8.

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Tu sais, c'est le genre de mec, sûr de lui, qu'a toujours cinq potes autour de lui, et une fille qui le regarde avec de grands yeux admirateurs. Hein, tu vois? Y'en a forcément un dans la cour de ton lycée. C'est le genre de mec qui sourit tout le temps. Tu sais,qui fait des blagues pourris auxquelles tout le monde rigole parce que c'est lui qui les a dites. C'est le genre de mec qui fait plein de conneries aussi, mais ça fait marrer tout le monde. Pareil. Il fait enrager les profs, se fait virer de cours, mais t'as toujours toute la classe qui se fend la poire. Même si en soit c'est un peu débile comme comportement. Mais bon, c'est le genre de mec qui est trop rebelle en fait. Ouais, il va des fêtes où tout le monde se défonce, boit, baise, et j'en passe. Mais toi tu sais pas, t'es jamais invité, et tu vois ça que dans les séries américaines... Alors t'en déduis que c'est un mec populaire. Celui qu'on interpelle dans les couloirs, celui sur lequel tout le monde se retourne dans le couloir, celui qui arrive bourré en cours et c'est trop marrant, celui reçoit toujours trois sms en une heure, celui qui est toujours bien fringué, celui a qui il arrive toujours plein d'histoires trop cools, celui que tout le monde essaye d'imiter, celui qui est inaccessible, celui qui attire toujours du monde autour de lui.

Puis un jour, t'es assis à ta table, il fait froid dehors. Tu frissones un peu d'ailleurs, ils ont pas augmenté le chauffage et ton bureau est à côté de la fenêtre. Ton prof parle, et t'es fatigué. T'arrives pas vraiment à suivre d'ailleurs. Alors pendant que tu joues avec ton stylo, tu poses ton menton dans ta main, et tu tournes la tête vers la fenêtre. T'observes les gens dehors, rassemblés en petits groupes, qui se resserrent parce que les feuilles marrons tourbillonent dans le vent glacé. Tu laisses ton regard vagabondé sur le macadam gris, et tu l'aperçois dans son gilet à rayures bleues (celui que tous les garçons ont) qui court après la balle, la fait rebondir entre ses mains, prend une grande inspiration, relève la tête, fixe le panier, pousse sur ses pieds et fait un bond magnifique en flanquant le ballon de cuir dans le panier, avant de retomber sur ses deux pieds. Tu le regardes faire un grand sourire aux personnes autour de lui, reprendre le ballon, et repartir de l'autre côté du terrain, ses cheveux blonds s'agitant sur sa nuque bronzée. Ton prof continue de parler, le vent continue de souffler, et toi, tu viens de faire comme tous les autres personnes autour de toi, tu viens de le remarquer, et t'as été ébloui.
# Posté le vendredi 26 octobre 2007 18:29

7.

7.


On était libres. On était jeunes. On était beaux. On souriait tout le temps, et je crois qu'on était heureux. Oui... On était les plus heureux du monde, et rien ne pouvait nous atteindre. Ni les cris trop forts, ni les larmes trop brûlantes... Ni la violence trop importante, ni le mal-être trop destructeur...
Les oiseaux chantaient, le soleil brillait, le ciel était bleu, et nous on était heureux. Comme si on était seuls au monde. Comme si il n'y avait que nous. Et la musique.
On était heureux, hein ? Je me souviens de nos rires, et puis de nos sourires. De nos corps qui s'enfonçaient dans le matelas, et de notre sourire niais dans le noir, avant de partir dans un monde comme dans lequel on vivait déjà.
Oui, osons écorcher vos oreilles et vous faire grimace. Osons la vérité ; on vivait dans un rêve. Et mon dieu que c'était bien... Je voudrais encore goûter à ce plaisir immense d'ouvrir les yeux, de grogner à cause du soleil, et de finalement réaliser que mon rêve continue. Mais que je nage en plein réalité.
Notre réalité était un rêve. Nos rêves étaient notre réalité.
Il était déjà trop tard à ce stade. Quand le songe devenait réel. Quand les fictions dépassaient notre imagination. Il était déjà trop tard. On croyait que ce n'était que le début d'une nouvelle ère. C'était la fin. C'était le début de notre fin.
Des fois, je regrette, je me dis qu'on aurait jamais du commencer, qu'on aurait jamais du signer. Le pacte du diable ! C'était amusant à l'époque d'appeler ce bout de papier comme ça. On signait avec le diable, avec les anges, avec Dieu même s'il le voulait bien ! On s'en foutait, du moment qu'on signait... Maintenant, je réalise. Et le simple souvenir de cette feuille volante me laisse un goût amer dans la bouche. On aurait jamais dû, rien n'aurait dû être réalisé.
Trop tard. Le compte à rebours de notre fin était lancé au moment où le stylo a couru sur la feuille blanche. C'était déjà fini. On avait signé notre mort en même temps que notre naissance. Mais ! Mais comment aurions-nous réussi à ne pas céder à la tentation ?! C'était trop beau ! C'était un cadeau des anges, de Dieu ! qui nous tomber dans les mains. C'était notre rêve le plus fou se voir devenir réalité. Comment fermer les yeux et tout abandonner ?! Comment crier qu'il ne faut rien faire ?! On était encore que des enfants... On était encore naïfs... On avait déjà les étoiles dans les yeux que nos pieds s'enfonçaient dix mètres sous terre...
Et puis... Enchaînés avec des liens d'or, enfermés dans une cage dorée, on a rien vu. Le soleil à brillé, mais nous ne savions pas que nous étions les seuls à le voir. Les oiseaux ont chanté, mais nous ne savions pas que nous étions les seuls à les entendre. Le ciel était bleu, oui. Mais, il n'était chargé que de nuages pour les autres.
Finalement, nous étions seuls, et on ne s'en rendait même pas compte. On était heureux ! On ne nous montrait que notre bonheur, entourés de miroirs. On ne se rendait pas compte... Ne nous blâmez pas, nous ne savions pas...
On ne savait pas que les enfants crevaient seuls dans le froid des rues. On ne savait pas que des hommes mourraient une corde autour du cou. On ne savait pas que des femmes crachaient leur estomac dans la cuvette des toilettes. On ne savait pas que le monde était malheureux... On nous as mis des ½illères, et nous, on n'a rien vu... Croyez-nous, nous ne sommes pas fautifs ! On n'entendait seulement les chants, les cris de joie. On ne voyait que des larmes de bonheur, des étoiles. Autour ? C'était flou. On nous avait interdit de voir, et finalement, on ne se souciait pas plus que ça de la pluie et de l'orage. Le ciel était bleu chez nous...
Ne soyez pas choqués ! C'est la pure vérité... Et je n'ai jamais su qu'elle s'était endormie dans l'eau rouge au son de la musique...
Les gens nous aimaient, et on pensait les aimer aussi. On recevait des cadeaux, on pensait en donner. Les gens étaient heureux. Nous aussi.
Mon dieu, je ferais tout pour revenir en arrière ! Je ferais tout pour ouvrir les yeux, et faire retomber mon sourire. Je ferais tout pour voir le monde tel qu'il était...
Si on m'avait dit, si on m'avait dit... Je ne serais pas là, aujourd'hui, sur le toit de ce petit immeuble au c½ur de la capitale. Je ne serais pas en train de pleurer en regardant les nuages qui cachent la lune. Je ne serais pas là en train de me demander si c'est mieux de me laisser tomber ou de redescendre et de... D'affronter encore le regard des autres ? Qui n'expriment que de la pitié pour ceux qui me reconnaissent, et du mépris pour les autres ? Comment peut-on passer de star internationale adulé de tous à simple jeune adulte, paumé et inconnu aux yeux du monde entier... Comment on a pu se prendre ce mur aussi violement ? Pourquoi on n'a rien vu ?
Pourquoi ? Ce mot tourne dans ma tête et ma tête retombe contre ma poitrine.
Pourquoi je ne suis plus heureux... Pourquoi je n'ai plus le droit aux étoiles... Pourquoi tout est fini... Je croyais que ce serait éternel moi ! Pourquoi on m'a menti...
S'il vous plait. Dîtes-moi pourquoi la musique s'est arrêtée...

[Tokio Hotel ou pas Tokio Hotel? J'voulais pas au début, mais Ich Bin Da passe en boucle alors...]

# Posté le lundi 15 octobre 2007 16:27
Modifié le lundi 15 octobre 2007 17:00

6. (Photo: Toile au musée d'art moderne de Berlin)

6. (Photo: Toile au musée d'art moderne de Berlin)


Il s'avance, ou plutôt se traine doucement dans l'obscurité des rues étroites.
Et puis, la lumière d'un lampadaire finit par se poser sur lui.


Petite ombre.

Il reste quelques instants à se regarder, à se fixer, là sur le béton.


Tache d'encre noir sur le papier blanc. Ombre noire sur la lumière jaune.
Petite ombre.
Petite, petite, petite... Où qu'il avance, c'est petite ombre.
Petite, petite, petite... Toujours petite...

Petite ombre, parce qu'elle ne gêne pas vraiment. Petite ombre, parce qu'on a tendance à l'oublier. Petite ombre, parce qu'elle se faufile partout. Petite ombre, parce qu'elle ne fait pas peur.

Petite ombre, parce que demain, elle aura encore retreci.
Parce qu'un jour, il n'en restera plus qu'un petit point. Toute petite ombre.
Et puis, un jour, rien du tout. Pas d'ombre du tout.

Petite ombre. Grand coeur.
Petite ombre. Grande tristesse.
Petite ombre. Grand gouffre de desepoir.

Et puis ses yeux se ferment. Et s'ouvrent.
Pour regarder l'obscurité, pour s'intimer l'ordre d'y avancer.


Obscurité.
Pour qu'on l'oublie. Pour qu'on oublie qu'il n'est qu'une petite ombre...

Les happy end n'existe que dans les chansons, dans les livres, à la télé.
Sur Terre, petite ombre finira les yeux exorbités, la bouche ouverte, le corps mou au coin d'une ruelle.
Une seringue de lumière dans le bras.

# Posté le dimanche 07 octobre 2007 08:53
Modifié le vendredi 14 décembre 2007 12:17

5. (Ce blog est un dépotoire.) (Photo: Par mon petit frère dans la voiture Berlin/Postdam)

5. (Ce blog est un dépotoire.) (Photo: Par mon petit frère dans la voiture Berlin/Postdam)
Ana-Lou > Merci :')















Regarde ! Regarde autour de toi !
Regarde la pluie tomber. Ouvre la bouche et avale les larmes du ciel. Regarde les gens se presser autour de toi. Relève la tête. Regarde le ciel blanc. Regarde le ciel gris. Regarde le ciel noir. Regarde les étoiles briller un peu plus. Regarde ces petits morceaux d'or. Tends la main, essaye de les attraper. Trop tard, regarde le soleil qui se lève déjà. Regarde les lambeaux de nuages roses. Essaye de les manger. Regarde la lumière, plisse tes yeux. Regarde, regarde. Regarde la terre s'éveiller. Entend les oiseaux, les humains. Regarde. Regarde le monde vit. Tant pis si toi t'es déjà sous terre, le monde vit. Sans toi.
# Posté le mercredi 03 octobre 2007 12:44
Modifié le vendredi 14 décembre 2007 12:18

4. (Vidéo: Nobody's Home-Avril Lavigne)

Non, mais regardez-là.
Allez-y, tournez la tête. Regardez son visage... Regardez ses joues humides, ses grands yeux noirs qui se ferment peu à peu. Regardez ses mains écorchées, ses vêtements humides... Regardez là. Elle est encore jeune, vous le voyez. Ou vous ne voulez pas voir. Vous ne voulez pas savoir. Oui, elle est jeune, et elle ne devrait pas être assise sur ce trottoir, la capuche enfoncée sur ses cheveux. Elle ne devrait pas tendre la main à ces passants, les regarder avec peine. Elle ne devrait pas être ici, sous la pluie à attendre on ne sait quoi.
Regardez-là ! Adressez lui un signe. Un regard, un geste de la main. Une pièce si vous êtes vraiment généreux. Mais montrez lui qu'elle existe. Montrez qu'elle n'est pas un fantôme. Montrez-lui qu'elle n'est pas encore invisible, et qu'il y'a toujours un espoir.
Elle vous croira, elle vous écoutera. Elle est fatiguée, mais elle veut bien écouter vos contes, farfelus ou non. Montrez lui l'arc-en-ciel, montrez lui les étoiles, montrez lui le soleil. Elle a oublié ce que c'était... Inventez lui des histoires de princesses et de crapauds, inventez lui une vie, elle vous suivra, elle vous croira, elle reprendra goût à sa propre vie. Faites lui un peu oublier son désespoir, et vous verrez peut-être apparaître ce sourire que vous attendez tant.
Montrez-lui que la vie est belle. Elle en a besoin.


Tous les passants passent devant moi sans me jeter un regard. Je m'efface, je deviens invisible, je suis peut-être déjà un fantôme. Je suis peut-être morte pour de vrai, et je ne m'en suis pas rendue compte. Je me suis peut-être endormie les yeux ouverts. Je vais rester là toute ma vie, je vais regarder passer ces gens devant mon nez, sans bouger. Et peu à peu, peut-être mon esprit s'endormira lui aussi. Peut-être...
# Posté le jeudi 30 août 2007 15:51
Modifié le vendredi 14 décembre 2007 12:21