J'te déteste. T'as tout fait foiré. Connard.
Je t'aimais, OH OUI, je t'aimais. Je t'aimais trop justement. Tu étais toujours trop loin alors que tu passais tes journées à mes côtés. J'étais jaloux quand tu serrais la main de quelqu'un d'autre. Et quand tu passais deux minutes sans moi, je m'inquiétais, t'imaginant déjà mort. J'étais juste complètement accro à toi. T'étais ma drogue, t'étais ma vie, mon c½ur. T'étais ma raison de vivre. Rends toi compte, t'étais ce pourquoi je restais encore sur cette putain de terre. La seule personne qui m'empêchait de sauter par la fenêtre, qui séchait mes larmes avec un seul sourire. Tu étais ma raison, putain. C'était juste pitoyable, j'étais juste pitoyable. J'étais pendu à tes pieds, je pouvais tout faire pour toi. Traverser les mers, les océans, te ramener la lune et les étoiles. Et tellement d'autres choses dont tu n'en a jamais eu rien à faire. J'étais à tes pieds, et tu me regardais de haut. Et moi j'étais heureux, OH OUI, pauvre con que je suis, j'étais aveugle. Tu me faisais sourire, tu me faisais rire, tu étais ma raison. J'étais heureux et c'est tout.
Mais tu sais, ça marche plus tout ça. C'est fini. FINI tu m'entends ? Nous deux, ce n'est plus rien. Je jette tout au feu. Nos photos, mes lettres, tes cadeaux. Mes sentiments qui brûlent rapidement. Regarde la fumée qui s'envole entre les nuages. REGARDE putain. C'est nous qui s'envole là. Regarde les cendres grises sur tes chaussures, c'est tout ce qui reste de nous. Des cendres qui se dispersent déjà dans le vent. Tu ne regarde même pas, tu n'en as rien à foutre. Tu n'en a jamais eu rien à foutre de moi et de nous. Un objet, quelque chose pour arriver enfin à tes fins. Sans moi, tu n'aurais jamais réussi, hein ? Et moi j'étais pourtant tellement fier. Tout le monde te connaissait, j'étais tellement fier de te présenter. J'avais le sourire aux lèvres et les étoiles dans les yeux quand je parlais de toi. Tu étais ma raison, putain... MERDE ! Ma vie, c'était toi. Mais tu m'as tourné le dos. La foule m'a happé, je t'ai perdu. Et je ne me sens même plus capable d'hurler ton nom à travers la foule. Tu ne regarderas plus jamais en arrière, tu es parti loin déjà. Tu ne reviendras plus jamais, tu es bien entouré maintenant. Alors moi je te regarde marcher, loin devant. Je te regarde, et les larmes dégoulinent sur mes joues. Je te déteste ; je me sens si faible à cet instant. Mon estomac se comprime ; tu m'as tout enlevé en partant. T'as un bout de mon c½ur, un bout de ma vie, un bout de mon âme au fond de ta poche. Tu ne le sais même pas, t'en a rien à foutre. T'es tellement égoïste, TU TE RENDS COMPTE DE RIEN, bordel. Tu te rendais même plus compte de mes faux sourires à la fin, tu te rendais même plus compte de mes larmes, de mes silences. Tu jubilais tout seul dans ton coin avec tes rêves enfin exaucés. Je te voyais rire et parler avec d'autres, je te voyais dans les bras d'autres. Et j'me sentais comme une merde à côté. J'te regardais rire et tournoyer de joie. J'me ramassais sur moi même. Et je fumais pour combler le manque que t'as crée en partant. T'as rien compris en plus, tu comprends plus de toute manière. Tu fais comme si de rien n'était, tu fais comme si le monde était beau, rose et tout. Mais PUTAIN, regarde- moi ! Regarde- moi, je suis en larmes et en sang, je suis effondré sur la moquette mais tu ris encore à côté. Je te tuerais... J'te tuerais et moi ensuite. Pour ne plus entendre ton rire qui me fait si mal, pour enterrer tout ça, et oublier putain, tout oublier... Oublier tes mots, tes promesses qui n'ont jamais été que des illusions. Pour oublier tes gestes, tes caresses qui résonnent faux désormais dans ma tête. Tout était faux, dis-le-moi. Je ne mourrai que deux secondes plus tôt ; aucune différence. Tout oublier. Oublier que je t'aimais. Oublier que tu ne m'as jamais aimé. Oublier que nous deux c'est fini. Oublier tout, oublier ma vie puisque tu l'as prise... Oublier que je t'aime encore. Et essayer de continuer...
Merci pour les cadeaux. Adieu.
Il enfila sa veste, et laissa une enveloppe sur la table de la cuisine. Il ramassa son sac sur une des chaises et l'accrocha à son épaule. Il se dirigea vers la porte d'entrée et l'ouvrit doucement. Sans un regard en arrière, il la ferma tout aussi silencieusement. Il descendit ensuite rapidement les trois étages. Partir le plus vite possible d'ici, partir loin, loin très loin. Pour ne plus jamais revenir. Tourner la page dans un autre endroit et oublier, juste oublier. Il se dirigea vers la gare et grimpa rapidement dans le premier train. Quand il arriva à la capitale, il prit le premier métro pour une des grandes gares nationales. Il composta son billet, et s'engouffra dans son train.
Il appuya sa tête contre la fenêtre, et regarda les rails. Son ventre se compressait, il avait mal au c½ur. Mais il fallait être fort ; tout allait bien se passer, non ?
Non. Il ferma les yeux, et ses membres commencèrent à se crisper. Il se releva trop vivement, manquant de tomber par terre, pour retourner sur le quai et fumer une cigarette. Il descendit deux marches, et il sentit le train s'ébranler sous ses pieds. Croyez-moi ou non, il s'est effondré en sanglots dans les escaliers.
[...]
Les années ont passé, le temps s'est écoulé. Lentement, sûrement. Il a ouvert une maison d'hôtes dans le pays qu'il aimait tant. Ici, il fait beau et chaud. Tous les matins quand il ouvre sa fenêtre, il voit la plage dorée et la mer azure. C'est beau.
Il va bien. Il va mieux. Il a un peu oublié, et il se persuade de ne plus l'aimer du tout. Même si 10ans après, il n'a toujours personne à aimer de nouveau. Mais il va mieux.
Il a changé. Ses cheveux ont une teinte plus naturelle et sont coupés un petit plus court. Il a troqué ses teeshirt à tête de mort contre des chemises sobres, plus classes, plus larges. Et ses pantalons sont moins moulants. Il a arrêté le fond de teint, le fard à paupières et le mascara. Et maintenant il se rase tous les jours... Il a grandi, il a muri. Il a vieilli. Il a essayé d'avancer et d'oublier.
Aujourd'hui, il accueille un nouveau client. C'est son secrétaire qui a pris le nom, et il n'a pas encore regardé l'agenda quand la sonnette retentit. Il lisse sa chemise blanche, et ramène ses cheveux bruns en arrière avant d'ouvrir la porte.
-Quoi ? Non.
-Bill ?
-Non...
Il referme déjà la porte.
-Nan, attends ! On doit parler !
-Dégage, j'ai rien à dire.
Sa voix tremble, il a les larmes aux yeux et la fureur monte dans sa gorge.
-Va-t-en !
-Non !
Il n'arrive plus à retenir la porte et elle claque contre le mur derrière elle.
-Je ne veux pas te parler.
-Mais...
-Bienvenue chez moi, affirme-t-il avec un sourire commercial sur les lèvres. Je vais vous montrer votre chambre.
-Bill, arrête.
Il attrape cependant les valises sans se soucier de l'homme qui lui parle, immobile sur le seuil d'entrée. Il commence lentement l'ascension des escaliers.
-Suivez-moi s'il vous plait.
Il ouvre la porte d'une des chambres et pose les valises dans l'entrée. Il laisse ensuite l'autre homme rentrer.
-J'espère que ça vous plaira, dit-il en se retournant.
-Bill !
L'autre homme qu'il fait semblant de ne pas connaître lui agrippe le bras.
-Lâche-moi.
-Non ! Faut qu'on parle. J'ai besoin d'explications, Bill...
Il se retourne brusquement, faisant lâcher la main sur son bras.
-Mon petit mot ne t'as pas suffi ? T'as toujours pas compris ? T'es CON à ce point-là ou quoi ? T'as pas compris que tu m'as détruis ? Que tu m'as laissé tout seul et que tu t'en ai même pas rendu compte ? T'as pas compris que t'etais PARTI ! J'ai lâché l'affaire, j'suis pas aussi con que t'as cru... J't'ai laissé, vu que t'en avais plus rien à foutre de moi...
Il se tait et se rend compte que ses poings sont crispés ; ses ongles s'enfoncent légèrement dans sa paume. Il recule d'un pas, et regarde un instant l'homme devant lui. Ses longues dreads blondes sont lâchés dans le dos, seules quelques une sont noués nonchalamment. Il porte une large chemise sur un jean brut, à coupe droite. Et il a toujours ce piercing à la lèvre qui brille à la lumière.
-J'avais marqué Adieu à la fin...
-T'avais marqué que m'aimais encore aussi...
-Je suis désolé Tom... Non...
Le temps a passé. Encore. Mais l'eau ne coule plus sous les ponts.
Ils se retrouvent dans une église. Enterrement, mariage ; c'est la même. Ils ont des poches sous les yeux, et la mine blafarde. Ça fait pas beaucoup dormir de savoir que l'on va revoir son frère, son ex, et également la personne qu'on aime ou qu'on déteste le plus.
Enterrement. Une grande tante qu'ils ne connaissaient pas. Mais ils se retrouvent quand même au premier rang, l'un à côté de l'autre.
La cérémonie est affreuse. Leurs costumes de location les démangent, le micro est branché trop fort, et ils tapotent tout les deux du pied le sol en pierre de l'église. Partir, putain. Partir, et ne plus jamais le revoir. Ou si; encore.
La cérémonie se finit au bout d'une heure, et ils sortent silencieusement, la tête baissée. Ils montent chacun dans les voitures collectives pour aller à la petite réception, et ils ont tous les deux envie de partir loin d'ici. Mais non.
La réception se passe gentiment. Ils s'évitent dans le salon de leur mère, et ils boivent tous les deux du champagne. D'ailleurs Bill semble en boire un peu trop. Peut-être même beaucoup trop. Il se retrouve avachi sur le canapé à murmurer des choses incompréhensibles. Et puis il est tard, et les invités commencent à rentrer chez eux. La maison devient silencieuse, les lumières s'éteignent, et Tom s'assoit sur un des fauteuils. Bill est toujours dans un coin du canapé, la tête baissée sur sa coupe de champagne à moitié vide. Il chantonne discrètement et ne semble pas s'être rendu compte que la maison est vide.
-Bill ?
Il sursaute sur son canapé, et plisse des yeux pour voir qui lui a parlé. Il aperçoit son frère, et se recroqueville sur son canapé, en reprenant sa chansonnette.
-Bill... S'il te plait. J'aimerais bien qu'on discute. Ça fait 12 ans qu'on ne s'est pas parlé sérieusement.
-Faux. 13 ans. Tu ne me parlais plus.
Silence de la part de Tom. Il ne comprend plus rien. Il regarde son frère faire tourner le champagne dans sa coupe, et il se demande si Bill est vraiment bourré.
-Comment ça ?
-Tu ne me parlais plus, tu ne me regardais plus. Tu ne me disais plus je t'aime, tu ne passais même pas cinq minutes avec moi. Tu passais ton temps avec les autres, tes amis comme tu les appelais. Tu passais des heures avec eux sans me prévenir. Et quand tu rentrais à la maison, tu ne me prévenais même pas.
Nouveau silence.
Bill se relève doucement, et marche jusqu'au buffet. Il marche droit, et semble être parfaitement sobre. Il attrape une tomate cerise qu'il met dans sa bouche, et se ressert un verre de vin.
-T'en veux ?
Tom est surpris. Bill était en train de lui faire des reproches, et il lui propose maintenant un verre de vin. Il acquiesce mécaniquement, et quelques secondes plus tard, Bill lui tend son verre. Il murmure un petit merci, et goute à l'alcool. Il est un peu chaud, mais il a un bon gout de fruits rouge.
-Tu t'étais éloigné de moi.
-Hein ?
Tom sursaute, ne s'attendant pas à ce que son frère reprenne la parole.
-Tu t'étais éloigné de moi. On n'avait presque aucun contact. Je t'avais déjà reproché ça, mais t'en as jamais vraiment tenu compte. Je t'avais demandé d'être un tout petit plus présent, juste ça. Tu sais, à cette époque, si j'étais encore en vie, c'était pour toi.
Bill avale une gorgée de vin, et ricane.
-J'étais tellement pitoyable à l'époque. Je t'aimais tellement. J'ai commencé à être jaloux et possessif. Mais en même temps, je fermais ma gueule. J'avais rien à dire ; tu faisais ta vie. Mais à la fin, tu te rendais plus compte de rien. Finalement, c 'est peut-être de ma faute ? J'aurais peut-être dû te dire avant ce que je pensais, je sais pas. Tu m'as laissé tout seul... J'ai alors douté sur tout ; toi, ton amour, tes paroles. Tout. Je ne te faisais plus confiance. Et moi, ça me bouffait, parce que j't'aimais quand même. Tu ne faisais plus attention à moi, mais je t'aimais. Alors j'ai rassemblé le peu de dignité qu'il me restait, et je suis parti. Je suis parti pour ne plus être aussi con, pour t'oublier, pour essayer d'avancer.
Silence. Tom finit son verre de vin, et Bill le regarde baisser la tête. Il se passe la main sur le visage, et finit son verre également.
-Tu sais, je t'aimais vraiment moi, murmure Tom.
-Peut-être. Surement. Je sais pas Tom. Je savais pas à l'époque ce que tu pensais de moi. J'ai eu l'impression d'être un objet, d'être un simple passe temps. Ça peut-être tellement amusant de baiser son frère après tout.
-J'ai jamais pensé ça ! Je t'ai toujours aimé tu sais... Et j'peux même pas te reprocher quelque chose, parce que... Je sais pas, c'est tellement compliqué Bill. Quand tu es parti, le matin, quand j'ai lu ta lettre, j'ai cru que j'allais mourir sur le coup. J'ai même pas essayé de te retrouver. Tu m'avais fait comprendre que c'était fini... Alors j'me suis enfermé dans le noir, chez moi, et c'est tout. Quand on s'est revu, il y'a deux ans, c'était parce que maman m'avait forcé à sortir et à prendre des vacances ; elle s'inquiétait trop de ne jamais me voir sortir de l'appart'.
Silence. Les deux hommes se regardent et essayant de lire dans les yeux l'un de l'autre. Du regret, c'est tout. Ils regrettent.
Tom se lève réajuste sa veste de costard.
-Tu sais Bill, je suis réellement désolé de t'avoir sembler si distant. Je suis désolé de t'avoir à ce point abîmer, et je regrette beaucoup. Si je n'avais pas changé, si j'avais fait plus attention, on serait sûrement encore ensemble aujourd'hui.
-Peut-être.
-Tant pis. C'est fini, hein ? sourit tristement Tom.
Bill hoche la tête, et se lève à son tour. Il rassemble ses quelques affaires sous les yeux attentifs de son frère.
-On fait quoi maintenant ? demande soudainement Bill.
-J'te raccompagne à la gare, et on se revoit à Noël comme deux frères normaux ?
-De puis quand on est normaux tous les deux, hein?
Sourire. Un vrai sourire depuis 12ans.
-Très bien, à Noël. Faut que je te trouve un cadeau maintenant...
Rires. C'est bon de se retrouver.
Alors peut-être que Bill aime encore Tom, peut-être qu'il lui en veut encore. Peut-être que Tom a toujours aussi mal à cause du départ de Bill, peut-être que lui aussi il l'aime encore. Peut-être.
Mais personne ne le saura, et Tom raccompagne Bill à la gare dans un silence agréable. Et sur le quai de la gare, ils se serrent dans leurs bras.
-À plus, p'tit frère.
-Ouais, à bientôt.
(ouais, un vieux texte encore. j'suis désolée)
