« Retour au blog de benmerdexunange

21.

Sucreries amères (&étoilées)


Chocolat. Des tonnes de chocolat. Partout. Des miettes de chocolat dispersées entre les feuilles raturées, les stylos qui ne marchent même plus, entre les tasses de thé et de café vides depuis longtemps, entre les cendres de cigarette et les bouteilles d'alcool pas toujours vides. Du chocolat partout dans ce bordel humain. Dans son bordel à lui. De la musique s'échappe de la chaîne hi-fi posée sur deux piles de livres et de magazines. Des mélodies de piano lentes, et des voix nasillardes par dessus qui donnent envie de pleurer. Et du chocolat, son chocolat parmi tout ça. Du blanc, du noir, au lait, avec des noisettes ou de la praline. Sous toutes ses formes ; des vieux pots de glace chocolat pépites de chocolat, des papiers de tablettes, des sacs vides de macarons, et des papiers brillants. Une casserole vide qui a contenu du chocolat chaud dans l'évier par-dessus des assiettes encore pleine de chocolat fondu.
Et lui, il est là, au milieu du salon, emmitouflé dans des dizaines de couvertures sombres. Il finit lentement un cookie au chocolat, les yeux fermés pour apprécier sa dernière bouchée. Il augmente le volume de la musique, et s'enfonce un peu plus dans ses cousins marron, dans ses couvertures sombres, dans son canapé noir. Ses cheveux noirs tombent sur ses yeux, et cachent son visage. Il tâtonne la table basse et attrape son paquet de cigarettes au chocolat.
Du chocolat partout. Considéré comme une source de réconfort par les filles en chagrin d'amour, considéré comme une source de fer pour les médecins qui veulent faire croire à leurs patientes qu'elles n'ont pas pris 10 kilos après les fêtes. Source de conflit quand on empêche son petit garçon de monter sur l'évier pour attraper un carré de chocolat dans le placard. Source de rire quand ce même petit garçon fini sa mousse au chocolat les babines recouvertes de cette sucrerie. Source de plaisir infini quand on se délecte d'un simple petit carré la nuit à trois heures du matin, pour se réconforter du cauchemar qu'on vient de faire.
Il aime le chocolat. Il en mange tout le temps. Et non, il n'est même pas obèse ; se nourrir de chocolat ne l'a jamais fait grossir. Se nourrir tout court n'a jamais réussi à le faire grossir et grandir correctement. Il est trop grand, et trop maigre. Son corps ressemble à une grande baguette flexible, qui risque de s'envoler au moindre coup de vent. Ses côtes ressortent au-dessus de son ventre plat, ses pommettes sont creuses, et ses poignets pointus ; la nourriture ne dure jamais plus de vingt-quatre heures dans son ventre. Et tout le délicieux chocolat qu'il ingurgite pour sa quantité importante en sucre, finit dans le cuvette des toilettes, quand il tousse, pleure et crache son organisme dans les égouts. C'est devenu tellement habituel. Et il continue de manger sa friandise préférée juste pour ne pas cracher de la bile. Juste pour qu'on ne retrouve pas un squelette dans son appartement sombre.

Il pousse la porte d'un coup d'épaule et laisse tomber ses sacs sur le canapé ; des barres chocolatées, et du chocolat en poudre tombent sur le plancher. Il envoie valser ses chaussures, enlève sa stupide casquette noire, et s'affale entre tous ses coussins. Il attrape une couverture, et un petit ½uf de Pâques qui vient de tomber par terre. Il sourit en défaisant le papier brillant ; nous sommes le week-end de Pâques. C'est le meilleur moment de l'année (avec Noël). Tous les beaux chocolats dans leurs beaux papiers colorés sont dans la superette en bas de chez lui. Il jette le papier sur la table, et casse l'½uf en plusieurs petits morceaux. Il regarde longtemps sa main blanche qui contient les petits éclats de bonheur avant d'en choisir un et de le glisser entre ses lèvres. Il laisse le morceau fondre sa langue, avant de mâcher les derniers petits morceaux et de tout avaler. Sa langue a un goût sucré et... Il a envie de vomir. Il lâche précipitamment le chocolat qui s'éclate en plus petits morceaux sur le sol foncé, et se dépêche de foncer vers les toilettes, sa couverture enroulée maladroitement autour de lui. Il tombe à genoux devant la cuvette blanche, et son corps se contracte, avant que tout son estomac se vide. Il tremble, et des larmes coulent sur ses joues faisant couler le crayon qui entourait ses yeux chocolat. Il tousse un peu, et s'assoit à côté des toilettes après avoir tiré la chasse d'eau. Il a encore le gout sucré du chocolat au fond de sa gorge ; c'est désagréable.

Encore une fois, il est affalé dans son canapé. Il ne sait pas l'heure ; déconnecté du temps, de l'espace. Il n'a rien mangé depuis deux jours ; peut-être plus, peut-être moins. Il a poussé tout le chocolat dans un coin de la cuisine à côté de la gazinière en panne. Il boit du thé, du café avec du sucre, pour ne pas s'évanouir. Il a ouvert les fenêtres pour faire sortir l'odeur du chocolat de son petit appartement, et il a jeté ses cigarettes dans le vide ordure, avant de tout mettre sans dessus dessous pour trouver un vieux paquet de Malboro. Il est enfoui encore une fois entre ses couvertures ; il a froid. L'air passe par les volets, par les rideaux, et depuis qu'il a arrêté de payer le gaz, les radiateurs ne marchent plus. Il enfonce sa tête dans l'amas de couvertures et de coussins, avant que ses yeux ne se mettent à le piquer méchamment. Il s'empresse de chercher son paquet de cigarettes, et il tombe sur un petit sachet de cigarettes à rouler. Le paquet est à l'autre bout de la pièce. Il attrape le sachet, et ses mains tremblent quand il effrite le tabac. Il se concentre pour ne pas penser à autre chose. Il pose le filtre sur le fin papier, il pose le tabac, et presse la cigarette entre ses doigts fins. Il humecte ses lèvres, et colle enfin le petit papier avant de l'allumer fébrilement. Quand il expire une première taffe, de grosses larmes coulent sur ses joues. Il lui manque des framboises.

Il a besoin de sucre naturel, il a besoin de soleil dans sa gorge quand il croquera dans un fruit rouge. Il a besoin de couleurs autres que celles des papiers de chocolat. Il a besoin de soleil, de vie ; il veut des framboises.
Il a besoin de lui. Il a besoin de son soleil, il a besoin de sa couleur, de sa chaleur. Il a besoin de son rire, de son sourire, de ses bras chaleureux. Il a besoin de son amour en couleur. Il a envie que ce soit comme avant, quand il plongeait son visage à lui dans son bol de chocolat et qu'il le regardait mettre une framboise à chaque bout de doigts consciencieusement pour mieux les manger. Il a envie de le voir revenir de l'épicerie avec son chocolat pour lui, et ses framboises pour lui. Il a envie de partager son chocolat aux framboises. Il a envie qu'il lui mette un bout de gâteau framboise chocolat dans sa bouche. Il a envie de ses baisers à la framboise. Il veut son frère à la framboise, il veut sa vie, il veut son soleil. Il a besoin de son amour...

Il a ouvert ses volets, et a nettoyé son petit appartement. Il a enfermé toute trace de chocolat dans sa grosse boîte. Il a nettoyé le sol chocolaté, sa table saupoudrée de chocolat, ses assiettes encore crémeuses de chocolat. Il a tout nettoyé, et son appartement sent les fleurs ; un début de soleil, celui qui annonce les framboises. Il a rangé son chocolat et ses souvenirs ; quand un jour, tout s'est déroulé trop vite, et que les framboises sont parties. Qu'il avait crié un peu trop fort, et qu'il s'était effondré sur le canapé ; il ne croyait plus en eux. Le chocolat et la framboise ne vont pas ensemble il lui avait dit, ça n'a aucun sens. Il lui a sangloté qu'ils n'avaient rien en commun, qu'ils n'avaient rien à faire ensemble, que c'était impossible. Juste parce qu'il n'arrivait plus à se souvenir quel goût avait la framboise, juste parce qu'il avait l'impression que son soleil ne le réchauffait plus assez, juste parce qu'il lui manquait. Il avait bouché ses oreilles quand il avait tenté de lui expliquer le pourquoi du comment, et il l'avait repoussé quand il avait tenté de le rassurer. Casse-toi. Alors son soleil, sa vie, son amour s'était redressé brusquement. Ses yeux étaient devenus noirs, ils brillaient beaucoup. Il avait attrapé son sac, et la porte s'était fermé. Depuis que son soleil était parti, il avait tout le temps froid, son appartement était triste et sale, et il n'ouvrait plus ses volets. Les framboises étaient parties, et il s'était noyé dans son chocolat.

Il cherche dans son armoire un tee-shirt un peu coloré, pour aller avec cette belle journée ensoleillé. Il ne trouve que du noir, du marron, du gris. Et puis il tombe sur un tee-shirt rouge framboise ; c'était son préféré avant. Il soupire un peu et l'enfile malgré tout. Il aimerait faire bonne figure, et ne pas paraître pour un zombie comme d'habitude. Il coiffe ses longs cheveux noirs, se maquille les yeux, et enfile une jolie veste noire sur son teeshirt. Il enfonce tout de même sa casquette sur ses yeux. Il essaye de se sourire devant la glace ; ça ressemble à une grimace. Au bout de plusieurs minutes, ça ressemble plus à un sourire. Il n'a tplus tellement l'habitude.
Il attrape un sac, ses clés, et il sort de chez lui. Un frisson le parcourt quand il aperçoit la rue bondée ; d'habitude il sort à l'heure du dîner quand il n y a presque plus personne dans les rues, pas un jour de marché. Il a peur, et son ventre se tord un peu. Il se demande si c'est une bonne chose de sortir maintenant. Il se sent mal dans son tee-shirt rouge et il a envie de se décomposer sur place. Et puis la porte du hall s'ouvre, et son voisin la lui tient en souriant. Il se décide à bouger ses jambes et passe devant lui en murmurant un petit merci. Sa voix est éraillée ; il n'a pas parlé depuis trois jours. Le soleil lui tape dans l'½il et pendant quelque seconde, il est aveuglé. Il n'ose plus bouger, les personnes tourbillonnent vite autour de lui. Pour un peu, il se maudirait d'habiter à la capitale. Et puis, il reprend son souffle et avance d'abord lentement entre les rues qu'il connaît bien. Il marche de plus en plus rapidement, et quand il arrive devant chez la petite épicerie, il a la tête haute, et ses yeux brillent un peu. Il s'arrête devant la devanture du magasin, et il papillonnent des yeux quand il aperçoit les belles framboises rouges à travers la vitrine. Elles sont bien grosses, bien rouges, et elles brillent un peu. Il pousse doucement la porte et un petit gling qui résonne dans la boutique vide avertit le patron de sa présence. Celui-ci relève la tête, et fronce un peu les sourcils quand il voit le jeune homme s'avançer vers lui. Puis il semble le reconnaître, et lui sourit gentiment. Il esquisse alors une grimace qui est censée ressembler à un sourire quand le patron l'interpelle. Bill, ça faisait longtemps, ça va ? Oui, oui. Je te sers quoi ? Deux barquettes de framboise. Les yeux de l'homme brillent un instant, et quand il se penche un sourire est agrafé sur ses lèvres. Il pèse les framboises, et lui demande l'argent. Alors qu'il farfouille dans son porte-monnaie, il entend la porte ouvrir. Il ne relève pas tout de suite la tête cherchant une petite pièce. Je te sers ton chocolat comme d'habitude, Tom ? Il relève la tête et regarde le mur en face de lui, immobile. C'est impossible. Tom ? Il ferme les yeux quelques secondes, et lentement, il pose une dernière pièce sur le comptoir. Le patron lui fait un sourire complice auquel il n'essaye même pas de répondre. Tu ne veux pas de belles framboises ? Non, je n'ai pas très envie, enfin... Tu comprends... Il voit le patron sourire à l'homme qui se trouve derrière lui, et mécaniquement, il attrape son sac que lui tend l'homme devant lui. Il essaye de prendre contenance, et il dit merci. Il range son porte-monnaie dans son sac, et il entend que la boutique est redevenue silencieuse. Il n'a pas très envie de se retourner, il est mort de peur. Le patron le regarde et lui sourit. Il ferme les yeux, et il entend des pas se rapprocher lentement de lui. Bill ? Il lâche toute ses affaires sur le sol ; son sac de framboise, son sac à lui, sa casquette. Des larmes coulent bruyamment sur son visage et il se jette sur la personne derrière lui, faisant tomber à son tour son sac de chocolat. Oh Tom, oh mon dieu. Il n'a jamais été aussi heureux de sentir deux bras chauds serrer son corps, il n'a jamais été aussi heureux de sentir cette odeur de framboise. Il vient de retrouver son soleil, sa vie, son amour. Et leur baiser de retrouvailles a juste un goût salé de larmes étoilées.




(J'aurais voulu que les personnages ne soient pas les jumeaux Kaulitz, mais j'en avais besoin pour écrire cette histoire que je me suis du de poster sur un forum parce que j'avais besoin que quelqu'un le lise. Qu'elle le lise pour se souvenir de nous avant, & pour qu'elle se rende compte. Ça a marché, on s'est reparlé.
Mais au jour d'aujourd'hui, ce texte n'a aucune valeur & ne veut rien dire. Je vous le poste quand même; j'ai aimé l'écrire.)
# Posté le samedi 03 mai 2008 07:42

« Article précédent :

Article suivant : 22. »