois un peu trop ta vie à travers l'objectif. » sourit Tom.
« Peut-être. Je me rends pas bien compte. La seule chose dont je me suis rendu compte, c'est qu'à force, je me suis totalement laissé aller. Il faut pas être beau pour être de ce côté-ci de l'objectif, ce qui compte c'est ce qu'il y a de l'autre côté. »
Un petit silence confortable s'installa entre eux, avant que Bill ne reprenne :
« Et toi tu fais de la guitare ? »
« C'est ça. Depuis que j'ai six ans en fait. »
« Tu dois être super doué alors ! »
Tom rit : « Peut-être je sais pas. »
« Tu peux me jouer un morceau ? » Bill battit des cils et joignit ses mains sous son menton.
« Je peux pas refuser, demandé comme ça ! »
Tom se leva et s'accroupit devant sa guitare qu'il avait posé contre le mur à côté de la porte. Il en sortit doucement sa guitare, et revint s'asseoir sur le canapé. Il la posa correctement sur ses genoux, et Bill admira les gestes doux et précieux que Tom faisait pour se servir de l'instrument en bois doré.
« Je te joue quoi ? »
« Euh. Je suis pas vraiment calé en musique, alors ce que tu préfères » dit Bill en lui souriant.
« Très bien. »
Tom posa doucement ses doigts sur les cordes, et commença à jouer une douce mélodie. Bill, recroquevillé, sur lui-même fixait comme hypnotisé, Tom. Ses dreads qui pendaient dans son dos étaient retenus par une ou deux nouées négligemment, son visage était penché sur sa guitare, et ses yeux étaient presque fermés. Bill monta doucement son appareil à hauteur de son visage et prit une ou deux photos avant de la rabaisser ; il n'arrivait pas à prendre de photo de ce moment si joli. Et c'était une première. Il éteignit l'appareil, et se laissa bercer par la douce mélodie, la chaleur rassurante de Tom à côté de lui, et fixa d'un regard vide, la joue lisse de Tom.
Quand la chanson se finit, Tom releva la tête vers un Bill complètement comblé. Il lui sourit, et Bill lui répondit d'un sourire presque transparent, encore ému de ce moment.
« C'était... woah. »
« Whoah ? » demanda Tom dans un murmure chaleureux.
« Ouais... Whoah. »
Ils se sourirent.
« T'as pris des photos ? » demanda Tom.
« Deux, c'est tout. » sourit timidement Bill.
Tom parut étonné : « Deux, c'est tout ? »
« Oui. C'était juste trop whoah pour le fixer sur une photo. »
« Merci » Et Tom reposa la guitare sur le sol.
« Tu sais quoi ? J'aurais jamais imaginé que tu puisses faire autre chose qu'être coach. »
« Tu crois qu'en dehors de quand je cours avec toi, j'existe pas ? Genre j'ai pas d'amis, pas de copines, pas de vie ? »
« C'est ça ! » dit Bill en riant, cessant définitivement l'atmosphère trop chaude et trop intime qui régnait durant toute la durée de la chanson.
« Eh bien non, comme tu le vois. Je joue de la guitare tous les jours en rentrant chez moi, et j'ai les doigts tout calleux. J'habite dans un petit appartement à Berlin, j'ai fait des études de psychologie, je suis né un 17 avril, et quand je peux, je vais voir mes parents et ma petite s½ur à SchonWalde le week-end. J'adore faire du shopping avec elle. Je suis bi, et au lycée j'étais le roi du bal à chaque fois. Et le vendredi soir, j'adore faire la tournée des bars avec tous mes amis. »
« Eh bah, si j'avais su ! » rit Bill. « Et t'as 23 ans c'est ça ? »
« Exact » dit Tom en hochant la tête.
« T'as deux ans de plus que moi, à peine, et pourtant, t'en connais dix fois plus sur la vie que moi faut croire. »
« Alors demain on sort, et je te montre comment c'est de vivre ? »
« Tu me montres tout ce que je suis censé savoir ? »
« Promis. »




Chose promise, chose due. Le lendemain, Bill alla réveiller Tom à 9h30, et après un café, ils prirent un car direction la plus grande ville du coin ; Colmar. Quand Tom lui avait dit qu'ils allaient en France, Bill avait sauté de joie en s'accrochant au cou de Tom, manquant de le faire tomber dans la neige. Et à 10h30, ils étaient en France, à Colmar.
Bill s'émerveilla devant les décorations sur les façades des maisons typiques de la région en l'honneur de la fête de Noël et prit trop, vraiment trop de photos selon Tom. Ils finirent par arriver dans la rue commerçante ; Noël une semaine, et la rue grouillait de parents fébriles, les mains chargées de dizaines de sacs. Tom sourit à cette agitation familiale qui lui rappelait son enfance, et il finit par confisquer l'appareil photo de Bill qui y était collé.
« Mais ! Pourquoi tu fais ça ? » Le grand garçon avait presque les larmes aux yeux.
« Je t'ai dit, je t'ai même promis que j'allais te montrer la vie, hein ? Alors c'est ce que je fais. Je te le redonnerais ce soir, en rentrant. Pour l'instant ; profite avec tes yeux ! » dit-il en écartant les bras vers la vie qui grouillait devant eux.
Bill ferma les yeux quelques secondes, les mains enfoncées dans son anorak trop grand. Il respira un grand coup, et ouvrit doucement les paupières, en battant des cils comme pour enlever les restes des pixels et des images figées qui y restaient accrochés.
Il tourna la tête vers Tom qui lui fit un grand sourire.
« Allez viens » chuchota-t-il en le prenant par le coude et s'avançant parmi la foule bruyante.




Ils passèrent toute la matinée à faire les boutiques. Toutes les boutiques de vêtements présentes dans la ville de Colmar. Pour tous les goûts, et tous les styles.
Tom acheta deux tee-shirt, et une casquette dans un magasin de son style. Bill essaya de nombreux baggys plus ou moins larges pour voir, mais il avait la trop désagréable impression d'être un pingouin avec un balai dans le cul. Ensuite, ils allèrent dans une boutique bab, située juste à côté. Bill fronça le nez à l'odeur de l'encens, essaya quelques sarouels et chemises bariolées encore trop larges pour lui et... non, ce n'était pas ça.
« J'ai pas perdu treize kilos pour me cacher dans des vêtements informes. »
En plus, il n'avait pas envie de ressembler à un arc-en-ciel ou un pot de peinture quand il se baladait dans la rue, non ce n'était pas envisageable.
Ensuite, ils rentrèrent dans une boutique de vêtements pour homme tout ce qu'il y avait de plus normal, mais avant même d'essayer quelque chose, Bill sortit en déclarant qu'il n'allait jamais, au grand jamais porter les mêmes fringues que son père.
Tom soupira ; ça faisait deux heures qu'ils parcouraient les rues de Colmar. Il avait mal aux jambes, il avait faim et ce Bill pressé de tout découvrir de la vie en une seule journée le fatiguait. Vraiment.
« Tu veux pas manger quelque chose avant de continuer ? »
« Bah... J'aimerais bien tout faire avant mais bon... » Il vit le visage déconfit de Tom devant sa réponse, et s'empressa de rajouter : « Oui, oui d'accord, je meurs de faim aussi. »
Tom soupira de soulagement, et il se précipita presque en courant vers le joli marché de Noël. Ils achetèrent des bretzels, et deux barguettes de frite avant de boire un verre de vin chaud.
Et ils retournèrent aussitôt faire les boutiques. Finalement, un peu déçus de n'avoir encore rien trouvé, ils rentrèrent dans une petite rue, où il n y avait pas grand monde.
« Y a pas une boutique là-bas ? »
« Euh si, je crois. On va faire un tour ? » demanda Tom. Bill hocha les épaules, et ils s'avancèrent vers la devanture peinte en rouge. Les vitrines présentaient des vêtements principalement noirs et argentés, et des accessoires étaient posés sur du tissu en velours noir lui aussi.
« T'es sûr que tu veux rentrer là Bill ? »
« On a fait toutes les boutiques, on a rien trouvé alors ouais. J'ai rien à perdre. » Et il poussa la porte dans un tintement chaleureux.
La boutique était gigantesque en fait. Tous les murs étaient peints en noir, et la plupart étaient recouverts de poster de groupe de rock plus ou moins connu. Des immenses vitrines parcouraient l'ensemble du magasin et présentaient des bijoux, de ceintures et de part et d'autres s'étalaient des portiques recouverts de vêtements en tout genre, passant de la jupe en tulle, au slim noir, au tee-shirt à tête de mort, ou au gilet en velours. Une dizaine d'ados farfouillaient dans les vêtements, eux-mêmes portant des vêtements noirs, ainsi qu'un lourd maquillage noir et le plus souvent des cheveux noirs aussi. Tom se sentit tout d'un coup totalement décalé dans cet atmosphère, malgré que la jeune fille à côté de lui louchait sur ses dreads avec admiration.
Bill trouva de suite l'endroit très beau, et se débattit intérieurement pour ne pas supplier Tom de lui rendre son appareil photo. Au lieu de ça, il se dirigea vers le premier portique, suivi de près par Tom qui regardait la boutique d'un air perplexe.
Et miracle, au bout d'une demi-heure, Bill avait les bras chargés de vêtements (et même Tom devait en portait tellement ils étaient nombreux!) et il se dirigea d'un pas décidé vers les cabines d'essayage.




Quand ils sortirent de la boutique, ils avaient tous les deux au moins cinq sacs dans chaque main, chacun rempli de tonnes de vêtements et d'accessoire clinquants.
« Tes parents t'ont donné beaucoup de sous dis-moi » rit Tom, faisant mine de tomber sous le poids des sacs.
« Même pas, c'est mon argent. J'ai bossé trois mois l'été dernier dans un studio de photographe, et crois-moi, ça rapporte vachement ! » sourit Bill dans son nouvel ensemble (un jean taille basse, un tee shirt blanc avec une tête de mort à plumes noires, et une veste noire assez épaisse mais pourtant moulante qu'il avait remonté sur ses coudes). « En tout cas, j'suis content d'avoir dépensé mes sous pour ça ! »
« Heureux de te voir ... heureux ! Et puis t'es super canon comme ça en fait ! » rit Tom.
« Oh, c'est trop gentil, merci » minauda Bill, comme une jeune adolescente avant d'exploser de rire à son tour.
« Bon tu veux faire quoi maintenant ? » demanda plus sérieusement Tom.
« Acheter des chaussures potables, parce que merci, mais mes vieilles baskets de sport crade ne vont vraiment pas avec mon jean quoi »
« C'est qu'il ferait sa diva maintenant notre petit Bill ? »
Le dit Bill lui donna un coup de coude dans les côtes, et ils partirent acheter des baskets normales ; des Adidas, et des Nike à la mode.
« Et maintenant ? » redemanda Tom en sortant du magasin.
« Je...veux aller chez le coiffeur » chuchota Bill en se regardant dans la vitrine du magasin de chaussures. Il avait des vêtements magnifiques, des chaussures toutes neuves. Il avait vraiment maigri, et ses nouveaux vêtements ne faisaient que de souligner cet aspect de sa physionomie. Mais quand il regardait son visage, il retrouvait ce Bill complexé et gros. Ses cheveux blonds ternes lui tombaient n'importe comment dans le visage, et il n'aimait pas l'image que son visage lui renvoyait.
« Y'en a un en face, viens » chuchota alors Tom.




« Que désirez-vous jeune homme ? » demanda la coiffeuse dans un allemand aproximatif en lui lavant les cheveux.
« Quelque chose de nouveau. Qui s'accorde avec mon style. Peut-être les cheveux noirs... Et... »
Il réfléchit devant le miroir pendant que la coiffeuse lui séchait grossièrement les cheveux avec une serviette. Il repensa aux photos qu'il avait fait au studio cet été. Il repensa au mannequin, aux photos qu'il voyait en permanence en cours de photo de mode.
« Je veux les cheveux noirs corbeaux, garder un peu ma longueur avec des mèches effilées et lisses. Une coiffure structurée en fait. »
« Très bien. » lui sourit la coiffeuse. « On va vous changer de tête. »
Et Bill pensa à la tête de Tom quand il verrait sa nouvelle coiffure qui était sortir acheter deux trois trucs à manger pour ce soir.




Tom rentra dans le petit salon de coiffure, et jeta un coup d'½il dans la pièce, sans apercevoir Bill. Quand soudain un jeune homme aux cheveux noirs apparut devant lui, un grand sourire aux lèvres.
« Alors, tu trouves ça comment ? »
Tom resta quelques secondes immobile avant de reconnaître son élève Bill. Ses cheveux n'avaient pas été coupés, et la manière dont ils étaient arrangés les faisaient paraître plus longs. Ils étaient teints en noir corbeau, mais quand Bill bougeait sous la lumière artificielle, Tom pouvait y voir des reflets bleus.
« Whoah. »
« Whoah ? »
« C'est ça ; whoah. » sourit Tom.
« Tu trouves que c'est bien ? Tu trouves pas que c'est trop, ou je sais pas. Je veux dire, j'ai fait ça au feeling, mais je sais même pas si c'est raté ou pas. Tu trouves que ça me va bien ? » débita Bill à toute vitesse en se regardant dans le miroir.
« Bill ? » sourit Tom en lui posant une main sur l'épaule. Celui-ci arrêta de gigoter, et ils se fixèrent tous les deux l'un l'autre dans le miroir. Comme ça, il faisait la même taille, et sûrement la même morphologie ; ils se ressemblaient un peu avec leurs traits fins et bien dessinés. Mais ils paraissaient à des antipodes l'un de l'autre; Tom était habillé en noir, avec des vêtements dix fois trop grands pour lui et ses lourdes dreads blondes tombaient lourdement jusque devant son torse, et Bill portait un teeshirt blanc et les pointes de ses cheveux fraîchement teins en noir tombaient gracieusement sur ses épaules. Il y avait un étonnant contraste entre eux, et Bill pensa que Tom était purement magnifique.
« Tu es magnifique comme ça Bill. »




Ils passèrent le reste de l'après-midi entre le marché de Noël, les boutiques de disques, les bars et les librairies. Vers dix-neuf heures, il commença à neiger. En sortant d'une boutique de parfums où ils avaient passé une demi-heure à tester tous les échantillons à ne plus avoir d'odorat, Bill leva le nez vers le ciel. Les rues étaient presque vides, les magasins fermaient, et Bill se mit à tournoyer dans la rue faiblement éclairée par les lampadaires. Il s'arrêta, ferma les yeux et ouvrit la bouche pour avaler des flocons de neige. Les chants de Noël résonnaient dans les rues ; alors Tom posa ses sacs contre un pan de mur, mit les sacs de Bill au même endroit, et l'attrapa par la taille. Pendant quelques secondes, ils esquissèrent quelques pas de valse avant de se séparer mort de rire. Ils récupérèrent leurs sacs, et se dirigèrent vers le marché de Noël. Tom rendit son appareil photo à Bill qui prit plusieurs photos des illuminations de la ville qui faisait rougir de honte les piteux éclairages publics. Et puis il prit aussi une photo de Tom qui mangeait un bretzel, du petit garçon qui courait partout suivi de près par sûrement sa petite s½ur qui tenait une boule de neige dans ses petites mains gantés, une autre photo de Tom qui posait devant le père noël et un ado dans la rue qui le vit prendre une photo de lui et lui fit un signe de la main avant de rejoindre ses amis. Et puis finalement, il attrapa Tom par le cou, et ils grimacèrent, hilares, devant l'objectif.
Enfin, ils attrapèrent le dernier car, et Tom s'endormit dedans, bercé par le mouvement du véhicule. Bill le regarda quelques instants ; serein et calme. Il avait encore des flocons de neige brillants dans ses dreads. Bill sourit pour lui-même, et tourna la tête vers la fenêtre ; il ne reconnut pas son reflet.




La voiture se gara devant la maison de Bill. Tom éteignit le moteur, et un silence s'installa.
« C'est Noël dans deux jours. » chuchota Bill, de peur de briser cet instant calme.
« Exact. Tu vas voir tes grands parents en Bavière ? C'est ça ? »
« Oui. » sourit Bill en pensant à sa famille qui ne le reconnaîtrait pas. « Et toi ? »
« Je le passe chez mes parents, c'est cool. Après j'irais chez ma grande tante, ça m'enchante moins ça tu vois » sourit Tom.
Ils sortirent de la voiture, et Bill récupéra ses deux valises (il en avait acheté une autre à Freiburg, incapable de faire rentrer tous ses nouveaux vêtements dans celle qu'il avait emportée).
Ils rentrèrent dans la maison vide ; ses parents rentreraient plus tard. Il posa ses valises près de l'escalier, et se retourna vers Tom.
« Merci pour cette semaine, vraiment. Je me suis beaucoup amusé. » sourit doucement Bill.
« C'est moi qui te remercie. Bon, je vais y aller. »
« Oui. On se revoit dans une semaine, à 6h45, pour reprendre le jogging ? » grimaça Bill.
« Je... »
Le regard de Bill se teinta d'inquiétude devant l'hésitation de Tom.
« Mon contrat s'arrête là, Bill. » sourit (tristement ?) Tom. « Je t'ai aidé à remplir tous tes objectifs ; tu as atteint ton poids idéal, tu as complètement changé, et maintenant tu souris même quand tu ne regardes pas tes photos. » Il mordillait son piercing en se torturant les mains. « C'est fini, maintenant. Mais sache que j'ai été très heureux de travailler avec toi, tu as été un élève modèle vraiment, même si je t'en ai fait voir des vertes et des pas mûres. » rit doucement Tom.
Bill trouvait ce sourire et ce rire faux, mais il n'osa pas faire de réflexions. Son coach avait raison ; il avait réussi ce qu'il avait voulu entreprendre, il était maintenant sûr de lui, et même pressé de retourner à l'université juste pour se faire des amis, se sociabiliser, et commencer réellement sa vie. Mais il n'avait pas prévu que le contrat se finisse aussi rapidement, et même s'il savait qu'à partir de maintenant, il n'avait plus besoin de l'aide de Tom, l'idée de ne plus le voir tous les matins à 6h45 en jogging devant la maison lui faisait un peu mal au ventre. Il n'en laissa rien paraître.
« Oui, t'as raison ; j'ai tout réussi. Grâce à toi évidemment. » sourit Bill. Il savait que ses lèvres esquissaient plutôt une grimace. « Merci pour tout, vraiment. » dit-il avant de le serrer dans ses bras. « Mes parents t'ont déjà réglé ? »
« Oui, je reçois la dernière partie de l'argent dans deux jours »
Ils se serrèrent une dernière fois la main, et Bill sentit les doigts calleux de Tom dans sa paume. Ils se regardèrent sans que leurs mains se séparent, comme pour faire durer un peu plus longtemps ce moment.
« Je vais y aller » dit Tom brusquement. Il lâcha la main de Bill et ils se dirigèrent ensemble vers la porte d'entrée. Tom s'avança vers sa voiture tandis que Bill restait sur le seuil de la porte. Quand il ouvrit la porte de sa voiture, il lança un dernier regard vers celui qui était son ancien élève.
« Si t'as besoin, t'as toujours mon numéro. »
Et sans un regard de plus, il démarra sa voiture et sortit de l'allée. Bill ne ferma la porte que quand il fut sûr de ne plus voir les phares de la voiture de Tom dans la rue froide.




Février 2011. Il y avait encore de la neige dans les rues de Berlin. Tom était en ville, et cherchait une nouvelle guitare. Il flânait le long des rues commerçantes, s'arrêtant devant les vitrines et quelquefois rentrant dans les boutiques pour faire quelques achats. Un samedi banal en apparence. Et puis il était bientôt dix-neuf heures. Il sortit de son disquaire préféré, quand il se cogna dans une personne apparemment pressée de rentrer dans la petite boutique.
« Oh, je suis désolé, excusez-moi. » s'exclama la personne en face de lui.
« Ce n'est rien, je... Bill ? »
« Tom ? »
Ils se regardèrent quelques minutes, sans un mot. Tom distingua que Bill avait les yeux soulignés de noir, et le piercing qu'il portait à 'arcade brillait grâce aux lumières nocturnes. Ses cheveux avaient quelques peu poussés et tombaient plus bas dans sa nuque. De plus, il était persuadé que Bill avait encore plus maigri.
« Whoah, ça fait plaisir de te voir ! » dit Bill dans un sourire.
Depuis le mois de décembre, il n'avait pas osé rappeler Tom, et à force, il n'espérait plus un coup de fil de sa part. Il était retourné à l'université, et personne ne l'avait reconnu, les élèves le prenaient pour un nouvel arrivant. Quand ils avaient découverts son identité, ils l'avaient complimenté, et Bill s'était rendu compte qu'il plaisait à pas mal de personnes maintenant. Il était sorti avec quelques filles, avait couché pour la première fois. Et il venait de rompre avec son petit ami dernièrement.
« Alors, qu'est-ce que tu deviens ? » demanda Tom.
Bill continuait toujours ses études de photographie, et pensait à faire une carrière dans le domaine de la mode. Malgré tout, grâce à l'entraînement intensif avec Tom, il ne se cachait plus éternellement derrière l'objectif, et la vie était jolie. Il lui raconta combien grâce à lui sa vie avait changé ; personne ne l'embêtait plus gratuitement, et il osait marcher la tête haute dans la rue. Il s'était fait plusieurs amis et lui aussi il sortait le week-end (il allait même à des concerts maintenant !), sans négliger ses études.
Il fit un grand sourire à Tom, et ils discutèrent encore un peu.
Et dix-neuf heures sonna, et le magasin ferma.
« Oh merde, je voulais acheter un vinyle de The Eagles. Tant pis ! Une prochaine fois. »
« Je suis désolé, c'est de ma faute si t'as pas pu acheter ton disque ! » grimaça Tom.
« C'est pas grave, ne t'inquiète pas. Ça me fait réellement plaisir de te revoir » Il marqua une pause et reprit en chuchotant : « Tu m'as manqué tu sais, depuis trois mois. »
« Toi aussi. » répondit Tom sur le même ton.
La neige se mit à tomber, et la musique résonnait dans les rues, comme lorsqu'ils étaient à Colmar. Ils se firent la remarque, et se remémorèrent leurs souvenirs de leur voyage au ski, hilares.
« Tu te rappelles qu'on avait dansé dans la rue ? » sourit Tom.
« Exact. Pouvez-vous m'accorder cette danse jeune homme ? » demanda Bill en se baissant légèrement, tendant la main vers Tom.
« Avec plaisir » répondit celui-ci.
Ils dansèrent quelque temps sous les gros flocons de pas hésitants et maladroits. Les rues tournoyèrent autour d'eux, et de toute façon ils ne voyaient plus rien qu'eux deux. Leurs yeux étaient ancrés dans le regard de chacun, et le monde n'existait plus. Tom trébucha et Bill emporté dans son élan tomba avec lui sur le sol blanc. Hilares, ils roulèrent pendant un moment l'un au-dessus de l'autre, et dans un mouvement brusque, Tom attrapa la nuque de Bill et colla sa bouche contre la sienne. Ils s'immobilisèrent au milieu de la rue presque vide, à s'embrasser tendrement comme ils le souhaitaient secrètement depuis qu'ils se connaissaient. Leurs yeux brillaient quand ils se séparèrent. Et malgré les nuages, le froid, la neige, l'humidité, des étoiles brillèrent ce soir-là.



Fin



(fouala, j'avais une demande à respecter pour un concours, & ça date de février/mars en fait. & j'ai galéré pour l'écrire. j'suis pas entièrement satisfaite, mais dans l'ensemble ça va. oui, je sais 62kg pour 1m80 c'est largement bien, mais bon, rappellons que Bill est un mec maigrichon comme c'est pas permis x)
il me reste deux OS tokiohotelien à poster. dont un très vieux, que j'ai cherché partout, que j'ai retrouvé & qui est pas folichon, mais ce blog me sert auss de sauvegarde : )

& sinon, merde à celles/ceux qui passent le bac. comme moi d'ailleurs, & je dois finir de réviser Baudelaire XD)

# Posté le samedi 20 juin 2009 19:41

Modifié le mardi 23 juin 2009 07:06

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