« Retour au blog de benmerdexunange

39. (ce blog ne recommence pas non)

39. (ce blog ne recommence pas non)
Euh. Ce blog est toujours en pause. C'était juste comme ça. Un challenge avec moi même aussi, pour voir si y avait vraiment plus rien. Enfin bon. Ce texte n'est pas un de mes meilleurs, & vous m'en excuserez d'avance. Je n'ai pas écrit sérieusement depuis le mois de juin, alors voilà.
& non, je ne réecrirais plus. Sauf quelque petits textes comme ça, quand l'envie m'en prendra (& encore). Je n'ai pas de talent particulier. J'aimais écrire, & ça s'arrête là. Vous savez, en cours, j'étudie Voltaire, Diderot, j'ai lu Simone de Beauvoir et Zola, je dois lire Kerouac et Flaubert, alors moi à côté, ça ne veut rien dire, ça ne voudra jamais rien dire. Je ne suis pas un maitre des mots, une magicienne, je ne suis pas incroyablement douée pour écrire, & c'est comme ça. Il y a des gens doués pour écrire, qui ont ça dans le sang,& les autres qui sont doués pour analyser les textes de ces gens là. Je travaile beaucoup pour faire partie de cette deuxieme catégorie, pour pouvoir rêver encore un peu plus que je ne le fais maintenant quand je lis des pages jaunatres et cornées.
Enfin. Je vous le poste, parce que j'avais dit que je reposterais quoique j'écrive. Enjoy : )

titre ; The Passenger - Iggy Pop (avec un changement de temps)



We'll saw the stars that shine so bright



*




Elle s'assit sur un des bancs à l'ombre des arbres. Vous savez ces arbres enfermés dans une cage pour qu'on ne grave pas dessus M+S=<3. Elle ramena ses jambes sous elles, et serra son sac sur son ventre. Le banc en pierre était froid sous ses fesses, et en regardant jouer les enfants dans le petit parc en face, elle se demanda qu'est-ce qu'elle faisait ici en fait. Le café dans sa main refroidissait, et elle savait que si elle ne le buvait pas rapidement, ce serait dégueulasse ce goût de mousse d'air au lait, et ce mélange pourtant savoureux à l'origine de cacao et de café. Mais en réalité, elle oublia ce gobelet en carton dans sa main.
Dans l'autre main, elle tenait un bouquin. Un bouquin tout abîmé, qui était beaucoup plus vieux qu'elle. Un de ces bouquins dont les pages ne sont même plus jaunâtres, mais marronatres et qui sentent bon le vieux, la poussière et les générations passées qui ont lu et relu ce bouquin. Un classique en somme ; qui parle de la guerre, de l'évolution des m½urs, d'une adolescente qui n'est pas ce qu'on attend d'elle, et d'histoires d'amour sur un banc en pierre à l'ombre d'arbres, comme sur lequel elle est assise. Sauf que peut-être à l'époque, il n'y avait pas le ronronnement des voitures en bruit de fond, les gosses sur le vieux manège n'avaient pas de baskets Superman, et surtout, il n y avait pas de groupe de rock, et de fans. Ça change tout.


Elle vit une femme, sûrement une maman, en face d'elle qui s'allumait une clope. Elle soupira, rangea son livre dans son sac, et apercevant une poubelle plus loin, elle y jeta son cappuccino à 4,20¤. Et puis elle sortit de ce parc, et en se dirigeant vers l'une des plus jolies rues de la capitale, le bruit des voitures lui revint de plus en plus fort. Le calme du vent dans les arbres, des enfants jouant dans le toboggan n'était plus. Elle se précipita dans la bouche de métro, en bousculant une dame qui avait trop de bagues, et puis le métro arrivait justement.
Et trois correspondances plus loin, quand elle se retrouva sur le quai, elle hésita à sortir. Oh, juste trois secondes, pour décider si elle n'avait que ça à faire (oui) ou si elle devait plutôt améliorer sa culture générale en décidant de reprendre le métro jusqu'à Montmartre (par exemple) qu'elle n'avait jamais vu. Elle n'avait que ça à faire, et sa culture pouvait bien attendre. Alors elle remonta lentement les marches, et le vent lui soufflait dans les cheveux.


Elle mit quelque temps à se retrouver. Et Dieu sait pourtant le nombre de fois qu'elle était venue ici, le nombre d'heures qu'elle a passé ici. Elle jeta des coups d'oeils nerveusement autour d'elle, sans vraiment oser regarder réellement le décor. Y'avait le Macdo derrière elle, la grosse fontaine en face d'elle, le site de renseignement à gauche, le café sur la droite avec ses magnifiques chaises. Et devant elle, cette longue allée bordée d'arbres. Elle avait un peu mal au ventre, et les nerfs en pelote, mais elle traversa tout de même la place, et s'avança dans l'allée.
C'étaient des flashs dans la tête. Cette photo, ce sourire, cette attente pour un bout de papier, ces jeux de cartes, toutes ces filles, ce beau mec, cette embrouille avec le vigile, et cette chanson. Elle sourit pour elle-même et se trouva stupide de sourire ainsi, entre les feuilles qui s'envolaient autour d'elle, avec personne d'autre. C'était peut-être ça le souci d'ailleurs, le fait qu'il n'y ait personne d'autre avec elle, comme elle, pour faire semblant de rire, pour déranger ce silence perturbant et se rappeler avec elle des moments clés. Il n'y avait plus personne de manière générale. Tant pis. Elle enfonça ses mains dans ses poches, et son menton dans son écharpe. Et doucement elle releva les yeux du bout de ses chaussures et c'était ce bâtiment rouge qui se dressait devant elle. Le petit avion tout en haut, le grand écran sur lequel rien n'était affiché en ce moment, ces grandes barrières devant elle, ces ponts ça et là, et cette grande immensité grise derrière les barrières, là où on court pour passer ces portes bleues. Son corps trembla, elle sourit, et sa respiration se coupa. Elle se demandait ce qu'elle foutait ici, et puis elle se s'éloigna sur le côté droit et s'assit sur une des dalles grises. Juste une ; ne pas dépasser. Elle se resserra sur elle-même, enfonçant sa tête entre ses bras, et elle se souvint.


Elle ne pouvait plus faire que ça ; se souvenir. Puisqu'il n'y avait plus rien d'autre. Il fut un temps où les papillons avaient élus totalement domicile dans son ventre, et où ses écouteurs étaient greffés à ses oreilles pour que surtout les ailes des papillons continuent à la faire vibrer. Elle était jeune à l'époque, une des plus jeunes sûrement qui passait pour ce qu'elle appelait maintenant une groupie ; un maquillage grossier, des mitaines en résilles achetées juste pour l'occasion, des vêtements noirs et rouges pour être comme les autres. Elle était la plus jeune à l'époque, avant d'être une des plus vieilles aujourd'hui. Elle avait la chance de pouvoir dire que, elle, elle les avaient vu au jour de la première fois, ici, en France. Et elle faisait la moue en regardant les petites filles cachées derrière leurs mèches de cheveux gras, trop maquillés, habillés comme les autres ; en oubliant qu'elle avait fait partie de ces filles qui crient comme des gorets, qui idolâtrent un des jumeaux (si ce n'est pas les deux) et qui font comme si elles étaient des victimes. Elle aimait encore à se faire croire qu'elle était un peu une victime, qu'elle avait grandie trop vite, et que d'une certaine manière, c'était grâce à eux qu'elle était encore en vie.
Oh et puis non, c'est tellement stupide. Être en vie, à cause de quatre jeune garçons, pas beaucoup plus vieux qu'elle (elle avait exactement un an, cinq mois, et quatre jour de différence avec les deux plus jeunes), qui ne la connaissait pas, qui s'en foutait pas mal de la connaître, et qui faisait seulement de la musique. Oui, mais... Oui mais quoi ? Ce n'est pas même pas une révolution musicale ce qu'ils font ces quatre gamins ! Elle le savait très bien qu'ils n'avaient pas inventé la poudre ces mecs, et d'ailleurs elle ne comprenait toujours pas son engouement, et celui des autres, pour ce groupe. Elle ne se souvenait plus, je crois, comment tout ça avait commencé. C'est trop bizarre de tomber amoureuse de la musique. C'est impossible. C'est totalement cliché de se dire que la musique d'un groupe de pop/rock puisse lui sauver la vie. Alors elle préfère se dire qu'ils n'ont que réussi à lui donner une perspective d'avenir (aussi minuscule soit-elle bien entendu), quelques jours ou mois de perdition seulement entre chaque vente de billets de concert, et que si son corps n'a aucune séquelle de son mal être, c'est grâce à tous les autres ; ces personnes autour d'elle. Et finalement, peut-être que c'est vrai, et qu'ils n'y sont pour rien ces quatre mecs dans sa survie à elle, qu'elle ne le doit qu'à ses proches, ou même à elle d'ailleurs.
Peut-être que c'est juste tous ces moments qui ont réussi à la garder en vie. Ces rencontres, ces larmes, ces rires, ces attentes, ces voyages, ce fric, ce stress, ces sourires, ces engueulades, ces mensonges. Cette vie quoi, qu'en fait, ils ont réussi à créer en faisant de la musique.
Oui, c'était ça ; c'était de la musique dont elle était tombée amoureuse, mais c'était la vie de cette musique qui l'avait sauvé de la mort.


Elle regardait encore le petit avion sur le bâtiment, quand elle se rappela tout d'un coup qu'elle avait une cigarette dans sa trousse. Elle fouilla dans son sac, et certes la cigarette était un peu tordue et froissée, mais cela ne l'empêchait de la happer entre ses lèvres, et de l'allumer malgré le vent.
La fumée de cigarette dans les yeux, elle se souvint encore. Du stress, et de la pluie surtout.
Et y avait cette chanson qui tournait dans sa tête. Et les paroles aux bouts de ses lèvres. C'était sa chanson préférée. Wenn dieser tag der letzte ist. Celle du tout début, avec sa voix de gamin, et ce talent surtout en bruit de fond. Elle fredonna l'air quelques instants et puis...
Et puis, les papillons dans le ventre sont partis depuis tellement longtemps, vous savez. Les frissons, les sourires, les larmes (de joie ou de peine) sont partis. Quand elle allume son iPod, son ordinateur, quand elle met son vieux CD dans son vieux poste, c'est pas les sensations, l'amour qui coule dans ses veines, c'est les souvenirs.
Elle n'est plus capable que de se souvenir.
Ce sont des flashs de couleurs, des moments si précieux, des détails qui ne servent à rien, et des trous noirs aussi quand les sentiments l'aveuglaient trop en même temps que les spots plus ou moins sophistiqués. Il n'y avait que des souvenirs dorénavant ; un pour chaque chanson (ou presque). Sa meilleure amie, les posters sur les murs de sa chambre avant, sa fanfic, le parfum de son ancienne amie, son sweat mouillé après deux heures sous la pluie, des larmes, des heures sous la couette à apprendre les paroles, une image sur un écran géant, le blablatage de son amie d'enfance, ses je t'aime, ses mains crispés sur un morceau de tissu, son bracelet sur scène, sa presque mort et celles des autres parfois, ses rencontres, un fou rire avec un ami, le divorce de ses parents, la mort d'un ami d'une amie, le froid à six heures du matin, ses tickets de train et les confettis de la fin.
Ils ne restaient que des souvenirs maintenant, après trois ans d'existence de Tokio Hotel. Et je crois que c'est pour ça qu'elle pleurait, la cigarette à la main, assise sur le bitume gris devant une salle de concert parisienne.
Parce qu'il ne lui restait plus rien d'un bout de sa vie.



*


Fin
# Posté le dimanche 12 octobre 2008 06:28

« Article précédent : a song to say goodbye

Article suivant : something in the way »