It wouldn't be luck if you could get out of life alive
Tu vois la gigantesque pelouse devant le Reichstag ?
Eux aussi ils la voient; mais jamais comme tu ne la verras.
*
C'était un garçon. C'était un autre garçon.
Il chantait. Il jouait de la guitare.
Il venait d'une famille riche. Il habitait dans la banlieue miteuse.
Il étudiait au lycée des arts dans la capitale. Il séchait les cours et brûlait des voitures.
Qu'est-ce que je pourrais dire de plus ?
*
Tom était le genre de mec qu'on approche pas. Le genre de mec qui fait peur, mais qui est tellement cool que personne n'ose le bousculer dans les couloirs, que tous les garçons admirent, et que toutes les filles veulent. Il avait grandi en banlieue berlinoise, dans le coin qui craignait, là où les journalistes venaient pour filmer les bagnoles en feu et des jeunes cagoulés qui emmerdaient le gouvernement, les lois, et le monde. Tom faisait partie de ces jeunes là. Il emmerdait le monde ; celui qui le foutaient devant le tribunal parce que encore une fois il s'était fait pécho, celui qui lui collait des heures d'intérêt général, celui qui ne le faisait pas changer et le laisser dans sa merde lui semblait-il. Alors il emmerdait le monde, et quand il était bourré, il criait « fuck the world » dans la rue. C'était peut-être les seuls mots qu'ils avaient retenu des cours d'anglais. Il n'allait plus en cours depuis quelques années en fait ; de temps en temps il faisait l'honneur aux professeurs de sa présence, mais il savait qu'à la fin de l'année, il serait viré, et qu'une nouvelle fois il changerait de lycée, toujours un peu plus loin de chez lui. Des personnes avaient voulu l'aider comme le proviseur, l'infirmière et même l'assistante sociale qu'on avait appelée au lycée juste pour lui. Il les emmerdait eux aussi ; ils ne pouvaient pas savoir avec leurs belles paroles dans quel putin de monde il vivait. Alors il claquait les portes et partait en courant pour se retrouver comme d'habitude sur le terrain de basket au bord du fleuve. Il retrouvait ses potes, et quand ils avaient un coup, ils volaient les bagnoles des riches de la capitale. Ils les revendaient et se faisait un peu de fric. La plupart s'achetaient de la came ou de la tease, certains des meufs, et les autres des bagnoles de luxe et des bijoux en or. Lui, Tom économisait cet argent fait sur le dos de la société. Il avait dans l'esprit que de s'acheter une guitare. Oui, une guitare.
Bill était le genre de mec qu'on tape. Le genre de mec qu'on insulte dans les couloirs, qu'on tape dans les toilettes et à qui ont fait peur. Il avait grandi dans la capitale allemande, dans un joli appartement avec sa mère, et il s'était toujours senti différent. C'était le cas ; à l'école depuis le primaire, on le détestait, on le traitait de fille, de gothique, de satanique même. Les gens avaient peur de lui, de sa différence, alors ils le tapaient parce qu'ils ne savaient pas faire autrement. Alors Bill emmerdait le monde. Le monde, c'était les autres, ceux qui le jugeaient de haut, l'insultait dans la rue, et le faisait se sentir encore plus minable que les merdes sur le trottoir. Mais il avait du talent pourtant. À défaut d'avoir de la reconnaissance, du respect, des amis, ou autre, il avait du talent. Il avait monté un dossier, et l'année dernière il a été choisi comme quatorze autres candidats sur une centaine pour entrer dans le prestigieux lycée des arts, situé au c½ur de Berlin. Là-bas, il avait tenté de reprendre doucement confiance en lui, et il avait même réussi à faire confiance aux autres. Il se sentait bien dans ce monde d'artiste qui ne parlaient que de musique, de danse, de peinture ou de je ne sais quoi encore. Il travaillait d'arrache pied en espérant décrocher un contrat, un jour. Devenir célèbre pour ce qu'il faisait et avoir enfin la reconnaissance et le respect qu'il n'avait jamais eu. Il était sur la bonne voie ; il chantait merveilleusement bien. Oui, Bill chantait.
*
Devant le Reichstag, sur la gigantesque pelouse vide, il y avait une personne. Tom était assis en tailleur, et il avait sa vieille guitare acoustique sur les genoux. Celle que son meilleur ami lui avait donné pour la revendre. Il ne l'avait jamais fait, et il passait des heures, assis n'importe où, à gratter les cordes abîmés. Aujourd'hui, il essayait de reprendre tant bien que mal une chanson qu'il avait entendue dans le supermarché la dernière fois. Il ne connaissait ni le nom de la chanson, ni qui pouvait bien chanter. Il avait juste apprécié les quelques accords qu'il avait pu discerner entre les bips stridents des machines enregistreuses du magasin. Et pourtant, il était là assis sur l'herbe humide, au milieu de l'après-midi froid du mois de novembre, en essayant de se souvenir des notes pour les reproduire. Ce n'était pas une tâche aisée, mais il avait de l'oreille. Il en avait toujours eu peut-être, il ne se rendait pas bien compte. Chez lui, on ne parlait pas de musique, sauf pour exprimer son admiration devant les géants du rap, sans parler un tout petit peu du faible accompagnement musical. Il gardait sa guitare cachée sous son lit, et ne jouait jamais à la maison. Il ne savait pas la réaction de son père, et il ne voulait pas la savoir si un jour il apprenait qu'il y avait une guitare chez lui, et qu'il ne voulait pas la revendre. Ici, tout était une question d'argent. Alors quand il n y avait personne chez lui, il partait en courant de sa cité, le visage sous sa capuche et s'installait dans un parc vide. Il s'était demandé plusieurs fois s'il ne pouvait pas gagner un peu d'argent comme ça, en jouant dans la rue ou dans le métro. Mais il ne voulait pas prendre le risque que quelqu'un le reconnaisse ; c'était trop dangereux. Alors il s'isolait pour gratter ses cordes, et aujourd'hui c'était juste parfait.
Jusqu'au moment où il soupira, s'étira et tournant la tête, vit ce jeune garçon assis à dix mètres de lui. Il était habillé bizarrement, et d'ailleurs Tom avait d'abord hésité sur sa sexualité. Mais il n y avait pas de poitrine en dessous de son tee-shirt à tête de mort, et malgré le maquillage et le visage partiellement caché par ses longs cheveux noirs, c'était un garçon. Celui-ci surprit son regard, et Tom sentit la panique et la peur dans ses yeux charbonneux. Il le vit ouvrir et refermer un carnet, sans but, avec des mouvements affolés qui montraient son hésitation à partir en courant ou à rester assis ici, sur l'herbe humide, et peut-être s'y enterrer.
Tom sourit pour lui-même ; il aimait bien effrayer les autres, ça montrait sa puissance. Il secoua la tête, ses dreadlocks rebondissant dans son dos, et il rangea délicatement sa guitare dans son étui, sans se soucier plus de l'autre garçon. Mais tandis qu'il refermait l'étui, il aperçut deux baskets blanches devant lui. Quand il releva le nez, ce fut pour voir le jeune garçon qui ressemblait étrangement à une fille.
« Ouais ? »
« Euh. C'est... Hum. » s'embrouilla l'autre. Il rougissait en dessous de son maquillage.
« Ouais ? »
« Euh... Tu joues très bien tu sais ? »
« Tu m'espionnais ? » répondit brutalement Tom. Ça l'agaçait que quelqu'un l'entende jouer.
« Non ! J'étais venu bosser sur des chansons, c'est toujours vide à cette heure-là, surtout par ce temps. Et euh... Pourquoi j'te raconte ça ! »
Tom sourit quand il vit l'embarras du brun, et les grands gestes qu'il faisait quand il parlait.
« Tu disais que je jouais très bien » reprit-il amusé.
« Je. Ouais. J't'ai entendu, et tu joues bien. C'était quoi ? »
« Je sais pas. »
Tom se releva, et ramassa son étui.
« Oh. Une composition ? »
« Pas vraiment. J'essayais de retrouver les notes d'une chanson que j'ai entendu l'aut' jour. »
Tom commençait à se demander pourquoi il lui disait tout ça, mais le brun souriait.
« C'est cool. »
« Ouais. Bon, je vais y aller. Salut. »
Et sans plus de cérémonies, Tom remonta sa capuche sur sa tête, et tourna le dos au brun. Il l'embarrassait un peu cette espèce de grand pantin noirâtre. Et puis il devait rentrer, Mike lui avait donné rendez-vous pour une histoire de bagnole. Plus que cinquante petit euros, et il pourrait enfin toucher du bout du doigt son rêve de gamin et s'achetait cette Gibson Custom qu'il avait vu dans cette boutique à Berlin.
« Euh, attends ! » entendit-il crier derrière lui.
Il se retourna et le garçon lui courait presque après.
« Je voulais savoir, tu reviendras ici ? »
Quoi ?
Voyant que Tom ne répondait pas, il bafouilla ;
« Je serais là demain, moi, à la même heure. »
Tom haussa les épaules et repartit, sans un mot.
*
Le lendemain, il neigeait, et les rues étaient vides. Bill n'était sûr de rien en ce qui concernait ce jeune garçon aux dreadlocks qu'il avait vu hier devant le Reichstag, mais il espérait secrètement qu'il viendrait quand même. En enfilant ses mitaines, il se foutut une baffe mentale. Pourquoi viendrait-il, ce n'était pas un rendez-vous, il n'avait fait que hausser les épaules comme pour dire « je m'en fous », et il était partit. Bill se sentit stupide quand il se regarda dans la glace de l'entrée, et il aurait voulu arracher tous ses vêtements et retourner dans la chaleur de sa chambre écrire des chansons au lieu de marcher dans la neige qui fondait à vue d'½il pour sûrement attendre quelqu'un qui ne viendrait pas. Et puis l'horloge de l'entrée sonna la demi-heure le faisant sursauter, et dans un mouvement affolé, il ajusta son sac sur son épaule, passa la porte, et dévala les escaliers. Qui vivra verra.
Quand Tom avait ouvert les yeux ce matin-là, la fenêtre était blanche, et pendant un instant, à peine sorti des rêves, il se crut au paradis. Et puis il entendit le voisin beugler à travers la fine cloison et non, ce n'était pas le paradis. Le ciel était blanc neige, et dans les rues la fine pellicule blanche se transformait en boue marronnasse. Tom sourit ; il adorait la neige. Alors il prit une rapide douche, s'habilla chaudement, et sans oublier de prendre sa guitare, il se précipita dehors. Il traversa en courant sa cité, s'engouffra dans un train, et arrivé à la capitale, il décida d'aller au Reichstag ; il n y aurait sûrement personne. Comme hier.
Et puis il fit une grimace, et se souvint de l'autre garçon hier. Il serait sûrement là aujourd'hui, il lui avait dit ça hier. Tom soupira, il ne voulait pas vraiment le voir. Et puis, il grimpa dans un tramway, et il était vide. Il faisait trop froid, et la neige avait certainement dû l'enfermer chez lui ; il ne le verrait pas. Il soupira en regardant par la fenêtre, et arrivé devant la porte de Brandebourg, il sourit en apercevant la pelouse du Reichstag entièrement blanche. Il avait envie de s'allonger et de faire des anges par terre, ou alors de construire un bonhomme de neige. En marchant vers la pelouse blanche, il la parcourait des yeux, et puis il y avait une tache au milieu. Une tache noire.
« Merde »
Bill était assis en tailleur sur la neige, et il avait les fesses gelées. Il avait aussi les épaules, le cou, les bouts des doigts, et les genoux gelés. Il relisait l'une de ses chansons, et en fait, non, il ne lisait pas, il avait juste le regard posé dessus. Quel idiot il pouvait être. Il était assis là, un jour férié, dans le froid neigeux alors qu'il devait absolument protéger sa voix, à attendre un mec qui ne viendrait jamais parce qu'il n'avait pas que ça à foutre que de se déplacer pour sa gueule, surtout par un froid pareil. Ses bouts des doigts étaient violets, et il était sûr que ses lèvres aussi, soulignant la pâleur de sa peau, et par ailleurs ses lourdes cernes. Merde quoi. À cet instant précis, Bill se haïssait. Mais en fait, ça ne changeait pas de d'habitude. Il avait l'impression de toujours faire des choses irréfléchies pour encore mieux les regretter, ou bien alors de toujours faire le mauvais choix. La vie lui semblait être un parcours du combattant. Et il soupira devant son propre pessimisme face à sa propre vie.
Et puis soudain, il sentit quelqu'un s'asseoir à quelques mètres de lui. Son c½ur se remit à battre – il sentait des choses bizarres des fois, et il se taperait tout seul à cause de ses bizarreries- quand il aperçut le grand blond aux dreadlocks emmitouflé dans une grosse doudoune, son étui à guitare devant lui. Bill enleva ses écouteurs, et le blond en fit de même en croisant son regard.
« Tu es venu. J'aurais pas cru par ce temps. » Bill chuchotait presque.
« On pensait pareil faut croire. » soupira le blond.
Bill ne comprit pas tout de suite, mais il se sentait un peu blessé ; le blond ne voulait pas le voir. Entre temps, il avait sorti sa guitare de son étui, et il commençait à gratter quelques notes, incertain. Et puis, il se mit à jouer quelques accords, et Bill le vit baisser la tête et fermer les yeux, complètement absorbé par la mélodie. Bill reconnut la musique, et il fredonna les paroles en gribouillant sur son carnet, comme il le faisait quand il laissait son esprit s'évader.
Tom releva la tête, surpris, quand il entendit le fredonnement du brun, mais il continua de jouer, et il ne voulait pas s'arrêter ; il voulait entendre plus distinctement le chant du garçon. Alors arrivé à la fin de la chanson, il recommença, et il croisa le regard questionneur du brun qui ne comprenait plus rien.
« Tu chantes ? » Tom se força à sourire pour ne pas paraître trop méchant ou trop je ne sais quoi, mais ça sonnait faux dans sa tête. Mais peut-être que le brun cru à ce faux sourire, car il baissa de nouveau la tête vers son carnet tout gribouillé, et recommença à chanter.
C'était une des chansons préférées de Bill ; Wake me up when september ends de Green Day, et en réalité, ça l'avait quelque peu étonné que Tom joue dans ce répertoire, ça n'avait pas trop l'air d'être son style. Mais on s'en fout, cette chanson était superbe, Tom jouait sans faire de fautes et s'accordait même sur son rythme. Il en oublierai presque qu'il n'arrivait plus à bouger ses doigts de pieds.
Et puis la chanson se finit, et Bill rouvrit les yeux qu'il avait fermés et poussa un soupir de contentement.
« J'adore cette chanson. »
Bill sursauta et tourna la tête vers le blond.
« Moi aussi. »
Il y eut un silence pendant lequel ils se regardèrent sans rien dire, appréciant le silence feutré qu'apporte la neige dans une grande ville, et se plongeant chacun dans la chaleur de leurs yeux.
« Tu chantes bien. » sourit Tom, en brisant le silence.
Le brun le remercia, et il gribouilla quelques mots sur son carnet. Tom le regarda écrire, la tête penchée, ses mèches de cheveux s'échappant de son bonnet qui voletaient autour de son visage, ses sourcils froncés, et ses lèvres pincées.
« T'écris quoi ? » demanda Tom.
« Hum. C'est des brouillons de paroles de chansons, c'est pas encore ça... » répondit évasivement le brun, sans quitter des yeux son carnet.
« Ah ouais ? »
Bill sentit que le blond s'intéressait à ce qu'il faisait, et il releva la tête en souriant.
« Je peux lire ? Enfin, c'est comme tu veux quoi, je.. »
« Viens »
Et le sourire de Bill s'agrandit quand il tapota le sol à côté de lui.
Tom déposa sa guitare dans son étui, et se releva pour se rasseoir à côté du garçon qui lui tendit son carnet tout gribouillé. Il remarqua que ses ongles étaient vernis en noir, et il trouvait que ça lui allait bien. Et puis, il lut les quelques phrases écrites dans tous les sens, et malgré qu'elles n'aient aucun lien logique entre elle, et qu'il y avait des fautes d'orthographes –en même temps, il n'avait rien à dire, lui qui n'avait jamais eu plus de cinq en dictée à l'école- il ne put s'empêcher de trouver ça très beau. Ça parlait de noirceur (il s'en serait douté), de peur, d'espoir, d'un autre monde que celui-ci, et il trouvait que le brun avait une version optimiste des choses. Ça le changeait ma foi.
« C'est super beau c'que t'as écris » dit-il en lui rendant son carnet.
« Mouais. C'est pour mon cours de littérature musicale, mais faut croire que j'suis un peu rouillé en ce moment » Il rit à sa dernière réflexion. Et Tom adorait déjà ce rire cristallin qui ressemblait à un tintement de cloches pendant un mariage.
« Littérature musicale ? » demanda-t-il.
« Ouais. J'suis au lycée des arts de Berlin. Spé musique. »
« Waho, la classe » dit Tom. Et il le pensait vraiment.
« Et toi ? Tu fais quoi ? »
« Euh. » Il faisait quoi au juste, lui ? Il séchait les cours de son bac pro mécanicien ? « Bah en fait, pas grand-chose. »
Le brun fronça les sourcils.
« Je fais des petits boulots, par-ci par là, je gagne ma vie. » Et Tom essayait de se redonner un peu de valeur, face à cette peut-être future star.
« Ah. C'est cool. » Et Bill sourit alors qu'il savait très bien qu'il avait touché un point sensible chez ce garçon. Alors il changea de sujet.
« Au fait, tu t'appelles comment ? »
« Tom » Et ce dernier releva la tête avec un grand sourire. « Et toi ? »
*
Deux mois étaient passés, et les deux garçons se voyaient régulièrement sur la pelouse du Reichstag. Tom avec sa guitare, Bill avec son carnet gribouillé. Tom jouait, et Bill chantait par dessus, et ils appréciaient tous les deux ces petits moments. Sinon, ils parlaient, se racontaient leurs vies, enfin ce qu'ils voulaient raconter. Ils parlaient de musique, de filles (un peu), de l'école de Bill (pas souvent), de leurs boutiques préférées à Berlin, et des conneries qu'ils avaient faites quand ils étaient gamins.
« Nan, sérieux ! T'as décidé que t'étais un ouf, et tu t'es précipité dans les escaliers sur son tricyle ? » répéta Tom, mort de rire.
« Te moques pas de moi ! Oui, c'est ce que je fais ! Et ma mère a cru que j'étais mort au passage... » reprit Bill.
« Vas-y, t'étais un vrai casse-cou toi ! »
« Bah ouais, que veux-tu ! » annonça Bill, avec une grimace de fierté.
Tom lui sourit, et soudain son téléphone sonna. Il se releva, et s'éloigna de quelques pas de Bill, tournant en rond sur la pelouse. Bill regarda Tom parler, son visage qui se fronçait, et comment tout d'un coup, il faisait de grands gestes, et Bill l'entendait parler plus fort.
Finalement Tom raccrocha, et s'accroupit devant Bill, l'air inquiet et en colère.
« Ça va ? » demanda le brun.
« Bill ? Je peux te demander une faveur ? »
« Euh bah oui. » bafouilla-t-il, surpris du changement de ton de son ami.
« Tu me garder ma guitare pendant quelque temps ? »
« Hein ? »
« S'il te plait. J'ai... des petits soucis, et je... S'il te plait Bill. » Son ton devenait suppliant.
« Bah si tu veux. »
Tom lui fit un grand sourire et se releva.
« Je te la rends demain ? »
Le sourire de Tom s'effaça, et son regard s'assombrit.
« Je... Je pourrais sûrement pas venir demain, je... »
« Tu me téléphones, d'accord ? Et on verra bien. T'inquiète, va. »
« Merci. Merci beaucoup. »
Et Bill lui sourit.
« Je... Je dois y aller maintenant. À plus, hein ? » Et ça sonnait comme une promesse. La promesse qu'ils se reverraient, qu'ils ne s'oublieraient jamais. Tom commençait déjà à marcher vers le tramway d'un pas rapide.
« Eh Tom ! » Il se retourna, et il vit Bill, tout de noir, les cheveux plaqués sur les joues par le vent, qui s'était redressé. « Tu m'appelles si t'as besoin, ok ? »
Je suis là si tu veux.
*
Et le temps passa. La température n'augmenta pas vraiment, le ciel ne se déchargea pas vraiment, et Bill s'inquiétait vraiment. Ça faisait un mois et demi que Tom lui avait demandé de garder sa guitare, et depuis, à part un tout petit texto qui disait qu'il espérait que ça allait bien, et qu'il ne pouvait pas encore le voir, Bill n'avait eu aucune nouvelle de son ami. Il n'osait pas téléphoner, la seule fois où il l'avait fait, il était tombé sur le répondeur. Et puis il avait peur de déranger. Et puis, je crois qu'il avait peur de la raison du silence de Tom. Ça devait être des « petits soucis » pas si petits que ça, et parfois, quand Bill se couchait après une longue journée, et qu'il s'imaginait pourquoi Tom ne donnait plus de nouvelles, la pensée qu'il ne le reverrait plus jamais lui effleurait l'esprit. Et il avait peur. Peur de garder cette vieille guitare acoustique toute sa vie sans savoir où était le propriétaire, s'il était en vie ou non. Il avait peur de se réveiller un matin, et de se rendre compte que si Tom lui avait laissé sa guitare, c'était pour que Bill se souvienne toujours de leur amitié, de lui, par peur qu'on l'oublie après la mort. Alors il s'empressait de chasser ces pensées, se retournait dans son lit, et fermait les yeux. Tom allait revenir. Il espérait vraiment.
L'espoir s'en va avec le temps.
*
C'était le premier jour de soleil et de (petite) chaleur aujourd'hui. Et Bill refusait que la poussière s'accumule sur l'étui de la guitare de Tom ; ça ressemblait à de la poussière de cendre, et peut-être qu'il était parano, mais il ne supportait pas ça, il ne voulait pas voir que c'était une espèce de signe.
Il était midi et demi, Bill était à la cafet' du lycée et il buvait un énième thé au miel pour adoucir sa gorge, et refusait une énième cigarette –il avait arrêté peu après sa rencontre avec Tom, et c'était comme un signe ça aussi- et son téléphone sonna. Sans regarder l'appelant, il décrocha.
« Bill ? »
Il aurait reconnu cette voix entre mille. Et son c½ur se remit à battre, comme s'il s'était arrêté tout le temps où Tom était parti.
« Oh mon dieu. » chuchota-t-il.
Il déposa son thé sur la table, attrapa son manteau et sans explication, quitta la table et ses amis.
« Tom ? Comment je suis content que tu m'appelles ! Ça va ? Ça faisait longtemps ! Et- »
Il avait conscience qu'il déballait en trois secondes et quatre phrases qu'il lui avait terriblement manqué, et que c'était ridicule.
« Bill ? Je suis devant le Reichstag. Tu peux venir maintenant ? »
« J'arrive » souffla-t-il dans le téléphone.
Il courut jusque dans sa chambre d'étudiant, empoigna la guitare, et courut pour attraper de justesse un bus qui l'emmena à quelques rues du Reichstag. Il reprit son souffle, se regarda dans la vitrine d'un café, et se passa la main dans ses longs cheveux noirs lisses. Et sans plus attendre, il se dirigea rapidement vers le bâtiment parlementaire. La gigantesque pelouse était vide, il y avait juste une personne.
Quand Bill le vit, il s'empêcha de courir dans les bras du blond, et marchait d'un pas rapide. Mais Tom avait dû penser la même chose et quand il aperçut son ami qui marchait vers lui, lui ne pu s'empêcher de courir vers lui, malgré son gros baggy. Il attrapa Bill dans ses bras, et le serra fort contre lui, faisant tomber la guitare de ses mains. Bill accrocha ses doigts sur le pull de Tom, et ferma les yeux quelques instants, le c½ur prêt à exploser de revoir enfin son ami. Et puis il se souvint de la guitare qui s'était cassé la gueule par terre. Il murmura dans le cou de Tom :
« Ta guitare, elle est par terre... »
Tom se dégagea doucement et colla son front contre celui de Bill. Il sentait son souffle sur ses lèvres, et il redécouvrait ses grands yeux marrons. En trois mois et des poussières, les traits de Tom s'étaient durcis, et Bill eut l'impression de ne pas l'avoir vu pendant des années. Les mois étaient devenus dans années entre eux. Et Tom ne se souvenait plus comment il avait réussi à se passer des yeux de Bill pendant trois mois.
« Tu m'as manqué » chuchota Bill. Et Tom vit le tremblement de son menton quand il parlait.
Il n'avait pas envie de parler, parce que sinon ça aurait pris des années pour lui dire que lui il lui avait manqué, qu'il était désolé, qu'il n'avait pas eu le choix, qu'il avait passé trois mois de merde à veiller sur un ami dans le coma, à rendre des sous à Mike de différentes manières dont il n'était pas fier, à toucher à des trucs impensables, et à essayer de se sortir de cette vie de merde. Et que pendant trois mois, il n'avait pas pensé une seule fois à emmerder le monde, il n'avait pensé qu'à Bill.
Alors il l'embrassa.
Devant le Reichstag, sur la gigantesque pelouse vide, aujourd'hui il y avait deux personnes.
*
FIN
je sais, c'est nul d'employer Bill&Tom,
mais au moins j'ai pas à faire des descriptions,
& je préfère. & puis sinon, c'est bizarre, j'suis au
courant. & puis le titre c'est tiré de Knock Knocnking
on Heaven's Door de Guns'N'Roses, la phrase en
italique c'est ma Clarisse, & le premier petit texte
centré, inspiré de Sk8er Boi d'Avril Lavigne. & j'me
suis inspirée très très très légèrement du film
exy Dance : D voilà pour les droits d'auteur uu'
merci pour ceux qui passent par hasard sur
ce blog, & lisent ce truc : )
& euuuuh... je sais pas. j'ai été contente d'écrire
ça; en réalité j'y ai passé un après-midi en oubliant
mon bac blanc, mes exos de maths, & c'est mon
cours de danse qui m'a fait arrêté d'écrire. c'est
sorti tout seul, il y a très peu de modifications par
rapport au premier jet.
ça m'a fait plaisir de réecrire : )
après ce blog est toujours en pause monmentanée.
parce que quand il n y a rien d'officiel, pas de lecteur,
& que je ne pense pas à écrire, les mots reviennent
peu à peu :')