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I won your heart in a pack of breakfast cereales


« J'ai gagné ! » hurla-t-il, en écartant les bras vers le plafond.
Lukas qui dormait dans le canapé sursauta et faillit tomber par terre. « Putain, Bill, c'est quoi ton délire là... » marmonna-t-il en passant la main dans ses cheveux déjà ébouriffés.
« J'ai gagné » répéta son colocataire, en dansant sur une musique imaginaire.
Lukas le regardait comme si ce grand maigre, avec des cheveux noirs encore plus ébouriffés que lui venait de mars. Il se redressa sur le canapé, et s'alluma une cigarette.
« T'as gagné quoi au juste ? »
Le brun continua de danser encore un peu sur la petite table du salon, et puis expliqua avec un grand sourire à l'autre encore endormi qu'il avait gagné un stupide concours de céréales.
« Et tu t'excites juste parce que t'as gagné un mug en céramique, avec la marque décalcomanié dessus ? »
Bill fronça les sourcils devant le cynisme de Lukas. Ce mec n'était vraiment pas drôle ; un vrai rabat-joie, qui traînait en jean déchiré et tee-shirt informe toute la journée et qui se plaignait de tout, continuellement. Du soleil, de la pluie, des pâtes trop chaudes, des glaces trop froides, du son trop fort au cinéma, et de ses enceintes qui n'envoyaient jamais assez de puissance. Il détestait tout le monde, et parfois Bill avait envie de le détester aussi. Mais ils faisaient les mêmes études à l'université, et c'était son colocataire depuis deux ans, et Bill aimait à croire que si ces derniers temps, il se plaignait moins, c'était grâce à lui.
« J'ai pas gagné un mug, espèce de débilos. » répondit-il en lui mettant une petite tape derrière la tête. Il piqua une cigarette dans son paquet, et s'enfonça confortablement dans le canapé –encore tout chaud de la sieste de Lukas- , un espèce de sourire béat à deux balles sur les lèvres.
« J'ai gagné un voyage au paradis »
« Ok, maintenant, ils te font cadeau de la mort dans les paquets de céréales. Faut qu'on arrête d'en acheter, c'est plus possible sinon ! »
Bill soupira. En plus d'avoir un coloc' –et un ami- rabat-joie, ce dernier avait un humour plus que douteux.
« J'ai gagné un voyage aux Maldives ! »
« Et après c'est toi qui me répètes que j'ai un humour bizarre... Pff. »
« Mais c'est pas une blague. Tiens regarde, j'ai reçu une lettre. » Il lui tendit la feuille de papier, comme preuve de son gain. Lukas la lut entièrement, même les petits caractères en bas de la feuille qu'on oublie toujours de lire. Et quand finalement, il la rendit à Bill, ce fut pour dire ;
« Putain, espèce de veinard, ça me ferait pas de mal des vacances. »
Bill leva les yeux aux ciels. Dans le langage Lukas, cette phrase signifiait ; Oh, mais Bill, je suis tellement heureux pour toi ! J'espère que t'en profiteras bien de cette semaine au Maldivres, ça va te reposer toi qui travailles tellement ! Allez, fonce faire tes valises !
Bill se sourit à lui-même, donna une tape dans le dos de son colocataire, et partit dans sa chambre pour visualiser où est-ce que c'était vraiment les Maldives et prévenir Kristen par la même occasion.


Quand il avait participé à ce concours, c'était juste un délire avec sa petite s½ur, Kristen. Bill était venu passer les vacances de Noël chez ses parents, et un matin, (ou plutôt un après-midi), alors qu'ils venaient de se réveiller, ils étaient restés comateux devant la boîte de céréales, à déchiffrer ce qui y était écrit. Et puis, ils avaient chacun relu trois fois l'inscription qui indiquait qu'il était possible de gagner 100 voyages pour les Maldives ; il y avait même une petite photo de plage et de cocotier sur le paquet. Et un jour, où sa s½ur devait être plus réveillé que les autres matins, elle lui dit qu'il pouvait toujours participer à ce concours. Kristen n'était pas encore majeure, à son plus grand malheur, et ne pouvait donc pas participer mais elle s'était dit que si Bill participait, ou plutôt que si elle le forçait à participer, et qu'il gagnait, il était obligé de l'emmener, puisque c'était grâce à elle qu'il avait participer. Bref. Bill, comme tout le monde, ne croyait pas à la chance, et cette histoire de tirage au sort, il n'y croyait pas non plus. Il avait décidé qu'il n'était pas bon au jeu, alors pourquoi forcer le hasard ? Ces inscriptions multiples de gain par la chance, ils passaient devant sans même regarder. Pour lui, ce n'était que des attrapes nigauds, qui coûtaient trop d'argent au contribuable pour des choses inaccessibles. C'était à peu près ce qu'il avait débité à Kristen, et elle lui répondit qu'il se faisait trop influencer par le cynisme et la mauvaise foi de Lukas.
Et puis, elle lui avait balancé d'autres arguments, qui devaient sûrement être honnêtes, et totalement véritables, mais il n'arrivait pas à s'en souvenir.
Quoiqu'il en soit, elle avait réussi à ce que son grand frère adoré participe, pour que si il gagne, elle puisse avoir sa place dans l'avion à côté de lui. Il avait conclu un pacte, et Bill avait envoyé une lettre avec trois timbres dedans, et ses coordonnées.
Et maintenant, il avait gagné, et il allait passé deux semaines avec sa petite s½ur de 16 ans, aux Maldives.
Ce que femme veut, Dieu le veut.


« Allo Kristen. »
« Ta gueule Max ! »
« Euh... Kristen ? »
« Ouep ? Qu'est-ce qu'il se passe Billouchounet ? »
Il fronça le nez à ce surnom totalement débile. « M'appelle pas comme ça. J'te dérange pas ? »
« Nan, nan ! J'suis avec mes potes. »
« J'espère que vous faîtes pas trop de conneries. »
« C'est pas parce que t'as quatre ans et demi de plus que moi, que tu dois faire le grand frère responsable et tout hein ! J'les ai vu les bouteilles de vodka chez toi ! »
Bill rit quand il entendit les cris des amis de Kristen qui hurlait comme des gorets en arrière-plan « Quoi ? De la vodka ? Où ça ? » Il les connaissait tous, et il connaissait assez bien sa s½ur pour savoir que c'était une bande bien soudée, qui faisait attention à chacun, sans laisser passer les débordements inacceptables.
« Ouais, non, j'fais pas mon grand frère responsable, t'inquiète pas. Par contre, j'fais mon grand frère majeur dont sa petite s½ur profite. » Il sourit dans le combiné.
« Tu m'expliques la différence. »
« Tu vas devoir être sage, parce que tu comprends, les parents vont me demander un rapport au retour, et tu sais que j'aime pas leur mentir. » Il faisait les cent pas dans la chambre, en ajoutant des mimiques exagérées à ses paroles. « Parce que tu vois, pendant une semaine, tu vas être sous ma responsabilité, la mienne ! , et ça m'embêterait qu'il t'arrive quelque chose, ou que tu fasses la conne et que ça retombe sur ma pomme. »
« De quoi tu parles ? »
« Je disais que tu devras être bien sage pendant la semaine qu'on passera aux Maldives, parce que sinon... » Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, sa s½ur lui avait déjà percé le tympan en hurlant tout ce qu'elle pouvait.
Bill décolla quelque peu le téléphone de son oreille, et attendit que les cris se calment. Un des amis de Kristen prit sûrement son téléphone des mains, et s'adressa à Bill.
« Coucou ! » C'était Ida, la meilleure amie de Kristen. « Je crois qu'elle est pas en état de te parler là. Elle... euh... Elle arrête pas de hurler, de sauter dans tous les sens, et de courir partout. Bill, tu lui as dit quoi ? Qu'elle allait épouser Johnny Depp ? »
« Malheureusement non » rit Bill. « Juste de lui annoncer que j'avais gagné un concours pour partir une semaine aux Maldives, et qu'elle venait avec moi. »
« Je te déteste. Je la déteste aussi d'ailleurs. » souffla Ida. « Oh, elle semble reprendre ses esprits, je te la passe. Bisous Bilouchounet ! »
Bill soupira ; les filles à seize ans, c'est trop nul, ça n'a pas d'humour, et c'est... chiant. Et il partait avec sa s½ur une semaine ; quel suicidaire il était !
Il entendit la voix de Kristen à l'autre bout du fil : « Bill, je t'aime ! »
Et elle raccrocha. Okay. Il regarda son portable quelques instants, l'incompréhension se lisait sur son visage.
Il ne suffisait maintenant que d'appeler sa mère, pour qu'elle transmette toutes les informations à sa fille, et qu'elle fasse son boulot de mère ; c'est-à-dire répéter cent mille fois les mêmes choses.


Un mois plus tard, il était prêt à partir. Il y avait trois énormes sacs de voyage devant la porte, et il s'activait encore dans l'appartement. Lukas l'observait du canapé –son endroit préféré dans l'appartement- et avait un espèce de sourire moqueur sur le visage.
« Quoi !? » demanda Bill en passant pour la centième fois devant lui en un quart d'heure.
« Rien, rien. »
« Alors pourquoi tu me regardes comme ça ? »
« Parce qu'il est dix heures du matin, que ton avion est dans plus de quatre heures, que t'es prêt, mais que t'es persuadé que non. Et je trouve ça drôle. »
« Ha ha ha » rit faussement Bill. « Je suis pas prêt ! »
« C'est vrai que tu pars un an là-bas, et que t'as besoin de toute ta penderie ! Pourquoi t'as ta doudoune dans les bras ? T'as peur d'avoir froid sur la plage ? »
« On sait jamais !» riposta le brun, en l'enfournant dans un de ses sacs déjà archi-pleins.
Lukas rigola, et retourna à sa télé, laissant le brun s'agiter, et s'énerver tout seul.
Une heure plus tard, il fit le bilan dans sa chambre et soupira de soulagement ; c'est bon, il était prêt. Il ne tenait plus en place, et s'impatientait d'être déjà dans l'avion. Il refit le lacet de ses Converses, vérifia le contenu de sa besace, et plus particulièrement s'il avait bien les billets d'avion, son appareil photo, de la crème solaire, son portable, et son mp3. Tout y était, et il se rendit compte que ce devait être déjà la centième fois qu'il vérifiait son sac. Il enfila sa veste en cuir, et fit quelques autres allers-retours entre sa chambre et l'entrée, avant de se poser sur l'accoudoir de l'immonde canapé vert sur lequel Lukas était avachi.
« C'est bon, t'es prêt ? »
« Ouais. Et il me reste deux heures et demie avant de partir. » Il soupira, et Lukas se marra tout seul devant l'impatience de son ami.
Celui-ci regardait la télé sans vraiment la voir. Il croisa les bras sur son ventre, les décroisa, repartir vérifier qu'il avait tout, s'assit sur son fauteuil en cuir noir qu'il avait chiné dans une brocante, et se décider à appeler Kristen.
C'est un bâillement, qu'il entendit en premier.
« T'es prête ? » demanda-t-il sans préambule.
« J'dois faire ma valise, mais oui, j'suis prête sinon » ricana sa s½ur.
« T'as pas encore boucler ta valise !! » s'écria-t-il dans le combiné.
« Oh calme toi ! Je dois encore y mettre deux trois trucs, et c'est bon. »
« Ouais, ouais. » maugréa-t-il. « N'oublie pas qu'on se rejoint à 13h00 devant l'aéroport. »
« Je saiiiiis ! Tu me l'a répété cent fois, et maman presque autant ! J'y serais, c'est elle qui me dépose. Stresse pas ! »
Elle raccrocha, et Lukas le regardait avec ce même sourire moqueur. Il s'enfonça encore plus dans son fauteuil, et planta son regard sur l'écran de la télévision.
Il était flippé des départs, et il le savait oui. Mais ça ne se soignait pas, non.

À midi et demi, il était déjà devant l'aéroport. Il avait appelé un taxi, parce que même si ça coûtait cher, surtout dans la capitale, il savait qu'il lui était impossible de se trimballer trois sacs plein à craquer dans le métro. Arrivé devant l'aéroport, il respirait un peu mieux. Bon, il lui restait une demi-heure à attendre sa s½ur, sachant qu'elle était toujours en retard, et que sa mère aussi par la même occasion. Il soupira, et s'assit sur un banc en dehors de l'aéroport, pour être sûr de voir la voiture rouge de sa mère, et d'engueuler direct Kristen de son retard (c'était habituel). Avec ses trois valises autour de lui, et entouré de gens qui se précipitaient vers l'aéroport, il se sentit un peu ridicule. Et comme il ne savait pas quoi faire de ses mains, il sortit une cigarette.
Le ciel était entre bleu et blanc, et il faisait relativement chaud. Il regarda devant lui, les gens qui passaient et repassaient parfois. Les hommes d'affaires, avec une mallette noire qui marchait d'un pas rapide, l'oreillette du téléphone greffée à leurs oreilles. Les familles qui partaient tous ensemble, avec autant de valises que lui, et des sacs à dos aux couleurs criardes sur les épaules. Les jeunes filles pressées, avec de longs cheveux qui flottaient dans le vent, les lunettes de mouches sur le nez, et des talons de dix centimètres qui couraient presque comme des femmes d'affaires pressées alors que c'étaient juste des filles à papa. Et puis, un garçon de son âge, à peu près attira son regard. En même temps, il détonnait dans cet ensemble pressé, et bien propre pourtant. Il avait de longues dreads blondes attachées en queue de cheval, recouvertes d'une casquette made in US. Toutes ses fringues d'ailleurs semblaient venir de là-bas ; il portait un baggy où on aurait pu mettre trois personnes, et un tee-shirt qui aurait pu servir de chemise de nuit pour n'importe qui d'autre. Il avait des écouteurs enfoncés dans les oreilles, et traînait derrière lui une valise énorme. Arrivé juste devant les portes de l'aéroport, il s'arrêta, enleva ses écouteurs, et regarda autour de lui comme s'il cherchait quelqu'un. Bill pensa qu'il devait attendre quelqu'un lui aussi. Il sourit pour lui-même et regarda le jeune homme s'asseoir sur le bord de la fontaine en face de lui. Il déposa son sac à dos par terre, y rangea son mp3 et sortit son portable. Il composa un numéro, attendit quelques instants, et Bill le regarda articuler quelques mots. Il le voyait froncer des sourcils, et il avait l'impression de se voir ; ça le fit sourire. Soudain, le blond se leva, fit quelques pas, et sembla reconnaître quelqu'un. Il leva la main comme pour faire signe, et finalement la fit glisser dans ses dreads en regardant par terre. Non, la personne à qui il avait voulu faire signaler sa présence n'était pas celle qu'il croyait, et un minuscule rire s'échappa d'entre les lèvres de Bill.
Le dreadeux recula de quelque pas, et trébucha contre un de ses sacs. Il tenta de se rattraper au bord de la fontaine, ses mains ne trouvèrent que du vide. Bill voyait les bras du garçon qui faisaient des moulinets et ses yeux s'écarquillèrent, quand finalement le blond tomba en arrière, directement dans la fontaine. Le premier réflexe du brun fut de se lever de son banc pour voir s'il n'avait rien. Il se rassit immédiatement quand il vit la tête du blond émerger et sa mine déconfite. Il regarda autour de lui, comme pour vérifier que personne ne l'avait vu. Mais tous les gens qui passaient autour de lui ne semblaient pas s'en préoccuper à part une petite morveuse avec des couettes qui se bidonnait, accrochée au bras de sa maman. Il lui fit une grimace, et s'appuya sur ses bras pour tenter de se relever, mais le fond de la fontaine glissait, et il ne fit que se renfoncer dedans. Le brun revit sa tête disparaître, et réapparaître quelquefois, signes des tentatives désespérées du garçon de se sortir de ce pétrin. Bill se mordit la lèvre et plissa les yeux. Il tentait désespérément de retenir son rire. Il n'avait pas l'habitude de se moquer des gens, mais ce jeune homme qui essayait vainement de sortir de la fontaine dans laquelle il venait de tomber lamentablement, ne l'aidait pas vraiment.
Le brun éclata franchement de rire lorsque le blond glissa de nouveau, se retrouvant allongé dans l'eau. Il entendit un « fait chier, baggy de merde, fontaine de merde, vie de merde » qui fit redoubler ses rires.
Bill finit par secouer la tête et se dirigea vers la fontaine. Il n'allait quand même pas le laisser patauger comme cela encore longtemps.
« Ça va ? » demanda-t-il directement.
Le blond releva la tête, cherchant qui avait bien pu lui parler alors qu'il se trouvait dans une situation plus qu'humiliante. Il croisa le regard d'un jeune homme habillé de noir, qui lui souriait. Tom grimaça, et Bill lui tendit la main, qu'il accepta avec soulagement.
« Merci. » dit Tom tandis que le jeune homme l'aidait à se relever, chose pas très aisée vu le poids de ses vêtements gorgées d'eau, et le fond de la fontaine qui glissait. Enfin, il fut debout, et il put sortir de la fontaine. Ses vêtements ruisselaient d'eau chlorée et il écarta les bras pour constater les dégâts.
« J'suis complètement trempée » grogna-t-il.
« Je vois ça. » répondit le brun avec un grand sourire.
Tom releva la tête vers son sauveur et vit ses yeux en amande cernés de noir dans lesquels brillaient de la malice.
« Encore merci » sourit Tom aussi. « Je vais devoir aller me changer avant que mon avion parte maintenant. » Il rassembla ses affaires, et se dirigea vers l'aéroport.
En regardant une dernière fois Bill il lui dit une nouvelle fois merci avec un sourire charmeur, et le salua.
C'est à ce moment-là que Kristen sauta sur le dos de Bill, et lui hurla dans les oreilles :
« On va aux Maldives ! »
Bill faillit tomber à son tour dans la fontaine, mais se rattrapa de justesse. Il donna une petite tape sur la tête de sa s½ur, se fit sermonner par sa mère qui espérait que le séjour n'allait pas être comme ça, et tandis qu'elle leur faisait les dernières recommandations, Bill regarda vers l'entrée de l'aéroport. Le garçon blond aux longues dreads avait disparu, ne laissant sur le bitume qu'une traînée d'eau.


Comme l'avait prévu Bill, ils étaient encore en retard. Le temps d'enregistrer le nombre affolant de valises, d'acheter des magasines, du chocolat et plein de trucs détaxés, le temps d'une dernière cigarette, et des dernières recommandations de Maman, et déjà une voix d'automate résonnait dans tout l'aéroport. « Dernier appel pour le vol 3996 à destination de Malé. »
« Maman, c'est pour nous ! Arrête de pleurer, et d'étouffer ta fille, on doit y aller. »
Sur ces mots, leur mère resserra un peu plus ses bras autour de Kristen, manquant de l'étouffer entre ses seins.
« Mes petits bébés qui partent ensemble pour la première fois ! » Elle lâcha Kristen et essuya ses yeux humides.
Bill lui sourit tendrement –après tout c'était sa maman adorée- piqua un gros bisou sur sa joue, et entraîna Kristen par la main.
Il marcha rapidement vers la porte d'embarquement, et alors qu'il tendait les billets, il se retourna une dernière fois, et fit un dernier signe de main à sa mère qui tamponnait un mouchoir sous ses yeux. L'hôtesse lui rendit son billet, et avec Kristen, ils entrèrent dans l'avion en direction des Maldives.
Un steward avec des petites lunettes rondes sur leur nez les salua, et leur indiqua leurs places avec un grand sourire. Ils s'avancèrent alors dans l'allée en regardant les numéros inscrits en dessous des portes bagages ; il semblait qu'ils étaient placés vers le fond.
En avançant, Bill aperçut le blond de la fontaine. Kristen devant lui accélérait le pas, de peur de ne pas trouver sa place avant que l'avion décolle, et elle distança son frère qui ralentit sa démarche quand le dreadeux releva la tête vers lui. Bill remarqua qu'il s'était changé, et il avait maintenant un tee-shirt noir tout aussi grand que celui de tout à l'heure. Le blond lui sourit, et lui fit un signe de tête avant de replonger le nez dans son portable. Bill sourit aussi, et sursauta presque quand sa s½ur l'interpella cinq places plus loin. Il se dépêcha de la rejoindre, et de ranger ses quelques affaires dans le compartiment prévu à cet effet. Quand enfin ils s'assirent, les loupiotes indiquant qu'ils devaient attacher leurs ceintures s'allumèrent ; ils étaient les derniers passagers à être rentrés dans l'avion. Ils attachèrent donc leurs ceintures tandis que la voix du capitaine indiquait quelques informations inutiles, et que les stewards préparaient le matériel pour leurs démonstrations qui faisaient tant rire Kristen.
Mais celle-ci se concentra sur son frère :
« Pourquoi tu souris bêtement comme ça ? » demanda-t-elle d'un air suspicieux.
« Je.... Mais je souris pas bêtement ! » riposta Bill, se sentant légèrement honteux d'avoir ce sourire béat depuis qu'il avait revu le blond. Mais bon dieu qu'il était beau !
Avant que sa s½ur ne puisse dire quoique ce soit, l'avion s'ébranla, et il se cramponna aux accoudoirs. C'était ça qu'il avait oublié ; les somnifères.


Finalement après un décollage où la main de Kristen fut broyée, le steward aux petites lunettes rondes lui apporta un cachet qu'il avala sans attendre. Il regarda quelques minutes un Mr.Bean que Kristen avait choisi de regarder sur un petit écran mis à disposition, et il s'endormit, en priant pour qu'il ne se réveille qu'après l'atterrissage.
Malheureusement pour Bill, il se réveilla au moment où le capitaine leur demandait de mettre leurs ceintures, ils allaient bientôt atterrir. Quoique encore un peu dans le brouillard, cette simple idée lui fichât la trouille, et Kristen eu de nouveau la main broyée jusqu'à ce que l'avion pose ses roues sur le sol.
« Bienvenue aux Maldives, à l'aéroport de Malé. Il est une heure du matin heure locale, et la température au sol est de 25 degrés. En espérant que vous avez fait un bon voyage, la compagnie... »
L'appareil s'emplit d'un brouhaha quelque peu endormi. Les passagers se levèrent peu à peu pour récupérer leurs bagages à mains, et rapidement, ils sortirent de l'avion. Arrivé dans l'aéroport, Kristen somnola sur un banc tandis que Bill s'occupait de récupérer ses trois sacs, et les deux autres de sa s½ur. Quand il revint vers sa s½ur qui dormait complètement, recroquevillé sur un banc, le dreadeux qu'il avait aperçu ce matin devant l'aéroport était assis à côté d'elle. Faisant mine de ne pas l'avoir vu, il se dirigea vers Kristen, qu'il secoua gentiment.
« Allez, ma puce, réveille toi. On va pas tarder à venir nous chercher pour aller à l'hôtel. »
Celle-ci marmonna quelques phrases pas vraiment intelligibles, qui firent rire son frère. Le blond à côté sourit lui aussi, et soupira ;
« Pas commode à cette âge là, hein ? »
« Je suppose qu'on était pareil. » sourit le brun.
Le blond hocha la tête :
« Sûrement, au fait, je m'appelle Tom. » dit-il en lui tendant la main. Bill la serra chaleureusement tandis que Kristen farfouillait dans la besace de son frère pour en sortir des lunettes de soleil et une casquette.
« Moi c'est Bill. Et euh, Kristen, dis pas s'il te plait surtout ! »
« S'il te plaît » marmonna-t-elle en enfonçant la casquette sur la tête. « J'vais me fumer une clope. »
Bill leva les yeux vers le ciel, et s'assit à sa place sur le banc.
« C'est votre petite s½ur ? » demanda Tom.
« Oh, tutoie moi ! Après que je t'ai fait sortir d'une fontaine ce matin, je pense que ça s'impose. »
« Merci de me le rappeler » marmonna Tom avec un sourire.
Bill rit doucement, quand tout à coup, un homme d'une quarantaine d'année haussa la voix dans l'aéroport.
« Tous les gagnants du jeu organisé par les céréales Nestlé sont priés de sortir de l'aéroport par la porte B7, une navette vous attend devant la porte. Sortez vos cartes d'identités maintenant pour que notre équipe puisse vérifier si tout le monde est là. Merci. »
À ce moment-là, Kristen revint, et empoigna toutes ses affaires. Le brun rassembla également ses sacs, quand il vit Tom faire de même.
« Ah, toi aussi, tu as gagné au concours ? »
« Oui ! On va être dans le même hôtel alors ? »
« Exact. » sourit Bill.
Soudain, un métis héla le blond qui fit un signe de tête à Bill avant de repartir le rejoindre.
« Il te plait hein ? » sourit Kristen en le regardant par-dessus ses lunettes de soleil.
« Quoi ? Hein ? Mais n'importe quoi. » répondit rapidement le brun en réajustant sa besace sur son épaule.
« Ouais, ouais... Remarque, j'comprends. Il est pas mal, et son piercing c'est sexy ! Dommage qu'on voit pas son cul... »
« Arrête » sourit Bill en lui donnant un coup de coude dans les côtes.
Cependant, il ne put s'empêcher de lever la tête pour apercevoir Tom de dos.


Ils étaient logés dans un superbe hôtel qui longeait la plage. Trois étoiles avaient dit le paquet de céréales. Et finalement quatre avait enchéri la lettre que Bill avait reçue. Piscine, plage privée, soins de massage offert, restaurant deux étoiles, room service, etc... Kristen posa ses lunettes sur la tête de Bill pour mieux voir les décorations du hall d'entrée de l'hôtel ; ça lui changeait de sa petite maison à côté de Berlin.
On donna aux personnes présentes leurs clés, et numéros de chambre, et ils s'engouffrèrent tous dans des grands ascenseurs tandis que des grooms emmenaient leurs valises dans leurs chambres respectives.
Au cinquième étage, Bill sortit suivi de Kristen qui serrait son bras, n'y croyant pas du tout. « T'es sûre je vais pas me réveiller ? J'veux dire, c'est tellement beau, et euh... Merde Bill, imagine si je t'avais pas fait participé ! »
« Ça aurait été dommage ma foi ! »
Kristen se retourna, et Tom lui fit un grand sourire.
« Vous êtes à cet étage ? »
« Oui, chambre... euh... 534. » lut Bill sur sa clé.
« On est juste à côté alors ! » chantonna le métis à côté de Tom. Celui ci un donna un petit coup dans le ventre « Arrête de chanter, il est deux heures du mat' j'te rappelle, et y a sûrement des gens qui dorment ici ! »
« Rien à foutre ! » continua-t-il de chanter en s'avançant vers sa chambre, suivi des trois autres.
Tom rit, et Bill sourit en voyant les yeux du blond se plissaient, ses dents parfaitement alignées, et ses joues rebondies.
« Je vous présente donc Alex. C'est mon meilleur ami, et c'est lui qui m'a fait jouer à ce truc. Comme toi, c'est... » Il s'arrêta de parler en regardant la petite s½ur de Bill, toujours accrochée à son bras.
« Kristen » sourit-t-elle au beau jeune homme. Bon dieu, elle comprenait pourquoi Bill le regardait avec des yeux brillants, ce mec attirait tout ce qui bougeait !
« Enchanté, moi c'est Tom. Si ton frère ne te l'a pas dit. » dit Tom. Elle hocha la tête et pria tout ce qui existait pour que son grand frère et Tom finissent ensemble, ce serait juste le couple parfait. Et Bill avait tellement besoin d'un mec bien comme lui.
« Vous êtes arrivés à votre chambre. Bonne nuit. » dit doucement le dreadeux. Il leur fit un signe de main avant de rejoindre Alex dans leur chambre dont la porte était déjà ouverte. Les deux restèrent à le regarder partir, et Tom se retourna juste avant de rentrer ; Bill baissa les yeux et essaya d'enfoncer la clé dans la serrure, en priant pour que Tom n'ait pas vu qu'il le matait. Vraiment pas doué comme garçon de se faire griller en flagrant délit aussi rapidement.
Il finit par ouvrir la porte et Kristen appuya sur l'interrupteur ; la chambre était tout simplement magnifique. Il y avait deux lits simples, mais relativement grands recouverts de draps rouges et beiges. Les murs étaient peints de la même couleur, et au milieu de la pièce se tenait un magnifique bouquet de roses blanches. Bill porta les mains à sa bouche en parcourant la pièce.
« Bill, vient voit la salle de bains ! » cria Kristen. Il y avait une douche gigantesque avec des jets partout, une superbe baignoire brillait dans le coin de la pièce sur des pieds dorés, et sur le rebord des lavabos, deux peignoirs énormes que la petite brune enfila aussitôt.
Elle revint dans la chambre, regarda la superbe vue du balcon qui donnait sur la plage, et s'écroula enfin sur un des lits tandis que Bill fumait une cigarette face à l'horizon bleu.
« C'est pas genre juste... trop bien. On est aux Maldives, tous les deux, dans un hôtel trop bien, et y a un beau gosse dans la chambre d'à ... »
Kristen s'était endormie sur son lit. Bill sourit, lui enleva ses chaussures, prit son mp3 et s'installa pour le reste de la nuit sur le balcon.


À cinq heures, le soleil commença à se lever. Bill se fit un café avec le nécessaire présent dans la chambre, et regarda la lumière faire briller l'eau bleu turquoise, le sable blanc et réveiller progressivement tous les bâtiments avant que les premiers rayons ne se posent sur son visage. Il regarda le soleil s'étirer, se frotter les yeux avant d'aveugler le monde entier de vie. Et quand tout ce fut mis en marche correctement, comme les rouages bien huilés d'une machine, Bill s'endormit sur son transat en pensant qu'il était dans le plus bel endroit possible sur terre, avec la meilleure petite s½ur possible. (et peut-être avec le mec le plus beau, le plus gentil du monde également)


C'est sa s½ur qui le réveilla. Il était dix heures, et elle le pressait de prendre sa douche tandis qu'elle commandait un petit-déjeuner par le room service. Ils se goinfrèrent de viennoiseries, de crêpes et de fraises avant de décider de faire un tour dans la ville.
Deux maillots de bain et un collier plus tard, Bill acheta des glaces qu'ils mangèrent sur la plage. Ils revinrent ensuite à l'hôtel, où ils déjeunèrent en compagnie d'autres gagnants du concours. Il avait sympathisé avec autres garçons plus particulièrement : Andy, un blond peroxydé et Arthur, un gentil brun aux allures de nounours. Ils se donnèrent rendez-vous à la piscine après le repas, et quelques minutes plus tard, Bill essayait de convaincre Kristen de s'enduire entièrement de crème solaire avant qu'elle n'aille elle aussi à la piscine.
« Si t'as un cancer de la peau dans cinquante ans, c'est sur moi que ta mère va gueuler ! Je veux pas être responsable ! » cria Bill à la porte close de la salle de bains.
« Mais arrête d'hurler, bordel ! Maman est pas là, et j'vais pas avoir un cancer de la peau juste parce que aujourd'hui je mets pas de crème solaire ! En Allemagne, il fait douze degrés maximum, et j'ai dit à tout le monde que j'partais aux Maldives » La porte s'ouvrit sur Kristen, agacée. « Alors, je vais revenir bronzé, quoi que tu me dises ! » Elle attrapa sa serviette de bain, son sac à main, et sortit de la chambre sans un mot de plus, en claquant la porte derrière elle.
Bill leva les mains au ciel, avec toujours le tube de crème dans la main, et pesta contre sa s½ur qui n'était « qu'une tête de mule, et une vraie peste aussi. » Il attrapa sa serviette et sortit lui aussi de la chambre, en se répétant qu'il savait pourquoi il était gay, « les filles, c'est vraiment trop chiant. »
Il prit l'ascenseur, et arriva juste devant le complexe aquatique de l'hôtel. L'endroit était gigantesque ; il y avait une piscine couverte avec quelques toboggans que des enfant s'amusaient à refaire sans cesse, et une autre piscine à l'extérieur aux aalures de bassin olympique, qui comportait quelques bains bouillants. Il aperçut Kristen sur un transat exposé en plein soleil, lui s'installa sur un des sièges juste en face d'elle à côté de Arthur et Andy qu'il salua d'un signe de main.
Kristen le regarda s'installa avec un regard noir, tandis qu'elle étalait de l'huile de bronzage sur ses bras. Il lui renvoya le même regard :
« Ouh, y a de l'orage dans l'air ! » siffla Andy en désignant sa s½ur du menton.
« Les filles, c'est... nul. » marmonna Bill en découchant le tube de crème solaire pour s'en passer sur le torse.
« Eh bah ! C'est tendu là ! » rigola Arthur.
« Mmmmh. » marmonna Bill de se diriger vers la piscine sous les ricanements des deux autres. Il s'accrocha à l'échelle et descendit doucement dans l'eau. La température était divine et il soupira de contentement. Il fit quelques brasses avant de s'accouder contre un rebord de la piscine. Bill regarda les personnes autour de lui : ils en avaient croisé la plupart à l'aéroport. Ce n'était pas encore la saison touristique, et à part quelques millionnaires qui se doraient la pilule, ils connaissaient de vue toutes les personnes ici. À ce moment-là, il aperçut Tom accompagné de Alex dans l'eau. Ils étaient entourés de quelques autres garçons ; sûrement des amis qu'ils s'étaient fait. Bill les jalousa ; il ne faisait pas partie du groupe autour de Tom, qui riaient, s'envoyaient de l'eau, ou nageait avec lui. Il se dépêcha alors de sortir de l'eau, et s'installa sur son transat confortablement. Il parla un peu avec Arthur et Andy, mais quand les deux commencèrent à se disputer sur qui avait poussé l'autre à participer à ce concours, il se désintéressa quelque peu de la discussion, ajoutant quelques onomatopées par-ci par-là pour faire semblant de s'intéresser à leur discours inutile. Son regard se perdit sur le lieu qui l'entourait, et immédiatement, se reposa sur la même personne depuis le début de ce voyage. Tom s'appuya sur le rebord de la piscine et en sortit en poussant sur ses bras. Bill, qui était installé un peu plus loin sur un transat avec ses deux amis, arrêta net de parler et mangea du regard le corps légèrement bronzé du blond. Il avait du mal à se l'avouer, mais ce mec lui faisait un effet incroyable, surtout dégoulinant d'eau, les dreads détachées, le soleil se reflétant sur sa peau.
Tom se dirigeait lentement vers eux en essorant ses dreads. Bill détourna rapidement le regard et respira profondément, il ne fallait pas qu'il se fasse de nouveau griller. Déjà que le destin faisait absolument tout pour qu'il se rencontre, ça suffisait comme ça.
« Alors, on profite du soleil ? »
Bill, Arthur et Andy levèrent les yeux vers le jeune homme que le brun avait fait semblant de ne pas voir.
« Eh salut ! » s'exclama Andy. « Je crois qu'on a pas encore était présenté » Il tendit la main vers Tom qui la serra chaleureusement. « Andy. »
« Et moi, Arthur. »
« Tom. »
« Et lui, c'est... »
« Bill » l'interrompit Tom. « On s'est déjà rencontré. »
« Ah bon ? » s'étonna Arthur. « J'vous ai jamais vu vous parler. »
« C'est une longue histoire qui commence dans une fontaine » rit Tom tandis qu'il s'asseyait au bout du transat de Bill. Celui-ci fit mine que tout ceci était normal, mais il sentit ses jambes se crisper d'être aussi près du dos bronzé de Tom.
« Tu nous as pas raconté ça Bill ! »
Celui-ci sourit à Tom avant de raconter comment il avait dû sauver « baggy de merde, fontaine de merde, vie de merde » de la noyade. Tom s'esclaffa à ce souvenir, ainsi que les deux autres. Mais Bill dévorait totalement Tom du regard, et seul le son de son rire cristallin, malicieux et si viril parvint à ses oreilles.
À ce moment-là, un des amis du dreadeux le héla de l'autre bout de la piscine, et celui-ci les salua, en espérant les revoir une prochaine fois, avant de le rejoindre.
Bill regarda le blond s'éloigner, et particulier ses muscles saillants du dos (et puis ses fesses un peu). Quand il détourna le regard, un sourire stupide sur les lèvres, il croisa le regard malicieux de sa s½ur.
« Attendez moi, je reviens » dit il aux deux garçons. Il fit le tour de la piscine, s'assit à côté de Kristen et soupira :
« Bordel, j'ai un sourire béat sur la face juste parce qu'il est venu discuter avec moi. Je fonds... Rah, putain. »
Kristen lui sourit sans rien dire, et lui donna quelques petites tapes affectueuses dans le dos. Enfin ! enfin mon débile de grand frère va être heureux.


Cela faisait déjà quatre jours qu'ils étaient sur l'île et Kristen, devant la timidité de son frère, forçait le destin pour que Tom et lui se croisent, se parlent. Bill ressortait de ses échanges à chaque fois avec un immense sourire sur les lèvres, et Andy et Arthur qui avaient tout compris se foutaient de sa gueule.
« Tu fais pitié mec, on dirait que t'as pris un rail de coke là ! » rit Arthur, assis à une terrasse de bar.
« Roh, mais laisse le ! Il est mignon le Bill comme ça ! » ricana Andy.
Kristen se mêlait aux rires, et dans un même geste couvait Bill d'un regard maternel. Il jouait avec une paille dans un verre de cocktail vide sans se préoccuper de ce que ces amis disaient. Le sourire de Tom ne quittait pas la rétine de ses yeux, et il n'allait pas s'en plaindre. L'amour rend aveugle...
« et con ! Bordel ! » s'esclaffa Arthur.
« Hey, mais les mecs ! (pardon Kristen) Y a pas une fête sur la plage demain soir ? » s'écria Andy.
« Euh... si. Et quel est le rapport avec la guimauve Billy ? »
« À ton avis ! Y aura forcément Tom là-bas ! »
« C'est ça ! » cria Kristen faisant sursauter Bill et les quelques touristes autour d'eux. « On va tous y aller, et eux aussi. Demain, dans la journée, on s'arrange pour parler à Tom et ses potes, pour qu'il nous confirme qu'ils vont bien à cette fête. Et là, il va craquer le petit poulpe, je te le jure ! »
Andy partit dans un fou rire (qui restera mémorable) à ce surnom, tandis que Bill regardait sa s½ur avec des yeux ronds.
« Tu m'expliques. »
« Les étoiles, la lueur des torches, l'alcool et toi dans tes plus belles fringues au lieu de ces shorts immondes que tu traînes. Il est o-bli-gé de craquer. »
« Mais- »
« Pas de mais. Ta s½ur a raison. Ce mec ne va pas te résister, non mais oh ! » parla Andy comme s'il avait toujours connu Bill. Ce n'était pas le cas, mais il avait raison ; rien ne résistait à Bill quand il désirait quelque chose, et ce n'était pas aujourd'hui qu'un mec qu'on surnommait petit poulpe qui allait changer ça, naméoh !


Bill passa la journée du lendemain à angoisser pour cette fameuse soirée sur la plage. Avec Kristen, il avait passé en revue toutes ses fringues pendant plus de deux heures pour finalement opter pour un jean un peu taille basse (qui faisait décontracté mais pas trop, genre je suis une larve qui sait pas m'habiller) et un teeshirt blanc avec une tête de mort dessus (parce que avec le même modèle en noir, on pouvait risquer que Tom ne le voit pas dans la nuit, et ça faisait trop gothique, glauque, peur de toute façon). En fait, Kristen, Andy et Arthur passèrent la journée à le préparer, à lui répéter que tout irait bien, et à le convaincre d'aller à cette fête.
Vers midi, Andy était descendu manger au restaurant de l'hôtel, et en faisant mine d'apercevoir Tom pour la première fois depuis leur rencontre, il lui demanda innocemment s'il allait à la fête sur la plage dans la soirée.
« Evidemment ! On y va tous ensemble. Et toi, tu viens avec Arthur, Kristen, et Bill ? » Andy était sûr – ou voulait-il simplement le croire- que Tom avait placé un accent sur le prénom de Bill et que ses yeux brillaient quand il avait prononcé son nom.
« Oui, oui ! Bien sûr. On se voit là-bas alors ? »
Tout était préparé pour que cette soirée soit la soirée. Et Bill ne pouvait plus dire non.


À 22 heures, ils sortirent enfin tous ensemble de l'hôtel. Bill, pétrifié dans sa chambre à l'idée de ce plan (machiavélique) que lui avaient préparé ses amis, afficha une mine réjouie, décontractée, et tout simplement normale quand ils descendirent les quelques marches qui liaient la promenade à la plage.
« On nous a changé de Bill ? » chuchota Arthur à l'oreille de Kristen. Celle-ci avait les yeux brillants d'excitation.
« Non, tout est normal, tout va bien. Tout va parfaitement bien même. »
Bill avait laissé tomber le masque du mec mal à l'aise, qui n'avait pas confiance en lui pour l'échanger avec celui du mec parfait –allez disons le. Et Kristen savait que son frère était doué, et qu'à partir de maintenant, tout allait se dérouler comme sur des roulettes.
À peine arrivés sur la plage, les regards se tournèrent vers le cortège mené par Bill. Ils s'installèrent au bar, commandèrent chacun un cocktail, et regardèrent les gens qui arrivaient, ceux qui dansait déjà autour du feu gigantesque allumé pour l'occasion et les autres qui discutaient gaiement sur des fauteuils blancs.
Soudain Alex fit son apparition, suivi de près par Tom et d'autres amis.
« Respire, tout va bien. » chuchota Arthur à l'oreille de Bill.
« Mais je respire, tout va bien. » répondit il. Il affichait un sourire radieux, et tout à fait commun. Tout allait bien.
Les garçons vinrent les saluer, et sur un regard, Kristen et les deux garçons décidèrent qu'à partir de maintenant, ils avaient tout fait ; c'était à Bill de jouer.
Arthur trouva une jolie brune avec qui discuter, Alex et Andy étaient partit discuter un peu plus loin. Les amis de Tom discutaient, Kristen était assise sur un fauteuil, en pleine conversation avec un brun de son âge sûrement. Enfin du moins Bill l'espérait.
« Tu t'inquiètes pour elle pas vrai ? »
« Ouais, un peu. » sourit Bill au dreadeux. « C'est ma petite s½ur, et j'aimerais bien savoir si ce mec n'a pas mon âge alors qu'il la drague. »
Le blond rit, et posa sa main sur l'épaule du brun.
« Je pense qu'elle est assez grande pour savoir ce qu'elle fait. Alors profite de ta soirée. »
Bill se noya dans le regard chaud et attirant de Tom, et acquiesça. La soirée ne faisait que commencer.


Il était près de deux heures du matin, Tom et Bill étaient restés au bar à boire des cocktails sucrés, en perdant de vue tous leurs amis. Mais peu importait, cela faisait quatre heures qu'ils parlaient de tout et de rien, se racontant leur vies mutuelles.
Et puis à trois heures du matin, la foule commença à se dissiper, les moins fêtards commencèrent à rentrer chez eux. Et Bill ne put réprimer un bâillement.
« Désolé. » s'excusa-t-il avec une moue enfantine.
« T'inquiète ! Moi aussi, j'commence à fatiguer. C'est pas aussi reposant que ça en avait l'air ces vacances ! » rit-il. « Tu veux qu'on commence à rentrer ? »
« Une petite balade sur la plage s'impose ! » s'exclama Bill.
Ils payèrent leurs consommations, et s'éloignèrent de la chaleur et de la lumière du feu. En réalité, la fête étant situé en face de l'hôtel, aucune balade ne s'imposait, mais aucun des deux n'osa rectifier cette information. En quittant le brouhaha nocturne, un silence s'installa entre eux tandis qu'ils se rapprochèrent des vagues. Tom enleva ses chaussures et Bill en fit de même. Il retroussa même son pantalon pour aller marcher dans les vaguelettes.
« C'est génial ici. Il peut être trois heures du matin, bah l'eau va quand même être à trente degrés. »
« Forcément, ça change de chez nous. Tu t'imagines aller à la plage à Hamburg ! »
« Même pas en rêve. » Bill frissonna à cette vision frigorifique de son pays. Et puis tout d'un coup, il se rendit compte qu'il ne voulait pas rentrer chez lui. Il continua de marcher, ses pieds s'enfonçant doucement dans la vase, le regard perdu là-bas, de l'autre côté des nuages.
« À quoi tu penses ? »
La question fit sursauter Bill. Il regarda Tom : ses dreads étaient rattachés nonchalamment dans son dos, et ce soir, il portait un tee shirt moins larges que ceux que le brun avait pu voir. Son visage masqué par la pénombre donnait envie à Bill de s'approcher tout près du garçon et de poser ses mains sur ce visage pour en apprendre tous les traits, les caractéristiques par c½ur.
« Je pense... que j'ai pas envie de rentrer à Berlin et de passer mes exams. »
S'il le pouvait, il aurait arrêté le temps pour revivre en boucle cette semaine de rêve, à flâner au soleil, à discuter avec sa petite s½ur, à découvrir Tom et à l'apprécier de plus en plus. Encore et encore, juste pour le plaisir de sentir que son ventre n'était pas crispé comme à l'ordinaire.
Bill s'était arrêté de marcher et avait balancé ses chaussures à côté. Il esquissait des arabesques dans la vase du bout de son pied. « Et toi ? »
Tom déposa ses chaussures à côte de lui, et remonta son pantalon comme Bill. Il s'approcha des vagues, en s'approchant un peu plus de l'océan que le brun.
« Je pense que... Que je suis vraiment content de t'avoir rencontré, et que... » Il laissa sa phrase en suspens tandis qu'il s'éloignait des vagues, et se rapprochait sensiblement de Bill.
« Et que ? » continua Bill.
Tom pouffa. « Nan, rien, c'est trop débile. Laisse tomber. »
Bill leva les yeux aux ciels ; « T'as commencé, tu finis. » Il posa les mains sur ses hanches, et attendit la réponse de Tom.
Le blond le regardait avec des yeux noirs, si noirs.
« Et je pense que j'ai envie de t'embrasser. Mais tu vois, c'est débile. J'ai sûrement bu trop de cocktails en fait et- »
« Fais-le. » chuchota Bill. Et Tom n'était pas sûr d'avoir bien entendu ces deux mots par dessus le bruit de la mer. Mais quand il croisa le regard de Bill, il n'eut plus aucun doute, et doucement, il s'approcha de lui.
Alors que quelques centimètres les séparaient seulement, ils fermèrent les yeux, leurs lèvres et se rencontrèrent. Bill s'accrocha au tee shirt de Tom, tandis qu'il glissait ses mains dans la nuque du brun. Un long et doux baiser s'engageait.
Quelques mètres plus loin, Kristen souriait mystérieusement en fumant une cigarette sur le balcon.


Parfois quand Bill y repensait, il secouait la tête avec un air d'incompréhension sur le visage.
Vous imaginez, vous, rencontrer le garçon –presque- parfait sur une île paradisiaque. Le rencontrer par inadvertance, baver sur lui, penser sans cesse à lui, et puis tout d'un coup discuter longuement avec lui. Cette histoire continuait avec un peu trop d'alcool dans le sang, sûrement le meilleur baiser de toute sa vie et une longue nuit encore plus chaude que les précédentes.
Il aimait raconter cette histoire à ses amis, aux gens qu'ils appréciaient, et à chaque fois, personne ne le croyait. C'était trop beau pour être vrai ; la réalité était digne d'un film et rien que pour ça, on n y croyait pas.
Il fallait que Bill raconte la suite pour que finalement son histoire paraisse crédible. Le retour à Berlin, main dans la main. Leur relation qui s'affirme, les coups de c½ur, leurs premières fois, les dîners aux restaurants, les disputes, les jalousies, le quotidien, la routine, la lassitude, les regards en moins et puis la séparation d'un commun accord.
C'était toujours à ce moment-là que Tom s'arrangeait pour débarquer, lançant un salut jovial à l'assemblé qui le regardait bouche bée.
« Mais alors, vous êtes plus ensemble ? »
Les deux se regardaient, avant de rire et d'entrelacer leurs doigts et de s'embrasser chastement. Et sous les yeux ronds de leurs interlocuteurs, Bill lançait ;
« Mais j'ai pas fini l'histoire, n'allez pas si vite en besogne ! »

Fin





(c'était encore pour un jeu sur un forum. en fait, il y a deux extraits de 100mots chacun qu'une autre personne a écrit, & qui sont cachés dans le texte. si vous les trouvez uu'
sinon, il parait que la fin est rapide. je suis un peu d'accord, mais j'avoue avoir eu du mal à le finir... mais bon, déjà j'suis contente d'avoir écrit un truc léger comme ça, & ça m'a amusé : )

sinon, à venir; un autre OS du même genre pour un autre jeu, et quelque chose que j'ai écrit il y a des mois de ça, que j'ai remanié. c'est assez court, & je me demande si je peux faire une suite, & peut-être même en faire une petite histoire... à voir ; ))

# Posté le mercredi 08 juillet 2009 06:30

Modifié le mercredi 08 juillet 2009 06:41

48.

48.
photo d'elle. la fille qui voulait avoir la tête coupée pour avoir moins mal, & qui a la plus belle expo photo du lycée, même si elle le sait pas.



La vie est jolie avec toi de l'autre côté de l'objectif.



Bill a toujours vu la vie à travers un appareil photo.

En maternelle, c'était un petit garçon mignon comme tout. Blond comme les blés, il souriait à sa maîtresse, jouait au chat dans la cour de l'école et faisait tout ce que peut faire un petit garçon. Il n'empêche que les maîtresses disaient souvent à sa maman que c'était un petit garçon rêveur, et qu'il était un peu dans son monde. Simone aimait regarder son fils de quatre ans, allongé dans l'herbe, regardant les nuages. Alors oui, Bill était le genre de garçon un peu tête en l'air, qui semblait un peu sur une autre planète. Mais juste un peu.
Et puis pendant les vacances avant de rentrer en primaire, il demanda à son papa si lui aussi il pouvait prendre des photos du château qu'ils visitaient. Jörg lui avait alors prêté l'appareil, sans oublier de resserrer la dragonne autour du petit poignet de son fils. C'était un vieil appareil, avec une pellicule, sans zoom, et de premier prix en plus. Mais quand deux mois plus tard, Jörg développa les photos, il n'avait jamais rien vu de tel. Bill avait photographié certains détails des murs du château, les gens de la visite guidée, et surtout le parc depuis la terrasse, mais d'une façon sublime. Il y avait une lumière incroyable, les photos étaient presque toutes bien cadrées. Pour un enfant de cinq ans, il n'en revenait pas.
Le lendemain, il acheta le premier appareil photo de Bill.

À partir de ce moment, quand on demandait à Bill ce qu'il voulait faire plus tard, il souriait doucement, avant de presque murmurer 'photographe'. À chaque sortie qu'il faisait, il avait son petit appareil autour de son cou, et sûrement qu'à chaque chose qu'il voyait, il pensait à la photo qu'il pourrait prendre. Comme si la vie était plus belle sur le papier brillant, derrière l'objectif qu'à travers ses yeux.

Bill grandi donc à travers la lentille de son petit argentique. Sans se soucier des autres. Il se renferma dans son monde en noir et blanc, avec flash, et instant de la vie pris sur le fait. Le vrai monde ne semblait pas important, et les maîtresses convoquaient ses parents pour leur signaler que Bill ne semblait pas avoir beaucoup d'amis, qu'il restait souvent tout seul dans la cour en observant les autres jouer. Bill était dans un autre monde.




Bill remit son sac à dos et sortit rapidement de la salle de classe. Sans un mot, sans un regard autour de lui, il traversa le campus universitaire, et monta dans le bus qui arrivait justement. Il ferma sa doudoune noire, et resta debout, au milieu du vehicule. Il regardait par la vitre le monde qui allait trop vite quand il entendit deux filles pouffer au fond du bus. Son ventre se resserra quand il se rendit compte que c'était de lui dont les filles se moquaient. Feignant de n'avoir pas vu, alors qu'il sentait déjà ses mains devenir moites, il retourna son regard vers la vitre. La nuit tombait rapidement au mois de novembre, et la vitre lui renvoya son reflet. Il se regarda quelques instants, et il se dit qu'il ne pourrait jamais bien se photographier ; il était trop moche pour figurer sur du papier brillant à grain de haute qualité. Ses cheveux blonds, fins étaient coupés très court sur son front, et ne cachait pas du tout son visage rond qui portait encore les cicatrices de son acné, malgré ses vingt et un ans. Il avait cette espèce de doudoune noire qui le faisait encore plus gros qu'il ne l'était, sur un jean trop large, informe qui tombait sur des baskets achetés au magasin de sport à côté de chez lui. Depuis qu'il avait compris que la vie c'était la photo, il avait complètement tout lâché ce qui le tenait à la vie réelle. Il n'avait jamais été à la mode, n'écoutait pas la radio, ne regardait que très peu la télé, n'utilisait pas Internet, et ne se souciait pas du tout de son apparence. Il s'était laissé aller, mangeant ce qu'il voulait, allant chez le coiffeur tous les six mois pour que ses cheveux ne le gênent pas pour prendre des photos en tombant devant ses yeux. Avec l'âge, il avait grandi, et grossi, ses cheveux blonds étaient ternes, sa peau était blanche de ne pas voir le soleil comme il préférait l'obscurité des chambres noires, et il avait passé une adolescence de merde, parce que les mecs se foutaient de gueule, les filles ne le trouvaient pas beau. Il était moche, c'était tout. Et il essayait de se persuader qu'il n'en avait rien à foutre de ce que disaient les autres ; être moche derrière l'objectif, c'était pas grave.




Il faisait nuit noire quand il sortit du laboratoire de photographie de l'université. Il avait tiré de très bonnes photos dans la chambre noire, il était assez content de lui. Il rangea son appareil photo tout neuf (un canon EOS 1D) qu'il avait eu comme cadeau d'anniversaire l'année passée, dans son énorme vieux sac à dos qu'il se traînait depuis le collège, qui lui faisait courber la nuque et que sa mère trouvait ridicule. Il traversa rapidement le campus universitaire ; il était tard et ses parents l'attendaient pour manger à la maison. Quand soudain, deux mecs surgirent de l'ombre du bâtiment, et Bill sursauta. Leurs visages étaient masqués par leurs casquettes, et ça lui faisait un peu peur ; il accéléra le pas. Mais un des gars lui barra le chemin :
« Alors on se dépêche de rentrer chez maman ? »
« Je... »
Bill ne savait pas quoi dire, et il enfonça un peu plus les mains dans ses poches. Il songea qu'il aurait aimé avoir de la répartie, mais il savait de toute façon comment cette histoire allait finir s'il se mettait à répondre. Il hocha la tête, et recommença à marcher, honteux de sa soumission Les deux mecs le suivirent.
« On travaille tard dis donc ! Faudrait pas que tu redoubles c'est vrai, sinon maman te gronderait. »
Il ne répondit pas, et accéléra un peu le pas. Ces mecs puaient la vinasse.
« Bah alors on a perdu sa langue ? »
Et l'un des deux gars l'agrippa par le bras.
« Lâchez-moi ! » dit alors Bill
Il sentait que sa voix tremblait, et il savait que les mecs l'avaient senti aussi.
« N'ai pas peur » chuchota presque l'un des gars. « On va pas te faire du mal. »
Derrière lui, il entendit le bruit d'un couteau suisse qu'on ouvre, et tandis que l'un lui tenait les bras, l'autre fit tomber son sac de ses épaules avant d'appuyer le couteau sous sa gorge. Bill n'eut pas le temps de réagir, de bouger, de crier. Il avait une main sur sa bouche, un couteau sur sa pomme d'Adam, et ses jambes tremblaient trop.
« Voyons ce que t'as d'intéressant dans ton sac, gamin »
L'autre ouvrit la fermeture éclair, et vida le sac à l'envers. L'appareil photo tomba sur le bitume et rebondit. Bill se débattit alors, mais il sentit le couteau s'enfonçait un peu plus sur sa gorge, et la lame froide lui faisait mal.
« Toi, tu bouges ou tu verras ce qu'on fait à des mecs comme toi... » lui chuchota-t-on à l'oreille.
L'autre mec fouilla dans ses affaires étendues par terre, déchira les feuilles de cours, et les photos, mit le porte-monnaie de Bill dans la poche de son blouson, et en arriva enfin à l'appareil photo.
« Mais ça doit coûter cher ça dit moi » dit il avec un sourire presque carnassier tandis qu'il tenait l'appareil entre ses mains. « C'est qui qui te l'a donné ? Ta maman ? Oh comme c'est mignon ! »
Bill gémit un peu, et l'autre dit :
« Tiens il a une langue maintenant ? Lukas laisse le s'exprimer. »
Pendant ce temps, il avait enlevé l'appareil de son étui.
« S'il-s'il vous plait, tou-touchez pas à mon appa-pareil photo... S'il vous plait. »
« Ah bon et sinon ? »
Bill sentait la sueur froide coulait le long de son dos, la lame dans son cou, et le souffle alcoolisé de l'autre dans son oreille. Ses jambes soutenaient difficilement son poids.
« Sinon je... »
Non, il n'avait pas parlé ? Mais comment il avait pu seulement dire ça, il voulait sa propre mort ou quoi ?
« Sinon quoi ? » Les deux mecs rigolèrent. « Sinon tu vas le dire à ta maman ? »
Il regarda Bill et jeta l'appareil de toutes ses forces contre le bitume. Bill eut un mouvement réflexe vers l'avant, comme pour le récupérer, mais le mec le tenait trop fort. Il vit l'appareil rebondir plusieurs fois sur le sol, et quelques pièces de plastique s'en détachèrent.
« Tu vois, des mecs comme toi, on en bouffe tous les jours. T'es une victime, t'en as la tête. Regarde-moi ça... » Il regarda de haut en bas Bill qui avait les larmes aux yeux ; son corps lui faisaient mal d'être à ce point tendu de peur. « Tu te regardes jamais dans la glace gros tas ? Nan, mais regardez-moi ça, il pleurniche! »
Les deux gars ricanèrent grassement, et Bill fut jeté en avant. Il tomba durement sur le bitume, et l'un deux gars lui mit un coup de pied au ventre.
« Tu vois, les mecs comme toi, on en bouffe tous les jours... Tu fais pitié... »
Et ils se barrèrent en ricanant, laissant derrière eux un Bill pleurnichant, recroquevillé sur le goudron sale.




Quand il rentra enfin chez lui, sa mère l'engueula pour l'heure.
« C'est à cette heure que tu rentres ? Bill ! Tu savais qu'on t'attendait pour manger, t'étais où ? Encore fourré dans ta chambre noire, non, mais... »
Elle s'arrêta de crier quand elle vit les yeux rougis de son fils, son air débraillé, et l'appareil photo en miettes au creux de ses mains.
« Mon dieu ! »
Simone se précipita sur son fils, et posa une main sur sa joue.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé, mon chéri ? »
Bill baissa la tête, honteux de s'être fait agressé de la sorte, et de décevoir sa mère (il en était sûr).
« Je... rien... »
Il se dégagea de la main de sa mère, posa l'appareil précautionneusement sur la table du salon, et enleva son manteau.
« Bill ! C'est quoi cette marque sur ton cou ! » cria presque son père alors qu'il sortait de la cuisine.
« Hein ? »
Il se regarda dans la baie vitrée du salon, et il avait une grosse ligne rouge qui barrait sa pomme d'Adam en deux.
« Putain » chuchota-t-il alors qu'il passait ses doigts sur la marque douloureuse.
« Bill, qu'est-ce qu'il t'es arrivé. » demanda sa mère, doucement. On sentait l'inquiétude dans sa voix.
« Rien, maman, rien.» Il repensa à ce que les mecs avaient dit à propos de sa mère. Il s'assit sur le canapé, et ses mains tremblaient quand il prit l'appareil entre ses mains pour essayer de d'y remettre les bouts de plastique qui ne se recollerait jamais. L'objectif était tordu.
« Bill... » chuchota son père.
Et puis, là, au milieu du salon, Bill lâcha l'appareil photo cassé sur la table, et se mit à sangloter lourdement, en tremblant.





Le lendemain matin, en sortant de la douche, il fit une chose qu'il ne faisait plus depuis longtemps. Il repensa aux mots du mec, et essuya la buée sur le miroir derrière la porte.
Il était grand, et ses bourrelets autour de son ventre, de ses hanches, de ses bras et de ses cuisses étaient en trop. Il le savait en plus qu'il avait normalement un métabolisme qui aurait dû faire de lui un grand garçon maigre. Au lieu de ça, pendant son adolescence, il s'était empiffré de jolis gâteaux colorés au lieu de faire du sport avec ses copains. Il était gros, moche. Sale. Il avait envie d'arracher avec ses mains les monceaux de graisse rose qui l'écrasaient au sol.
Il passa de la crème sur le bleu qu'il avait au ventre, et s'habilla comme d'habitude ; avec des vêtements grands, larges et sombres. Comme pour faire croire au monde qu'il n'était qu'une énorme ombre cachée des yeux de tous.

Décidément, ça ne pouvait plus continuer comme ça, pensa-t-il quand il se regarda une nouvelle fois dans le miroir.




« Ça va mon chéri ? » demanda gentiment sa mère, en lui tendant une brioche.
Il s'assit à la table de la cuisine, et se servit un grand bol de chocolat.
« Maman, Papa ? »
« Oui ? » sourit Jörg.
« Je... » Comment est-ce qu'il allait formuler ça, putain. « Je voudrais vous demander quelque chose. »
« Bien sûr » Le ton de sa mère était rassurant.
« Je voudrais... Je veux changer » À ces mots, il releva la tête, comme pour assumer pleinement son choix et affronter le regard de ses parents. « J'en ai marre... de moi. Enfin, je veux dire, de ce à quoi je ressemble. Je ressemble à rien justement. » Bill souriait nerveusement. « Faut que ça change, vous... vous croyez pas ? »
« Tout ce que tu voudras mon chéri. » Sa mère l'embrassa en souriant.
« Bon... Alors Bill, on fait quoi ? » demanda Jörg.
« Je sais... Je sais pas si j'y arriverais tout seul. » grimaça-t-il. Il demandait trop à ses parents sûrement.
« C'est-à-dire ? Tu voudrais qu'il y ait quelqu'un qui t'aide ? Qui soit une espèce de... guide, et te montre quoi faire ? » demanda son père.
« Ouais, c'est ça... » dit-t-il doucement. « Mais je comprendrais si c'est trop cher, si vous pensez que c'est ridicule ou je-»
« Chut, calme toi Bill » sourit sa mère. « Je vois très bien de quoi tu parles, et ce que tu demandes, et tu sais mon chéri, on est en moyen de t'offrir ça. La fille d'une amie a eu un espèce d'entraîneur, de coach personnel pour changer du tout au tout, et d'après ce que Karen m'a dit, dans cette agence, ils sont très efficaces ! Je les appellerai demain matin si tu veux, ok ? »
Simone sourit à son mari, pendant que Bill, souriant, hocha la tête.




Une semaine plus tard, quand on sonna à la porte, Bill était seul dans la maison à trier ses photos dans plusieurs albums. Comme il savait que la maison était vide, il se sentit obligé d'aller voir qui était la porte. Il posa précautionneusement l'album sur son bureau et descendit rapidement les escaliers pour aller ouvrir.
« Bonjour. Je pense que vous êtes Bill Kaulitz, non ? »
Devant lui se tenait un jeune homme de son âge ou peut-être plus vieux. Il faisait la taille de Bill, portait un baggy, un tee-shirt et une veste trop grands pour lui. Il avait de longues dreads blondes attachées en queue de cheval, avec une casquette enfoncé jusque sur ses sourcils, et un sac sur le dos.
« Euh... oui. »
Bill fronça les sourcils se demandant qui était ce garçon et pourquoi il était là. Il n'attendait jamais personne.
Le jeune homme lui tendit la main et se présenta :
« Je m'appelle Tom Trümper. »
Bill lui serra la main sans cesser de se demander qui il était.
« Je suis votre coach personnel. Vos parents ont fait appel à moi. »
C'était donc lui ?! Bill ne s'attendait nullement à quelqu'un comme Tom ; plutôt à un homme d'âge mûr, qui ne passait pas pour un adolescent.
« Je peux rentrer ? »
« Oh, oui, bien sûr. »
Bill s'écarta et fit rentrer Tom dans son salon.
« Vos parents ne sont pas là ? »
« Non, je euh... Ils sont sortis. »
« Très bien. »
Tom déposa son sac à côté du canapé, en regardant autour de lui.
« C'est joli chez vous. »
« Merci » répondit Bill, les bras ballants à côté de la table basse. Et puis il se souvint de ses bonnes manières :
« Je peux vous offrir quelque chose ? »
« Un café je veux bien. »
Bill hocha et entra dans la cuisine. Il trouvait ce mec un peu bizarre, et il ne ressemblait pas du tout à un coach personnel. Qu'importe, il prépara deux cafés, et rejoignit Tom dans le salon qui regardait les photos sur le buffet. Il lui tendit sa tasse, et proposa de s'asseoir sur le canapé.
« Très bien, alors vous êtes donc Bill Kaulitz ? »
Bill hocha la tête pendant que Tom farfouillait dans son sac à dos pour en sortir une pochette en carton dont il en sortit quelques feuilles.
« 21 ans, c'est bien ça ? Vous êtes... étudiant à l'université de Berlin. Section photographie. »
Tom releva la tête, et Bill hocha de nouveau la tête.
« Dîtes-moi pourquoi vous avez fait appel à nos services ? »
« Euh et bien... » Bill bafouilla et reprit : « Je... euh. Souhaiterais changer en fait. Je veux dire, je ne me suis jamais accepté, je suis assez complexé et euh... »
« Vous souhaiteriez changer du tout au tout ? »
Pour la première fois, Tom lui sourit et Bill remarqua son piercing à la lèvre qui scintillait à la lumière.
« C'est ça... »





Le programme de remise en forme de Bill fut la première chose que Tom mit en place. C'était simple, et efficace se doutait Bill quand il passait devant la grande feuille collée sur le frigo, sur son armoire, son miroir et même son agenda. En tout cas, il ne pouvait pas s'empêcher de grimacer en relisant la feuille.
Réveil à 6h30 (et Tom l'attendait en jogging devant la maison tous les matins à 6h45)
Petit-déjeuner à 8h00. (jus d'orange, café, biscotte +confitures, un yaourt)
Déjeuner (L'heure était selon ses cours à l'université. Mais il avait l'obligation -et pas sa mère, lui- de se faire un sandwich viande+crudités sans ajouts de sauce ou autres, avec un fruit en dessert)
Il avait droit à manger une seule pomme ou un autre fruit dans l'après-midi en guise de goûter, et le soir, il mangeait à 20 heures d'une soupe, ou alors d'une salade ; en tout cas des légumes, sans protéines ni sucre lents.
Il ne pouvait s'empêcher de grimacer à chaque fois qu'il relisait cette feuille, vraiment. En même temps, à cause du jogging le matin et des courbatures que ç a endurait, il grimaçait tout le temps...




Le mois de décembre arriva rapidement, et les vacances avec. Bill courait tous les jours, mangeait correctement (Tom l'avait forcé à jeté toutes les plaques de chocolat qui traînaient dans le vide ordure) et ses cheveux avaient légèrement poussés.
Aujourd'hui, on était le premier dimanche des vacances, et Bill avait prévu de dormir jusqu'à au moins midi. D'habitude le dimanche, Tom venait chercher Bill en voiture, et il l'emmenait au centre de sport à côté. De huit heures du matin à midi, il était obligé de monter sur toutes les machines possibles et inimaginables, de faire des tonnes de pompes, d'abdos et encore d'autres trucs aussi chiants. Mais aujourd'hui, on était en vacances. Il allait passer quelques jours à ne rien faire chez lui, juste à dormir, avant de partir comme tous les Noël chez ses grands parents pendant quelques jours. Cette idée le réjouissait totalement, largement plus qu'à l'habitude. Tom ne sera pas là, il ne courrait pas pendant une semaine, et il pourrait se gaver de stollen à la pomme et au rhum, de bretzels de toute sorte, de Christbrot, et de la maison d'Hansel & Gretel en pâte d'amande et fruits confits que ses tantes adorent fabriquer. Non, vraiment, une très bonne semaine s'annonçait.
Bill rêvait de gâteaux et de sucreries de Noël quand soudain on appuya sur l'interrupteur, et la lumière forte le réveilla en sursaut.
« Putain, c'est quoi ce délire ! Maman, on est en vacances ! »
« Dommage, ta mère n'est pas là. Et c'est juste les vacances en ce qui concerne les cours, pas moi. »
Bill ouvrit finalement les yeux et se redressa dans son lit. Et comme tous les matins depuis trois mois, il y avait Tom en jogging devant lui, les poings sur les hanches.
« Oh nan.. » souffla Bill avant de retomber sur le matelas, les mains sur les yeux.
« Allez, hop hop hop ! On va courir ! »
« Tom ? »
« Oui ? »
« Tu sais qu'il est genre huit heures du matin, qu'on est le premier dimanche des vacances, et que c'est Noël dans dix jours ? »
Bill tutoyait Tom depuis pas mal de temps déjà. Ils avaient presque le même âge, et à force des vacheries que Tom lui faisait (comme lui faire taper des sprints dans le parc alors qu'il y avait de la neige et du verglas partout, ou le faire courir après une carotte dans la rue un dimanche matin parce qu'il était mort de faim mais qu'il ne voulait plus rien faire) c'était devenu normal.
« Oui et alors ? »
« Qu'est-ce que tu fous là alors ! » cria Bill. « T'es pas bien toi, moi je cours pas aujourd'hui ! J'ai des courbatures partout, je suis méga crevé, je... Nan, il est hors de question que je cours aujourd'hui. Hors de question tu m'entends ! » Et Bill se ré enfouit sous sa couette.
Tom poussa un soupir blasé. Ce n'était pas la première fois que Bill lui faisait une scène comme ça, pour ne pas aller courir ou pour pouvoir manger un bout de chocolat. Sous ses aspects timides, et complexés, Bill savait très bien s'énerver et hurler quand il le voulait, et dieu qu'il était têtu. Tom releva ses manches, tira les rideaux, et ouvrit la fenêtre. Un souffle glacé traversa la chambre, et il entendit Bill remuer sous sa couette. Couette que Tom tira d'un coup, découvrant un grand garçon en caleçon, recroquevillé sur lui-même qui hurla :
« Mais t'es dingue ! C'est la première fois que tu me fais un coup comme ça ! Et la dernière, je te préviens ; je n'irais pas courir. » s'énerva Bill en enfilant un sweet qui traînait sur le dossier de sa chaise.
« Très bien. »
Tom lui sourit en fermant la fenêtre, et Bill resta éberlué au milieu du lit, les yeux comme des soucoupes.
« J'avoue qu'avec vingt centimètres de neige dehors, j'ai pas trop la foi de t'accompagner courir. » grimaça Tom dans une moue si adorable que Bill aurait envie de photographier s'il n'était pas autant dans le brouillard. « Et je crois qu'on doit faire d'autres choses aujourd'hui. File à la douche, et rejoins-moi à la cuisine. »
Sans ajouter un mot, Bill se leva vers la salle de bains. Dix minutes plus tard, quand il fut bien réveillé, sous le jet brûlant, il se demanda ce que pouvait bien signifier le autres choses.




En descendant les escaliers pour rejoindre Tom dans la cuisine, il sentit une odeur qu'il n'avait pas sentie depuis des lustres ; des gaufres !
Il se précipita dans la cuisine, et c'était bel et bien des gaufres qui étaient posées sur la table. Tom s'était apparemment rhabillé normalement, et se servait une tasse de café dos à Bill. Il se dit qu'il n'avait pas vu son coach comme ça depuis trois mois maintenant, lors de leur première rencontre.
« Des gaufres ! Alors tu fais un écart à ta déontologie ? »
Tom sursauta et se retourna sur Bill qui grignotait du bout des dents sa gaufre (nature, il n'avais pas osé rajouter quelque chose dessus pour reprendre tous les kilos qu'il avait perdu). Il le regarda savourer sa première gaufre depuis trois mois, et se dit qu'il avait déjà bien changé. Ce n'était plus ce grand garçon tout rond qui baissait la tête en marchant qui lui faisait face comme celui du début. Il avait perdu beaucoup de poids ; douze kilos ! en trois mois, et il pesait maintenant soixante-deux kilos. C'était largement idéal pour un homme d'un mètre quatre-vingt, mais malgré la mauvaise volonté de Bill à aller courir le matin, il avait décidé qu'il pouvait encore perdre du poids, sa lourdeur le gênant plus qu'autre chose maintenant ; en réalité il avait un métabolisme qui le faisait très grand et très mince. Et puis il avait décidé de changer du tout au tout, non ?
Tom sourit en repensant aux trois derniers mois.
« Euh... Tom ? C'est quoi ces autres choses à quoi tu pensais pour aujourd'hui ? »
Tom posa sa tasse de café sur la table, et s'assit lui aussi. Il leva les yeux vers Bill qui le regardait de ses grandes pupilles chocolat.
« Alors. En fait, je voulais t'en parler que demain, et te faire la surprise. Mais bon, j'ai vraiment pas envie de courir dans le froid aujourd'hui, et ta mère m'a dit que tu n'aimais pas les surprises de ce genre alors bon. »
Bill commençait à avoir un peu peur des idées de son coach, et notamment de ses surprises. La dernière qu'il lui avait fait, c'était de lui offrir un pèse-personne qui parlait et lui disait tous les matins qu'il pouvait mieux faire. Il y avait même un petit écran avec des yeux mécontents. (Quoique depuis deux semaines, c'était un sourire qui s'affichait.)
« Je sais que tu pars tous les ans chez tes grands parents pour Noël vers... Nuremberg, c'est bien ça ? » Bill hocha la tête. « Bon alors, en fait, cette année, j'aimerais que tu viennes avec moi, à partir de demain et pendant une semaine dans les Vosges. Je... Euh, en fait si tu veux pas, t'es pas obligé de venir. Mais je me disais que ça serait bien. Tu pourras faire du ski, et tu sais que c'est très bon pour les cuisses ! Et puis, en même temps, ça pourrait être sympa, et euh... T'en dis quoi ? »
Bill resta immobile quelques instants et puis finalement il sauta de sa chaise en écartant les bras vers le ciel :
« YEAAAAAAH ! Je vais faire du skiiiiiiii ! »
Tom sursauta, et puis éclata de rire quand il vit Bill danser.
« C'est ok alors ? »
« Carrément ! »




Lundi matin. Aujourd'hui Tom n'eut pas besoin de traîner Bill dehors ; quand il arriva devant sa maison, il l'attendait déjà dehors assis sur une petite valise rouge, l'appareil photo autour du coup, l'objectif collé contre les yeux. Malgré son impatience à partir au ski, il ne vit pas Tom, trop occupé à prendre des photos du lever du soleil. Il était cinq heures du matin, et ils avaient un train dans une heure.
Finalement, il sauta dans la voiture de Tom, et continua à prendre des photos tout le long du trajet, sans se préoccuper de Tom, qui faisait exprès de ne pas rouler trop vite pour de meilleures photos, et pour regarder le jeune homme concentré. Ils arrivèrent à la dernière minute à la gare, et se dépêchèrent de sauter dans le train, juste avant qu'il ne démarre.
« On l'a eu de justesse ! » dit Tom pendant qu'il cherchait leurs places dans le wagon bondé. « C'est là. T'es à la fenêtre. »
Il laissa passer Bill, qui rangea précieusement son appareil photo dans la besace que sa mère avait fini par lui acheter.
« T'as quel niveau en ski ? » demanda Tom.
Bill grimaça : « Euh... J'ai fait que deux fois du ski dans ma vie. C'est grave ? »
La moue qu'il faisait était décidément trop mignonne et Tom rigola.
« Non, c'est pas grave. Je t'apprendrais, c'est simple. Puis si t'es vraiment nul, on fera de la luge, tant pis pour tes quelques kilos encore à perdre ! » finit-il en pinçant les côtes de Bill qui couina.
« Et on reste une semaine? On va faire que du ski en huit jours? Ou euh... »
« Oui, t'auras le temps de faire des photos, ne t'inquiète pas ! » sourit Tom. « Je vais pas te coller pendant huit jours non-stop ! »




Ils s'étaient tous les deux endormis dans le train qui traversait l'Allemagne entière, et ils ne se réveillèrent qu'au terminus à Freiburg. Sans un mot, ils récupérèrent leurs valises, et montèrent dans un car qui les mènerait directement dans le village où Tom avait loué un chalet. C'était un petit village tout ce qu'il y a de plus pittoresque, avec des petites maisons en bois, le toit recouvert de neige et d'où pendaient des stalactites. Bill s'arrêta trop souvent pour prendre des photos, et malgré les cris de Tom, ils mirent une demi-heure au lieu de dix minutes pour monter au chalet.
« C'est là, rentre. » souffla Tom en ouvrant la porte.
Il régnait une chaleur douillette dans le chalet, sûrement préparé par les propriétaires qui habitaient à quelques mètres. La porte d'entrée donnait directement sur le salon qu'occupait un large canapé rouge, une table du même bois que les murs, et quelques chaises dispersées par-ci par-là. Le chalet n'était pas décoré de manière extravertie, au contraire. Tout était au minimum, mais assemblé d'une manière très chaleureuse et confortable. Bill soupira de contentement en s'affalant dans le canapé qui était posé devant une cheminée et déclara :
« J'adore cet endroit. Merci de m'avoir emmené ici, vraiment. » Sourit-il à Tom qui s'était écroulé à côté de lui.
« De rien » sourit-il aussi.
Pendant quelques instants, ils baignèrent dans une atmosphère silencieuse, mais agréable, trop hypnotisés par les flammes de la cheminée pour parler. Et puis finalement Bill gigota et décida qu'il fallait ranger au plus vite les affaires, manger quelque chose (il était midi et demi) et partir faire du ski. Tom le regarda s'agiter en souriant sans lui-même bouger du canapé.
« Tu joues de la guitare ? » s'exclama soudainement Bill.
Tom tourna la tête ; Bill tenait la housse d'une guitare et la regardait comme une poule regarderait un couteau.
« Euh oui. » sourit Tom.
« Mais... Pourquoi j'ai pas vu cette guitare depuis qu'on est parti, c'est-à-dire, depuis... sept heures et demi ? » demanda Bill un air d'incompréhension sur le visage.
« Peut-être parce que depuis cinq heures du matin, soit tu dors, soit tu prends des photos » rigola franchement Tom devant l'air béat de Bill.
Bill grogna et finit par ranger toutes les affaires, avant de traîner Tom dehors.
« Mais on a pas encore mangé ! » cria Tom. « J'ai faim moi ! »
« Bah moi aussi. » sourit Bill. « On n'a qu'à manger dans ces petites cabanes au milieu des montagnes. »
C'est comme ça qu'ils se retrouvèrent assis dans la neige parce qu'il n'y avait plus de place sur les tables à manger des frites en barquettes recouvertes de ketchup.




« Bon, c'est simple. Tu rentres les genoux vers l'intérieur, et tu te laisses glisser. Pour te diriger, tu n'as qu'à remettre tes genoux en parallèles et tourner les genoux en même temps que le bassin. Ça ira comme ça ? »
« Euh oui. »
Bill acquiesça, enleva les bâtons qu'il avait fichés dans la neige, pencha son corps en avant. Et il ferma les yeux.
Tom du haut de la pente regarda Bill glisser doucement, tout droit, et il sourit, fier que son élève ait compris du premier coup comment on skiait.
Il se lança sur la piste, quand il entendit soudain Bill hurler, et le vit descendre la piste à toute allure. Tom grimaça quand il vit que Bill tomba tout d'un coup face contre terre, les bras enfoncés jusqu'aux épaules dans la neige. Il accéléra et s'arrêta tout près de Bill. Il paniquait un peu ; il n'allait pas perdre Bill maintenant, alors qu'il ne lui restait que cinq petits kilos à perdre.
« Bill, Bill ! Putin, ça va ? » demanda-t-il en dégageant les bras puis la tête de Bill.
Celui-ci était mort de rire.
« J'adore le ski, c'est trop fun ! »




Quand ils rentrèrent le soir au chalet, ils étaient exténués, et avaient des courbatures partout.
Pendant que Bill enlevait ses chaussures de ski, et ses trois paires de chaussettes il demande :
« On mange quoi ce soir ? »
Tom de la cuisine lui répondit ;
« Une tarte aux oignons. Avec un peu de fromage dedans. »
Du salon, Bill entendit le sourire dans la voix de Tom. Il faisait tout pour lui faire plaisir décidément, comme pour se faire pardonner d'avoir été un gros méchant pas beau qui le réveillait à 6h45 tous les matins. Il laissa ses affaires de ski devant le canapé, et se leva difficilement vers la salle de bains.
Il ferma la porte à clé, et se déshabilla lentement avant de rentrer dans la douche. Il resta un long moment sous l'eau brûlante, avant de se décider à sortir, vu la rougeur de sa peau. Il se sécha rapidement, et se pesa : soixante-deux kilos. Il sourit ; un kilo en moins. C'était vraiment génial d'avoir ce métabolisme qui lui permettait de maigrir aussi rapidement.
Il se mit du déodorant, et passa de la crème hydratante sur les zones de sa peau qu'il trouvait trop sèches. Et puis, il enleva la buée du miroir contre la porte de la salle de bains.
Il n'avait pas fait ça depuis des lustres ; et peut-être qu'il ne se reconnut pas tout de suite. Il avait totalement fondu en fait.
Il enleva la serviette autour de sa taille, et se regarda plus attentivement. Il avait le ventre plat aujourd'hui, ses cuisses et ses mollets avaient une forme normale, ses poignets étaient tout maigrichons même. Il sourit à visage qui avait perdu ses rondeurs d'enfance, et ces cicatrices de boutons grâce aux crèmes que lui avait recommandé Tom. Le grand air, le soleil et le froid lui avaient donné un teint légèrement hâlé, et des pommettes roses; il ne savait même pas qu'il pouvait prendre des couleurs. Il avait l'air plus vieux, et ses cheveux blond châtain qui avaient poussé depuis trois mois tombaient sur son front et dans sa nuque. Il se sourit encore plus, et finit se sécher en se regardant dans le miroir. Il avait considérablement changé.
Tom toqua soudainement à la porte, et il sursauta.
« On mange, dépêche toi. »
Il jeta la serviette sur le radiateur, enfila un vieux jogging trop grand, et un sweat sur son tee shirt XXL. Il se regarda de nouveau dans la glace ; dans ces vêtements trop larges, on voyait vraiment qu'il avait perdu du poids. Il sourit encore une fois, et sortit enfin de la salle de bains.
« J'ai faim ! » cria-t-il avant de se mettre à table, en face de Tom.
« Heureux de l'entendre » dit Tom en riant. Il lui servit une part de tarte, et s'assit à son tour.
Bill coupa un bout de ce qu'il avait dans son assiette et soupira de contentement dès la première bouchée.
« Hmmm... C'est exquis ! » Il remit une autre fourchette dans sa bouche, et la bouche pleine il demanda : « T'as appris où à cuisiner, putain, c'est trop bon ! »
« C'est ma mère. » Tom sourit. « Elle m'a appris à faire des gâteaux, et d'autres trucs tout simple. Après j'expérimente. »
« Et bah moi, je dis chapeau ! Et merci à ta maman ! » Ils se sourirent. « Moi je sais juste faire des pâtes, et de la vinaigrette ! Je suis très nul, mais alors vraiment très nul devant les fourneaux, malgré les efforts de ma mère. Heureusement que t'es là pour me nourrir, sinon je mourrais de faim à cet instant ! »
Ils rirent, et le reste du dîner se termina comme ça ; avec des rires et des sourires à chaque bouchée.
Quand ils eurent débarrassé et fait la vaisselle, ils s'avachirent comme à leur arrivé sur le canapé rouge. Bill reprit son appareil photo posé sur la table du salon, et regarda les nombreuses photos qu'il avait prises depuis le matin.
« Content de tes photos ? » demanda Tom.
« Assez. » sourit Bill en relevant la tête. « Et heureusement que j'ai pris plusieurs cartes mémoires, parce que j'en ai tellement ! Même si je sais que je vais en jeter pas mal en revenant à la maison. »
« Tu fais de la photo depuis combien de temps en fait ? Je devine que ça date d'il y a déjà longtemps, mais bon... »
« C'est une bonne question » sourit Bill en ramenant ses jambes sous lui. « En réalité, je crois que j'ai toujours eu un appareil photo dans les mains. Mon premier, je devais avoir cinq ans, je crois. Les maîtresses se sont toujours plaintes à mes parents que je ne m'intégrais pas à la classe, et que j'étais trop rêveur. »
« Et tu es toujours comme ça maintenant ! Le nombre de fois qu'il faut te décrocher de ton nuage et de faire redescendre sur terre. Tu vois un peu trop ta vie à travers l'objectif. » sourit Tom.
« Peut-être. Je me rends pas bien compte. La seule chose dont je me suis rendu compte, c'est qu'à force, je me suis totalement laissé aller. Il faut pas être beau pour être de ce côté-ci de l'objectif, ce qui compte c'est ce qu'il y a de l'autre côté. »
Un petit silence confortable s'installa entre eux, avant que Bill ne reprenne :
« Et toi tu fais de la guitare ? »
« C'est ça. Depuis que j'ai six ans en fait. »
« Tu dois être super doué alors ! »
Tom rit : « Peut-être je sais pas. »
« Tu peux me jouer un morceau ? » Bill battit des cils et joignit ses mains sous son menton.
« Je peux pas refuser, demandé comme ça ! »
Tom se leva et s'accroupit devant sa guitare qu'il avait posé contre le mur à côté de la porte. Il en sortit doucement sa guitare, et revint s'asseoir sur le canapé. Il la posa correctement sur ses genoux, et Bill admira les gestes doux et précieux que Tom faisait pour se servir de l'instrument en bois doré.
« Je te joue quoi ? »
« Euh. Je suis pas vraiment calé en musique, alors ce que tu préfères » dit Bill en lui souriant.
« Très bien. »
Tom posa doucement ses doigts sur les cordes, et commença à jouer une douce mélodie. Bill, recroquevillé, sur lui-même fixait comme hypnotisé, Tom. Ses dreads qui pendaient dans son dos étaient retenus par une ou deux nouées négligemment, son visage était penché sur sa guitare, et ses yeux étaient presque fermés. Bill monta doucement son appareil à hauteur de son visage et prit une ou deux photos avant de la rabaisser ; il n'arrivait pas à prendre de photo de ce moment si joli. Et c'était une première. Il éteignit l'appareil, et se laissa bercer par la douce mélodie, la chaleur rassurante de Tom à côté de lui, et fixa d'un regard vide, la joue lisse de Tom.
Quand la chanson se finit, Tom releva la tête vers un Bill complètement comblé. Il lui sourit, et Bill lui répondit d'un sourire presque transparent, encore ému de ce moment.
« C'était... woah. »
« Whoah ? » demanda Tom dans un murmure chaleureux.
« Ouais... Whoah. »
Ils se sourirent.
« T'as pris des photos ? » demanda Tom.
« Deux, c'est tout. » sourit timidement Bill.
Tom parut étonné : « Deux, c'est tout ? »
« Oui. C'était juste trop whoah pour le fixer sur une photo. »
« Merci » Et Tom reposa la guitare sur le sol.
« Tu sais quoi ? J'aurais jamais imaginé que tu puisses faire autre chose qu'être coach. »
« Tu crois qu'en dehors de quand je cours avec toi, j'existe pas ? Genre j'ai pas d'amis, pas de copines, pas de vie ? »
« C'est ça ! » dit Bill en riant, cessant définitivement l'atmosphère trop chaude et trop intime qui régnait durant toute la durée de la chanson.
« Eh bien non, comme tu le vois. Je joue de la guitare tous les jours en rentrant chez moi, et j'ai les doigts tout calleux. J'habite dans un petit appartement à Berlin, j'ai fait des études de psychologie, je suis né un 17 avril, et quand je peux, je vais voir mes parents et ma petite s½ur à SchonWalde le week-end. J'adore faire du shopping avec elle. Je suis bi, et au lycée j'étais le roi du bal à chaque fois. Et le vendredi soir, j'adore faire la tournée des bars avec tous mes amis. »
« Eh bah, si j'avais su ! » rit Bill. « Et t'as 23 ans c'est ça ? »
« Exact » dit Tom en hochant la tête.
« T'as deux ans de plus que moi, à peine, et pourtant, t'en connais dix fois plus sur la vie que moi faut croire. »
« Alors demain on sort, et je te montre comment c'est de vivre ? »
« Tu me montres tout ce que je suis censé savoir ? »
« Promis. »




Chose promise, chose due. Le lendemain, Bill alla réveiller Tom à 9h30, et après un café, ils prirent un car direction la plus grande ville du coin ; Colmar. Quand Tom lui avait dit qu'ils allaient en France, Bill avait sauté de joie en s'accrochant au cou de Tom, manquant de le faire tomber dans la neige. Et à 10h30, ils étaient en France, à Colmar.
Bill s'émerveilla devant les décorations sur les façades des maisons typiques de la région en l'honneur de la fête de Noël et prit trop, vraiment trop de photos selon Tom. Ils finirent par arriver dans la rue commerçante ; Noël une semaine, et la rue grouillait de parents fébriles, les mains chargées de dizaines de sacs. Tom sourit à cette agitation familiale qui lui rappelait son enfance, et il finit par confisquer l'appareil photo de Bill qui y était collé.
« Mais ! Pourquoi tu fais ça ? » Le grand garçon avait presque les larmes aux yeux.
« Je t'ai dit, je t'ai même promis que j'allais te montrer la vie, hein ? Alors c'est ce que je fais. Je te le redonnerais ce soir, en rentrant. Pour l'instant ; profite avec tes yeux ! » dit-il en écartant les bras vers la vie qui grouillait devant eux.
Bill ferma les yeux quelques secondes, les mains enfoncées dans son anorak trop grand. Il respira un grand coup, et ouvrit doucement les paupières, en battant des cils comme pour enlever les restes des pixels et des images figées qui y restaient accrochés.
Il tourna la tête vers Tom qui lui fit un grand sourire.
« Allez viens » chuchota-t-il en le prenant par le coude et s'avançant parmi la foule bruyante.




Ils passèrent toute la matinée à faire les boutiques. Toutes les boutiques de vêtements présentes dans la ville de Colmar. Pour tous les goûts, et tous les styles.
Tom acheta deux tee-shirt, et une casquette dans un magasin de son style. Bill essaya de nombreux baggys plus ou moins larges pour voir, mais il avait la trop désagréable impression d'être un pingouin avec un balai dans le cul. Ensuite, ils allèrent dans une boutique bab, située juste à côté. Bill fronça le nez à l'odeur de l'encens, essaya quelques sarouels et chemises bariolées encore trop larges pour lui et... non, ce n'était pas ça.
« J'ai pas perdu treize kilos pour me cacher dans des vêtements informes. »
En plus, il n'avait pas envie de ressembler à un arc-en-ciel ou un pot de peinture quand il se baladait dans la rue, non ce n'était pas envisageable.
Ensuite, ils rentrèrent dans une boutique de vêtements pour homme tout ce qu'il y avait de plus normal, mais avant même d'essayer quelque chose, Bill sortit en déclarant qu'il n'allait jamais, au grand jamais porter les mêmes fringues que son père.
Tom soupira ; ça faisait deux heures qu'ils parcouraient les rues de Colmar. Il avait mal aux jambes, il avait faim et ce Bill pressé de tout découvrir de la vie en une seule journée le fatiguait. Vraiment.
« Tu veux pas manger quelque chose avant de continuer ? »
« Bah... J'aimerais bien tout faire avant mais bon... » Il vit le visage déconfit de Tom devant sa réponse, et s'empressa de rajouter : « Oui, oui d'accord, je meurs de faim aussi. »
Tom soupira de soulagement, et il se précipita presque en courant vers le joli marché de Noël. Ils achetèrent des bretzels, et deux barguettes de frite avant de boire un verre de vin chaud.
Et ils retournèrent aussitôt faire les boutiques. Finalement, un peu déçus de n'avoir encore rien trouvé, ils rentrèrent dans une petite rue, où il n y avait pas grand monde.
« Y a pas une boutique là-bas ? »
« Euh si, je crois. On va faire un tour ? » demanda Tom. Bill hocha les épaules, et ils s'avancèrent vers la devanture peinte en rouge. Les vitrines présentaient des vêtements principalement noirs et argentés, et des accessoires étaient posés sur du tissu en velours noir lui aussi.
« T'es sûr que tu veux rentrer là Bill ? »
« On a fait toutes les boutiques, on a rien trouvé alors ouais. J'ai rien à perdre. » Et il poussa la porte dans un tintement chaleureux.
La boutique était gigantesque en fait. Tous les murs étaient peints en noir, et la plupart étaient recouverts de poster de groupe de rock plus ou moins connu. Des immenses vitrines parcouraient l'ensemble du magasin et présentaient des bijoux, de ceintures et de part et d'autres s'étalaient des portiques recouverts de vêtements en tout genre, passant de la jupe en tulle, au slim noir, au tee-shirt à tête de mort, ou au gilet en velours. Une dizaine d'ados farfouillaient dans les vêtements, eux-mêmes portant des vêtements noirs, ainsi qu'un lourd maquillage noir et le plus souvent des cheveux noirs aussi. Tom se sentit tout d'un coup totalement décalé dans cet atmosphère, malgré que la jeune fille à côté de lui louchait sur ses dreads avec admiration.
Bill trouva de suite l'endroit très beau, et se débattit intérieurement pour ne pas supplier Tom de lui rendre son appareil photo. Au lieu de ça, il se dirigea vers le premier portique, suivi de près par Tom qui regardait la boutique d'un air perplexe.
Et miracle, au bout d'une demi-heure, Bill avait les bras chargés de vêtements (et même Tom devait en portait tellement ils étaient nombreux!) et il se dirigea d'un pas décidé vers les cabines d'essayage.




Quand ils sortirent de la boutique, ils avaient tous les deux au moins cinq sacs dans chaque main, chacun rempli de tonnes de vêtements et d'accessoire clinquants.
« Tes parents t'ont donné beaucoup de sous dis-moi » rit Tom, faisant mine de tomber sous le poids des sacs.
« Même pas, c'est mon argent. J'ai bossé trois mois l'été dernier dans un studio de photographe, et crois-moi, ça rapporte vachement ! » sourit Bill dans son nouvel ensemble (un jean taille basse, un tee shirt blanc avec une tête de mort à plumes noires, et une veste noire assez épaisse mais pourtant moulante qu'il avait remonté sur ses coudes). « En tout cas, j'suis content d'avoir dépensé mes sous pour ça ! »
« Heureux de te voir ... heureux ! Et puis t'es super canon comme ça en fait ! » rit Tom.
« Oh, c'est trop gentil, merci » minauda Bill, comme une jeune adolescente avant d'exploser de rire à son tour.
« Bon tu veux faire quoi maintenant ? » demanda plus sérieusement Tom.
« Acheter des chaussures potables, parce que merci, mais mes vieilles baskets de sport crade ne vont vraiment pas avec mon jean quoi »
« C'est qu'il ferait sa diva maintenant notre petit Bill ? »
Le dit Bill lui donna un coup de coude dans les côtes, et ils partirent acheter des baskets normales ; des Adidas, et des Nike à la mode.
« Et maintenant ? » redemanda Tom en sortant du magasin.
« Je...veux aller chez le coiffeur » chuchota Bill en se regardant dans la vitrine du magasin de chaussures. Il avait des vêtements magnifiques, des chaussures toutes neuves. Il avait vraiment maigri, et ses nouveaux vêtements ne faisaient que de souligner cet aspect de sa physionomie. Mais quand il regardait son visage, il retrouvait ce Bill complexé et gros. Ses cheveux blonds ternes lui tombaient n'importe comment dans le visage, et il n'aimait pas l'image que son visage lui renvoyait.
« Y'en a un en face, viens » chuchota alors Tom.




« Que désirez-vous jeune homme ? » demanda la coiffeuse dans un allemand aproximatif en lui lavant les cheveux.
« Quelque chose de nouveau. Qui s'accorde avec mon style. Peut-être les cheveux noirs... Et... »
Il réfléchit devant le miroir pendant que la coiffeuse lui séchait grossièrement les cheveux avec une serviette. Il repensa aux photos qu'il avait fait au studio cet été. Il repensa au mannequin, aux photos qu'il voyait en permanence en cours de photo de mode.
« Je veux les cheveux noirs corbeaux, garder un peu ma longueur avec des mèches effilées et lisses. Une coiffure structurée en fait. »
« Très bien. » lui sourit la coiffeuse. « On va vous changer de tête. »
Et Bill pensa à la tête de Tom quand il verrait sa nouvelle coiffure qui était sortir acheter deux trois trucs à manger pour ce soir.




Tom rentra dans le petit salon de coiffure, et jeta un coup d'½il dans la pièce, sans apercevoir Bill. Quand soudain un jeune homme aux cheveux noirs apparut devant lui, un grand sourire aux lèvres.
« Alors, tu trouves ça comment ? »
Tom resta quelques secondes immobile avant de reconnaître son élève Bill. Ses cheveux n'avaient pas été coupés, et la manière dont ils étaient arrangés les faisaient paraître plus longs. Ils étaient teints en noir corbeau, mais quand Bill bougeait sous la lumière artificielle, Tom pouvait y voir des reflets bleus.
« Whoah. »
« Whoah ? »
« C'est ça ; whoah. » sourit Tom.
« Tu trouves que c'est bien ? Tu trouves pas que c'est trop, ou je sais pas. Je veux dire, j'ai fait ça au feeling, mais je sais même pas si c'est raté ou pas. Tu trouves que ça me va bien ? » débita Bill à toute vitesse en se regardant dans le miroir.
« Bill ? » sourit Tom en lui posant une main sur l'épaule. Celui-ci arrêta de gigoter, et ils se fixèrent tous les deux l'un l'autre dans le miroir. Comme ça, il faisait la même taille, et sûrement la même morphologie ; ils se ressemblaient un peu avec leurs traits fins et bien dessinés. Mais ils paraissaient à des antipodes l'un de l'autre; Tom était habillé en noir, avec des vêtements dix fois trop grands pour lui et ses lourdes dreads blondes tombaient lourdement jusque devant son torse, et Bill portait un teeshirt blanc et les pointes de ses cheveux fraîchement teins en noir tombaient gracieusement sur ses épaules. Il y avait un étonnant contraste entre eux, et Bill pensa que Tom était purement magnifique.
« Tu es magnifique comme ça Bill. »




Ils passèrent le reste de l'après-midi entre le marché de Noël, les boutiques de disques, les bars et les librairies. Vers dix-neuf heures, il commença à neiger. En sortant d'une boutique de parfums où ils avaient passé une demi-heure à tester tous les échantillons à ne plus avoir d'odorat, Bill leva le nez vers le ciel. Les rues étaient presque vides, les magasins fermaient, et Bill se mit à tournoyer dans la rue faiblement éclairée par les lampadaires. Il s'arrêta, ferma les yeux et ouvrit la bouche pour avaler des flocons de neige. Les chants de Noël résonnaient dans les rues ; alors Tom posa ses sacs contre un pan de mur, mit les sacs de Bill au même endroit, et l'attrapa par la taille. Pendant quelques secondes, ils esquissèrent quelques pas de valse avant de se séparer mort de rire. Ils récupérèrent leurs sacs, et se dirigèrent vers le marché de Noël. Tom rendit son appareil photo à Bill qui prit plusieurs photos des illuminations de la ville qui faisait rougir de honte les piteux éclairages publics. Et puis il prit aussi une photo de Tom qui mangeait un bretzel, du petit garçon qui courait partout suivi de près par sûrement sa petite s½ur qui tenait une boule de neige dans ses petites mains gantés, une autre photo de Tom qui posait devant le père noël et un ado dans la rue qui le vit prendre une photo de lui et lui fit un signe de la main avant de rejoindre ses amis. Et puis finalement, il attrapa Tom par le cou, et ils grimacèrent, hilares, devant l'objectif.
Enfin, ils attrapèrent le dernier car, et Tom s'endormit dedans, bercé par le mouvement du véhicule. Bill le regarda quelques instants ; serein et calme. Il avait encore des flocons de neige brillants dans ses dreads. Bill sourit pour lui-même, et tourna la tête vers la fenêtre ; il ne reconnut pas son reflet.




La voiture se gara devant la maison de Bill. Tom éteignit le moteur, et un silence s'installa.
« C'est Noël dans deux jours. » chuchota Bill, de peur de briser cet instant calme.
« Exact. Tu vas voir tes grands parents en Bavière ? C'est ça ? »
« Oui. » sourit Bill en pensant à sa famille qui ne le reconnaîtrait pas. « Et toi ? »
« Je le passe chez mes parents, c'est cool. Après j'irais chez ma grande tante, ça m'enchante moins ça tu vois » sourit Tom.
Ils sortirent de la voiture, et Bill récupéra ses deux valises (il en avait acheté une autre à Freiburg, incapable de faire rentrer tous ses nouveaux vêtements dans celle qu'il avait emportée).
Ils rentrèrent dans la maison vide ; ses parents rentreraient plus tard. Il posa ses valises près de l'escalier, et se retourna vers Tom.
« Merci pour cette semaine, vraiment. Je me suis beaucoup amusé. » sourit doucement Bill.
« C'est moi qui te remercie. Bon, je vais y aller. »
« Oui. On se revoit dans une semaine, à 6h45, pour reprendre le jogging ? » grimaça Bill.
« Je... »
Le regard de Bill se teinta d'inquiétude devant l'hésitation de Tom.
« Mon contrat s'arrête là, Bill. » sourit (tristement ?) Tom. « Je t'ai aidé à remplir tous tes objectifs ; tu as atteint ton poids idéal, tu as complètement changé, et maintenant tu souris même quand tu ne regardes pas tes photos. » Il mordillait son piercing en se torturant les mains. « C'est fini, maintenant. Mais sache que j'ai été très heureux de travailler avec toi, tu as été un élève modèle vraiment, même si je t'en ai fait voir des vertes et des pas mûres. » rit doucement Tom.
Bill trouvait ce sourire et ce rire faux, mais il n'osa pas faire de réflexions. Son coach avait raison ; il avait réussi ce qu'il avait voulu entreprendre, il était maintenant sûr de lui, et même pressé de retourner à l'université juste pour se faire des amis, se sociabiliser, et commencer réellement sa vie. Mais il n'avait pas prévu que le contrat se finisse aussi rapidement, et même s'il savait qu'à partir de maintenant, il n'avait plus besoin de l'aide de Tom, l'idée de ne plus le voir tous les matins à 6h45 en jogging devant la maison lui faisait un peu mal au ventre. Il n'en laissa rien paraître.
« Oui, t'as raison ; j'ai tout réussi. Grâce à toi évidemment. » sourit Bill. Il savait que ses lèvres esquissaient plutôt une grimace. « Merci pour tout, vraiment. » dit-il avant de le serrer dans ses bras. « Mes parents t'ont déjà réglé ? »
« Oui, je reçois la dernière partie de l'argent dans deux jours »
Ils se serrèrent une dernière fois la main, et Bill sentit les doigts calleux de Tom dans sa paume. Ils se regardèrent sans que leurs mains se séparent, comme pour faire durer un peu plus longtemps ce moment.
« Je vais y aller » dit Tom brusquement. Il lâcha la main de Bill et ils se dirigèrent ensemble vers la porte d'entrée. Tom s'avança vers sa voiture tandis que Bill restait sur le seuil de la porte. Quand il ouvrit la porte de sa voiture, il lança un dernier regard vers celui qui était son ancien élève.
« Si t'as besoin, t'as toujours mon numéro. »
Et sans un regard de plus, il démarra sa voiture et sortit de l'allée. Bill ne ferma la porte que quand il fut sûr de ne plus voir les phares de la voiture de Tom dans la rue froide.




Février 2011. Il y avait encore de la neige dans les rues de Berlin. Tom était en ville, et cherchait une nouvelle guitare. Il flânait le long des rues commerçantes, s'arrêtant devant les vitrines et quelquefois rentrant dans les boutiques pour faire quelques achats. Un samedi banal en apparence. Et puis il était bientôt dix-neuf heures. Il sortit de son disquaire préféré, quand il se cogna dans une personne apparemment pressée de rentrer dans la petite boutique.
« Oh, je suis désolé, excusez-moi. » s'exclama la personne en face de lui.
« Ce n'est rien, je... Bill ? »
« Tom ? »
Ils se regardèrent quelques minutes, sans un mot. Tom distingua que Bill avait les yeux soulignés de noir, et le piercing qu'il portait à 'arcade brillait grâce aux lumières nocturnes. Ses cheveux avaient quelques peu poussés et tombaient plus bas dans sa nuque. De plus, il était persuadé que Bill avait encore plus maigri.
« Whoah, ça fait plaisir de te voir ! » dit Bill dans un sourire.
Depuis le mois de décembre, il n'avait pas osé rappeler Tom, et à force, il n'espérait plus un coup de fil de sa part. Il était retourné à l'université, et personne ne l'avait reconnu, les élèves le prenaient pour un nouvel arrivant. Quand ils avaient découverts son identité, ils l'avaient complimenté, et Bill s'était rendu compte qu'il plaisait à pas mal de personnes maintenant. Il était sorti avec quelques filles, avait couché pour la première fois. Et il venait de rompre avec son petit ami dernièrement.
« Alors, qu'est-ce que tu deviens ? » demanda Tom.
Bill continuait toujours ses études de photographie, et pensait à faire une carrière dans le domaine de la mode. Malgré tout, grâce à l'entraînement intensif avec Tom, il ne se cachait plus éternellement derrière l'objectif, et la vie était jolie. Il lui raconta combien grâce à lui sa vie avait changé ; personne ne l'embêtait plus gratuitement, et il osait marcher la tête haute dans la rue. Il s'était fait plusieurs amis et lui aussi il sortait le week-end (il allait même à des concerts maintenant !), sans négliger ses études.
Il fit un grand sourire à Tom, et ils discutèrent encore un peu.
Et dix-neuf heures sonna, et le magasin ferma.
« Oh merde, je voulais acheter un vinyle de The Eagles. Tant pis ! Une prochaine fois. »
« Je suis désolé, c'est de ma faute si t'as pas pu acheter ton disque ! » grimaça Tom.
« C'est pas grave, ne t'inquiète pas. Ça me fait réellement plaisir de te revoir » Il marqua une pause et reprit en chuchotant : « Tu m'as manqué tu sais, depuis trois mois. »
« Toi aussi. » répondit Tom sur le même ton.
La neige se mit à tomber, et la musique résonnait dans les rues, comme lorsqu'ils étaient à Colmar. Ils se firent la remarque, et se remémorèrent leurs souvenirs de leur voyage au ski, hilares.
« Tu te rappelles qu'on avait dansé dans la rue ? » sourit Tom.
« Exact. Pouvez-vous m'accorder cette danse jeune homme ? » demanda Bill en se baissant légèrement, tendant la main vers Tom.
« Avec plaisir » répondit celui-ci.
Ils dansèrent quelque temps sous les gros flocons de pas hésitants et maladroits. Les rues tournoyèrent autour d'eux, et de toute façon ils ne voyaient plus rien qu'eux deux. Leurs yeux étaient ancrés dans le regard de chacun, et le monde n'existait plus. Tom trébucha et Bill emporté dans son élan tomba avec lui sur le sol blanc. Hilares, ils roulèrent pendant un moment l'un au-dessus de l'autre, et dans un mouvement brusque, Tom attrapa la nuque de Bill et colla sa bouche contre la sienne. Ils s'immobilisèrent au milieu de la rue presque vide, à s'embrasser tendrement comme ils le souhaitaient secrètement depuis qu'ils se connaissaient. Leurs yeux brillaient quand ils se séparèrent. Et malgré les nuages, le froid, la neige, l'humidité, des étoiles brillèrent ce soir-là.



Fin



(fouala, j'avais une demande à respecter pour un concours, & ça date de février/mars en fait. & j'ai galéré pour l'écrire. j'suis pas entièrement satisfaite, mais dans l'ensemble ça va. oui, je sais 62kg pour 1m80 c'est largement bien, mais bon, rappellons que Bill est un mec maigrichon comme c'est pas permis x)
il me reste deux OS tokiohotelien à poster. dont un très vieux, que j'ai cherché partout, que j'ai retrouvé & qui est pas folichon, mais ce blog me sert auss de sauvegarde : )

& sinon, merde à celles/ceux qui passent le bac. comme moi d'ailleurs, & je dois finir de réviser Baudelaire XD)

# Posté le samedi 20 juin 2009 19:41

Modifié le mardi 23 juin 2009 07:06

47.

47.

Hide & Seek
(song)

Les jours avançaient, et s'amoncelaient identiques dans sa vie. Le soleil se levait, les bus arrivaient tout le quart d'heure, la nourriture était ingérée, la télé crachait ses débilités, la lune faisait son apparition, et les lumières s'éteignaient. Les mêmes minutes défilaient. C'était toujours les mêmes histoires, les mêmes voix, les mêmes visages. La vie ne changeait pas, et malgré le temps qui passait quand même, Cléa était toujours la même. Son visage, son corps ne changeait pas. Le temps s'était arrêté, et elle avait l'impression de revivre tous les jours, les mêmes instants. Elle était toujours la même, dans un monde qui était toujours le même.


Cléa sortit du lycée, salua ses amis et attrapa son bus de justesse. Vingt minutes plus tard, elle traversa la place du village, et enfonça la clé dans la serrure. Elle posa son sac à côté des escaliers, but un verre de jus d'orange, et monta dans sa chambre. Elle travailla, fuma une cigarette et l'horloge au-dessus de sa porte lui indiqua qu'il était l'heure de préparer à manger. Sa mère avait prévenu, elle serait retenue au travail. Cléa alluma la télévision, mangea des pâtes, et fuma une autre cigarette. Quand il fit trop noir, elle alluma l'halogène et ferma les volets. Elle regarda encore l'écran multicolore, et éteint finalement les lumières. Elle monta l'escalier, se changea et se coucha dans son lit. Voilà.
Ce soir-là, elle ne parvint pas à dormir.

Le lendemain matin, elle ne se leva pas. Elle n'essaya même pas. Elle dit à sa mère qu'elle était malade, et celle-ci ne posa pas de questions en l'embrassant sur le front avant de partir pour le travail. Elle lui demanda de l'appeler, au cas où. Et elle la prévint qu'elle serait sûrement retenue au travail. Comme d'habitude.
Cléa enfouit son visage sous la couette, qui sentait comme son enfance. Elle ferma les yeux très fort, et se répéta en sourdine qu'elle voulait dormir. Par pitié, elle ajouta. Cléa avait les larmes aux yeux.

Elle resta dans son lit tout le reste de la journée. Elle avait éteint son portable et la seule lumière dans sa chambre venait du bout de sa cigarette. Elle ne se voyait pas, ne voyait pas le monde. Et juste pour aujourd'hui, ça lui suffisait de ne voir que ce point incandescent.
Elle fermait les yeux et se recroquevillait sur elle-même dans l'espoir de dormir, elle qui avait des cernes sous les yeux tout le temps. Mais rien à faire. Elle n'arrivait même pas à somnoler.
Des bribes de phrase lui venaient à l'esprit, mais elle n'avait pas envie d'allumer la lumière pour prendre un stylo et une feuille. Elle ferma les yeux très fort, et se pinça la cuisse pour essayer de pleurer et de faire partir l'affreuse boule dans son ventre. Ou dans sa gorge.
Elle avait l'impression qu'un truc énorme était assis sur sa poitrine et l'empêchait de respirer. Ça lui faisait penser au Horla, le conte de Maupassant. Une bonne occasion de le relire, comme elle n'avait rien à faire.

Rien à faire, justement. Rien, rien, rien, rien. Du tout.


Cléa fuma une autre cigarette, pour faire tenter de disparaître ce poids énorme, comme si la fumée pouvait faire fuir ce truc dans ses poumons. Pendant quelques secondes, elle y croyait, et l'instant d'après, quand elle se mettait à tousser, elle n'y croyait plus. Mais la toux lui mettait les larmes aux yeux, alors peut-être que ça marcherait d'un certain côté. Elle était persuader qu'en pleurant, elle pouvait emmener toutes les saletés à l'intérieur d'elle. Mais rien à faire. Le poids sur sa poitrine était encore plus lourd, et elle avait peur de ne plus respirer.

Elle finit par se lever, parce qu'elle n'arrivait ni à pleurer, ni à dormir. Elle enfila un gigantesque sweet, un jean trop grand, et des chaussettes très chaudes. Elle s'alluma une nouvelle cigarette et après quelques pas dans sa la maison, sans but, elle regarda par la fenêtre. Il pleuvait, et les gouttes d'eau glissaient sur la vitre. Quand elle était petite, elle pensait que les gouttes faisaient la course, et elle en suivait toujours plusieurs fois à la suite, pour voir laquelle arriverait le plus vite en bas de la fenêtre. Ça ne marchait jamais, et en général, elle s'endormait devant la fenêtre. Cléa essaya de suivre encore une fois le chemin des gouttes d'eau, mais c'était toujours impossible.
Alors elle ferma les volets de toute la maison, s'assit contre la vitre froide et se retrouva dans le noir qu'avec sa cigarette rougeoyante. Une valeur sûre.

Quand elle regarda l'horloge du salon, Cléa se rendit compte que sa mère n'était partie que depuis quatre heures. Le temps passait-il donc si lentement ? Etait-elle réduite à le regarder passer sans même pouvoir s'imposer ou avoir une quelconque influence ?
Elle soupira, et pour la première fois, des larmes firent leurs apparitions aux coins de ses yeux. Et puis ce fut la marée haute, la crue, le débordement. Son cou fut trempé, ses mains aussi. Ses joues étaient brûlantes de sel, et elle ne savait plus comment arrêter ce flot de sentiments.
Elle comprit que ces larmes signifiaient la fin ; le jour où elle craquait enfin, où tout ce bordel sortait enfin, voulait dire que c'était fini. Les choses n'avaient plus d'espace pour se cacher, et elle ne savait plus quoi en faire. Elle pleurait, et se trouvait pathétique.
Mais le pire serait quand elle arrêtera de pleurer. Ça signifiera qu'il n y a plus rien, que tout est parti, et qu'elle n'est plus qu'une enveloppe rose, sèche, grosse, inutile. Ça signifiera qu'elle n'est plus rien du tout.
Et elle le fit.

Quand ses joues redevinrent sèches, elle crut qu'elle allait enfin s'endormir. Non. Non, elle ne pouvait même pas dormir, alors qu'elle crevait de fermer les yeux, de se recharger pendant la nuit, et de repartir prête à accueillir toutes ces choses.
Toujours dans le noir, Cléa se dirigea vers la salle de bains. Elle ouvrit l'armoire à phamarcie et fouilla quelques instants pour trouver une boîte de somnifère. Elle savait que sa mère en utilisait parfois pour ses voyages. Elle trouva enfin la petite boîte ronde, et avala deux comprimés. Elle regarda la boîte encore ouverte, et l'armoire qui contenait toutes ces petites pilules.

Elle privilégia les boîtes d'anti-dépresseurs, et celles d'anti-douleurs. Elle remonta dans sa chambre, ferma soigneusement la porte et fuma une dernière cigarette en envoyant un message à sa meilleure amie. Allumer la lumière pour écrire une lettre était trop dur, et de toute façon, sa main tremblait trop. Elle éteignit son portable, et ouvrit la première boîte de médicaments. Elle voulait juste dormir un peu. Une boîte, deux boite, trois boite. Elle avait chaud, et ses bras lui grattaient. Elle fuma une autre cigarette finalement pour faire passer une autre pilule dans sa gorge.
Elle espérait juste qu'elle n'allait pas se mettre à convulser, ou à vomir. Dommage, elle n'avait pas de bédo sous la main, et la bouteille de rhum semblait déjà être trop loin.
Elle écrasa sa cigarette, avala la dernière boîte de somnifère en entier, et s'enfouit ensuite sous sa couette.
Faite que ça marche, murmura-t-elle avant de fermer les yeux.

Quand sa meilleure amie reçut le message, et qu'elle courut jusqu'à chez Cléa, ce fut pour trouver sa mère sanglotante, les pompiers et une civière recouverte d'un drap blanc.
Voilà, ça avait marché.

Cléa s'était arrêtée; le temps aussi.


un pas en avant, deux en arrière.

# Posté le dimanche 07 juin 2009 11:59

Modifié le dimanche 07 juin 2009 12:59

46.

46.


A reason for the song you're singing.


Parfois dans le creux de leurs couchettes, ou de leurs lits à deux cents euros, les garçons –parce que c'était toujours des garçons- pensaient que comme Beethoven, eux ne pourraient jamais être sourds. Privé de leurs oreilles, c'était comme être mort. Ils enfonçaient un peu plus les écouteurs de leurs iPod dans les oreilles, et souriaient dans le noir, en démêlant les fils en plastique. À la limite, ils auraient pu être aveugle. Ils évoluaient dans des coulisses sombres, et des salles à peine éclairées. Ils voyaient le monde à travers les vitres teintées des vans ou de leurs lunettes de soleil. Et ils s'habillaient tout le temps en noir, alors où serait la différence finalement ?
Si, elle était la différence en fait. Être aveugle supposait de ne plus voir leurs noms écrits en grosses lettres sur les façades des salles de concert, ne plus sourire devant ces jeunes qui hurlaient leurs paroles, ne plus pouvoir apprécier la beauté des femmes et de leurs bébés.
En réalité, ils ne voulaient manquer d'aucun sens. Le contraire aurait été une vie de dépendance – autre que la drogue, l'alcool, le tabac et les cris enivrants- et d'ennui. Ils leur étaient hors de question de rester dans le noir et dans le silence, au lieu d'un monde aussi vivant.
C'était un monde, une façon de vivre, un univers auquel seuls des privilégiés peuvent y goûter. Et quand on y a goûté, on ne s'arrête plus. Même des années après le succès, quand ils vieilliraient dans une grande maison au soleil, les garçons se rendraient compte que malgré la fatigue, et la pression endurées autrefois, cet univers de lumières artificielles, de cris d'enceintes par dessus ceux des fans, les voyages et tout ce qui faisait qu'ils étaient jeunes, adulés, vivants leurs manqueraient. Le reste n'était que le reste, et sans ce paradis superficiel, ils avaient toujours la désagréable impression de ne faire que survivre. Et c'était sûrement ça la musique pour eux ; le moyen de vivre pour de vrai.

Ils espéraient tous que cette musique donnait aux autres le moyen de vivre pour de vrai. Au début, c'était juste dans le garage des parents, dans le salon familial pour montrer aux grands parents grimaçants que l'on est jeune, con, mais talentueux et fier. Et quand ils avaient signé, et qu'ils avaient rencontré leurs premiers soutiens, ils s'étaient rendus compte qu'être une rock star, c'était comme être psychologue, ou médecin. Leurs musiques de garage rendaient les rêves des adolescents plus palpables, séchaient des larmes, faisaient éclore des sourires, et parfois, elle était aussi efficace qu'un comprimé de Valium.
Alors quand ils montaient sur scène, ou signaient des ventres, des chaussures, des cahiers, les garçons devenaient missionnaires chargés de faire pleurer les filles sensibles de joie, de faire sourire des grands garçons chevelus. Missionnaires du bonheur. Et ce rôle aidait à les rendre vivants et puis fiers devant leurs enfants.

Ils aimaient relever le rideau noir et regarder la foule grouillante qui les attendait. Chaque fois, elle était différente et chaque fois, c'était la même. ; aussi enthousiaste, hurlante, déchaînée que lors des autres dates. Ils ne se souvenaient jamais des visages, des pancartes ou des cris d'amour. Pourtant, ils aimaient à individualiser cette foule ; remarquer ce couple qui s'embrassait pendant l'entracte, les filles aux joues bariolées de crayon noir qui venaient en groupe, les garçons à qui ils avaient ressemblé auparavant. Ils voyaient ces jeunes qui sortaient de la fosse, inanimés, tirés par les bras puissants des vigiles, ceux qui se faisaient porter par la foule pour les regarder droit dans les yeux avant de retomber.
Mais les fans restaient les mêmes d'une salle à l'autre, d'un pays et même d'un continent à l'autre. Et ce qui leur donnait des frissons, c'était de voir du haut de leur piédestal les mouvements de foule immense, les circle pits, les walls of death. La foule était dangereuse et aussi capricieuse que l'océan, mais en sachant que cette étendue noirâtre était là pour eux, ils auraient pu s'y noyer dedans.

Ils étaient des rock star, des garçons tatoués aux cheveux longs qui criaient dans des micros, frappaient presque leurs guitares, jetaient leurs baguettes à la foule, et qui dormaient dans des aéroports et des hôtels étoiles, se cachaient sous des capuches, buvaient trop de bières et rendaient heureux des millions de gens.
Et rien que pour ça, ils leur étaient impossible d'être sourd ou aveugle. Parce que même après tout ça, ils continueront éternellement de faire de la musique pour que l'on ne s'arrête jamais de danser.




c'était la première fois que j'écrivais sur une feuille de papier depuis trop longtemps. le sommeil ne venait pas, & je me suis levée comme prise par la fièvre de l'inspiration, & l'envie de tout coucher sur le papier. résultat, ce que j'avais imaginé n'est pas ce que j'ai écrit, & je suis quelque peu déçue. mais tellement fière d'avoir recommencé tout doucement à écrire, & à me faire plaisir...
(sinon, j'ai deux OS tokiohotelien qui trainent, mais je sais pas si j'ai envie de les poster ici... c'était pour des jeux-concours, & les scénarios sont pas folichons. je verrais.)


edit ; en fait, j'ai pas du tout visualisé ce texte avec tokiohotel. j'écoutais slipknot, bullet for my valentine, korn, et iron maiden quand j'ai eu envie d'écrire ça. & puis d'ailleurs, j'suis super pressée d'aller voir korn le 17juin : D

# Posté le vendredi 29 mai 2009 16:28

Modifié le dimanche 31 mai 2009 07:31

45. (si vous voulez être prevenus des prochains textes (genre) laissez un commentaire sur cet article)

45. (si vous voulez être prevenus des prochains textes (genre) laissez un commentaire sur cet article)
Interlude


« Je n'étais qu'une droguée de plus. Une camée, une toxico, une accro de plus. »

Charlotte relisait cette unique phrase dans ce bouquin de trois cents pages. Elle ne lisait que cette unique phrase.
Elle avait acheté ce livre quand elle était revenue à Paris pour les vacances de Noël. Harry venait de lui téléphoner pour lui dire que c' était fini, eux. Et elle avait alors parcouru, comme un fantôme, les rues étroites de la capitale, en se perdant dans un arrondissement qu'elle ne connaissait pas. Elle avait fini par pousser la porte d'une petite librairie ; la devanture était peinte en bleue, et c'était la couleur que Harry détestait. La vendeuse, une vieille dame osseuse emmitouflée dans un pull bleu marine trop grand pour elle lui, avait souri de derrière le comptoir. La boutique était vide, mais un disque de jazz passait, et résonnait entre les étagères en bois et les secrets de papier. Charlotte s'était sentie mieux dans cette atmosphère chaleureuse, et elle avait déambulé, un peu perdue entre les rayonnages, sous les spots tamisés. Et elle avait choisi, un livre, comme ça, au hasard. Elle avait lu la première phrase, et elle avait payé.
Le lendemain, elle était retournée à Londres, le livre au fond de son sac.

Depuis, elle l'avait un peu oublié, et l'avait retrouvé, il y a trois jours, au fond d'un sac en plastique, dans un des tiroirs de sa commode. Charlotte se savait désordonnée, mais pas à ce point-là. Elle avait sorti le livre de sa cachette, et assise contre le mur, elle l'avait regardé longuement, comme si il allait lui raconter sa vie depuis deux ans. Harry l'avait quitté depuis deux ans, et comme le livre, elle l'avait oublié un peu, lui aussi.

Aujourd'hui, elle était dans le train, en direction de Bristol. Charlotte était invitée à une remise de prix ce soir même, et ensuite elle devait suivre un chanteur pendant deux jours ; Tom la rejoindrait demain, pour les photos. Elle s'occuperait de l'article. Après, Sophie, une vieille amie, lui avait proposé de passer quelques jours chez elle. Elle avait réussi à ce que presque tous leurs anciens amis viennent, et Charlotte souriait quand elle repensait à leurs adolescences ensemble.

C'était peut-être pour ça qu'elle avait achetée ce bouquin, parce qu'il lui rappelait une partie de sa vie. Une période où l'avenir n'était pas une chose envisageable, et le passé, une espèce de cicatrice encore douloureuse.

La quatrième de couverture parlait d'une fille qui s'appelait Marie. Elle avait dix-sept ans, une vie normale, et un jour, tout avait basculé. Pour pas grand-chose, ou pour trop de choses, elle ne savait pas, et Charlotte comprenait cette incompréhension de la part du personnage. Il suffisait d'un seul élément étranger, qui vienne se glisser entre les rouages d'une machine, pour que la vie d'une adolescente presque adulte se retrouve à l'envers. La tête en bas, les pieds accrochés au ciel ; le sang monte à la tête et le c½ur fait mal.
Charlotte n'aimait pas l'avouer, n'aimait pas en parler. Elle ne voulait pas lire ce livre, à cause de ça. Mais elle essayait de se persuader d'autre chose, tandis qu'elle lissait inlassablement la couverture brillant de l'épais livre de poche.

Elle regardait par la fenêtre ; les arbres sous la pluie quand elle était encore près de Londres, et maintenant le soleil qui inondait les champs d'orge qui faisait des vagues à cause du vent. Elle imaginait la mer à Bristol (ou le ville à côté –elle ne connaissait pas très bien cette région-), le concert auquel elle devait assister depuis les coulisses, le sourire de Sophie dans sa maison de campagne, l'éclat des disques de platine qui devaient être distribués à un petit groupe de rock qui montait à une vitesse folle, les yeux fatigués qu'elle aurait en voyant ses anciens amis, et leurs discussions tard le soir, autour d'un verre de vin français que l'un d'entre eux aurait ramené, certainement.

Son ventre se tordait, ou peut-être que son c½ur battait plus vite. Charlotte sentait l'adrénaline courir dans ses veines, et elle essayait de cacher l'appréhension dans un coin de son cerveau, pour ne plus la voir. Elle n'avait pas revu Emilie, Pascal, Caroline, Charlie, Léah, Elisabeth et Bastian depuis presque sept ans. Et même si elle essayait de faire comme si que non, elle avait peur de les affronter, de raconter sa vie encore une fois, d'être gentille et polie -comme tous les autres jours d'ailleurs. Elle ne voulait pas entendre les « oh mais comme tu as changé » gentillets et pitoyables et les « ça me fait trop plaisir de revoir » si hypocrites. Elle ne savait même pas pourquoi elle avait accepté cette invitation. Pour pouvoir prendre des vacances ? C'est vrai que son patron l'avait enfin félicité quand elle lui avait demandé quelques jours de congé ; elle n'en prenait jamais. Ou peut-être pour pouvoir se regarder dans les yeux de ces personnes si aimées à l'époque, et pouvoir se sourire de nouveau dans la glace le matin en disant ; « Oui j'ai changé. Je suis quelqu'un de bien, maintenant. »

Une voix dans le train annonça le terminus du voyage. Charlotte regarda le paysage ralentir, au fur et à mesure, sous ses yeux, et écoutait d'une oreille distraite la vie qui reprenait à côté d'elle, comme si de rien n'était. Un jeune homme lui sourit en passant à côté d'elle, et elle fit comme tous les autres passagers ; elle reprit sa vie, comme si de rien n'était. Elle enfouit le livre jamais lu au fond de son sac à main rouge, réarrangea ses cheveux fraîchement teints en se regardant dans la vitre sale, remit son manteau dans un froissement agréable, et ses talons claquèrent dans le brouhaha des autres passagers qui descendaient sur le quai.
Charlotte mit ses lunettes de soleil, regarda autour d'elle pour repérer la sortie la plus proche, attrapa un taxi de justesse. Le voyage en train n'avait été qu'une parenthèse dans sa vie de jeune Parisienne au Royaume-Uni, et elle l'avait déjà refermé.




beuh; comme d'hab, écrit à l'arrache. le problème, c'est que j'ai l'impression d'avoir déjà tout écrit, comme si je n'avais plus de ressources. ou alors, ce sont des sujets trop compliqués, trop inconnus à mes yeux, trop inaccessible. j'ai l'impression de me répèter continuellement, d'avoir fait le tour alors que je sais très bien que ce n'est pas vrai; & je crois que c'est ça qui me peine le plus.

# Posté le samedi 25 avril 2009 19:50

Modifié le samedi 25 avril 2009 20:19