Tu as traversé les rues vides, seulement éclairées par les lampadaires, et tu as attendu le bus, appuyé contre le mur. Il est arrivé, tu as cherché ta carte dans ta poche, et quand tu as relevé la tête, tu as vu le monde. Un sentiment de peur t'as traversé tout le corps, et tu t'es forcée la main pour rentrer dans le bus. Tu as validé ta carte, et les bras ballants tu es restée à côté du conducteur sans rien faire. Et soudain, une voix t'as interpellé. Tu as sursauté, et ton ventre s'est tordu. Tu as reconnu T. dans le fond qui t'invitait à t'asseoir à côté d'elle. Tu as essayé de lui sourire, et tu as remonté l'allée du bus. Lentement, et ça t'as semblé prendre des heures. Quand tu es arrivée à côté d'elle, tu as mis un temps fou à t'ordonner de t'asseoir. D'ailleurs T. l'a remarquée, et t'as lancé un regard bizarre. Et après, elle t'as parlé doucement. T'as compris qu'elle avait pitié de toi, et que c'était pour ça qu'elle t'avait invité à t'asseoir avec elle. En plus, il y'avait tous ses amis autour qui te regardaient comme si tu sortais autre monde. Heureusement, le bus s'est arrêté, et elle est sortie avant toi à son lycée. Toi, tu avais encore quinze minutes, toute seule. Alors tu t'es recroquevillé sur toi-même, pour prendre le moins de place, pour ne pas gêner les personnes à côté, et éviter tout contact, et tu as ressorti le ipod M. et tu as mis le son au maximum. Mais le temps pour aller jusqu'au lycée t'as semblé interminable, et peu à peu, le bus se remplissait de personnes. Et quand il s'est arrêté devant le lycée, tu as presque couru dehors, comme si rester un peu plus longtemps te privait un peu plus d'oxygène. Tu as longtemps respiré l'air froid, en plein milieu du trottoir. Et quelqu'un t'as bousculé, et la peur a refait surface, et t'as envoyé une décharge dans tout le corps. Tu t'es alors dépêchée de rentrer dans le lycée, la tête baissée, les mains dans les poches. Et puis quelqu'un de ta classe t'as interpellé, et est venu vers toi pour te dire bonjour. I. t'as fait la bise, et t'as demandé pourquoi tu étais partie et pourquoi tu n'avais pas été là de la semaine. Elle t'a dit que tu semblais fatiguée et elle espérait que ça allait. Tu n'as pas su quoi répondre, et tu es restée de marbre devant elle. Heureusement, M. est arrivé, t'as serrée le bras, et à dit à I. que tu avais été très malade, que oui, t'étais encore fatiguée. Il a dit qu'il voulait te parler, et t'as ainsi éloigner de I. qui ne comprenait rien à la situation. Tu as alors tourné la tête vers lui, et tu lui a soufflé merci. Il t'a dit de rien, c'est normal. Tu es en quelle salle ? Tu as répondu à sa question, et il t'a dirigé vers le bon bâtiment. Instinctivement, tu as accroché ta main à son bras et tu es sûr de l'avoir vu sourire. Vous êtes rentrés dans le hall, et tout d'un coup, la sonnerie a retenti et tout le monde s'est précipité derrière toi. Tu sentais les gens affluer, et tu les entendais parler fort. Tu sentais leurs corps contre le tien, et tu es restée immobile en plein milieu, les yeux fermés, la mâchoire crispée. La peur faisant le tour de ton corps, parcourant tes veines. M. a tout de suite compris, et t'as poussée sur le côté, et s'est mis face à toi de telle sorte que personne ne puisse te toucher. Tu es resté cependant crispée, sans bouger, et ce jusqu'après que la sonnerie retentisse et que plus personne ne soit dans le hall. Tu as alors poussé un gros soupir, et tu as vu M. en face de toi, son visage à quelques centimètres du tien. Ses longs cheveux bruns se mélangeaient au tien, et il t'a fait un grand sourire que tu as essayé de lui rendre, avant de te serrer contre lui. Au moins, comme ça tu n'avais pas peur. Tu as pensé à cette relation bizarre que tu avais avec lui. C'était un peu le mec qui te sauvait la vie à chaque fois, qui était là tout le temps, et qui savait te protégeait. Tu ne parlais pas beaucoup, et lui non plus, mais sa présence suffisait à l'apaiser. Et t'as réussis à lui dire qu'un seul mot, là, blotti contre lui, le visage dans son cou merci. Il a souri, tu l'as senti, et t'as écarté un peu de lui. Il faut aller en cours, tu viens?