On était libres. On était jeunes. On était beaux. On souriait tout le temps, et je crois qu'on était heureux. Oui... On était les plus heureux du monde, et rien ne pouvait nous atteindre. Ni les cris trop forts, ni les larmes trop brûlantes... Ni la violence trop importante, ni le mal-être trop destructeur...
Les oiseaux chantaient, le soleil brillait, le ciel était bleu, et nous on était heureux. Comme si on était seuls au monde. Comme si il n'y avait que nous. Et la musique.
On était heureux, hein ? Je me souviens de nos rires, et puis de nos sourires. De nos corps qui s'enfonçaient dans le matelas, et de notre sourire niais dans le noir, avant de partir dans un monde comme dans lequel on vivait déjà.
Oui, osons écorcher vos oreilles et vous faire grimace. Osons la vérité ; on vivait dans un rêve. Et mon dieu que c'était bien... Je voudrais encore goûter à ce plaisir immense d'ouvrir les yeux, de grogner à cause du soleil, et de finalement réaliser que mon rêve continue. Mais que je nage en plein réalité.
Notre réalité était un rêve. Nos rêves étaient notre réalité.
Il était déjà trop tard à ce stade. Quand le songe devenait réel. Quand les fictions dépassaient notre imagination. Il était déjà trop tard. On croyait que ce n'était que le début d'une nouvelle ère. C'était la fin. C'était le début de notre fin.
Des fois, je regrette, je me dis qu'on aurait jamais du commencer, qu'on aurait jamais du signer. Le pacte du diable ! C'était amusant à l'époque d'appeler ce bout de papier comme ça. On signait avec le diable, avec les anges, avec Dieu même s'il le voulait bien ! On s'en foutait, du moment qu'on signait... Maintenant, je réalise. Et le simple souvenir de cette feuille volante me laisse un goût amer dans la bouche. On aurait jamais dû, rien n'aurait dû être réalisé.
Trop tard. Le compte à rebours de notre fin était lancé au moment où le stylo a couru sur la feuille blanche. C'était déjà fini. On avait signé notre mort en même temps que notre naissance. Mais ! Mais comment aurions-nous réussi à ne pas céder à la tentation ?! C'était trop beau ! C'était un cadeau des anges, de Dieu ! qui nous tomber dans les mains. C'était notre rêve le plus fou se voir devenir réalité. Comment fermer les yeux et tout abandonner ?! Comment crier qu'il ne faut rien faire ?! On était encore que des enfants... On était encore naïfs... On avait déjà les étoiles dans les yeux que nos pieds s'enfonçaient dix mètres sous terre...
Et puis... Enchaînés avec des liens d'or, enfermés dans une cage dorée, on a rien vu. Le soleil à brillé, mais nous ne savions pas que nous étions les seuls à le voir. Les oiseaux ont chanté, mais nous ne savions pas que nous étions les seuls à les entendre. Le ciel était bleu, oui. Mais, il n'était chargé que de nuages pour les autres.
Finalement, nous étions seuls, et on ne s'en rendait même pas compte. On était heureux ! On ne nous montrait que notre bonheur, entourés de miroirs. On ne se rendait pas compte... Ne nous blâmez pas, nous ne savions pas...
On ne savait pas que les enfants crevaient seuls dans le froid des rues. On ne savait pas que des hommes mourraient une corde autour du cou. On ne savait pas que des femmes crachaient leur estomac dans la cuvette des toilettes. On ne savait pas que le monde était malheureux... On nous as mis des ½illères, et nous, on n'a rien vu... Croyez-nous, nous ne sommes pas fautifs ! On n'entendait seulement les chants, les cris de joie. On ne voyait que des larmes de bonheur, des étoiles. Autour ? C'était flou. On nous avait interdit de voir, et finalement, on ne se souciait pas plus que ça de la pluie et de l'orage. Le ciel était bleu chez nous...
Ne soyez pas choqués ! C'est la pure vérité... Et je n'ai jamais su qu'elle s'était endormie dans l'eau rouge au son de la musique...
Les gens nous aimaient, et on pensait les aimer aussi. On recevait des cadeaux, on pensait en donner. Les gens étaient heureux. Nous aussi.
Mon dieu, je ferais tout pour revenir en arrière ! Je ferais tout pour ouvrir les yeux, et faire retomber mon sourire. Je ferais tout pour voir le monde tel qu'il était...
Si on m'avait dit, si on m'avait dit... Je ne serais pas là, aujourd'hui, sur le toit de ce petit immeuble au c½ur de la capitale. Je ne serais pas en train de pleurer en regardant les nuages qui cachent la lune. Je ne serais pas là en train de me demander si c'est mieux de me laisser tomber ou de redescendre et de... D'affronter encore le regard des autres ? Qui n'expriment que de la pitié pour ceux qui me reconnaissent, et du mépris pour les autres ? Comment peut-on passer de star internationale adulé de tous à simple jeune adulte, paumé et inconnu aux yeux du monde entier... Comment on a pu se prendre ce mur aussi violement ? Pourquoi on n'a rien vu ?
Pourquoi ? Ce mot tourne dans ma tête et ma tête retombe contre ma poitrine.
Pourquoi je ne suis plus heureux... Pourquoi je n'ai plus le droit aux étoiles... Pourquoi tout est fini... Je croyais que ce serait éternel moi ! Pourquoi on m'a menti...
S'il vous plait. Dîtes-moi pourquoi la musique s'est arrêtée...
[Tokio Hotel ou pas Tokio Hotel? J'voulais pas au début, mais Ich Bin Da passe en boucle alors...]