<< Dans les situations désespérées, la seule sagesse est l'optimisme aveugle. >>
<< C'est l'optimisme aveugle. Vous vous dîtes que les choses sont en train de changer pour le mieux,
quand en fait, elles sont juste foutues. >>
Ils entrèrent dans la gare et se réfugièrent sous l'abri à cause de la pluie qui tombait –trop- fort.
-Tchou-tchou-tchou ! Allez viens, on danse !
Elle balança son sac recouvert de breloques sur le banc et elle se mit à agiter ses bras maigres recouverts de bracelets.
-Tu t'arrêtes jamais, dit-il doucement.
-Bah nan pourquoi ?, sourit –elle.
Il secoua la tête et s'assit sur un des bancs en plastique qui longeait le quai de la gare. Il ferma les yeux quelques secondes, n'écoutant que le bruit de la pluie et les frottements des vêtements de l'espèce de lutin qui dansait en face de lui. Il croisa les doigts, demandant fort à Dieu ou à une fée quelconque de l'écouter, et il pria pour se retrouver dans une jolie maison avec de la tarte à la fraise. Mais quand il rouvrit les yeux, rien n'avait changé. Il était sur le quai miteux d'une petite gare de banlieue parisienne, il pleuvait toutes les larmes du monde –c'était un poète à ses heures perdues- et il y avait cette fille multicolore, montée sur pile qui dansait la tecktonik en sautillant sous un abri. J'oubliais, il était 2h22 du matin.
Il soupira.
-Alors monsieur-cheveux-bouclés-avec-des-mèches-blondes-comme-les-membres- de-boy'sband tu danses pas ?
Elle s'arrêta devant lui en une jolie pirouette et mit ses mains sur hanches, un grand sourire sur ses lèvres.
-Tu peux parler ! Toi, t'as les cheveux noirs, blonds, rouges avec plein de fils dedans.
-On appelle ça des atebaaaaaaaaaas, chantonna-t-elle en recommençant à danser (sur place cette fois-ci).
Il remonta ses genoux contre sa poitrine et sourit doucement en posant son menton (pas rasé) sur ses poignets.
-Où t'as appris à danser ça ?
-C'est mon p'tit frère qui m'a apprit. Il faisait des battles dans la cour, sourit-elle.
Il acquiesça et renversa la tête, posant ses paupières sur ses poignets. Il avait un peu froid et ses vêtements humides n'arrangeaient rien. Il entendait le lutin sautiller à côté d'elle, et il se sentit très fatigué. Mais il savait bien qu'il ne pouvait pas dormir. Pas maintenant, pas encore. Sinon, les flics vont l'embarquer. Ne pas dormir, sinon on va le ramener chez lui. De toute façon, il ne sait plus trop où c'est chez lui. Pas maintenant, pas encore.
Mais la chanson de la pluie le berce trop.
[...]
-Hey... Réveille-toi. Il faut manger et bouger un peu avant que le train arrive.
Il ouvrit les yeux. Il pleuvait toujours. Et y avait cette fille-lutin qui lui tendait un demi sandwich. Il se rendit compte que son ventre grognait.
-Où t'as trouvé d'la bouffe ?
Il était 4h43.
-Y a des boulangers qui vont cloper à cette heure-là. J'ai eu droit à un sandwich.
Il sourit.
-Merci.
Elle s'assit par terre et regarda la pluie tomber en grignotant du bout des dents le sandwich jambon beurre.
-Bon, allez beau gosse. Le train arrive dans 19 minutes ; on s'active !
Elle imita quelques mouvements de gym, genre télé matin tandis qu'il restait immobile, recroquevillé sur son banc en plastique.
-À quoi ?
-On s'active à quoi ? À éviter que t'attrapes un rhume carabiné parce que t'es resté là depuis qu'on est arrivé. Et puis comme ça, ça fera sécher tes vêtements.
Elle tira sur son bras, et il se mit debout mollement.
-T'as dormi ?, demanda-t-il.
Elle ne répondit pas un sourire, et se mit à sautiller un peu partout sous l'abri, ses cheveux multicolores s'agitant au bruit de ses nombreux colliers qui s'entrechoquaient autour de son cou.
-Comment tu fais ?
-Quoi ?
-Comment tu fais pour tenir ? On a plus rien, mais tu souris encore.
Elle s'interrompit dans son saut, et le regarda en souriant.
-On a pas rien, dit-elle doucement.
Elle se rapprocha de son sac et s'accroupit pour fouiller dedans.
-Regarde. J'ai une pièce de 5 centimes de franc. Une bague en plastique rose. Un p'tit bonhomme qui ressemble à Buzz L'Éclair, mais c'est pas lui... Enfin je crois. J'ai des fils de laine et une pierre magique !
Il s'assit sur son banc en secouant la tête. Elle se releva et tourna sur elle-même.
-J'ai une jupe noir, un tee-shirt rose et un autre bleu, énuméra-t-elle sur un ton enfantin, une robe orange, un pantalon vert, un gilet jaune, un sous pull violet et mon sweet rouge. J'ai mes chaussures aux couleurs de l'arc-en-ciel. Et là dans ma poche, j'ai un crayon pour les yeux et un briquet, finit-elle en allumant une flamme qui faisait briller ses yeux.
Il se rendit compte que c'était la première fois qu'il voyait une lueur dans ses yeux.
-Arrête, c'est stupide. On a rien.
-Mais-
-Nan, arrête. C'est stupide. T'as deux-trois babioles, mais c'est rien ça. On a rien, et de toute façon, on devait pas être là... C'est tout, chuchota-t-il.
Elle baissa la tête et se tint immobile. C'était peut-être la première fois, pensa-t-il, qu'il la voyait ne pas s'agiter dans tous les sens et sans sourire. Il l'avait peut-être vexée, ou blessée, même. Il se mordit la lèvre inférieure.
Et puis elle releva la tête avec un gigantesque sourire dévoilant ses petites dents alignées.
-T'as raison on a rien.
Et son sourira sonnait tellement faux.
-J'ai deux-trois babioles comme tu dis, mais c'est rien.
Elle se mit à sautiller vers son sac, et il voyait que ses pas soi disant enjoués étaient trop exagérés pour qu'il fasse vrai. Elle se mit alors à farfouiller dans son trop grand sac, et en sortir un paquet de cigarettes qu'il ne lui connaissait pas. Elle alluma une Malboro avec son briquet, et elle soupira de satisfaction derrière son sourire factice. Et puis elle se mit à sortir frénétiquement toutes ses babioles de son sac et à les énumérer trop rapidement.
-Cette pièce, c'est mon grand-père qui me l'a donné y a deux ans. Pour que j'aille m'acheter des bonbons. Il a oublié que ça marchait plus les francs, et qu'à 15 ans, tu t'en fous des bonbons.
Son sourire restait, mais ses yeux étaient noirs. Elle était debout, et elle sortait des trucs de la main droite de son sac, de l'autre main, elle tenait sa clope sur laquelle elle tirait trop longtemps.
-La bague, c'est un cadeau de ma meilleure amie.
Il vit que sa main qui tenait sa cigarette tremblait.
-Je jouais avec ce petit bonhomme le samedi après-midi avec ma mère. Les fils de laine, c'est à Marguerite, la pute de Pigalle qui m'a fait mes atebas. La pierre magique, c'est mon frère qui l'a offert sur son lit, quand il était à l'hôpital. Mes fringues, je les ai acheté avec le fric de mon anniversaire y un an et demi. Ce sac-
-Arrête, j'ai-
-Nan ! Ce sac, c'est ma grand-mère qui me l'a achetée, et tous ces grelots dessus, je les eu avec le lapin Or de Lindt, pour Pâques.
Elle se tut un instant, pour tirer trois ou quatre lattes à la suite. Elle souriait encore un peu, mais c'était juste pour la forme. Ses yeux brillaient d'une lueur étrange. Elle jeta son mégot sur les rails, et se retourna vers lui.
-Tu vois-
-Arrête, c'est bon, j'ai compris ! Excuse-moi...
-Nan, arrête-toi ! Tais-toi ! Tu vois, j'ai pas rien. J'ai des amis, même s'ils ont pas de toit pour moi et que je les vois pas souvent. Mais c'est mes amis quand même. J'ai toutes mes babioles qui sont des souvenirs, d'avant. Et puis j'ai mon sourire, et j'arrive à nous avoir un sandwich avant 5heures du mat'. J'ai-
Elle ne souriait plus du tout, et elle commençait à s'agiter et à crier. Il se rendit compte que son crayon noir coulait et que c'était sûrement dû à l'humidité de ses yeux. Et puis d'un coup, il la trouva tellement petite, fragile et vulnérable, elle qui paraissait si forte et qui passait par-dessus tous les obstacles avec son seul sourire.
-Arrête ! Calme toi ! J'ai compris.
Il se leva et voulut se rapprocher d'elle pour la prendre par les poignets, mais elle se recula et elle finit sous la pluie.
-Me touche pas ! Arrête de t'approcher de moi, lâche- moi ! Regarde ! J'ai des tonnes de choses ! En plus, moi j'ai la liberté ! Personne pour me dire de ne pas aller sous la pluie, personne pour me dire de me couvrir parce qu'il fait froid, personne pour m'empêcher d'aller à la gare à deux heures et demi du matin, avec un mec pas plus majeur que moi. Personne pour me dire de faire attention à moi. Personne, tu vois, j'ai personne... C'est déjà beaucoup...
Elle hurlait presque sous la pluie glacée du petit matin, mais elle finit à genoux, la voix pleine de sanglots, dans une flaque d'eau boueuse, ses cheveux multicolores lui collant au front.
-C'est bien, non ?Personne...
Il s'était déjà précipité à ses côtes pour la prendre dans ses bras, et lui chuchoter à l'oreille des paroles qu'il se voulait rassurantes
-T'as raison, on a pas rien. Mais ça va quand même.
Il la serrait contre son torse, et son corps à elle, était secoué de sanglots.
-Tu m'as moi, je suis là. Et moi, je t'ai toi. Et ton sourire. Heureusement. Et puis, ça ira, ne t'inquiète pas.
Ses larmes se mélangeaient aux gouttes de pluie.
-On tiendra tous les deux, et on continuera à sourire, et à passer par dessus tout. Ça ira.
Et le train entra en gare.
(Un jour, j'aurais une autre citation pour vous. Mais elle est chez mon père, sur un post-it au dessus de mon ordinateur...
Voici donc le truc écrit en cours de ses. & ça me rappelle quand je déteste quand on vient me voir & qu'on me demande ce que je suis en train de faire quand j'écris en cours. Je m'emmêle alors dans des explications gênés, et je cache ce que je fais. Comme quand mon petit frère de 11ans, m'a demandé pourquoi je ne faisais jamais lire ce que j'écrivais. Peut-être, parce tous mes textes me ressemblent trop. & que faire lire mes textes à des gens que je connais serait exposer qui je suis réellement. C'est hors de question.)