Elle se tourne et se retourne dans son lit. Elle ne trouve aucune position confortable pour calmer les gargouillements de son ventre. Alors, elle se lève en silence, et sans allumer la lumière, elle sort de sa chambre, descend doucement les escaliers, sans oublier de ne pas poser le pied sur la cinquième marche, parce qu'elle grince. Elle traverse le salon sur la pointe des pieds et rentre dans la cuisine. Elle ferme précautionneusement la porte, et sans attendre plus longtemps, elle ouvre le premier placard. Elle cherche, faisant tomber les sachets de thé, de sucre. Elle sort deux petits pains au lait, qu'elle s'empresse de dévorer. Ce n'est pas qu'elle a réellement faim, mais elle a cet espèce de noeud dans le ventre, qu'elle tente de faire disparaitre à l'aide de nouriture. Elle farfouille encore dans le placard, puis le ferme. Elle se dirige ensuite vers l'armoire. Elle tourne une fois, deux fois la clé, le plus silencieusement possible, et ouvre la porte doucement, pour ne pas que les grincements affolants reveillent les occupants de la maison. La porte est ouverte, et elle plonge la main dans une boite métallique, en sortant une plaquette de chocolat. Sans attendre, elle déchiquette le papier, partage la plaquette en deux, et en mange une moitié. Elle repose l'autre, et referme le placard. Elle grimace quand un grincement résonne dans le silence de la cuisine. Elle arrête tous gestes, écoutant les bruits autour d'elle. Rien. Elle referme la porte, finit sa demi-plaquette de chocolat, et ouvre le frigo, pour trouver une bouteille d'eau. Avant, elle s'empare de trois petits suisses, qu'elle engloutit en deux temps, trois mouvements. Puis, elle attrape finalement la bouteille de vin, referme le frigo, et sort de la cuisine silencieusement. Elle s'asseoit sur le canapé, et boit la moitié de la bouteille d'alcool, trop froid, qui lui gèle les dents. Elle repose la bouteille sur la petite table en bois, et reste assise, immobile sur ce canapé, dans ce salon froid. Elle ressert ses genoux contre son ventre, entourant ses jambes de ses bras, pour poser sa tête dessus. Elle écoute les bruits de la nuit, et entend au loin l'église sonner 3 heures. Dans trois heures, elle va se lever, seule dans cette grande maison. Elle va prendre une douche froide, faire son sac, et partir au bahut sans avoir mangé, ou même bu quelque chose. Elle va passer une journée monotone, ou elle rira, sourira faussement, répondra que oui, tout va bien. Elle va se goinfrer à midi, parce qu'elle crevera de faim. Et elle rentrera chez elle, elle allumera son ordinateur, et mettra la musique à fond. Elle mangera la moitié de la plaque de chocolat qui reste, et quelques minutes après, elle tatera son ventre gonflé, et se précipitera dans sa salle de bains. Elle se penchera au-dessus de ses toilettes, pour que toute la nourriture disparaisse de son corps. Et vers 3 heures du matin, elle n'arrivera pas à dormir, et elle descendra manger quelque chose dans la cuisine, en buvant un autre alcool... Et le jour suivant, ce sera pareil, et le jour d'après encore...
Il parait qu'elle est rentré dans le cercle infernal de ana-mia, et qu'elle s'en est rendue compte. Mais chez elle, la nourriture c'est compulsif. Elle n'arrive pas à s'arrêter de manger quand elle a commencé. Même quand elle n'a pas faim. Alors, pour évacuer de trop plein de nourriture, elle vomit. Mais il parait qu'elle est seule à s'en rendre compte, que ses amies, sa famille la voit toujours de la même façon. Personne n'a remarqué ses cernes sous les yeux, son teint blanchâtre, ses côtes qui dépassent... Personne n'a remarqué qu'elle est train de mourir lentement...
[Y'a des fois, où t'as l'impression de rien contrôler. Tu vois la bouffe, et tu ingurgites. Tu t'arrêteras pas tant qu'il n'y en aura p'us. C'est compulsif la nouriture chez toi. Et après tu regrettes, et tu as peur d'aller chez le médecin, et de monter sur cette foutue balance. 'T'as grossi' Oui, je sais maman. Pas la peine de me le répéter. J'me sens assez mal comme ça. Et après, tes amies ne comprennent pas que tu refuses de te mettre en jupe, de mettre un haut moulant qui te boudine. Il parait que t'es très jolie, mais tu vois bien que dans leurs yeux, t'es pas comme elles. Et t'es mal, alors tu continues de bouffer...]


